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Le coma des mortels de Maxime Chattam

pioche-en-bib.jpgCela fait un moment que je n’ai pas rédigé d’articles dans ma rubrique lecture… J’ai pourtant quelques livres dont je souhaite vous parler, des gros ou des petits, et aussi quelques bandes dessinées. J’ai trouvé ce livre parmi les nouvelles acquisitions de la médiathèque.

Le livre : Le coma des mortels de Maxime Chattam,  éditions Albin Michel, 2016, 389 pages, ISBN 9782226320780.

L’histoire : à Paris de nos jours. Pierre, la trentaine, a été arrêté… En rentrant chez lui, il a trouvé sa dernière compagne, Constance, assassinée, du sang partout. ET ce n’est pas le premier cadavre trouvé dans son sillages depuis quelques années… Retour en arrière, il cherche un boulot alimentaire pour vivre avec une mystérieuse fille qu’il a rencontrée, Ophélie, le voici ramasseur de la merde des animaux de la ménagerie du jardin des plantes, il se simplifie le travail en droguant les animaux (un peu d’imodium aux pandas, etc.). En arrière plan, le psychiatre qu’il a cessé de voir mais qui le harcèle…

Mon avis : le livre est construit à rebours, après le préambule qui pose la scène du meurtre de Constance, les chapitres sont numérotés de 39 à 1. Je n’avais jamais lu de livres de cet auteur « à succès », comme on dit. J’y ai trouvé pas mal de sexe, de meurtres, de portraits de personnages étranges ou inquiétants, un dîner clandestin au cimetière du Père-Lachaise, un autre dans un grand magasin de nuit, des facilités dans certains personnages, comme le vieil Antoine qui retrouve les objets oubliés par les gens et habite… rue de Padoue (et pour le lecteur qui n’aurait pas compris, il explique le « jeu de mot » 30 ou 40 pages plus loin). Ici ou là apparaissent aussi des idées de lecture, tiens par exemple page 82, je croise à nouveau Chants de Maldoror du comte de Lautréamont, il faut vraiment que j’essaye de me ré-attaquer à ce livre que je n’ai jamais réussi à lire vraiment et qui était au centre de deux spectacles de Scorpène, Réalité non ordinaire et A l’envers,et que j’ai recroisé dans Moi, assassin d’Antonio Altarriba et Keko. Bon, revenons au Coma des mortels, comment dire, s’il y a des passages qui m’ont intéressée, je me suis quand même globalement ennuyée, ai parfois somnolé un peu, bercement des trains aidant (j’ai lu la plus grosse partie entre Poitiers et La Rochelle et retour le week-end dernier, une belle journée où j’ai rencontré Maxime Lemoyne)… mais l’ai quand même terminé, quand j’ai réussi à passer la première centaine de pages (humm… à part Lautréamont, j’ai un autre gros cadavre commencé des dizaines de fois, Ulysse de James Joyce), j’ai du mal à appliquer l’un des droits des lecteurs avancés par Daniel Pennac dans Comme un roman, à savoir abandonner la lecture! Je n’ai même pas passé quelques pages, mais j’en ai lu quelques-unes en diagonale ou en lecture photographique.

Parmi les livres mentionnés au fil des pages, j’ai noté (Maxime Chattam aurait pu mettre plus systématiquement les prénoms des auteurs dans le livre… et ne pas tronquer le titre dans certains cas) :

  • Les chants de Maldoror du comte de Lautréamont
  • Melmoth ou l’homme errant de Charles Robert Maturin
  • L’homme qui rit de Victor Hugo
  • Pourquoi pas de David Nichols
  • D’espoir et de promesse de Françoise Bourdin
  • Crime et châtiment de Fiodor Dostoievki (le relire tous les 5 à 10 ans…)
  • Bilbo le Hobbit de J.R.R. Tolkien

Treize marches de Kazuaki Takano

pioche-en-bib.jpgCouverture de Treize marches de Kazuaki TakanoJ’ai trouvé ce livre parmi les nouvelles acquisitions de la médiathèque.

