Archives par étiquette : cinéma

La momie d’Alex Kurtzman

Affiche de La momie d'Alex KurtzmanJe suis allée voir la Momie, d’Alex Kurtzman, en VO et en 2D (parce que pour la 3D, je n’ai pas encore essayé depuis presque quatre ans, ophtalmo et neurologue me promettent de beaux maux de tête avec la 3D!

Le film : il y a deux mille ans, Ahmanet, une princesse égyptienne [Sofia Boutella], qui a passé un pacte avec les forces maléfiques, est enterrée dans le désert selon un rite qui doit empêcher son retour parmi les hommes pour l’éternité. Beaucoup plus tard, à Londres, un groupe d’archéologues fouille un cimetière de croisés morts au milieu du XIIe siècle. Dans le désert irakien, Nick Morton [Tom Cruise] et Chris Vail [Jake Johnson] s’éloignent de leur mission à la recherche d’antiquités. Alors que des combats éclatent, ils trouvent la tombe, une archéologue officielle, Jenny Halsey [Annabelle Wallis] arrive avec les renforts, ils trouvent le sarcophage, l’embarquent à bord d’un avion qui se crashe alors que la momie ressuscite. Ils survivent et se retrouvent en présence du dr Henry Jekyll [Russell Crowe], qui a capturé la momie…

Mon avis : cela faisait longtemps que je n’étais pas allée voir de film d’anticipation / science fiction… Des archéologues à l’affiche, un remake d’Indiana Jones? Une envie aussi de revoir Tom Cruise ? Bon, me voilà donc, une fois n’est pas coutume, au cinéma commercial.. Aucun suspense, tout a été dit dans la bande-annonce et dans les cinq premières minutes. Quelques scènes d’action artificielles, de gros clichés comme les chauves-souris (quoique, ça change des oiseaux) qui entrent dans les moteurs de l’avion et provoquent le crash, courses-poursuites, bref,le scénario manque cruellement d’imagination, mais on ne peut pas nier que Tom Cruise porte le film à lui seul. Un film pas franchement mauvais pour ceux qui aiment ce genre, pour les autres, à prendre au deuxième degré ou bien passez votre tour…

qui doit donner la tonalité de la franchise. L’intrigue promène ses protagonistes de scènes d’action en scène d’action au point de n’avoir plus rien à raconter -il s’agit d’une malédiction, nous est-il expliqué trois ou quatre fois peut-être, dans un film sur la «Momie»…
Le meilleur des effets spéciaux ? Tom Cruise

Cet amalgame achève de faire de «La Momie» un film générique, plutôt dénué d’âme que véritablement mauvais. Il y a tout de même quelques arguments en faveur de ce grand spectacle au rythme effréné, souvent impressionnant à défaut d’être très original, comme la présence toujours imposante de Russell Crowe, l’élégance de Sofia Boutella, et bien sûr Tom Cruise. C’est l’acteur qui a lancé l’idée de la meilleure scène du film, le clou du spectacle, tournée en apesanteur dans un avion en chute libre. Toujours aussi énergique à 55 ans, s’amusant avec ce rôle proche de celui d’«Edge of Tomorrow», et surtout en tournant ses propres cascades, Tom Cruise prouve à chaque instant qu’il est encore le meilleur des effets spéciaux.

Le Caire confidentiel de Tarik Saleh

Affiche de Le Caire confidentiel de Tarik SalehParmi les films que j’ai vus ces dernières semaines, il y a Le Caire confidentiel de Tarik Saleh.

L’histoire : Le Caire, en janvier 2011, quelques jours avant le début de la révolution. Une chanteuse est retrouvée morte assassinée dans la chambre d’un grand hôtel, Salwa [Mari Malek] une très jeune femme de ménage, émigrée et vulnérable, a vu un homme sortir de la chambre et est vite menacée. L’inspecteur Noureddine Mostefa [Fares Fares] est chargé de l’enquête mais se trouve très vite confronté au général Kamal Mostafa [Yasser Ali Maher], aux services secrets, à la garde rapprochée du président Moubarak et à sa hiérarchie qui fait pression pour qu’il classe cet assassinat en suicide (égorgée, pas facile comme technique de suicide)… d’autant plus qu’explosent les « incidents » (bientôt la Révolution) sur la place Tahir, qui nécessitent la présence de la police.

