Archives par étiquette : cinéma

De toutes mes forces, de Chad Chenouga

Ce week-end, je suis allée voir De toutes mes forces, réalisé par Chad Chenouga sur un scénario qu’il a co-écrit avec Christine Paillard. Il s’agit d’un film en grande partie autobiographique.

L’histoire : à Paris de nos jours. Nassim [Khaled Alouach] est élève en première ES dans un lycée parisien. De retour d’un week-end avec des copains, il trouve sa mère décédée, elle qui était droguée et au bord de la folie depuis longtemps. Overdose accidentelle ou suicide alors qu’il lui avait laissé un peu plus de médicaments que d’habitude? Personne ne veut lui répondre. Ses oncle et tante ayant refusé de l’accueillir chez eux, il est placé dans un foyer de banlieue, à 40 minutes de trajet de son lycée. Les relations sont tendues avec les éducateurs, la directrice Mme Cousin [Yolande Moreau] et ses nouveaux camarades cabossés par la vie. Il trouve un peu de réconfort avec Zawady [Jisca Kalvanda], élève en première année de médecine avec qui il échange la révision du concours contre des explications en mathématique… car au foyer, l’idée fixe des adultes est de l’inscrire dans un lycée professionnel plus proche du foyer et les autres résidents ne sont pas « intéressés » par les études.

Mon avis : Nassim doit faire face au déracinement, lui qui était complètement libre avec sa mère folle ne peut plus sortir comme il veut pour voir ses amis de lycée, se voit confisquer son téléphone portable (certes en punition pour avoir fait le mur), n’a pas de réponse sur la cause de la mort de sa mère (est-il involontairement responsable de son suicide ou s’agit-il d’une overdose accidentelle?) ni de prise en charge de son deuil difficile. Les foyers gérés par l’aide sociale à l’enfance diffèrent désormais beaucoup d’un département à l’autre. Il est probable qu’il en reste qui continuent à vouloir empêcher les enfants hébergés de choisir leur voie d’études, à faire du chantage au dossier personnel qui leur colle à la peau et les accompagne partout, mais qu’ils sont bien les seuls à ne pas pouvoir lire (la loi sur l’accès aux documents administratifs nominatifs devrait pourtant s’appliquer, même pour des mineurs)… Comme dans Divines, de Houda Benyamina, il y a dans ce film, outre Khaled Alouach, l’acteur principal omniprésent et très bon, et Jisca Kalvanda (l’étudiante en médecine), de jeunes acteurs qui font fonctionner ce film, tant parmi les amis du lycée parisien que parmi les jeunes du foyer. Les éducateurs ou les parents de l’un de ses camarades de classe ont des petits rôles, le seul rôle d’adulte un peu important revient à une Yolande Moreau tout ébouriffée, qui joue sur la corde raide entre la mère fouettard à quelques semaines de la retraite et la mère de substitution de ces adolescents paumés et/ou cabossés par la vie, même si elle ne se révolte pas contre le système. Il y a aussi quelques scènes très belles, comme les feuilles de papier enflammées qui volent dans la nuit… Allez voir ce film, mais plutôt si vous n’avez pas le cafard parce que je ne le trouve vraiment pas optimiste.

Corporate, de Nicolas Silhol

Ce week-end, je suis allée voir Corporate, de Nicolas Silhol.