Le livre : Treize marches de Kazuaki Takano, traduit du japonais par Jean-Baptiste Flamin, éditions Presses de la Cité, 2016, 362 pages, ISBN 9782258134119.

L’histoire : à Tokyo, au début du XXIe siècle. Shôji Nangô, un gardien de prison qui s’occupe de réinsertion des délinquants et criminels, traumatisé d’avoir participé à deux exécutions capitales, répond à l’annonce d’un avocat qui veut sauver Ryô Kihara, trente-deux ans, dont l’exécution de la peine de mort est imminente. Bien qu’amnésique des faits, il a été condamné pour avoir été retrouvé dix ans plus tôt, ensanglanté, à proximité de la scène du double meurtre de son conseiller en réinsertion et de sa femme. Pour mener à bien son enquête, Shôji Nangô fait libérer en conditionnelle sous sa responsabilité Jun’ichi Mikami, condamné à deux ans de prison pour homicide involontaire et qui, au moment des faits, avait fugué avec son amie de lycée dans la même ville.

Mon avis : avec ce livre, nous entrons dans un monde très différent du nôtre, où le repentir du délinquant – et a fortiori du meurtrier – joue un grand rôle, ainsi que l’indemnisation et le pardon des victimes. Un système avec des libérations conditionnelles et un suivi par des conseillers privés, qui ont le pouvoir de renvoyer pour toujours en prison les personnes qu’ils suivent. L’importance des sceaux – pour authentifier un document, à la place de notre signature – saute aux yeux. Ce roman détaille aussi le processus d’exécution des peines de mort au Japon, sans vraiment la dénoncer clairement, au travers de l’ambiguïté des personnages et de leurs motivations dans cette histoire. Tout se joue sur des symboles : treize marches, celles revenues en flash par le condamné amnésique, mais aussi les treize étapes administratives (avec treize sceaux) à franchir pour exécuter la sentence. Bon, côté polar, je n’ai pas vraiment mordu, mais ce livre m’a éclairé un peu sur la société nippone et ses contradictions face à la justice, à la peine de mort, à la rédemption des coupables, la financiarisation avec des dommages et intérêts exorbitants à payer par le coupable ou sa famille s’il ne peut pas seul. Dommage que certains aspects ne soient pas plus développés, comme le viol dont a été victime une jeune fille, qui l’a brisée psychologiquement, entre les lignes et en quelques pages apparaissent sa détresse et ses tentatives de suicide, sa honte et son impossibilité de porter plainte, qui aurait encore aggravé sa honte. Bref, son statut de victime a été nié, enfin même pas nié, puisque seuls quatre personnes sont au courant, ses trois agresseurs et son petit ami.

Évangile pour un gueux, par Alexis Ragougneau

pioche-en-bib.jpgCouverture de Évangile pour un gueux, par Alexis RagougneauAprès La Madone de Notre-Dame, j’ai emprunté à la médiathèque le second roman d’Alexis Ragougneau.

Le livre : Évangile pour un gueux, par Alexis Ragougneau, éditions Viviane Hamy, 2016, 360 pages, ISBN 9782878586152.

L’histoire : de nos jours à Paris, peu avant Pâques. Un SDF est retrouvé dans la Seine… Très vite, il s’avère que c’est Mouss, le meneur d’une occupation de la cathédrale Notre-Dame quelques mois plus tôt, la veille de Noël. Un petit groupe de sans domiciles fixes avait alors fait la une des médias, retenant le père Kern pour obtenir des logements décents, jusqu’à leur évacuation par les forces de l’ordre. Claire Kauffmann, devenue juge d’instruction, tente de reprendre contact avec le Père Kern, qui ne fait plus de vacations à Notre-Dame depuis cette histoire… Où était passé Mouss pendant ce trimestre? Pourquoi est-il si maigre et porte-t-il dans la mort les stigmates du Christ? Ses compagnons d’infortune savent-ils quelque chose?