Mon avis (et je pense aussi celui d’une amie qui était avec moi) : c’est un film sombre, au sens propre du terme, avec beaucoup de scènes tournées dans l’obscurité, ce qui me gêne encore avec mes problèmes visuels (modification de la vision des couleurs, atténuées à gauche notamment). Tous les flics sont corrompus, y compris Noureddine (oups, l’argent qui était dans le portefeuille de la victime est vite subtilisé), sexe, alcool (oui, oui, Égyptiens, musulmans mais amateurs d’alcools forts), drogue (opium), tous les ingrédients d’un polar se retrouvent concentrés. Les communautés d’émigrés sont organisés en groupes qui payent aussi leur tribut. Si j’ai trouvé l’acteur Fares Fares très bon, mais l’histoire est trop sombre (au sens propre comme au sens figuré) à mon goût.

Visages Villages d’Agnès Varda et JR

affiche de Visages Villages d'Agnès Varda et JRMe voici de retour après un mois d’absence sur le blog, mais j’en ai profité pour aller au cinéma, lire, visiter des expositions… Je commence aujourd’hui par vous parler de Visages Villages de JR et Agnès Varda [revoir  Jane B[irkin], avec une venue mémorable d’Agnès Varda au TAP cinéma à Poitiers, et Les plages d’Agnès].

L’histoire : à travers la France, d’un côté, Agnès Varda, ses presque 90 ans, sa gouaille habituelle, sa coupe au bol, une vision qui se dégrade, la marche pas toujours facile, parfois avec une canne ou sur un fauteuil roulant dans une galerie du Louvre. De l’autre, JR, 35 ans, ses lunettes noires, son chapeau, son camion-labo photo qui permet de tirer de grandes photographies en noir et blanc, à coller sur des murs. Les voilà partis à travers la France, à la rencontre de  » vrais gen s », dans un coron voué à la destruction, au milieu du port du Havre, sur un bunker effondré sur une plage, devant chez Jean-Luc Godard, dans un village abandonné, etc… A chaque projet, les habitants, les passants sont associés à la prise des portraits, à donner leur avis, à participer à l’œuvre éphémère.

Mon avis : j’ai passé un très agréable moment avec ce film que l’on peut voir à plusieurs degrés, un reportage sur les installations éphémères, un retour sur le cinéma des années 1960 (de nombreuses allusions à son mari Jacques Demy, à Jean-Luc Godard qui va presque la faire pleurer de déception, et à leurs amis),  un hommage à la vieillesse et au corps vieillissant (les yeux et les orteils d’Agnès Varda démesurément agrandis et collés sur des wagons de marchandise). Pour moi, JR (voir son site officiel) était un photographes qui avait collé des portraits au Panthéon ou la la Bibliothèque nationale, j’ai découvert un artiste beaucoup plus sensible et plus touche à tout que dans les interviews que j’avais entendues ces dernières années. Chaque projet est très différent, la plupart du temps, il s’est agi de faire des photographies des gens qui participent au projet (la dernière habitante d’un coron voué à la démolition, les ouvriers d’une usine, trois femmes de dockers au Havre, les voisins d’un lotissement abandonné en pleine construction, l’agriculteur sur sa grange), mais un projet est particulier. JR a plongé dans la collection de photographies d’Agnès Varda, s ils ont choisi un portrait qu’elle avait fait dans les années 1950 du photographe Guy Bourdin, tourné et détouré l’image, collé à vitesse grand V entre deux marées par JR et son équipe sur un bunker effondré… le résultat était impressionnant et fut détruit… dès la marée suivante! Et voilà que s’ouvre au fil des projets un dialogue entre deux personnages (au sens propre) de deux générations, très différents mais avec des approches esthétiques, des centres d’intérêts, des lieux semblables qui les attirent. Allez, je vous laisse aller voir le film pour savoir si JR finira par ôter ses lunettes de soleil!