Le film : de nos jours à Paris, dans un grand groupe, l’ESEN.  Depuis un peu plus d’un an, le directeur des ressources humaines du site parisien, Stéphane Froncart [Lambert Wilson], a embauché (pour 100.000€ annuels) Émilie Tesson-Hansen [Céline Sallette] à la tête des ressources humaines du service financier (environ 70 personnes). Après un stage de chiens de traîneaux dans les Alpes, ils ont repéré les 10% de personnes à faire partir de l’entreprise… de leur plein gré! Pas de licenciements, mais des offres de mutation, du harcèlement, il faut pousser ces salariés jusque là modèles à démissionner, le tout caché derrière une jolie appellation, « Ambition 2016 ». Bien que mis au placard, avec la photocopieuse, l’un des salariés, Didier Dalmat [Xavier de Guillebon], résiste, … Après avoir tenté d’avoir enfin un entretien avec Émilie, lors de la pause déjeuner, il se suicide en se jetant par une fenêtre du quatrième étage. L’entreprise lance un plan de communication (le suicide, c’est une affaire personnelle, dixit le responsable de la communication), le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) met en cause le plan de management et les évaluations, une inspectrice du travail [Violaine Fumeau] mène l’enquête alors qu’elle tente de se justifier aux yeux de ses collègues les plus proches, Vincent [Stéphane De Groodt] avec qui elle déjeune régulièrement et Sophie, sa secrétaire [Alice de Lencquesaing]… Émilie est en première ligne dans la recherche des responsabilités, sera-t-elle le fusible docile de son entreprise ou se révoltera-t-elle? Comment concilier vie professionnelle envahissante et vie familiale, alors  que son compagnon, Colin Hansen [Charlie Anson] a lâché son boulot londonien pour la suivre et s’occuper de leur petit garçon?

Mon avis : le scénario parle à la fois, d’un côté, du processus de harcèlement et de « management » agressif  et de l’autre côté, du rôle du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et l’inspection du travail. A peine esquissées en arrière-plan, par quelques allusions, les pressions menées par l’entreprise contre l’inspectrice du travail (plainte pour harcèlement et tentative de faire dé-saisir l’inspectrice du dossier) et une réunion de CHSCT assez peu réaliste, mais au moins, c’est un film qui montre ce type d’instance paritaire dont les patrons aimeraient souvent bien se débarrasser! Les représentants syndicaux dénoncent le plan « ambition 2016 », les méthodes d’évaluations individuelles et la « pro-activité » qui ont généré les souffrances au travail – plus facile dans ces conditions pour le patron de faire démissionner ceux qu’il a ciblés. Le film est littéralement porté par Céline Sallette, dans le rôle principal. Le plateau de « l’open space », les salles de réunion ou les bureaux individuels des « chefs » dans l’entreprise sont aussi aseptisés que la cuisine de l’appartement de la (sous-)DRH. Je vous recommande d’aller voir ce film, qui devrait figurer en bonne place pour lancer de plus amples débats lors du prochain festival Filmer le travail – au-delà de la projection organisée hier 10 avril 2017 au TAP-Castille avec le réalisateur et un ancien inspecteur du travail à laquelle je ne pouvais pas assister – même si ce festival privilégie les documentaires aux fictions.

Citoyen d’honneur, de Mariano Cohn et Gastón Duprat

Quand j’avais vu la présentation de Citoyen d’honneur, de Mariano Cohn et Gastón Duprat, je n’avais pas vraiment eu envie d’aller le voir, mais la critique de Philippe Lançon dans Charlie Hebdo m’a fait changer d’avis… même s’il est déjà sorti depuis presque un mois et que j’avais lu avant d’autres bonnes critiques qui ne m’avaient pas vraiment décidée ; le ton de Philippe Lançon était différent et m’a intriguée. Oscar Martínez a reçu le prix du meilleur acteur au dernier festival de Venise et le film figurait dans la sélection des Oscar…

Le film : de nos jours à Barcelone puis à Salas, à 750 km de Buenos Aires. Depuis qu’il a reçu son prix Nobel de littérature il y a cinq ans,
l’argentin Daniel Mantovani [Oscar Martínez], la soixantaine, n’a rien écrit, annule sa présence au dernier moment dans de nombreuses réceptions et conférences. Un jour, sa secrétaire lui parle d’une lettre reçue de Salas, sa ville natale qu’il a quittée quand il avait 20 ans et qui est au centre de tous ses romans. Il n’y est jamais retourné, pas même pour l’enterrement de ses parents, et voilà que le maire [Manuel Vicente] l’invite la semaine suivante pour le faire citoyen d’honneur! Il décide d’y aller seul, de renouer avec son passé. Entre les pannes de voiture, les tours de ville à pied ou sur la voiture des pompiers, les conférences, les réceptions, le concours de peintres locaux, le réceptionniste de l’hôtel qui écrit des nouvelles [Julián Larquier Tellarini], le séjour n’a rien à voir avec sa petite vie sur-protégée en Europe! Il retrouve son ami Antonio [Dady Brieva], qui a épousé Irene [Andrea Frigerio], son ex-petite amie, et découvre leur fille, Julia [Belén Chavanne], à l’une de ses conférences puis… envahissant son lit!

