Archives par étiquette : roman graphique

Pyongyang de Guy Delisle

Dans le contexte international actuel, je vous conseille la lecture de cette bande dessinée et remets à la une cet article du 15 janvier 2010.

Couverture de Pyongyang de Guy Delisle pioche-en-bib.jpgJe lis dans le désordre les chroniques de Guy Delisle… Après avoir lu les Chroniques birmanes, c’est Pyongyang que j’ai trouvé à la médiathèque. Il me reste à lire Shenzhen. [Depuis, j’ai aussi lu Chroniques de Jérusalem].

Le livre : Pyongyang, de Guy Delisle, L’association, 176 pages, 2003, ISBN 978-2-84414-113-7 .

L’histoire : Guy Delisle se retrouve pour deux mois en Corée du Nord, à Pyongyang, où il va relayer une animatrice (de dessins animés). Il s’agit pour eux de contrôler l’animation des dessins animés qui coulent par dizaines chaque semaine dans le tuyau cathodique pour la paix des parents. Ils vérifient le rythme, que les dessins correspondent à ce qui est demandé. Voilà la partie professionnelle. Côté vie tout court, les étrangers sont regroupés dans trois hôtels, froids et avec de l’électricité seulement à certains étages. Pas question de sortir sans être accompagné d’un guide et d’un interprète, pas question de refuser les visites des monuments à la gloire des dirigeants. Mais il y a quand même la fête des expatriés des ONG chaque vendredi, une salle de billard, l’auteur qui refuse de prendre le minibus mis à sa disposition et qui souhaite rentrer à pied, au grand damne de son guide.

Mon avis : je ne savais vraiment pas que « la plus grande chaîne française » sous-traitait la production de ses dessins animés même plus en Chine (voir Shenzhen), mais dans un pays où c’est encore moins cher, la Corée du Nord. Comme dans les chroniques birmanes, l’attitude des expatriés et des humanitaires face à un pouvoir totalitaire est montré sans complaisance. Vraiment, un reportage illustré très instructif, et comme j’aime bien ce graphisme en noir et blanc, c’est encore mieux !

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L’arabe du futur, de Riad Sattouf, tomes 1 à 3

J’ai lu le tome 3 chez mon père, les deux premiers tomes il y a déjà un bon moment… je pensais vous en avoir parlé, mais en fait, j’ai juste mentionné dans mon avis sur Le grand A, de Xavier Bétaucourt et Jean-Luc Loyer (très complémentaire du film Chez nous, de Lucas Belvaux), qu’il fallait que je rédige mon avis… Voici donc les trois tomes d’un coup! Le tome 1 avait reçu le Fauve d’or au festival de la bande dessinée d’Angoulême en 2015.

Les livres : L’arabe du futur, de Riad Sattouf, Allary éditions, tome 1 Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984), 2014, 160 pages, ISBN 9782370730145 ; tome 2 Une jeunesse au Moyen-Orient (1984-1985), 2015, 160 pages, ISBN 9782370730541 ; tome 3 Une jeunesse au Moyen-Orient (1985-1987), 2016, 160 pages, ISBN 9782370730947.

L’histoire : Le petit Ryad, tout blondinet, est né d’une mère bretonne (Clémentine) et d’un père syrien (Abdel-Razak) qui ont fait leurs études à la Sorbonne. Ce dernier trouve un poste de professeur à Tripoli en Libye de Kadhafi. En 1984, la famille, agrandie d’un petit frère, déménage dans le village natal du père, à Ter Maaleh, près de Homs en Syrie. Enfance rude avec ses cousins, à l’école, tentatives d’agriculture du père, blues de la mère qui voudrait rentrer en Bretagne (ou au moins habiter en ville, à Damas, plutôt que dans ce village paumé) plus longtemps que les deux semaines de vacances annuelles, la tension monte peu à peu jusqu’à la naissance du troisième enfant…

