Archives par étiquette : art roman

Les estropiés du chevet de l’église Saint-Nicolas de Civray

Chapiteau du chevet de l'église Saint-Nicolas de Civray, personnage au gros oeil portant une coupe et personnage à la jambe de boisLa restauration de l’église Saint-Nicolas à  dans la Vienne vient de commencer (revoir la façade, des dragons) et devrait durer deux ans si les travaux respectent leur calendrier. Sur l’un des chapiteaux du chevet se trouve une scène assez originale dans l’art roman, même si on en trouve des équivalents sur quelques églises. Deux personnages sont représentés. A gauche, un personnage est vêtu d’une longue robe : à l’époque, cela peut être aussi bien un homme qu’une femme, n’en déplaise à certains! Mais les longues manches en font plutôt une femme…

Chapiteau du chevet de l'église Saint-Nicolas de Civray, personnage à la jambe de boisCe personnage présente une coupe à celui qui lui fait face, allongé et portant un outil tranchant. Ce deuxième personnage, également vêtu d’une robe, mais à manches plus serrées, est plutôt un homme.

Chapiteau du chevet de l'église Saint-Nicolas de Civray, détail des estropiés, gros eil et jambe de boisLeur particularité est plus visible sur ce détail. Le personnage de gauche a un gros œil gauche, alors que celui de droite a une jambe de bois. Il rappelle une métope de l’église Saint-Savinien à , dans les Deux-Sèvres, qu’il faudra que je vous montre un jour, un personnage armé d’un outil genre masse fait face à un personnage à la jambe de bois, et à côté, un couple copule de manière très réaliste… désolée MM. Copé et consorts, ça date du 11e siècle, c’est sur une façade d’église et bien plus cru que l’album Tous à poils, de Claire Franek et Marc Daniau, aux éditions du Rouergue. Un autre personnage à jambe de bois se trouve sur un chapiteau de l’église Saint-Hilaire, toujours à Melle… Il va me falloir un peu d’aide pour retrouver mes photographies et les partager avec vous!

 

Photographies d’avril 2010.

La statue de saint Martin menace Tours…

basilique Saint-martin de Tours, statue de saint Martin au-dessus de la coupole, vue éloignéeJe pensais vous avoir déjà montré la statue de saint Martin qui menace de tomber du toit de la basilique qui porte son nom à , mais non… Je vous ai montré plusieurs éléments de cette basilique, mais pas cette statue, même si on l’aperçoit sur le premier article (revoir les épisodes précédents: aperçu de la basilique; la charité de Martin par Varenne; la messe miraculeuse de saint Martin par Alaphilippe). Mes photographies datent d’octobre 2011, un beau ciel bleu, ça fait du bien aussi, non?

basilique Saint-martin de Tours, statue de saint Martin au-dessus de la coupole, vue rapprochéeLa statue de saint Martin qui domine la coupole menace de tomber depuis un moment (premier élément de plomb tombé en 2011), voir l’article paru dans la Nouvelle République du 1er février 2014. Elle devait être déposée pour restauration le 11 février (opération finalement reportée au 17 février)… si elle ne tombe pas avant. Les dernières tempêtes l’ont un peu plus déstabilisée, un nouveau coup de vent est annoncé la nuit prochaine, espérons qu’elle tiendra jusqu’à son démontage, car dans sa chute, elle pourrait endommager sérieusement la coupole! Elle mesure 4,25m de haut pour 1,7 tonne de bronze et d’armature interne (elle est creuse, heureusement). Vous pourrez toujours voir la maquette en plâtre de la tête à l’intérieur de la basilique, si elle n’a pas bougé depuis 2011, elle se trouve juste à côté de messe miraculeuse de saint Martin par Camille Alaphilippe. La basilique Saint-martin de Tours est l’œuvre de l’architecte , la crypte avec le tombeau est inaugurée en 1889, et la nouvelle basilique, de style néo-classique, l’année suivante. L’achèvement des travaux donne lieu à une bénédiction en 1902, mais la basilique n’est finalement consacrée qu’en 1925. La statue est l’œuvre de , grand prix de Rome de sculpture en 1875, qui a travaillé sur d’autres projets avec (notamment les gares de Tours et d’Orsay, l’hôtel de ville de Tours, pour lesquels il a sculpté des allégories, voir ou revoir les allégories de Limoges et Nantes, la force et le courage). Saint Martin (suivez le lien pour retrouver d’autres articles sur ce saint, sinon la chapelle du catéchumène, l’église et l’abbaye de Ligugé pour un bref aperçu de son histoire), portant ses vêtement sacerdotaux, est présenté debout, appuyé sur sa crosse, bénissant la ville de la main droite… signe de protection s’il ne s’effondre pas dans les prochains jours 😉