Mon avis : j’ai bien fait de me laisser revenir sur la première impression laissée par la bande-annonce! L’acteur principal est vraiment excellent, et le ton très décalé de la narration rend certaines scènes jubilatoires! Le film aborde la place de l’écrivain – et au-delà de l’artiste- dans la cité, la Cité avec un C majuscule même, de star capricieuse en Europe, il devient presque un citoyen ordinaire dans sa ville natale, la voiture venue l’accueillir crève sur le raccourci emprunté par le chauffeur, l’hôtel ressemble à « un hôtel roumain » [sic], les rues sont défoncées mais chacun veut prendre un selfie avec lui… Au fil des jours, l’affluence aux conférences passe de la salle pleine à cinq ou six personnes plutôt âgées… A part la fille de son ami Antonio, le réceptionniste de l’hôtel et le monsieur qui a reconnu son père dans l’un de ses personnages, qui d’ailleurs a vraiment lu ses livres? Ah si, le docteur dont il a recalé la croûte au concours de peinture… Le « citoyen d’honneur » refuse d’assumer le résultat final qui comprend tous les recalés – parce que le maire, lui, il va devoir continuer à vivre au quotidien avec ces gens influents. La photographie des scènes nocturnes est très réussie. Si le film est encore à l’affiche chez vous, je vous le recommande vraiment!

A signaler aussi dans sa villa de Barcelone l’impressionnante bibliothèque qui fait écho à l’article que Télérama a consacré aux bibliothèques des écrivains à l’occasion du dernier salon du livre de Paris. Et ce film me donne envie de reprendre la lecture des prix Nobel de littérature, complètement abandonnée ces derniers mois! 😉

L’autre côté de l’espoir de Aki Kaurismäki

Ma sortie cinéma du week-end a été pour L’autre côté de l’espoir de Aki Kaurismäki ; vous pouvez aussi (re)lire mon avis sur Le Havre, qui passera ce mercredi sur Arte… Il a reçu l’ours d’argent au dernier festival de Berlin.

Le film : à Helsinki de nos jours. Khaled  [Sherwan Haji] émerge de la cale à charbon d’un ferry ; jeune émigré syrien, après une bonne douche, il se rend au commissariat pour déposer une demande d’asile, et se retrouve en centre d’accueil, où il se lie d’amitié avec Nyrhinen [Janne Hyytiäinen], un Irakien qui patiente depuis plus longtemps que lui. De son côté, Wikhström [Sakari Kuosmanen], la cinquantaine, quitte sa femme alcoolique, revend son stock de chemises, fait fructifier son capital au poker et rachète un restaurant qui vivote… Débouté du droit d’asile, parce que même si toute sa famille a été tuée dans un bombardement, sauf sa sœur dont il a été séparé et qu’il a cherché en vain, Alep n’est plus considéré comme dangereuse (le jour même du bombardement d’un hôpital), Khaled prend la fuite et est recueilli par Wikhström.