L’amant double de François Ozon

Je suis allée voir L’amant double de François Ozon, présenté au dernier festival de Cannes – 2017 (revoir mes avis sur ses films précédents : Une nouvelle amie, Dans la maison, Ricky, Frantz).

L’histoire : de nos jours à Paris. Chloé [Marine Vacth] a mal au ventre depuis un moment, sa gynécologue [Dominique Reymond] ne trouve rien et l’adresse à Paul Meyer [Jérémie Renier], un psychiatre aux méthodes de psychanalyste, dont elle tombe amoureuse et réciproquement ; par mesure de déontologie, il décide de mettre fin à sa thérapie. Quelques semaines plus tard, ils emménagent ensemble et elle trouve un emploi de gardiennage dans un musée avec des expositions d’art contemporain. En rentrant en bus chez elle, elle croit reconnaître Paul avec une femme, mais sur la plaque de l’immeuble où il entre, on peut lire : « Louis Delord, psychanalyste ». Alors qu’elle allait mieux, elle décide d’entreprendre une psychanalyse avec celui qui lui avoue très vite qu’il est le jumeau de Paul…

Mon avis : le film s’ouvre sur une scène façon  Origine du monde (de Gustave Courbet), sur une table de gynécologue en plus intime (je vous laisse découvrir au cinéma…).

Au cœur du film se trouve une réflexion sur la gémellité, les chimères, l’absorption d’un jumeau dans les premières phases de division cellulaire, une « tumeur » correspondant à ce jumeau qui n’a jamais existé… mais que vient faire là-dedans une « monstruosité » à propos d’un chat mais généralisé aux humains, un « caryotype XXY » ? Cela n’a rien à voir avec l’absorption d’un jumeau, ce n’est pas extrêmement rare comme proclamé dans le film puisque cette anomalie chromosomique concerne un homme sur 500 à 600 (voir la page des journées d’information sur les syndromes de Klinefelter,
triplo X, double Y et Turner
de l’association Valentin Apac)…

Ceci dit, François Ozon joue avec les images, les miroirs, le dédoublement, les images qui disent la vérité ou non. Une image peut-elle mentir? Qui est qui? Chloé est déboussolée, le spectateur aussi. Paul? Louis? Lequel des deux amants / frères jumeaux est responsable, des années auparavant, de la tentative de suicide d’une jeune fille restée en état pauci-relationnel? Entre le cabinet du psychanalyste et ses deux fauteuils face à face, les scènes de sexe (brèves mais crues), quelques images d’une grande quiétude (le chat, les escaliers art déco, …) ou inquiétantes (la voisine avec la chambre de sa fille). Pas de doute, Ozon a décidé de jouer avec le spectateur qui n’en sort pas indifférent malgré la fin qui permet un retour à la réalité… Chut, je vous laisse aller voir le film pour vous faire une idée.

Pour aller plus loin :

Logo de l'association Valentin Apac – voir le site de l’association Valentin Apac, association de porteurs d’anomalies chromosomiques, notamment pour le , syndrome de Klinefelter (homme avec un caryotype 47, XXY). Vous pouvez toujours soutenir l’association via sa boutique en ligne ou en soutenant l’une des équipes engagées dans la course des héros ce dimanche (18 juin 2017) à Paris ou à Lyon… Il reste jusqu’à ce jeudi 15 juin pour abonder les cagnottes!

Hôtel Everland, palais de Tokyo, Paris – voir quelques expositions du Palais de Tokyo (où Chloé a trouvé un emploi…)

 

 

Rodin de Jacques Doillon

Il faut que je vous parle de deux films que je viens de voir avec une amie, Rodin de Jacques Doillon (ci-dessous) et L’amant double de  François Ozon (à venir très vite).