Mon avis : on retrouve les principaux personnages de La Madone de Notre-Dame (mais il n’est pas indispensable de le lire d’abord), cette fois pour une plongée dans la vie des sans domiciles fixes et des « tenants de l’ordre », milices d’extrême-droite et une partie du clergé de Notre-Dame, les intégristes de Cohors Christi que tout oppose au père Kern. Plus épais que le premier volume, ce polar est aussi plus abouti, les portraits des personnages (Claire Kauffmann passée de procureure à juge d’instruction, le duo de flics toujours sans prénoms, Landard-Gombrowicz, le père Kern réfugié dans l’archivage de témoignages de vie de SdF) se précisent, toujours avec une écriture très agréable. Le portrait des sans logis est fouillé, Kristof, le Polonais qui vivait derrière Notre-Dame dans le premier opus a retrouvé sa fille qu’il cherchait depuis de nombreuses années mais ne peut s’empêcher de retourner dans la rue. A découvrir en attendant la livraison des livres de la rentrée littéraires dans les prochains jours!

Ambulance de Suso de Toro

pioche-en-bib.jpgCouverture de Ambulance de Suso de ToroUn livre trouvé dans les nouvelles acquisitions de la médiathèque.

Le livre : Ambulance de Suso de Toro, traduit de l’espagnol par Georges Tyras, collection Rivages Thriller, éditions Rivages, 173 pages, 2013, ISBN 9782743625344.

L’histoire : il y a quelques années à Saint-Jacques-de-Compostelle. Gringalet et Pepete viennent de sortir de prison. Ils ont besoin de came, braquent une station service, repartent avec un maigre butin, laissent le gérant pour mort, Pepete s’est fait une belle entorse… S’ensuit une cavale pathétique, ils ne peuvent pas sortir de la ville parce qu’une bombe a explosé dans une banque… Retourneront-ils illico en prison?

Mon avis : je ne sais pas pourquoi l’éditeur, l’auteur et le traducteur ont choisi de ne pas traduire Saint-Jacques-de-Compostelle et ont laissé Santiago de Compostela, mais cela n’a aucune importance car le roman pourrait se passer n’importe où, le « décor » est limité, une station service, une rue (deux, allez), une pharmacie, un appartement et un entrepôt. Les personnages aussi sont limités, trois truands, un flic pourri asthmatique, une prostituée, un vieux chien en manque d’affection… Une époque assez indéterminée, les truands comptent la caisse en pesetas et en euros. Le plasticage n’est qu’évoqué, un prétexte à bloquer les personnages en ville. Une bonne partie du récit est fait du point de vue de Pepete, le minable à la cheville blessée, ce qui change du point de vue du détective, mais je n’ai pas vraiment mordu à l’histoire ni au style de ce roman écrit essentiellement en langage parlé… Je vous laisse le lire ou m’en parler, je suis peut-être passée à côté de quelques chose, d’habitude, j’aime bien les choix de cet éditeur pour trouver des polars étrangers « différents »…

Mapuche, de Caryl Férey

Couverture de Mapuche, de Caryl FéreyParmi ses recommandations d’été, le magazine Causette. recommandait cet auteur, son dernier polar mais aussi celui-ci, que j’ai acheté en livre de poche… Il a reçu en 2012 le prix Landernau du polar et le prix du meilleur polar français du magazine Elle.

Le livre : Mapuche, de Caryl Férey, Collection Série Noire, Thrillers, éditions Gallimard, 464 pages, 2012,ISBN 9782070130764 [lu en Folio policier n°° 716, 549 pages, 2013].