Mon avis : ce film casse l’image de la Finlande hospitalière, le rendu du jugement de reconduite à la frontière turque, mis en perspective avec l’actualité télévisée à Alep, est mis en scène de manière très surréaliste par Aki Kaurismäki. Il contrebalance les attaques des groupes d’extrême droite, soit par l’indifférence du chauffeur de bus, soit par la réaction plus forte d’un groupe de musiciens d’un certain âge. La gestion du restaurant relève de la grande improvisation, avec un personnel qui, pas payé par l’ancien patron, avait pris des habitudes ses aises, peut-être pas si grave que ça après la visite des services de l’hygiène 😉 Ces petites touches d’humour permanentes, le fond de musique rock des années 1960, détendent en permanence l’ambiance. Des rencontres fortuites (un marin, une employée du centre d’accueil, le choix du local à ordures du restaurant), des petits gestes permettent à Khaled de survivre dans la capitale finlandaise où il a amerri par hasard. Un film plein d’humanité…

Sage Femme de Martin Provost

Je suis allée voir Sage femme (sans tiret, la bande annonce joue sur la présence ou non du trait d’union), de Martin Provost. Vous pouvez (re)lire mes avis sur ses précédents films, Où va la nuit et Séraphine.

Le film : de nos jours, à Mante-la-Jolie et à Paris. Claire [Catherine Frot] est sage-femme dans une petite maternité vouée à une fermeture prochaine pour être regroupée avec une « usine à bébés ». En attendant, elle continue à y accueillir avec humanité ses patientes. A la maison, son fils Simon [Quentin Dolmaire], qu’elle a élevé seule, est en troisième année de médecine et part s’installer avec sa copine. Il aime venir nager dans la Seine, à partir du ponton du jardin, où vient d’arriver un nouveau voisin, plus exactement le fils du vieux monsieur malade et propriétaire du jardin voisin, Paul [Olivier Gourmet], chauffeur routier. Un jour, Claire reçoit le coup de fil d’une femme surgie de son passé, Béatrice [Catherine Deneuve], qui avait disparu d’un coup il y a une trentaine d’années. Très malade (tumeur au cerveau), fantasque, joueuse, elle cherche son ancien amant, le père de Claire, ancien champion de natation… qui s’est suicidé quelques jours après sa disparition.

Mon avis : je trouve qu’à vouloir mettre trop de choses dans ce film, plusieurs sujets sont abordés trop superficiellement, comme le jeune couple du fils et la grossesse qui démarre, ou même l’édile naissante avec Paul, le voisin de jardin. Le métier de sage-femme fait des coupures bien utiles dans la narration, la fermeture de la maternité et le transfert vers une « usine à bébés » sont un vrai sujet, mais là aussi, est-ce qu’il n’en est pas dit trop ou pas assez, en brouillant l’histoire principale, qui est finalement, l’irruption de Béatrice dans la vie de Claire? Là encore, des sujets sont abordés je trouve de manière trop superficielle si cela doit servir le propos du film ou trop longuement pour la narration principale, comme l’évocation des lieux glauques liés au jeu, les tripots clandestins (où Béatrice est la seule femme) ou la prêteuse que l’on imagine usurière. Le film dure deux heures, je trouve qu’il rate son propos principal, la confrontation entre une femme à la vie bien rangée, passionnée par son métier et soucieuse d’une alimentation saine et équilibrée, sans alcool (Catherine Frot) et une femme fantasque, joueuse (fumant, picolant et mangeant trop de viande, de sel et de gras), vivant aux crochets de la société et de ceux sur qui elle arrive à mettre le grappin (Catherine Deneuve). Je ne suis pas sûre que la greffe entre les deux actrices, qui jouaient pour la première fois ensemble, ait vraiment pris non plus, à part la scène de projection de diapositives, j’ai eu l’impression de deux femmes jouant côte à côte, un peu contraintes, plutôt que de deux actrices complices. Catherine Frot est aussi, pour moi, plus une actrice de théâtre que de cinéma, je n’avais pas été convaincue du tout de son rôle de cantatrice dans Marguerite de Xavier Giannoli, même s’il lui a valu de prestigieux prix. Je vous laisse aller voir le film, vous aurez peut-être un avis moins mitigé que moi…

Patients, de Grand Corps Malade et Mehdi Idir

Ma dernière sortie cinéma a été pour Patients, de Grand Corps Malade (>Fabien Marsaud) et Mehdi Idir, au cinéma commercial, donc tunnel de publicité de 25 minutes avant le film, son beaucoup trop fort – c’est une manie -, de quoi être dans de mauvaises conditions, mais pas le choix de la salle, les CGR Poitiers centre-ville et Buxerolles abusent sur le volume sonore (voir Ouvert la nuit, d’Édouard Baer), mais cela ne semble toujours pas poser de problème aux gérants, à croire qu’ils ont une majorité de clients sourds.