Le film : à Paris (et Meudon, Chartres, etc.), à partir de 1880. Auguste Rodin  [Vincent Lindon] vient de recevoir la commande de la Porte de l’Enfer (d’après Dante), par l’État. Il intègre dans son atelier Camille Claudel [Izïa Higelin], comme petite main, modèle puis amante, et se heurte à son amante en titre, Rose Beuret [Séverine Caneele]. Au fil des mois, il travaille à La Porte de l’Enfer, aux Bourgeois de Calais, au Monument à Balzac, qui l’obsède, passe de Paris à Meudon et près de Tours, rencontre intellectuels, autres peintres et marchands d’art…

Mon avis : à l’accueil du cinéma, on nous avait précisé que certaines répliques étaient difficiles à comprendre, mais que c’était un problème du film, et pas de la salle… Effectivement, Vincent Lindon, barbu et bougonnant, est souvent difficile à comprendre surtout sur la fin de ses phrases. Et pour moi il est aussi difficile à reconnaître, avec ma prosopagnosie , mon cerveau ne l’a pas « enregistré » comme barbu et il faut attendre qu’il parle pour qu’il accepte de le reconnaître… C’est peut-être aussi à cause de ma difficulté à reconnaître les visages que je n’ai pas repéré avant la fin du film que Rodin prenait de plus en plus de rides sur le front.

Si les lieux sont indiqués par des insertions d’images dessinées en blanc sur fond noir, le film manque de repères chronologiques et il y a sans doute des incohérences (ou bien je n’ai pas bien suivi la chronologie du film…) :

  • le film devrait commencer en 1880… compatible avec la commande récente de la Porte de l’Enfer, fil rouge du film (et de 30 ans de la vie de Rodin…) par l’État à Rodin en 1879
  • … mais Camille Claudel n’a probablement pas rencontré Rodin avant 1882 (elle a alors que 18 ans) et elle n’intègre son atelier qu’en 1884, date à laquelle elle participe au projet des Bourgeois de Calais, ce que l’on ne voit que dans le dernier tiers du film alors qu’elle semble déjà être depuis longtemps dans l’atelier
  • la visite de l’atelier de Rodin par les commanditaires (la Société des gens de lettres dont  Émile Zola) de la statue de Balzac a lieu autour de 1893-1895 (Rodin a déjà livré plusieurs épreuves, une version est présentée au salon des artistes français de 1898, une seconde avec le manteau à celui de 1899, je vous explique ça très vite) ;
  • Rodin devient l’amant de Sophie Postolska [Magdalena Malina dans le film] de 1898 à 1905 ;
  • s’il est amant de Rose Beuret, l’une de ses modèles, depuis 1867, il ne se marie avec elle qu’en 1917, année de sa mort (à lui) ;
  • il rencontre plusieurs fois à partir de 1902 Rainer Maria Rilke, qui devient son secrétaire en 1905-1906, ce qui doit correspondre dans le film à la visite de la cathédrale de Chartres… pour laquelle il aurait été plus judicieux de montrer des parties anciennes que les restaurations du 19e siècle vus les commentaires qui en sont faits.

Comme les personnages ne sont pas faciles voire impossibles à reconnaître, chaque personnage est identifié par une réplique, mais à la longue, le procédé, répétitif, devient agaçant surtout que la formule est le plus souvent « mon cher… » (Monet, Mirbeau, Rilke, Paul -Claudel- etc.). Il y a quand même des éléments positifs, le film ne se focalise pas sur Camille Claudel et fait une large part à Rose Beuret, il montre aussi assez bien la procédure de la sculpture, les longues séances de poses, les croquis, le travail du plâtre, le rôle des collaborateurs/trices de l’atelier, la reproduction à plusieurs échelles,  mais pas la fonte, une visite dans un atelier de fondeur aurait pu compléter le film, plus que la scène avec Rilke à Chartres.

Je pensais vous avoir montré la statue d’Honoré de Balzac par Auguste Rodin (Paris, 1840 –  Meudon, 1917), sur le boulevard Raspail à Paris, j’ai retrouvé mes photographies d’avril 2016, très moyennes… mais je vous les montre quand même rapidement en attendant de les refaire sans contrejour. Il y en a un autre tirage dans la cour du musée Rodin à Paris.