Mon avis : chaque album prend le temps d’exposer le propos, avec des planches aux dessins assez simples, des cases à la mise en page assez « rigide », avec de grands aplats monochromes où les couleurs qui dominent sont liées au pays, bleu pour la France, jaune et orange (avec des touches de vert) pour la Libye, rose et rouge pour la Syrie. Du côté de l’histoire, il rend bien le partage entre sa mère qui s’ennuie et sacrifie sa vie au père, qui lui rêve de panarabisme et de devenir un notable dans son village… et si possible plus loin! Ses sorties avec le cousin influent sont mémorables, en tout cas ont assez marqué le petit Ryad pour qu’il le rapporte de cette façon! Il faut dire qu’il grandit d’un album à l’autre, que de petit garçon soumis qui veut être premier de la classe en échappant aux châtiments corporels du maître, il est passé à une réflexion propre, dans le tome 3, il commence à s’interroger, tiraillé par les tensions entre ses parents. La naissance du troisième enfant en France lui fait découvrir une école très différente de celle qu’il a connue en Syrie! Je vous recommande la lecture de ces trois albums… en attendant la suite!

 

La dernière image, de Gani Jakupi

Couverture de La dernière image, une traversée du Kosovo de l'après-guerre, de Gani Jakupipioche-en-bib.jpgUn album trouvé à la médiathèque.

Le livre : La dernière image, une traversée du Kosovo de l’après-guerre, de Gani Jakupi (scénario, dessins et couleurs), collection Noctambule, éditions Soleil, 2012, 88 pages, ISBN 9782302020627.

L’histoire : juin 1999. Gani Jakupi est envoyé au Kosovo avec un photographe par un magazine espagnol juste après le départ des troupes serbes. Il est accompagné d’un photographe qui cherche « l’image choc », lui, le dessinateur, profite de sa connaissance de la langue pour sortir des sentiers battus. Comment illustrer tel thème ou tel autre ? Son origine kosovar lui permet-elle de garder toute l’objectivité nécessaire à un journaliste sur le terrain ? N’a-t-il pas été piégé par le magazine qui avait surtout commandé un reportage photographique sur le retour d’un Kosovar dans son pays dévasté par la guerre, confronté aux retrouvailles avec ses proches…

Mon avis : j’ai choisi cet album sur la base de son titre, pensant qu’il serait dans la droite ligne de Goražde et Šoba, de Joe Sacco. Gani Jakupi s’est installé en France à la fin des années 1970 (donc bien avant la guerre des Balkans), a acquis la nationalité française en 1983, avant de s’installer en Espagne dix ans plus tard. En 1999, il y vivait quand il a été envoyé en reportage au Kosovo, il a mis presque quinze ans pour raconter cette mission qui l’a marqué, retour dans son pays natal, qui tourne à une grosse interrogation, comment raconter les ravages de la guerre? Lui n’a pas envie de faire un scoop ou de rapporter des images « à la Goya » (voir Les désastres de la guerre de Francisco de Goya), il choisit de dessiner plutôt les ambiances tout en racontant la position inverse du photographe qui l’accompagnait et qui avait finalement peut-être la mission de montrer les réactions du dessinateur / journaliste. Du coup, l’auteur/narrateur s’interroge sur le poids des images, l’éthique du reportage photographique, la recherche du scoop ou de l’image choc plutôt que de l’image qui refléterait davantage la réalité ambiante. Les couleurs sont douces pour un sujet aussi tragique. Un album très différent de ce à quoi je m’attendait, mais qui m’a bien plu…

Le grand A, de Xavier Bétaucourt et Jean-Luc Loyer

Couverture de Le grand A, de Xavier Bétaucourt et Jean-Luc LoyerA part L’Arabe du Futur (tomes 1 et 2) de Riad Sattouf (il faut que je rédige mes avis), un autre album m’a beaucoup plu parmi mes lectures de ces dernières semaines, Le grand A, acheté chez mon libraire BD préférée, Bulles d’encre à Poitiers.

Le livre : Le grand A, de Xavier Bétaucourt (scénario) et Jean-Luc Loyer (dessins), éditions Futuropolis, 2016, 136 pages, ISBN 9782754810388.