Il a été fondu en 1889 par les frères Thiébaut, des fondeurs dont je vous ai déjà montré pas mal de réalisations.

Tours, la basilique Saint-Lartin en mai 2016PS : En mai 2016, le dôme est sous cloche…

Statue de saint Martin redorée au sommet de la basilique Saint-Martin à Tours11 novembre 2016, saint Martin, restauré, est remis en place en grande pompe. La ville de Tours aurait voulu la dorer entièrement, mais l’État s’y est opposé, aucune source n’indiquait qu’elle avait été ainsi dorée… la ville avait trouvé un projet de qui le montrait ainsi, mais il n’a sans doute jamais été réalisé (c’est très fréquent dans les projets).

Quatre vues de la statue de saint Martin, sur la basilique à ToursUne solution intermédiaire a été trouvée, dorer les attributs liturgiques, le pallium, la couronne, la crosse, le pectoral et l’anneau, ainsi que le bas des manches, de l’étole et de la chasuble et le bout des chaussures, ce qui donne déjà un effet assez « bling-bling ». Cette statue de 4,25 m de haut est une œuvre du sculpteur Jean [Baptiste] Hugues, fondue par Thiébaut frères.

 

Pour les curieux, voici quelques articles de mon blog qui peuvent vous intéresser sur Tours:

Quelques rois mages pour l’épiphanie…

Poitiers, portail Saint-Michel de la cathédrale, gauche, 04, les rois mages devant HérodeLes boulangers ayant fait changer la date de l’épiphanie du 6 janvier au premier dimanche de janvier depuis longtemps, histoire de vendre plus de galettes (et d’en faire entrer plus – de galettes – dans leur escarcelle, à défaut de bougette!), c’est donc aujourd’hui l’épiphanie… et je vous invite à (re)voir quelques rois mages sur les églises de Poitou-Charentes! Il vous suffit de cliquer sur les vignettes ou de suivre les liens pour en savoir plus. Donc, au début de l’histoire, les rois mages comparaissent devant Hérode (Matthieu 2, 7-10), et on peut les voir sur sur la partie gauche du portail saint Michel de la cathédrale de Poitiers.

Poitiers, portail Saint-Michel de la cathédrale, gauche, 10, rois mages à cheval montrant l'étoilePuis, toujours sur la partie gauche du même portail, les rois mages voient l’étoile du berger (Matthieu 2, 11).

Chauvigny, église Saint-Pierre, chapiteau de l'Enfance, 04, Adoration des magesEnfin, les rois mages arrivent à Bethleem, vous pouvez revoir cette scène de l’adoration des mages (Matthieu 2, 11) à Chauvigny sur un chapiteau du chœur de l’église Saint-Pierre…

Poitiers, portail Saint-Michel de la cathédrale, droite, 06, l'adoration des mages… ou sur la partie droite du portail saint Michel de la cathédrale de Poitiers (en face des précédentes scènes), mais là, il faudrait un sérieux nettoyage pour réussir à bien les voir.

Un relief médiéval à Niort: Mélusine, luxure ou autre?