Le Penseur de Rodin, au musée Rodin à ParisPour aller plus loin, sur mon blog, voir aussi:

De toutes mes forces, de Chad Chenouga

Ce week-end, je suis allée voir De toutes mes forces, réalisé par Chad Chenouga sur un scénario qu’il a co-écrit avec Christine Paillard. Il s’agit d’un film en grande partie autobiographique.

L’histoire : à Paris de nos jours. Nassim [Khaled Alouach] est élève en première ES dans un lycée parisien. De retour d’un week-end avec des copains, il trouve sa mère décédée, elle qui était droguée et au bord de la folie depuis longtemps. Overdose accidentelle ou suicide alors qu’il lui avait laissé un peu plus de médicaments que d’habitude? Personne ne veut lui répondre. Ses oncle et tante ayant refusé de l’accueillir chez eux, il est placé dans un foyer de banlieue, à 40 minutes de trajet de son lycée. Les relations sont tendues avec les éducateurs, la directrice Mme Cousin [Yolande Moreau] et ses nouveaux camarades cabossés par la vie. Il trouve un peu de réconfort avec Zawady [Jisca Kalvanda], élève en première année de médecine avec qui il échange la révision du concours contre des explications en mathématique… car au foyer, l’idée fixe des adultes est de l’inscrire dans un lycée professionnel plus proche du foyer et les autres résidents ne sont pas « intéressés » par les études.

Mon avis : Nassim doit faire face au déracinement, lui qui était complètement libre avec sa mère folle ne peut plus sortir comme il veut pour voir ses amis de lycée, se voit confisquer son téléphone portable (certes en punition pour avoir fait le mur), n’a pas de réponse sur la cause de la mort de sa mère (est-il involontairement responsable de son suicide ou s’agit-il d’une overdose accidentelle?) ni de prise en charge de son deuil difficile. Les foyers gérés par l’aide sociale à l’enfance diffèrent désormais beaucoup d’un département à l’autre. Il est probable qu’il en reste qui continuent à vouloir empêcher les enfants hébergés de choisir leur voie d’études, à faire du chantage au dossier personnel qui leur colle à la peau et les accompagne partout, mais qu’ils sont bien les seuls à ne pas pouvoir lire (la loi sur l’accès aux documents administratifs nominatifs devrait pourtant s’appliquer, même pour des mineurs)… Comme dans Divines, de Houda Benyamina, il y a dans ce film, outre Khaled Alouach, l’acteur principal omniprésent et très bon, et Jisca Kalvanda (l’étudiante en médecine), de jeunes acteurs qui font fonctionner ce film, tant parmi les amis du lycée parisien que parmi les jeunes du foyer. Les éducateurs ou les parents de l’un de ses camarades de classe ont des petits rôles, le seul rôle d’adulte un peu important revient à une Yolande Moreau tout ébouriffée, qui joue sur la corde raide entre la mère fouettard à quelques semaines de la retraite et la mère de substitution de ces adolescents paumés et/ou cabossés par la vie, même si elle ne se révolte pas contre le système. Il y a aussi quelques scènes très belles, comme les feuilles de papier enflammées qui volent dans la nuit… Allez voir ce film, mais plutôt si vous n’avez pas le cafard parce que je ne le trouve vraiment pas optimiste.

Corporate, de Nicolas Silhol

Ce week-end, je suis allée voir Corporate, de Nicolas Silhol.