L’histoire : en Argentine de nos jours. Rubén Calderón est détective privé et recherche des enfants volés lors de la dictature, lui-même fut torturé il y a trente ans, alors qu’il avait 15 ans, assistant dans les geôles clandestines de l’École de Mécanique de la Marine à mort de son père poète célèbre et sa sœur de 12 ans. Sa mère fait partie des mères (et désormais grands-mères) de la place de Mai. Un jour, on le charge de retrouver Maria, une photographe disparue depuis deux jours, fille du principal soutien financier au maire de Buenos Aires, sans savoir qu’il s’agit aussi d’une enfant volée par la dictature. De son côté, Jana, indienne mapuche réfugiée en ville après la crise financière de 2001-2002, est plus ou moins sortie du tapin et arrive à survivre comme sculptrice engagée sur le sort des indiens. A la demande expresse de son ami(e) Paula / Michele, elle tente de convaincre Rubén d’enquêter sur la mort de Luz, leur ami travesti dont le corps mutilé a été retrouvé dans le port, sans grand espoir du côté de la police. Les deux affaires vont s’avérer étroitement liées, sur les traces des pires moments de la dictature, avec des personnes prêtes à tout pour sauvegarder leurs sales secrets…

Mon avis : un thriller qui plonge dans le passé ou plutôt les passés sombres de l’Aregntine (en frôlant le Chili, mais ça, je vous laisse le découvrir): les geôles de la dictature (et les enfants volés) d’un côté, le sort des Indiens de la forêt amazonienne de l’autre. Il ne s’agit pas d’un documentaire, ceux qui veulent en savoir plus seraient plus inspirés de lire des livres d’histoire, mais bien d’une toile de fond sur laquelle se trace une chasse à l’homme sans merci, entre ceux qui cherchent à faire éclater la vérité et ceux qui sont près à tout pour la garder soigneusement enfouie. La violence se déchaîne, les morts s’accumulent dans les deux camps, la morale n’est pas toujours sauve, la nature humaine se révèle sous ses plus sombres aspects… Une idée de lecture au frais pour les deux prochains jours annoncés très chauds… ou à garder pour cet hiver au coin du feu??? A vous de choisir!

La Madone de Notre-Dame, par Alexis Ragougneau

pioche-en-bib.jpgCouverture de La Madone de Notre-Dame, par Alexis RagougneauJ’ai choisi de commencer mes vacances avec des polars… J’ai emprunté à la médiathèque un livre de cet auteur que je ne connais pas, en faisant confiance à l’éditeur dont j’apprécie en général les choix. Et aussi parce qu’il se passe pendant la procession de Notre-Dame (le 15 août), qui avait bloqué un certain temps notre bateau au retour de notre croisière l’année dernière sur la Seine le 14 août au soir.

Le livre : La Madone de Notre-Dame, par Alexis Ragougneau, éditions Viviane Hamy, 2013, 202 pages, ISBN 9782878585919.

L’histoire : de nos jours à Paris, le 16 août. Les gardiens de Notre-Dame ont repéré une très belle jeune fille habillée de blanc, figée depuis un moment sur un banc… mais c’est une touriste qui s’aperçoit qu’elle est morte. Le palais de justice et le quai des Orfèvres étant à deux pas, la procureure Claire Kauffmann, le commandant Landard et le jeune lieutenant Gombrowicz déboulent rapidement. Mais qui est cette inconnue, habillée dans une tenue peu décente? Le père Kern, qui effectue chaque été un remplacement à Notre-Dame, est chargé d’éviter le scandale et de faire en sorte que la police parte au plus vite. L’enquête révèle vite que la victime avait  la veille troublé la procession, avec sa tenue voyante dans les premiers rangs, et avait été prise à parti par Thibaut, un jeune habitué de Notre-Dame plutôt dérangé. Mais voilà qu’il se suicide pendant sa garde à vue, et le commandant n’est pas convaincu de sa culpabilité…

Mon avis : il s’agit du premier polar publié d’Alexis Ragougneau et il est construit de manière plutôt classique, avec des personnages que l’on retrouve souvent, le vieux flic grognon en fin de carrière, le jeune lieutenant qui y croit, la procureure torturée par ses problèmes personnels, le prêtre hanté par le suicide de son frère il y a des années, la victime mystérieuse. Il s’ouvre néanmoins par une description très réaliste de Notre-Dame. Côté face, une usine à touristes, avec ses bigotes habituées, ses SDF et ses gardiens qui tentent de maintenir un équilibre dans ce petit monde. Côté pile, le clergé qui ne veut pas de vagues et souhaite la réouverture rapide de l’édifice, sans scandale. Et il y a le père Kern, prêtre de banlieue et aumônier des prisons, qui devient peu à peu un personnage clef. Le dénouement final (chut…) n’est pas une grosse surprise, mais ce court roman (200 pages) est bien écrit… donc pas mal pour une petite lecture d’été sans prise de tête! Je vais lire le second roman de cet auteur, deux fois plus gros, emprunté en même temps…