Niort, bas-relief médiéval, femme, peut-être la Luxure, vue lointaine et rapprochéeDans un ancien couvent rénové en logements d’étudiants près de la place Chanzy (donc à proximité immédiate de l’antenne universitaire située dans les anciennes casernes Du Guesclin) se trouve un relief sculpté en remploi dans la façade sur cour. Ce bas-relief est souvent présenté comme la fée Mélusine, emblème de la famille de Lusignan au 13e siècle. Je ne suis pas très convaincue par cette interprétation. Mélusine est une variante de sirène-poisson. Nous avons ici une femme debout vêtue à la mode romane (11e/12e siècles) avec de très larges manches.

Niort, bas-relief médiéval, femme, peut-être la Luxure, détail de la tête et des serpentsElle est encadrée de deux serpents dont les têtes viennent lui mordre les cheveux. L’association d’une femme et de deux serpents fait plutôt penser à la luxure, mais cela ne colle pas non plus, dans les luxures, les serpents mordent plutôt les seins de la femme, et celle-ci est souvent montrée sous des traits grotesques ou lascive, pas comme cette femme debout bien sagement et richement vêtue.

Photographies de juillet 2011.

Défi photo: mort ou vif…

Défi photo, endroit/envers, Poitiers, 1, saint Pierre sur le grand vitrail de la cathédraleLe nouveau thème du proposé par Monique / Bidouillette / Tibilisfil, c’est « mort ou vif »…N’hésitez pas à suivre les liens pour en savoir plus sur les photos que j’ai sélectionnées!

Je commence par cet élément du beau vitrail (le grand vitrail central derrière le chœur) de la cathédrale de Poitiers, la crucifixion de saint Pierre datée des environs de 1162… Pas encore complètement mort mais plus très vif…

Chemin de croix de Sainte-Thérèse de Poitiers par Marie Baranger, fenêtre 8, à gauche, station 14Dans la dernière station du chemin de croix, le Christ est mort… Ici dans l’église Sainte-Thérèse de Poitiers, la station 14. « [Jésus] a été enseveli », une peinture de Marie Baranger en 1935 avec cette légende, « celui qui mange ma chair, celui-là à la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour ».

Poitiers, cénotaphe de saint Hilaire, vue généraleMort aussi,  sur son cénotaphe dans l’église Saint-Hilaire-de-la-Celle (aujourd’hui chapelle des Augustins du centre régional de documentation pédagogique de Poitiers).

Poitiers, église Saint-Hilaire, chapiteau de la mort d'Hilaire, 1, vu de face

Un peu plus vif peut-être sur la voie du paradis et de la résurrection, le même  , cette fois sur le chapiteau dit de la mort d’Hilaire ans l’église Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers, en haut, les anges portent son âme (le petit homme nu) libérée de son corps mortel allongé sur le lit…

Poitiers, chevet de l'église Saint-Hilaire, absidiole du transept sud, métope avec la lutte finale et un obscena

Allez, on sort de l’église Saint-Hilaire-le-Grand, et on se dirige vers le chevet avec cette métope très « vive » entre la lutte finale point levé et un animal au sexe en érection.

Poitiers, portail de Sainte-Radegonde, rouleau externe, 4, troisième singeBeaucoup plus vif, ce petit singe du 15e siècle qui se cache dans les feuillages du portail de l’, toujours à Poitiers.

Poitiers, le musée Sainte-Croix, 05, détail des musiciens et musiciennes Assez vives aussi les allégories des arts liés à la musique, à la poésie et au théâtre, sur le relief de l’art du théâtre de Évariste Jonchère devant le musée Sainte-Croix à Poitiers toujours.