Le film : de nos jours à Paris, dans un grand groupe, l’ESEN.  Depuis un peu plus d’un an, le directeur des ressources humaines du site parisien, Stéphane Froncart [Lambert Wilson], a embauché (pour 100.000€ annuels) Émilie Tesson-Hansen [Céline Sallette] à la tête des ressources humaines du service financier (environ 70 personnes). Après un stage de chiens de traîneaux dans les Alpes, ils ont repéré les 10% de personnes à faire partir de l’entreprise… de leur plein gré! Pas de licenciements, mais des offres de mutation, du harcèlement, il faut pousser ces salariés jusque là modèles à démissionner, le tout caché derrière une jolie appellation, « Ambition 2016 ». Bien que mis au placard, avec la photocopieuse, l’un des salariés, Didier Dalmat [Xavier de Guillebon], résiste, … Après avoir tenté d’avoir enfin un entretien avec Émilie, lors de la pause déjeuner, il se suicide en se jetant par une fenêtre du quatrième étage. L’entreprise lance un plan de communication (le suicide, c’est une affaire personnelle, dixit le responsable de la communication), le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) met en cause le plan de management et les évaluations, une inspectrice du travail [Violaine Fumeau] mène l’enquête alors qu’elle tente de se justifier aux yeux de ses collègues les plus proches, Vincent [Stéphane De Groodt] avec qui elle déjeune régulièrement et Sophie, sa secrétaire [Alice de Lencquesaing]… Émilie est en première ligne dans la recherche des responsabilités, sera-t-elle le fusible docile de son entreprise ou se révoltera-t-elle? Comment concilier vie professionnelle envahissante et vie familiale, alors  que son compagnon, Colin Hansen [Charlie Anson] a lâché son boulot londonien pour la suivre et s’occuper de leur petit garçon?

Mon avis : le scénario parle à la fois, d’un côté, du processus de harcèlement et de « management » agressif  et de l’autre côté, du rôle du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et l’inspection du travail. A peine esquissées en arrière-plan, par quelques allusions, les pressions menées par l’entreprise contre l’inspectrice du travail (plainte pour harcèlement et tentative de faire dé-saisir l’inspectrice du dossier) et une réunion de CHSCT assez peu réaliste, mais au moins, c’est un film qui montre ce type d’instance paritaire dont les patrons aimeraient souvent bien se débarrasser! Les représentants syndicaux dénoncent le plan « ambition 2016 », les méthodes d’évaluations individuelles et la « pro-activité » qui ont généré les souffrances au travail – plus facile dans ces conditions pour le patron de faire démissionner ceux qu’il a ciblés. Le film est littéralement porté par Céline Sallette, dans le rôle principal. Le plateau de « l’open space », les salles de réunion ou les bureaux individuels des « chefs » dans l’entreprise sont aussi aseptisés que la cuisine de l’appartement de la (sous-)DRH. Je vous recommande d’aller voir ce film, qui devrait figurer en bonne place pour lancer de plus amples débats lors du prochain festival Filmer le travail – au-delà de la projection organisée hier 10 avril 2017 au TAP-Castille avec le réalisateur et un ancien inspecteur du travail à laquelle je ne pouvais pas assister – même si ce festival privilégie les documentaires aux fictions.

Citoyen d’honneur, de Mariano Cohn et Gastón Duprat

Quand j’avais vu la présentation de Citoyen d’honneur, de Mariano Cohn et Gastón Duprat, je n’avais pas vraiment eu envie d’aller le voir, mais la critique de Philippe Lançon dans Charlie Hebdo m’a fait changer d’avis… même s’il est déjà sorti depuis presque un mois et que j’avais lu avant d’autres bonnes critiques qui ne m’avaient pas vraiment décidée ; le ton de Philippe Lançon était différent et m’a intriguée. Oscar Martínez a reçu le prix du meilleur acteur au dernier festival de Venise et le film figurait dans la sélection des Oscar…