L’histoire : 1970. Le maire d’Hénin-Liétard (pas encore fusionné avec Beaumont) refuse, au nom de la défense du commerce du centre-ville, l’installation d’un supermarché sur sa commune. 1972. Le Grand A, le plus grand en France, ouvre sur la commune voisine de Noyelles-Godault. 40 ans plus tard, le commerce se meurt, même le marché hebdomadaire, les zones de vie se sont déplacées, le Grand A est toujours là, avec ses animations, sa politique agressive envers les fournisseurs. Dans cette région à faible pouvoir d’achat (à fort taux de chômage et fort taux de vote FN), il met tout en œuvre pour capter l’acheteur…

Mon avis : l’introduction avec l’histoire du commerce depuis l’Antiquité est un peu déroutante. Les auteurs ont mené leur enquête en centre-ville (marché qui souffre, marché de noël déserté), auprès de la direction, des fournisseurs, des caissières. Autour de Lens, il y a trois pôles d’attraction aujourd’hui, « Racing-club de Lens, le Louvre Lens [je vous en parle un de ces jours aussi] et la galerie marchande d’Auchan« . Les auteurs montrent comment l’hypermarché s’adapte à son public, avec un grand rayon de spécialités polonaises (c’est aussi le premier magasin qui a testé le hard discount au sein de ses rayons), comment il réussit à faire dépenser plus à des gens qui ont un faible pouvoir d’achat, organisant la pénurie d’un jouet à Noël (mais en mettant une palette de côté), une ouverture le 23 décembre de 5h à 23h… Si le sous-titre (Il mange 195 jours de notre vie) semble présenter tout un programme, les auteurs ont voulu garder une approche plutôt neutre, le directeur n’est pas mis face à son cynisme, en contrepoint sont interrogés des fournisseurs (avec quelques pages sur la filière de la volaille industrielle) ou les caissières. Ils auraient peut-être pu s’engager un peu plus sur l’aspect politique, même s’ils soulignent la contradiction du Front national : leur discours national est contre la grande distribution et la désertification des centres-villes, mais localement, ils ne vont pas critiquer le Grand A où se rendent tous leurs électeurs… C’est peut-être dans le dossier qui clôt la bande dessinée (comme souvent dans cette collection) que se trouvent les propos les plus engagés.

Sur le plan du dessin, les couleurs sont plutôt sombres, avec beaucoup de gris et d’ocre.

Pour ma part, le supermarché, je n’y vais plus depuis des années… Le marché (pas forcément plus cher, voir mon « étude locale et subjective » sur le prix du poulet en 2012) pour la quasi totalité des courses alimentaires, un M. de centre-ville pour le reste.

Voyage aux îles de la désolation d’Emmanuel Lepage

Couverture de Voyage aux îles de la désolation d'Emmanuel LepageLorsque j’ai lu La lune est blanche, écrit avec son frère, il était beaucoup question au début de ce titre, lu par les différents membres de l’expédition. Je l’ai trouvé à la médiathèque.

Le livre : Voyage aux îles de la désolation d’Emmanuel Lepage, éditions Futuropolis, 2011, 160 pages, ISBN 9782754804240.

L’histoire : Saint-Denis de La Réunion, mars 2010. Emmanuel Lepage embarque sur le Marion Dufresne, direction les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF). Pour ravitailler les anciennes îles de la Désolation, Crozet, Amsterdam, Saint-Paul et Kerguelen. A bord du bateau, l’équipage, les militaires et contractuels chargés de la logistique des bases, les scientifiques et quelques « touristes » (le dessinateur, un élu…). Emmanuel Lepage présente la vie à bord du bateau, les ravitaillements (en nourriture et en pétrole pour les groupes électrogènes), les îles abordées lors de son voyage mais aussi par les illustres pionniers…