Kobra, de Deon Meyer

Couverture de Kobra, de Deon MeyerUn livre acheté en poche pour le dernier voyage à Paris… J’arrive à lire maintenant une trentaine de pages dans ce format sans ma caméra  s’il y a assez de lumière et si les pages ne pas trop de transparentes 😉 . De Deon Meyer, j’ai déjà lu 13 heures.

Le livre : Kobra, de Deon Meyer, traduit de l’anglais (Afrique-du-Sud) par Estelle Roudet, collection Seuil policier, éditions du Seuil, 2014, 448 pages, ISBN 9782021155006 (lu en poches, Point Policier n°4211, 2015).

L’histoire : de nos jours en Afrique-du-Sud. Trois morts sont retrouvés dans la maison d’hôtes d’un domaine viticole de Franschhoek, un employé de la propriété et deux gardes du corps, anciens policiers d’élite, embauchés par un client britannique, Paul Anthony Morris, qui a disparu. Les douilles des balles sont toutes gravées d’une tête de cobra. Très vite, grâce aux données d’interpol, Benny Griessel, l’enquêteur, s’oriente sur la trace d’un tueur professionnel qui a exécuté divers contrats en Europe. Mais qui est Paul Morris, le consulat, la hiérarchie, un autre service de police, tout le monde semble se liguer pour qu’il ne le découvre pas… Sur le port, aux abords d’un centre commercial, le jeune Tyrone Kleinboo, pickpocket professionnel pour payer les études de médecine de sa sœur, dérobe une portefeuille dans le  sac d’une touriste. Alors qu’il est arrêté et conduit au poste de sécurité, tous les vigiles sont à leur tour abattus, à nouveau des douilles gravées, mais Tyrone a visiblement réussi à s’échapper…

Mon avis : un polar dans le milieu de l’intelligence économique. Le disparu est en fait un mathématicien qui a écrit un algorithme pour traquer l’argent sale dans le flux des transactions financières mondiales. Paradoxalement, il milite aussi pour que le gouvernement britannique flique moins les données numériques des citoyens. En parallèle à l’enquête, cet aspect de la finance internationale, de la complicité des grandes banques, à peine ébauchée, de l’argent du crime mais aussi des politiciens corrompus, aurait mérité d’être plus développé (même en dehors du contexte récent des Panama papers…). Le suspense est maintenu au fil des pages, avec une efficace technique narrative de changement de points de vue, mais j’aime bien les thrillers qui en même temps ouvrent les yeux sur un aspect de la société.

 

Les infâmes de Jax Miller

pioche-en-bib.jpgCouverture de Les infâmes de Jax MillerJe poursuis ma découverte de la  rentrée littéraire 2015 à travers les nouvelles acquisitions de la médiathèque.

Le livre : Les infâmes de Jax Miller, traduit de l’anglais (États-Unis) par Claire-Marie Clévy, éditions Ombres noires, 351 pages, 2015, ISBN 978-2-08-134790-8.