Le film : de nos jours, en banlieue parisienne. Ben [Pablo Pauly], un jeune basketteur qui voulait poursuivre des études de sport, se réveille tétraplégique après un accident, il a plongé dans une piscine où il n’y avait pas assez d’eau. Le voici transféré dans un centre de rééducation, il commence à récupérer un mouvement dans le pied, l’espoir, il découvre la dépendance pour le moindre geste de la vie courante, l’aide-soignant qui s’obstine à lui parler à la troisième personne, François le kiné [Yannick Renier] qui va le faire progresser au fil des mois, les autres « pensionnaires » ; Farid [Soufiane Guerrab], handicapé depuis qu’il a 4 ans ; Toussaint [Moussa Mansaly], qui ne progresse plus ; Steeve [Franck Falise] en pleine déprime ; Samia [Nailia Harzoune], une des rares filles, la médecin-chef [Dominique Blanc]…

Mon avis : j’ai bien aimé ce film qui, sur un ton léger, plein d’humour, de vannes entre résidents et sans pathos, aborde  la plupart des sujets, même les plus intimes, manger, boire, « évacuer » (comme disent pudiquement les formulaires des maisons du handicap), se (faire) laver, mais aussi s’intégrer dans une micro-société où se mêlent accidentés aux conséquences physiques (tétraplégiques, totaux ou partiels, paraplégiques) et/ou psychiques, traumatisés crâniens, la place des soignants, de la famille, des amis (qu’en reste-t-il au fil des mois?). Le grand slam final de Grand Corps Malade, sur le générique de fin, met des mots sur tous ces maux, l’alternance d’espoirs et de retours en arrière, son cheminement et celui de beaucoup d’autres! Les acteurs et les figurants (résidents d’un centre de rééducation) se mêlent pour dresser un tableau plutôt « optimiste » de la rééducation, sans (trop) verser dans le côté « bisounours », sans cacher les difficultés, ceux qui sortent avec l’espoir de continuer les « réinsertion » et les autres « remisés » par exemple dans les maisons d’accueil spécialisées auxquelles il est à peine fait allusion… Alors oui, ce film a plein d’imperfections, aborde un sujet et passe trop vite à un autre, la scène de nuit dans les bois aurait pu être plus soignée du point de vue de la « photographie » par exemple, mais je lui trouve la grande qualité de médiatiser ce sujet que beaucoup préfèreraient enterrer auprès du grand public.

PS: et pensez à rédiger vos directives anticipées !!! Elles ne sont pas réservées aux personnes en fin de vie mais devraient permettre à chacun, en bonne santé, d’anticiper un éventuel accident et ce que l’on souhaite pour soi en matière de réanimation, de définir où l’on place pour nous, si cela devait arriver, la limite de l’acharnement déraisonnable !

Chez nous, de Lucas Belvaux

Ma sortie cinéma de cette semaine a été pour Chez nous, de Lucas Belvaux. Au passage, je vous conseille de (re)lire la bande dessinée Le grand A, de Xavier Bétaucourt et Jean-Luc Loyer, qui parle du centre commercial A et de la montée du Front national à Hénin-Liétard…