Le film : de nos jours à Barcelone puis à Salas, à 750 km de Buenos Aires. Depuis qu’il a reçu son prix Nobel de littérature il y a cinq ans,
l’argentin Daniel Mantovani [Oscar Martínez], la soixantaine, n’a rien écrit, annule sa présence au dernier moment dans de nombreuses réceptions et conférences. Un jour, sa secrétaire lui parle d’une lettre reçue de Salas, sa ville natale qu’il a quittée quand il avait 20 ans et qui est au centre de tous ses romans. Il n’y est jamais retourné, pas même pour l’enterrement de ses parents, et voilà que le maire [Manuel Vicente] l’invite la semaine suivante pour le faire citoyen d’honneur! Il décide d’y aller seul, de renouer avec son passé. Entre les pannes de voiture, les tours de ville à pied ou sur la voiture des pompiers, les conférences, les réceptions, le concours de peintres locaux, le réceptionniste de l’hôtel qui écrit des nouvelles [Julián Larquier Tellarini], le séjour n’a rien à voir avec sa petite vie sur-protégée en Europe! Il retrouve son ami Antonio [Dady Brieva], qui a épousé Irene [Andrea Frigerio], son ex-petite amie, et découvre leur fille, Julia [Belén Chavanne], à l’une de ses conférences puis… envahissant son lit!

Mon avis : j’ai bien fait de me laisser revenir sur la première impression laissée par la bande-annonce! L’acteur principal est vraiment excellent, et le ton très décalé de la narration rend certaines scènes jubilatoires! Le film aborde la place de l’écrivain – et au-delà de l’artiste- dans la cité, la Cité avec un C majuscule même, de star capricieuse en Europe, il devient presque un citoyen ordinaire dans sa ville natale, la voiture venue l’accueillir crève sur le raccourci emprunté par le chauffeur, l’hôtel ressemble à « un hôtel roumain » [sic], les rues sont défoncées mais chacun veut prendre un selfie avec lui… Au fil des jours, l’affluence aux conférences passe de la salle pleine à cinq ou six personnes plutôt âgées… A part la fille de son ami Antonio, le réceptionniste de l’hôtel et le monsieur qui a reconnu son père dans l’un de ses personnages, qui d’ailleurs a vraiment lu ses livres? Ah si, le docteur dont il a recalé la croûte au concours de peinture… Le « citoyen d’honneur » refuse d’assumer le résultat final qui comprend tous les recalés – parce que le maire, lui, il va devoir continuer à vivre au quotidien avec ces gens influents. La photographie des scènes nocturnes est très réussie. Si le film est encore à l’affiche chez vous, je vous le recommande vraiment!

A signaler aussi dans sa villa de Barcelone l’impressionnante bibliothèque qui fait écho à l’article que Télérama a consacré aux bibliothèques des écrivains à l’occasion du dernier salon du livre de Paris. Et ce film me donne envie de reprendre la lecture des prix Nobel de littérature, complètement abandonnée ces derniers mois! 😉

L’autre côté de l’espoir de Aki Kaurismäki

Ma sortie cinéma du week-end a été pour L’autre côté de l’espoir de Aki Kaurismäki ; vous pouvez aussi (re)lire mon avis sur Le Havre, qui passera ce mercredi sur Arte… Il a reçu l’ours d’argent au dernier festival de Berlin.

Le film : à Helsinki de nos jours. Khaled  [Sherwan Haji] émerge de la cale à charbon d’un ferry ; jeune émigré syrien, après une bonne douche, il se rend au commissariat pour déposer une demande d’asile, et se retrouve en centre d’accueil, où il se lie d’amitié avec Nyrhinen [Janne Hyytiäinen], un Irakien qui patiente depuis plus longtemps que lui. De son côté, Wikhström [Sakari Kuosmanen], la cinquantaine, quitte sa femme alcoolique, revend son stock de chemises, fait fructifier son capital au poker et rachète un restaurant qui vivote… Débouté du droit d’asile, parce que même si toute sa famille a été tuée dans un bombardement, sauf sa sœur dont il a été séparé et qu’il a cherché en vain, Alep n’est plus considéré comme dangereuse (le jour même du bombardement d’un hôpital), Khaled prend la fuite et est recueilli par Wikhström.