L’histoire : de nos jours aux États-Unis. Freedom Oliver vit dans l’Oregon, protégée par le FBI. Il y a dix-huit ans, elle avait passé deux ans en prison après l’assassinat de son mari, policier violent, puis libérée, un de ses beaux-frères ayant été reconnu coupable. Mais elle a été contrainte à abandonner ses enfants, Ethan (devenu Mason) et surtout Layla (Rebekah), dont elle était enceinte et qu’elle n’a vu que deux minutes à sa naissance, et de vivre avec changer d’identité pour échapper à la vengeance de sa belle famille. Tourmentée par son passé, elle a sombré par l’alcool et attiré la compassion des flics locaux. Un jour, elle apprend la libération de son beau-frère et la disparition de Rebekah, elle quitte son anonymat et décide de se lancer à sa recherche, en fonçant vers Goshen, dans le Kentucky, et l’église évangéliste radicale devenue sectaire des parents adoptifs de ses enfants, Virgil le pasteur et sa femme Carol Paul…

Mon avis : ce polar noir est rythmé par cette ritournelle, « je m’appelle Freedom et… », qui revient très régulièrement après la première phrase, « Je m’appelle Freedom Oliver et j’ai tué ma fille », un peu comme en ouverture d’une séance des alcooliques anonymes. Au fil du récit, on apprend peu à peu l’histoire de la narratrice, la vérité sur le meurtre de son mari arrive assez tard, mais dès le début, elle apparaît alcoolique, impulsive, capable de tendresse (pour sa vieille voisine de palier qui perd la tête, pour Mattley, l’un des flics qui la raccompagne souvent bourrée) comme de réactions vives et violentes. Elle se débat pour ne pas couler complètement, pour ses enfants, pour oublier le viol dont elle a été victime. Tous les personnages ont des traits de caractères forts: Mark le mari violent et flic pourri, Matthew le beau-frère violeur, Peter le beau-frère gentil en fauteuil roulant, les amérindiens Shoshones qui la soigne de deux piqûres de serpent à sonnettes dans l’Idaho, les skinheads qui trafiquent des armes et de la drogue, le pasteur et sa femme… Et le récit est parfois suspendu par un « intermède », un bout de récit à la troisième personne, où l’on quitte la narratrice principale et sa litanie (« je m’appelle Freedom et… »), des parenthèses qui interrompent l’histoire principale tout en l’éclairant. J’ai bien aimé ce polar d’abord, je pense, pour ce rythme particulier, cette course-poursuite de 350 pages à la recherche (à la poursuite) de la liberté (Freedom…) ou au moins de la libération des démons qui la hantent depuis près de vingts ans. Un premier roman réussi pour Jax Miller, pseudonyme d’Anne O’Donnel, née à New York, et vivant en Irlande.

Logo rentrée littéraire 2015Ce livre entre dans la catégorie roman pour le défi de la rentrée littéraire organisé à nouveau en 2015 par Hérisson.

Phantom Boy, d’Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli

Affiche de Phantom Boy, d'Alain Gagnol et Jean-Loup FelicioliJ’ai commencé mon week-end « festival télérama 2016 » avec le dessin animé jeune public, Phantom Boy, d’Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli. Les noms entre crochets sont donc ceux des acteurs qui donnent leurs voix aux personnages.

Le film : à New York, de nos jours. Depuis qu’il est atteint d’un cancer, Leo [Gaspard Gagnol], 11 ans, possède l’étrange pouvoir de sortir de son corps et de survoler la ville. Seule Titi, sa petite sœur [Noah X], connaît son secret. Hospitalisé pour une nouvelle chimiothérapie, il ramène les âmes égarées vers leur corps et tombe un jour sur celle d’un policier, Alex [Édouard Baer], grièvement blessé alors qu’il était tombé par hasard sur le port sur un bandit, « l’homme au visage cassé » [Jean-Pierre Marielle], qui menace de lancer un virus informatique pour détruire tous les systèmes de la ville s’il ne reçoit pas une rançon d’ici 24 heures. Mais le commissaire refuse de croire Alex, le flic casse-pied (et casse-matériel), aussi s’allie-t-il avec une journaliste, Mary [Audrey Tautou] et le petit garçon pour sauver la ville… avec l’aide de son indic gaffeur, la Taupe [Jackie Berroyer].