Mon avis : un album qui, pour ce que j’en ai entendu (un de mes anciens chefs de service avait fait une rotation avec ce bateau pour « inspecter » des fouilles archéologiques sur un ancien site baleinier), reflète bien la vie à bord du Marion-Dufresne. Et d’abord l’instabilité du bateau et le mal de mer, la vie à bord, le confinement par mauvais temps, la promiscuité, le fameux tamponnement des enveloppes postées depuis les TAAF, etc. La grande priorité, pour les militaires à bord, c’est le ravitaillement des bases. Puis permettre le travail des scientifiques, quel que soit le sujet, étude sur le climat ou sur les espèces introduites volontairement et devenues une menace pour les espèces endémiques (comme les BLO, bêtes aux longues oreilles pour ne pas dire lapins, mot interdit comme tous ceux qui désignent des rongeurs à bord des bateaux). Les « touristes » (au premier rang desquels le dessinateur) peuvent-ils influencer sur les tâches premières de la mission ? Les dessins mêlent de nombreuses planches en noir et blanc et quelques planches en couleur. Nous sommes loin des dessinateurs accompagnant les missions scientifiques de Napoléon à nos jours (le muséum d’histoire naturel emploie toujours des dessinateurs), même s’il y a de belles vues de la faune rencontrée, et plus proches du reportage journalistique en bande dessinée tel qu’on peut le voir dans La Revue dessinée ou dans les reportages de guerre de Joe Sacco (Gaza 1956, Goražde, Šoba, Palestine, une nation occupée). Envie d’évasion, d’une ambiance fraîche après un été chaud ? N’hésitez pas, cet album est fait pour vous.

Voir aussi :
La lune est blanche de François et Emmanuel Lepage et sur un autre sujet Un printemps à Tchernobyl d’Emmanuel Lepage
Les naufragés de l’île Tromelin d’Irène Frain

Šoba de Joe Sacco

pioche-en-bib.jpgCouverture de Šoba de Joe SaccoJuste 20 ans hier que le massacre de Srebrenica (8 372 hommes et adolescents bosniaques assassinés dans l’indifférence des casques bleus présents), je vous invite à (re)lire cet album de Joe Sacco, ainsi que Goražde… De la BD-reportage de grande qualité!

Réédition de l’article du 30 avril 2014

Après Gaza 1956 et Goražde de , j’ai emprunté un autre titre du même auteur à la médiathèque. [depuis, je vous ai aussi parlé de  Palestine, une nation occupée et Le premier jour de la bataille de la Somme, 1er juillet 1916].

Le livre : Šoba, une histoire de la Bosnie de Joe Sacco (scénario et dessin), traduit de l’anglais (États-Unis) par Sidonie Van den Dries et Alain David, éditions Rakham,  41 planches, 2000, ISBN 9782878270396.

L’histoire: 1995 à Sarajevo en Bosnie. La guerre civile fait rage dans ce qui est encore la Yougoslavie. Joe Sacco, en plein reportage dans la ville assiégée, fait la connaissance de Šoba, 27 ans, un artiste (peintre et rock-star) qui a décidé de rester sur place plutôt que d’aller préparer une exposition de ses oeuvres en Italie. Quand il ne combat pas (comme démineur), il se détend dans des soirées bien arrosées, bloqué par le couvre-feu.

Mon avis: comme dans les deux précédents albums que j’ai lus de cet auteur, le dessin à la plume est dense, plein de détails, une BD-reportage qui, à travers le portrait et le quotidien d’un homme, permet d’aborder la guerre civile et le siège de Sarajevo (avec le bombardement du marché). Le contraste entre les fêtes nocturnes et la réalité de la guerre (certains amis ne reviendront pas, ou alors estropiés) est marquant. L’année suivante, Joe Sacco est allé poursuivre son reportage, ce qui donnera son album Goražde. La version anglaise de l’album est parue peu après la guerre, en 1998. L’auteur précise que la réalisation de ces planches rès détaillées lui prend un temps très important. Il me donne envie de lire son nouvel album, historique cette fois, La grande guerre, le premier jour de la bataille de la Somme, 1er juillet 1916 (éditions Futuropolis), publié sous une forme atypique (une grande bande de 7m de long, sans texte).

 

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Le monde d’Aïcha de Ugo Bertotti

pioche-en-bib.jpgCouverture de Le monde d'Aïcha de Ugo BertottiAprès l’Iran au cinéma avec Taxi Téhéran de Jafar Panahi, je continue dans la région avec cette bande dessinée… Un album emprunté à la médiathèque.