L’histoire : de nos jours, dans le pays minier du Pas-de-Calais, une ville fictive, Hénard, près de Lens… Divorcée, Pauline Duhez [Émilie Dequenne], infirmière à domicile, s’occupe seule de ses deux enfants et de son père ancien métallo et militant CGT. Alors que les élections municipales approchent, Agnès Dorgelle [Catherine Jacob], la cheffe du Bloc patriotique, un parti d’extrême droite, veut s’implanter sur place mais sans être tête de liste, sous la bannière du Rassemblement national populaire (RNP) pour éviter la connotation trop à droite du parti fondé par son père. Philippe Berthier, un médecin très paternaliste [André Dussollier], qui a aidé Pauline dans le passé lorsque sa mère se mourrait d’un cancer, militant d’extrême droite de longue date, pense à elle et l’approche. Lors d’un match de foot de son fils, elle renoue aussi avec un amoureux émergé de son adolescence, Stéphane Stankowiak [Guillaume Gouix], amateur d’exercices paramilitaires douteux, qui a été viré du parti d’extrême droite pour ses actions néo-nazies…

Mon avis : un film qui est presque un documentaire sur le fonctionnement du Front national, entre dé-diabolisation, service d’ordre musclé et forces paramilitaires dans l’ombre. Ils cherchent la godiche parfaite, pas politisée au départ, qui acceptera tout ce qui lui est proposé clefs en main (le programme est diffusé sans qu’elle l’ait même lu, oups, oubli de la direction !), implantée et respectée sur place. La godiche sera-t-elle si docile jusqu’à la fin? je vous laisse voir dans le film, mais n’oubliez pas que dans la « vraie vie », 27% des élus sur des listes du Front national aux dernières élections municipales (400 sur 1500) ont démissionné soit parce que la position du parti était « trop molle », soit « trop dure », soit pour autoritarisme du maire, etc. (voir les nombreux articles du Canard enchaîné ces derniers mois sur le sujet). Revenons au film… Ce qui est dommage, c’est qu’il ne sera sans doute vu que par des gens déjà convaincus sur le sujet. D’un point de vue cinématographique, comment dire, le scénario est bien monté, dose soigneusement le dévouement de l’infirmière et la manipulation par le parti, un embrigadement qui n’a rien à envier aux sectes ou aux mouvements djihadistes. Les acteurs jouent juste, mais je trouve que l’aspect documentaire prime trop sur l’émotion cinématographique, trop de contrôle dans le texte et l’image, peut-être…

César 2017… les films dont j’ai parlé

"JeElle  de Paul Verhoeven (meilleur film, meilleure actrice pour Isabelle Huppert), j’avais déjà trouvé le livre « Oh… » de Philippe Djian très dur, les présentations du film m’avaient repoussée! En revanche, j’ai vu beaucoup de films primés ou nommés, et je ne désespère pas de voir un jour Ma vie de courgette de Claude Barras.

Juste la fin du monde de Xavier Dolan (meilleur réalisateur, meilleur acteur pour Gaspard Ulliel, meilleur montage)

Divines de Houda Benyamina (meilleure premier film, meilleure actrice dans un second rôle pour Déborah Lukumuena, meilleur espoir féminin pour Oulaya Amamra)

Moi, Daniel Blake de Ken Loach (meilleur film étranger)

Merci Patron ! de François Ruffin (meilleur documentaire)

Frantz de François Ozon (meilleure photographie)

Les films nommés dont je vous ai parlés :

Et pour les livres qui ont servi aux adaptations, parmi les nommés :

« Oh… » de Philippe Djian (Elle de Paul Verhoeven)

Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal (Réparer les vivants adapté par Katell Quillévéré et Gilles Taurand)

Jackie de Pablo Larraín

Ma sortie cinéma de dimanche a été pour Jackie, réalisé par Pablo Larraín, vous pouvez aussi [re]lire mon avis sur son film No.