 

 

Défi photo: et si l’homme s’arrêtait…

Metz, Cyrille André, 3, au jardin des plantes, grand homme noir deboutJ’ai « séché » le  de la semaine dernière de Monique / Bidouillette / Tibilisfil, du coup, après on va faire des vagues, je passe directement à « et si l’homme s’arrêtait »… Dans le même style qu’elle nous propose en introduction au thème, il y a les hommes bien campés de Cyrille André à Metz l’année dernière, revoir la série complète ici

Poitiers, façade occidentale de Notre-Dame-la-Grande, lutte de l'ancienne et de la nouvelle loiOn traverse la France d’est en ouest… pour revenir à Poitiers, direction Notre-Dame-la-Grande avec cet élément sculpté de la façade que je ne vous ai pas encore montré… Deux hommes luttent et se neutralisent (s’arrêtent mutuellement), la lutte de l’ancienne et de la nouvelle loi ou une accolade amicale? Ils se trouvent juste en dessous de Joseph contemplant Jésus enfant (en bas à droite de la Nativité et Jésus au bain).

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 09, la critiqueEt voici le critique qui,, immobile (arrêté!), observe le spectacle qui se déroule sur le grand miroir de Pansart dans l’ancien théâtre, mais il n’est plus visible, non seulement l’ancien théâtre est fermé (voir une parodie de concertation), mais en plus, la mairie a fait poser de l’occultant sur les vitres, histoire que plus personne ne regarde à l’intérieur!

Euh, après, je n’ai pas trop d’idées, sur ce thème…

C’est la lutte finale! Petit tour à Saint-Hilaire de Poitiers

Poitiers, chevet de l'église Saint-Hilaire, absidiole du transept sud, la flèche montre la métope avec la lutte finale et un obscenaCela fait un bon moment que je ne vous ai pas parlé de l’église Saint-Hilaire-le-Grand à Poitiers, à quelques dizaines de mètres de chez moi… En plusieurs articles, je vais vous faire découvrir la richesse de la sculpture extérieure de son chevet, à suivre bientôt les lions et les végétaux (feuilles, arbres)… Je vous ai déjà montré les inscriptions d’Hugo le trésorier (et Aleacis). Au passage, j’en profite pour signaler à la ville que la plupart des spots qui éclairent le chevet le soir sont grillés! La mise en lumière avait été vantée à grands renforts de publicité il y a quelques années… il n’en reste quasiment rien. Et pourtant, Poitiers continue à faire sa publicité sur cette église « classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco« , ce qui est faux, c’est juste l’un des 77 « jalons » du bien culturel collectif (1998), les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France. Titre dont elle est indigne depuis la construction du clos Saint-Hilaire, qui pèsera sans doute lourd dans l’instruction de la demande de Poitiers pour être inscrite sur la liste représentative française (préalable indispensable avant tout classement à l’Unesco), ce n’est pas le récent lâcher de ballons (7 juin 2013) qui effacera ceci et les autres « erreurs d’appréciation » de ces dernières années (revoir le ratage du nouveau square de la République et le nettoyage très brutal du monument aux morts de 1870-1871). Au fait, toujours aucune nouvelle de l’enquête publique sur la secteur sauvegardé de Poitiers, alors que le commissaire enquêteur aurait dû rendre son avis début mai et que celui-ci devrait être mis à disposition de tous en mairie, « on » me répond toujours qu’il n’est pas rendu… Faudra-t-il saisir la commission d’accès aux documents administratifs / CADA pour y avoir accès?

Poitiers, le clos Saint-Hilaire, 7, dépotoir entre le garage et la clôtureCe plan de sauvegarde prévoit (entre autres) de raser le parking de la résidence installé en plein milieu du cloître dans des matériaux de médiocre qualité… mais envahis par la végétation. Les matériaux abandonnés à l’arrière du chantier depuis plusieurs années, adossés à un immeuble classé monument historique (l’église et le mur sur rue) ne sont toujours pas enlevés… Par rapport à cette photographie, ils sont juste masqués par la végétation.

Ça serait peut-être au moins une bonne idée de remettre en service l’éclairage  de l’église Saint-Hilaire-le-Grand avant l’arrivée des touristes en ville, avec le retour du soleil depuis hier (il faut en profiter, orages annoncés dès ce soir), ils vont peut-être finir par revenir.