Le livre : Le monde d’Aïcha, luttes et espoirs des femmes du Yemen de Ugo Bertotti, inspiré des impressions de voyage d’Agnès Montanari, éditions Futuropolis, 144 pages, 2014, ISBN 9782754811163.

L’histoire : dans plusieurs lieux du Yemen, aujourd’hui (disons avant les récents et tragiques événements de ces derniers mois), une petite équipe parcourt le pays.

Dans un petit village à 60 km au nord de Sana’a, Sabiha, à peine adolescente, a été vendue par sa famille à un home qui a 12 ans de plus qu’elle. Un jour, elle a ôté son voile pour sentir le vent à sa fenêtre, mais est rouée de coups par son mari… survivra-t-elle?  En ville, Hamedda est laissée entièrement libre par son mari. Refusant de porter la niqab, elle tient de main de maître un restaurant célèbre, mais pourtant, elle a dû vivre avec les brimades du voisinage, quand elle ne tenait qu’une cantine ou un petit restaurant fréquenté par des soldats pendant la guerre civile…

Mon avis : la situation au Yémen est complètement dégradée ces dernières semaines. En noir et blanc, sous la forme de courtes histoires transcrites à partir des témoignages de la photographe Agnès Montanari, qui avait rejoint son mari en mission pour le comité international de la Croix Rouge. Si la première histoire est tragique, d’autres sont plus optimistes, avec la scolarisation de certaines femmes, qui permet ensuite plus facilement qu’elles trouvent un travail et que, autonomes financièrement, elles puissent tenter d’échapper au poids de la tribu et de la société… Pas toujours facile, même pour celles qui, comme Hamedda (illettrée mais elle a envoyé à son tour ses enfants à l’école), ont bien réussi. Au final, le tableau de la société est contrasté, de la fille littéralement vendue à 12 ans et violentée par son « mari » à la jeune fille urbaine et émancipée, qui reçoit les photographies sur son ordinateur. Un livre plein d’espoirs… mais qui risquent de s’évanouir très vite si la situation politique n’est pas rétablie au Yémen.

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La lune est blanche, de François et Emmanuel Lepage

Couverture de La lune est blanche, d'Emmanuel et François Lepagepioche-en-bib.jpgLogo rentrée littéraire 2014J’avais beaucoup aimé Un printemps à Tchernobyl d’Emmanuel Lepage, je n’ai pas encore lu Voyage aux îles de la Désolation (réservé comme cet album à la médiathèque), mais j’ai sorti ce livre dont on parle pour la rentrée littéraire 2014 (et dans le défi organisé par Hérisson). Yaneck en a déjà parlé ici.

Le livre : La lune est blanche, de François Lepage (lettres et photographies) et Emmanuel Lepage (récit, dessins et couleurs), éditions Futuropolis, 256 pages, 2014, ISBN 9782754810289.

L’histoire: janvier 2013. L’astrolabe (la gastrolabe pour ceux qui l’ont fréquentée) vogue vers l’Antarctique et la base Dumont d’Urville, en Terre-Adélie. A son bord, en plus de l’équipe technique et scientifique, deux hommes qui n’ont pas les compétences pour ce voyage, un dessinateur et un photographe. Novembre 2011, à Paris, Yves Frenot, directeur de l’Institut polaire français, a invité les deux hommes sur la base pour témoigner du travail des chercheurs et leur a aussi proposé de participer au « Raid », le convoi de ravitallement de la station Concordia, à 1200 km à l’intérieur des terres glacées, en tant que chauffeurs : pas de touristes sur le raid, tout le monde conduit les monstres qui apportent les conteneurs et les dameuses qui entretiennent la piste de circulation et les pistes d’atterrissage de secours. Ils devaient partir avant Noël, le voyage a pris du retard car le bateau a été pris dans les glaces à la rotation précédente, retard qui va se répercuter sur toute la suite de la mission…