L’histoire : novembre 1963. Une semaine après l’assassinat de John F. Kennedy, un journaliste [Billy Crudup] vient interroger Jackie [Natalie Portman] sur les jours qui ont précédé, l’organisation des obsèques en même temps que le déménagement de la Maison-Blanche pour laisser la place à Johnson [John Carroll Lynch], avec dans l’ombre mais au plus proche d’elle Bobby Kennedy [Peter Sarsgaard], ses deux jeunes enfants…

Mon avis : le film tourne entièrement autour de Natalie Portman, tournée sous tous les angles, couverte de sang juste après l’attentat le 22 novembre, avec le tailleur maculé et sous la douche à son retour à Washington, en pleurs, en pleins doutes quelques jours plus tard avec le prêtre [John Hurt] à Arlington quand elle vient enterrer quasi dans l’intimité leurs deux autres enfants décédés auprès de leur père, quelques jours après les obsèques pompeuses. La place des médias, de la télévision, est posée : le journaliste (presse écrite) pose la question, y a-t-il eu instrumentalisation des enfants pour créer une image médiatique ou juste l’envie de montrer au monde la souffrance de ceux-ci? Le journaliste a un accent que j’ai trouvé assez difficile à comprendre et les sous-titres (simplifiés, comme toujours) étaient cette fois bien utiles.

J’ai bien aimé l’idée d’intercaler des images de la visite de la Maison-Blanche par Jackie pour la télévision en 1961, de montrer les travaux de rénovation, de mise en valeur, et la brutalité des cartons faits dans l’urgence, et la brève vue sur Mme Johnson qui choisit déjà la nouvelle décoration… Une biographie qui se concentre sur une semaine de la vie d’une femme sur laquelle il a été beaucoup écrit, tourné, publié, et qui réussit à tenir presque deux heures.

Jamais contente d’Émilie Deleuze

Finalement, cette année, je n’ai pas vu de films dans le cadre du festival Télérama 2017, car j’ai passé un grand week-end à chez mon père et les autres jours, j’avais vu les films qui passaient au Dietrich et ceux que j’aurais aimé voir ne passaient pas à des heures pratiques au TAP Castille… Il devrait y avoir des séances de rattrapage fin février, avec un festival Télérama spécial enfants où seront à nouveau programmés Ma vie de courgette de Claude Barras et La Tortue rouge de Michael Dudok de Wit (je ne sais pas si ça sera aussi à Poitiers).

Hier, je suis allée voir Jamais contente d’Émilie Deleuze, adapté du livre jeunesse Le journal d’Aurore (jamais contente tome 1) de Marie Desplechin (paru en 2006).

le film : de nos jours à Paris. Aurore [Léna Magnien], 13 ans, redouble sa cinquième. Entre sa grande sœur qui vient d’avoir son BEP et est tombé amoureuse et sa petite sœur Sophie, l’intello de la famille, elle a dû mal à trouver sa place et le conflit est larvé avec son père, Laurent [Philippe Duquesne] et surtout sa mère, Patricia [Patricia Mazuy]. Heureusement que sa grand-mère, Agathe [Catherine Hiegel] et surtout sa meilleure copine l’aident à surmonter cette phase de dépression. Car au collège, rien ne va non plus avec les profs, jusqu’à l’arrivée d’un remplaçant en français, Sébastien Couette [Alex Lutz]… et la proposition de trois copains pour chanter dans leur groupe de rock.

Mon avis : comment dire… je ne suis pas complètement rentrée dans certains aspects du film, notamment les relations conflictuelles intra-familiales, qui paraissent bien artificielles par moment, l’articulation choisie entre rock, collège, famille, ne permet pas toujours de rendre compte des difficultés de vivre de cette adolescente, portée par une jeune actrice au demeurant très prometteuse. Si l’on passe sur ces aspects qui m’ont gênée, il y a beaucoup d’humour par moment dans ce film. Le contraste entre la prof de français enceinte et déjà désabusée et son jeune remplaçant est marquant. Quand il demande à ses élèves de prendre position, de s’impliquer dans leurs lectures, cela donne un résumé de La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette qui décoiffe et vaut une bonne tranche de rire à toute la salle!!! Tristan et Iseult et Francis Ponge, cités au fil du film, auraient mérité le même genre de traitement 😉