Poitiers, chevet de l'église Saint-Hilaire, absidiole du transept sud, métope avec la lutte finale et un obscena

En attendant que la ville reprenne les choses en main, sur une métope (la pierre entre les modillons qui portent la corniche, voir le schéma ci-dessous) de l’absidiole du transept sud, cet homme veille en vue de la « lutte finale », point droit levé et gourdin (bien phallique, surtout si l’on considère la scène voisine) dans la main gauche…

A gauche de la même métope, un « obscena », un animal avec une belle érection.

Poitiers, chevet de l'église Saint-Hilaire, serpents entrelacés qui se mordent la queueLes serpents entrelacés, à l’autre bout du chevet, se mordent la queue… Un motif assez récurrent dans l’art roman notamment en Poitou.

Poitiers, chevet de l'église Saint-Hilaire, oiseaux

Les oiseaux sont beaucoup moins habituels: ils sont ici beaucoup plus « vivants » qu’ailleurs, faisant leur toilette ou cherchant à s’envoler…

Photographies de mars 2013…

Un peu de vocabulaire, corniche, modillon, métope, chapiteau

Saint-Hilaire-le-Grand

Le cénotaphe de Saint-Hilaire à Poitiers

Poitiers, cénotaphe de saint Hilaire, vue généraleJe vous ai déjà parlé plusieurs fois de  et notamment du chapiteau qui représente sa mort sur un chapiteau dans l’église à Poitiers. Saint Hilaire, né à Poitiers vers 315, élu évêque de Poitiers vers 350, docteur de l’Église, est mort en 367 ou 368, et a été enterré dans la nécropole romaine du sud de Poitiers, là où fut donc ensuite édifiée l’église . Il a vécu à l’autre extrémité de la ville, près du quartier cathédrale, dont il ne reste que le baptistère Saint-Jean (il faudra que je vous le montre mieux que par quelques modillons), la cathédrale de son époque n’existe plus (mais vous pouvez découvrir la actuelle à quelques dizaines de mètres). La tradition veut qu’il soit mort dans une maison située dans l’actuelle rue Saint-Pierre-le-Puellier. Un monastère y a ensuite été construit, Saint-Hilaire-de-la-Celle, aujourd’hui intégré au Centre Régional de Documentation Pédagogique et rebaptisé de manière impropre chapelle des Augustins (les moines de Saint-Hilaire de la Celle respectaient certes la règle de Saint-Augustin, mais le monastère dit des Augustins à Poitiers se situait là où se trouve désormais la verrue de l’ancien Printemps, et son portail a été reconstruit un peu plus loin). Vous pouvez entrer dans l’église Saint-Hilaire-de-la-Celle lors de concerts ou d’expositions (voir celle de Jephan de Villiers et celle consacrée à Éric Straw), parfois aussi dans l’ancien cloître. J’ai d’ailleurs pris cette photographie lors d’une de ces expositions, en septembre 2011, c’est pourquoi je n’ai pas de vue vraiment de face, une vitrine gênait… Une copie est aussi présentée au musée Sainte-Croix de Poitiers.

Poitiers, cénotaphe de saint Hilaire, deux détails du corps gisantIl s’agit donc d’un cénotaphe, c’est-à-dire d’un monument commémoratif, ici un sarcophage qui ne contenait pas le corps du mort, enterré comme je l’ai dit hors les murs, comme il se devait à l’époque romaine… Ce cénotaphe n’est pas contemporain de sa mort mais un peu plus tardif. Il ne reste aujourd’hui qu’une seule face sculptée, l’une des deux grandes faces. Nous avons cependant une idée des deux petits côtés grâce à un dessin de conservée dans le fonds Roger de Gaignière de la société des Antiquaires de l’Ouest conservé au musée Sainte-Croix de Poitiers. Sur l’une d’elle, on reconnaît le triomphe d’Hilaire sur les hérétiques.