Mon avis: un gros album, pas pratique à lire au lit même avec une tablette et un lutrin (oui, je suis fainéante, je lis au lit!). Les circonstances du voyage ont fait que finalement, on ne fait qu’apercevoir la base Dumont-d’Urville, mais c’est peut-être remis à un prochain album? Si les deux frères sont tout de suite partis sur le raid, le retour ne s’est pas fait comme prévu non plus et ils sont repassés par la base, l’album se terminant à Concordia, il y aura peut-être une suite. Le récit montre quand même les chercheurs et techniciens notamment sur le bateau, en alternance avec les récits des voyages des grands explorateurs polaires historiques, et les relations entre les deux frères, surtout dans le bref moment où l’un a failli faire le raid et l’autre rester sur la base. Embarquer deux novices en matière de conduite de ces engins alors que ce dernier ravitaillement de la saison (après, c’est l’hivernage, 8 mois hors du monde et des contacts) est vital pour la base Concordia, c’est un risque osé de la part du chef de la logistique. Des doubles pages et des pleines pages s’insèrent dans le récit, comme dans Un printemps à Tchernobyl, des dessins d’Emmanuel et quelques photographies de François, ainsi qu’un dossier avec ses photographies et un texte sur Concordia à la fin. Un très bel album pour découvrir le grand sud et ces hommes qui y vivent, et parfois y meurent, pas seulement les pionniers, aujourd’hui aussi, comme l’équipage d’un avion canadien pendant leur voyage. Je vous laisse le découvrir…

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CRA, centre de rétention administrative, de Meybeck

pioche-en-bib.jpgJe vais essayer de reprendre la rédaction d’articles « culturels », j’ai lu pas mal de BD, suis allée au cinéma, au spectacle (une sieste musicale et les premiers 8h30 de la saga Henry VI de Shakespeare… également sieste involontaire, la suite ce dimanche) mais n’est rien rédigé sur ces sujets depuis quelques semaines… J’ai emprunté cet album à la médiathèque.

Le livre : CRA, centre de rétention administrative, de Jean-Benoît Meybeck, éditions Des Ronds dans l’O, 2014, 123 pages, ISBN 978-2-917237-76-2.

La présentation de l’éditeur :

En 2012, à Toulouse-Cornebarrieu, Meybeck participe à la campagne « Ouvrez les portes » organisée par Migreurop et Alternative Européenne, campagne visant à obtenir l’accès des journalistes et de la société civile aux centres de rétention pour lesquels nous n’avons pratiquement aucune information, ni sur ce qui
s’y passe, ni comment sont traités les migrants, ni sur le respect de leurs droits.

Mon avis: ce roman graphique en noir et blanc aborde de nombreux aspects des centres de rétentions administratives, lieu de privatisation de liberté sans réel contrôle de la justice, et pour lesquels le défenseur des droits a souvent fait des rappels à la loi. Jean-Benoît Meybeck est, avant d’être un auteur de bande dessinée, un citoyen engagé puisqu’il a fondé en 2008 le collectif Tournefeuille Sans Papiers. L’album alterne les actions menées à Cornebarrieu et des témoignages parfois plus anciens.

Les deux collectifs d’association qui veulent entrer pour témoigner, Migreurop (observatoire des frontières) et Alternative Européenne (collectif de citoyens) ont manifesté pendant 12 jours (du 26 mars au 6 avril 2012) en permanence devant le centre de Cornebarrieu près de Toulouse, ont pu discuter avec des familles, visiter certains « retenus » (pour ne pas dire détenus) après de longues attentes (visite du centre interdite mais parloir individuel autorisé), mener des actions avec les députés qui eux ont un droit permanent d’entrée comme dans les prisons. Une partie des témoignages ont été recueillis auprès la Cimade, l’une des associations présentes dans la plupart de ces centres et sont parfois plus anciens.  Tous ces témoignages sont édifiants, entre détention arbitraire (une personne en règle mais qui ne peut pas le prouver sur le champ), une personne pour laquelle le tribunal ordonne la remise en liberté mais qui retourne menottée au centre de d(r)étention au cas où le procureur ferait appel de la décision, les familles avec enfants alors que la France a été condamnée pour la rétention d’enfants avec des adultes, le mitard (oui, il y a un mitard au centre de rétention), les relations pas toujours faciles entre retenus. Ou encore Daouda, un Sénégalais, arrêté alors que son amie était enceinte de six mois, emmené en avion de Toulouse à Paris au consulat du Sénégal (il pensait monter dans un avion vers son pays) et retour pour un mois de rétention, le temps que sa situation soit « éclaircie »!