Mon avis : un très beau dessin animé, avec ce qu’il faut pour faire peur aux grands et aux petits… jusqu’à la fin! Les enfants juste derrière ne bougeaient plus du tout dans les dernières minutes 😉 Il faut dire que le dessin est très beau, avec les survols de New-York et des docks, qu’il y a un savant dosage entre les gentils et les méchants, plein d’humour, le petit chien infernal a beaucoup de succès auprès des petits, le tout dans un bain de musique [de Serge Besset] entraînant. En plus, les adultes aimeront l’ambiance « comics », omniprésente… N’hésitez pas à y aller en famille!

les films que j’ai vus avant le festival, 8 sur 16, c’est pas mal!

– les films que j’ai vus pendant le festival

– les films que je ne verrai pas, ceux qui ne me tentent pas et ceux qui ne passeront pas à Poitiers!

  • Life d’Anton Corbijn
  • Much loved de Nabil Ayouch
  • Birdman d’Alejandro González Iñárritu
  • Phoenix de Christian Petzold
  • Fatima de Philippe Faucon

Fox-trot de Michel Quint

pioche-en-bib.jpgCouverture de Fox-trot de Michel QuintUn livre trouvé parmi les nouvelles acquisitions de la médiathèque… Je ne pouvais pas raté le dernier titre de Michel Quint, qui va finir par devenir un familier de mes fidèles lecteurs (revoir Effroyables jardins et Aimer à peine, Avec des mains cruelles, La folie Verdier, Close-up, L’espoir d’aimer en chemin, Et mon mal est délicieux)!

Le livre : Fox-trot de Michel Quint, éditions Héloïse d’Ormesson, 329 pages, 2015, ISBN 978-2-35087-335-0.

L’histoire : Paris, 6 février 1934. Une émeute éclate suite à l’affaire Stavisky, deux médecins lillois qui « passaient par là » organise un poste de secours avancé où ils reçoivent un blessé mourant auprès duquel se retrouvent une vedette de music hall et la jeune trapéziste Lisa Kaiser, qui recueille une enveloppe qu’il portait sur lui avant de fuir dans sa ville natale… Lille! Dans cette ville, les troubles se multiplient également, Charles, un jeune instituteur proche de la SFIO, s’accroche avec l’un de ses collègues, qu’il accuse d’être ligueur, et est suspendu. Il se réfugie auprès de sa nouvelle amie, une jeune modiste très courue. Par l’intermédiaire de son beau-frère, officier de police, il est vite chargé par le maire de Lille, Roger Salengro, d’infiltrer l’un de ces ligues. De son côté, Lisa Kaiser s’engage au « Sphinx », un cabaret où elle est rapidement retrouvée assassinée…

Mon avis : j’ai beaucoup aimé cette histoire qui nous entraîne dans la sombre histoire des années 1930 et des ligues d’extrême droite à Paris puis dans le Nord de la France. Oups, il faut maintenant dire les Hauts de France… et l’histoire déborde aussi « en bas au centre » de la Belgique (pas tout en bas, il reste encore les Ardennes belges).

Poitiers, Jeanne-d-Arc de Real del Sarte, 05, signature sur la statue Vous y retrouverez d’ailleurs un sculpteur dont j’aime bien l’œuvre, mais qui fut sur le plan politique une belle ordure, non pas « proche » (page 174) mais bien membre fondateur des Camelots du roi. Ce roman n’est pas un cours d’histoire caché dans un roman historique, mais bien un polar qui s’ancre dans l’histoire, cette histoire qui hante Michel Quint au fil de ses romans, la Seconde Guerre mondiale, ses prémices ou ses conséquences au fil des titres… A part la fin (juste les 3 ou quatre dernières pages), qui ne semble pas « raccord » avec le reste, je vous recommande chaudement cette plongée à la fois historique (l’affaire Stavinsky et le scandale du Crédit municipal de Bayonne), politique (la montée des ligues d’extrême droite et la SFIO), sociale (les milieux bourgeois et populaires de Lille), dansante (Fox-trot et autres numéros de cabarets) et … sanglante (3 ou 4 cadavres?) 😉

Logo rentrée littéraire 2015

Ce livre entre dans la catégorie roman pour le défi de la rentrée littéraire organisé par Hérisson.