La face qui nous reste est sculptée en haut relief. Saint Hilaire est représenté avec sa crosse, allongé dans son vêtement funèbre sur son futur sarcophage orné de motifs géométriques . Il est veillé par deux anges situés près de sa tête (on en voit pas les ailes sur le détail du bas) et 11 disciples côté à côte…

Poitiers, cénotaphe de saint Hilaire, les personnages situés près de la tête et aux pieds du mort_3

Les têtes ont été endommagées… Certains portent des vêtements sacerdotaux, chasuble et étole, sous un large manteau, façon cape, fermé par une agrafe ou fibule (voir des explications sur les vêtements liturgiques dans les douze apôtres, un pape et un évêque au deuxième niveau de la façade de ). Voici le détail de ceux qui ont pris place à la tête et au pied du sarcophage, celui qui est le plus à droite semble un peu ventripotent, vous ne trouvez pas?

Sur un sujet voisin, voir le sarcophage de Guillaume Taillefer dans l’église .

Hugo le trésorier de Saint-Hilaire à Poitiers au 11e siècle (et Aleacis)

Poitiers, chevet de Saint-Hilaire, localisation des inscriptions

En juillet 2011, je vous ai montré sur le chevet de l’église Saint-Hilaire-le-Grand et l’inscription UGO MONEDARIUS (Hugo étant trésorier), je réédite ci-dessous l’article avec une nouvelle photographie. Cette inscription se trouve sur le dé (la partie carrée au centre) du chapiteau sud de l’absidiole sud-est (encadré en rouge). Sur le chapiteau voisin (chapiteau sud-est de l’absidiole sud-est, dans le cadre bleu) se trouve une autre inscription que je n’avais pas réussi à photographier correctement jusque il y a quinze jours, il faut juste le bon éclairage pour qu’elle soit visible… Je l’avais déjà aperçue, mais le temps de rentrer chez moi et d’y retourner, elle était souvent devenue invisible. Cette fois, j’avais par hasard mon appareil photographique avec moi.

Poitiers, chevet de Saint-Hilaire, chapiteau avec inscription ALEACISSur ce chapiteau est porté le mot ALEACIS, un prénom féminin qui n’a jusqu’à présent, à ma connaissance, été rapporté à aucun personnage connu.

Article du 3 juillet 2011

Jeudi dernier, je vous conseillais de jouer avec le patrimoine roman de Poitou-Charentes, en vous montrant une mauvaise photographie de la mort d’Hilaire, dans l’église Saint-Hilaire de Poitiers. Du coup, j’ai eu envie de vous montrer un autre élément exceptionnel de cette église, sur le chevet, du côté sud (dans le cadre rouge ci-dessus). Il s’agit d’une inscription du 11e siècle. Les inscriptions de cette époque donnant des noms de commanditaires ou de constructeurs sont assez rares. Il y en a une sur un chapiteau de l’église Saint-Pierre à Chauvigny, « Gofridus me fecit » (Geoffroy m’a fait ou m’a fait faire, à voir sur cet article consacré au chapiteau de l’Enfance de Jésus), il y en a quelques autres dans la région, mais vraiment très peu: voir par exemple Rotbertus à Notre-Dame-la-Grande à Poitiers, un autre Rotbertus à Thézac en Charente-Maritime, Gliglemmus à Saint-Pompain dans les Deux-sèvres ou encore un certain Aimeric / FACERE ME AIMERICUS ROGAVIT / dans l’église Saint-Hilaire de Melle.

Poitiers, chevet de l'église Saint-Hilaire, l'inscription romane, 2, le chapiteau Revenons au chevet de l’église Saint-Hilaire à Poitiers, sur le premier chapiteau de l’absidiole sud-est… Comment ça, vous ne voyez toujours pas?