Mon avis : ce film casse l’image de la Finlande hospitalière, le rendu du jugement de reconduite à la frontière turque, mis en perspective avec l’actualité télévisée à Alep, est mis en scène de manière très surréaliste par Aki Kaurismäki. Il contrebalance les attaques des groupes d’extrême droite, soit par l’indifférence du chauffeur de bus, soit par la réaction plus forte d’un groupe de musiciens d’un certain âge. La gestion du restaurant relève de la grande improvisation, avec un personnel qui, pas payé par l’ancien patron, avait pris des habitudes ses aises, peut-être pas si grave que ça après la visite des services de l’hygiène 😉 Ces petites touches d’humour permanentes, le fond de musique rock des années 1960, détendent en permanence l’ambiance. Des rencontres fortuites (un marin, une employée du centre d’accueil, le choix du local à ordures du restaurant), des petits gestes permettent à Khaled de survivre dans la capitale finlandaise où il a amerri par hasard. Un film plein d’humanité…

Sage Femme de Martin Provost

Je suis allée voir Sage femme (sans tiret, la bande annonce joue sur la présence ou non du trait d’union), de Martin Provost. Vous pouvez (re)lire mes avis sur ses précédents films, Où va la nuit et Séraphine.

Le film : de nos jours, à Mante-la-Jolie et à Paris. Claire [Catherine Frot] est sage-femme dans une petite maternité vouée à une fermeture prochaine pour être regroupée avec une « usine à bébés ». En attendant, elle continue à y accueillir avec humanité ses patientes. A la maison, son fils Simon [Quentin Dolmaire], qu’elle a élevé seule, est en troisième année de médecine et part s’installer avec sa copine. Il aime venir nager dans la Seine, à partir du ponton du jardin, où vient d’arriver un nouveau voisin, plus exactement le fils du vieux monsieur malade et propriétaire du jardin voisin, Paul [Olivier Gourmet], chauffeur routier. Un jour, Claire reçoit le coup de fil d’une femme surgie de son passé, Béatrice [Catherine Deneuve], qui avait disparu d’un coup il y a une trentaine d’années. Très malade (tumeur au cerveau), fantasque, joueuse, elle cherche son ancien amant, le père de Claire, ancien champion de natation… qui s’est suicidé quelques jours après sa disparition.

Mon avis : je trouve qu’à vouloir mettre trop de choses dans ce film, plusieurs sujets sont abordés trop superficiellement, comme le jeune couple du fils et la grossesse qui démarre, ou même l’édile naissante avec Paul, le voisin de jardin. Le métier de sage-femme fait des coupures bien utiles dans la narration, la fermeture de la maternité et le transfert vers une « usine à bébés » sont un vrai sujet, mais là aussi, est-ce qu’il n’en est pas dit trop ou pas assez, en brouillant l’histoire principale, qui est finalement, l’irruption de Béatrice dans la vie de Claire? Là encore, des sujets sont abordés je trouve de manière trop superficielle si cela doit servir le propos du film ou trop longuement pour la narration principale, comme l’évocation des lieux glauques liés au jeu, les tripots clandestins (où Béatrice est la seule femme) ou la prêteuse que l’on imagine usurière. Le film dure deux heures, je trouve qu’il rate son propos principal, la confrontation entre une femme à la vie bien rangée, passionnée par son métier et soucieuse d’une alimentation saine et équilibrée, sans alcool (Catherine Frot) et une femme fantasque, joueuse (fumant, picolant et mangeant trop de viande, de sel et de gras), vivant aux crochets de la société et de ceux sur qui elle arrive à mettre le grappin (Catherine Deneuve). Je ne suis pas sûre que la greffe entre les deux actrices, qui jouaient pour la première fois ensemble, ait vraiment pris non plus, à part la scène de projection de diapositives, j’ai eu l’impression de deux femmes jouant côte à côte, un peu contraintes, plutôt que de deux actrices complices. Catherine Frot est aussi, pour moi, plus une actrice de théâtre que de cinéma, je n’avais pas été convaincue du tout de son rôle de cantatrice dans Marguerite de Xavier Giannoli, même s’il lui a valu de prestigieux prix. Je vous laisse aller voir le film, vous aurez peut-être un avis moins mitigé que moi…