Poitiers, chevet de Saint-Hilaire, chapiteau avec inscription UGO MONEDARIUSEt avec un coup de zoom, c’est mieux? Vous devez réussir à lire « VGO MONE / DARIVS « , Hugo étant trésorier… Je pense que peu de visiteurs de cette église l’ont repérée, même si elle a été publiée dans divers ouvrages plus ou moins pour le grand public et si elle est mentionnée dans la petite plaquette en vente pour les visiteurs dans l’édifice…

Poitiers, chevet de l'église Saint-Hilaire, aperçu de la corniche à modillons et métopes Surtout que lorsque l’on regarde ce chevet, on est immanquablement attiré par d’autres chapiteaux ornés de personnages, d’animaux et autres, ainsi que par les modillons qui soutiennent la corniche ou les métopes sculptés entre ces modillons. Je vous détaillerai une prochaine fois ce décor…

Il y a une autre inscription médiévale à Saint-Hilaire de Poitiers, des graffitis médiévaux (dont un alphabet) sur l’une des colonnes qui encadrent le tombeau de Constantin de Melle.

Ah, et pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec ces mots, voici la même photographie avec les mots corniche, modillons, métopes et chapiteaux… C’est plus facile en schéma qu’en définition…

Pour aller plus loin : voir l’article de Robert Favreau, La dédicace de Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers, Revue historique du Centre-Ouest, t. III, 2e semestre 2004, Poitiers, Société des Antiquaires de l’Ouest, paru en 2005. Voir aussi le Corpus des inscriptions de la France médiévale. T. I-1 : Ville de Poitiers, sous la direction de Robert Favreau, Jean Michaud et Edmond-René Labande, 1974, p. 33-77.

Un peu de vocabulaire, corniche, modillon, métope, chapiteau

Saint-Hilaire-le-Grand

Poitiers fait sa pub dans le métro parisien…

Poitiers fait sa publicité dans le métro parisien, vues généralesDu 20 février au 13 mars 2013, Poitiers et son office de tourisme font leur publicité dans le métro parisien… Une campagne de publicité qui a coûté, d’après la presse locale, 60.000 € pour 317 affiches, surtout du côté de Montparnasse, sur 3 semaines, réalisée par l’agence MBA (qui avait réalisé il y a deux ans Poitiers l’expo!, de la propagande en faveur de cœur d’agglomération, cœur de pagaille… (je n’ai rien contre l’agence de comm’, elle répond à une commande). J’avais chargé mon frère parisien de me faire des photographies « en situation », mais il n’a pas trouvé une seule affiche en quinze jours… En allant à la journée de réflexion éthique de la MGEN à Paris mercredi dernier (sur la fin de vie, débats très intéressants, à découvrir sur ma santé et moi), je suis donc partie en exploration gare Montparnasse… N’ayant trouvé aucune affiche dans les espaces les plus fréquentés, j’ai fini par en trouver cinq (avec les trois modèles) dans le couloir allant vers Montparnasse 3, quelques passants pressés à 9h du matin, personne ne semble remarquer les affiches, seul mon appareil photo intrigue… Le concept, un personnage (un homme, une femme, un enfant) en vêtements actuel avec une tête « romane », un slogan, « Poitiers capitale romane vous invite à un tête à tête », des mots trouvés dans un vieux dictionnaire d’argot parisien (épatarouflant, épastrouillant et ébaubissant, ce dernier à rapprocher de badebet, dont je vous ai parlé il y a fort longtemps). Dans le coin inférieur droit, une offre promotionnelle TGV+hôtel+visite avec un petit visuel complémentaire, place Leclerc avec les trucs en plastique de l’été dernier devant l’hôtel de ville, spectacle de feu devant la façade de Notre-Dame-la-Grande, parvis du théâtre et auditorium. La ville se disait très fière de 200 connexions via le flash code le premier jour, cela est plus que modeste pour un lancement de grande campagne… et en plus, au début de la campagne, au moins avec Firefox, les nouvelles pages de l’office de tourisme étaient illisibles, en gris foncé sur fond noir! Cela semble réparé aujourd’hui… Au fait, j’aimerais bien que l’on me dise quel TGV permet d’aller à Paris en 1h30, avec les travaux de la SNCF depuis des mois, c’est au mieux 1h40, je pense, et il faut ajouter 10 à 15 minutes de retard récurrent.

Poitiers fait sa publicité dans le métro parisien, les trois têtes sculptéesDu côté du choix de la sculpture, l’homme vient d’un chapiteau déposé provenant probablement du quartier Saint-Hilaire (il est au musée, sa provenance et sa datation sont incertaines), publié en miroir, il est dans l’angle du chapiteau et pour avoir ces détails de profil, c’est dans l’autre sens en vrai, à voir par exemple sur la notice 50 p. 313 du catalogue l’Âge roman paru en 2011. Son contexte de découverte est incertain, mais s’il vient des Trois- Piliers (de justice) de Saint-Hilaire, alors il est plutôt du 12e siècle.

Pour les deux autres, j’ai des doutes. La tête pour la femme est indiquée « haut-relief ». J’ai cherché  sur la façade de Notre-Dame-la-Grande, mais les têtes y sont presque toutes détruites (pour les représentations féminines, voir Ève, l’Annonciation, la Visitation, Marie alitée de la Nativité), cela ne peut pas être sainte Triaise ni de sainte Radegonde. Poitiers, la Nativité de la façade de Notre-Dame-la-Grande, le bain de l'EnfantAprès réflexion, je pense qu’il s’agit de l’image en miroir de l’une des sages-femmes du bain de Jésus (celle de gauche), mais pourquoi avoir coupé ainsi sa coiffure???

[PS: comme me l’a fait remarquer Grégory sur Facebook, il y a  tromperie sur la date… si un autel est consacré en 1086 à Notre-Dame-la-Grande, la façade se trouve alors deux travées plus à l’est, marquée par la présence d’une tourelle d’escalier. La façade que l’on voit aujourd’hui et où se trouve la frise sculptée et donc la Nativité et le bain de l’Enfant sont 30 à 40 ans plus jeunes, donc du 12e siècle…].
La tête de lion utilisée pour l’enfant, je ne vois pas de quel chapiteau du 11e siècle il peut s’agir… Je ne vois pas ce genre de tête sur un angle de chapiteau à Notre-Dame-la-Grande, Saint-Hilaire-le-Grand ou Sainte-Radegonde : sur ces chapiteaux, les lions sont représentés dans différentes positions, mais avec leur corps… En plus, je ne sais pas pourquoi, mais je ne « sens » pas cette forme sur un chapiteau. Il faudrait peut-être regarder dans le 12e siècle, 😉

[PS: Grégory a identifié ce lion… il s’agit d’un chapiteau provenant de Saint-Hialire-le-Grand, de la fin du 11e ou du début du 12e siècle, voir la notice 51 p. 314 du catalogue l’Âge roman paru en 2011].

J’espère que le rédactionnel trouvé autour de cette campagne sur le blog des communes ne vient pas de la ville de Poitiers, ils n’ont pas publié le commentaire que je leur ai envoyé la semaine dernière, pour leur dire qu’il n’y a pas d’abbaye Saint-Savin à Poitiers (c’est à plus de 40km), pas plus que de Futuroscope (à une quinzaine de kilomètres, sur une commune qui n’adhère pas à la communauté d’agglomération). Quant à « ses nombreux musées »… je vous laisse juger, le musée Rupert de Chièvres (avec le portail des Augustins) est fermé depuis des années, et les chiffres de fréquentation du musée des Beaux arts (et de la société des Antiquaires de l’ouest) ne sont pas à la hauteur d’un musée de capitale régionale… pour des raisons multiples, sans doute. Vous y serez accueilli à l’extérieur par l’art du théâtre de Jonchère…