Un album qu’il faudrait offrir à chacun de nos députés et sénateurs, ceux qui font la loi et devraient exercer réellement leur droit (devoir)? de contrôle des lieux de privation de liberté, centres de rétentions comme prisons.

Logo rentrée littéraire 2014Cet album entre dans le cadre du défi de la rentrée littéraire 2014 organisé par Hérisson, catégorie bande dessinée.

 

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Yossel, 19 avril 1943, de Joe Kubert

pioche-en-bib.jpgCouverture de Yossel, 19 avril 1943, de Joe KubertMardi (28 octobre 2014) a été inauguré à Varsovie le Musée de l’Histoire des Juifs Polonais (Muzeum Historii Żydów Polskich) ou Polin, dans le quartier qui a succédé à l’ancien ghetto, l’occasion pour moi de vous parler de cet album découvert chez Yaneck / Les chroniques de l’invisible. Je n’avais aucune chance de le trouver « par hasard » dans les bacs de la médiathèque, vu qu’il est « enterré à la réserve », ce qui est dommage…

Le livre: Yossel, 19 avril 1943, de Joe Kubert, traduit de l’anglais par Anne Capuron, éditions Delcourt, 2003, 121 planches, ISBN 978-2847896695.

L’histoire: 19 avril 1943, terrés dans les égouts, les derniers survivants du ghetto de Varsovie attendent l’assaut final. Yossel, un jeune adolescent, dessine et dessine encore. Retour quelques années en arrière, en 1939. La vie n’est pas facile pour la famille de Yossel, à Yzeran près de Varsovie. Un jour, ils sont regroupés avec d’autres juifs et envoyés dans le ghetto de Varsovie. Yossel, repéré par les nazis, dessine pour eux jour après jour. Ceux-ci n’ont même pas à faire la sélection, le Conseil des Anciens s’en charge, sourd aux avertissements, persuadés que les gens partent dans un camp de travail. Un jour, un rabbin est envoyé avec eux à Auschwitz, affecté aux Sonderkommandos puis aux Fours crématoires. Il réussit miraculeusement à s’échapper, revenir dans le ghetto, témoigner. Errant, il rencontre Yossel, raconte son histoire, tente de convaincre les gens pour le soulèvement du ghetto…

Une double page de Yossel, 19 avril 1943, de Joe KubertMon avis: contrairement à Art Spiegelman (Maus, un survivant raconte : tome 1 : mon père saigne l’histoire ; tome 2 : Et c’est là que mes ennuis ont commencé), Joe Kubert n’est pas le fils de l’un de ces déportés dont il raconte la (sur)vie. Il est né en 1926 de parents qui ont réussi à fuir la Pologne alors que sa mère était enceinte de lui. Arrivé à l’âge de deux mois à New-York, il explique dans son introduction qu’il a écrit ce roman graphique à partir de documentation et de témoignages, sans s’être rendu sur place, et son choix de laisser l’album au crayonné, sans procéder à son encrage, et en se libérant de la contrainte des cases. Cela donne une impression de spontanéité, mais donne parfois un dessin chargé, surtout qu’il y a un texte dense dans les phylactères.  Un roman graphique qui mérite son nom, roman, même s’il se base en grande partie sur des faits réels. Un peu comme un roman historique. Et qui au-delà, aborde la question de la survie (de Yossel grâce à ses dessins, du Sonderkommando, rabbin qui finit par ne plus croire en Dieu) et insiste sur le rôle clef du Conseil des Anciens dans la soumission du ghetto et l’envoi des « sélectionnés » aux camps… A découvrir, et pour la médiathèque de Poitiers, ça serait une bonne idée de le sortir de la réserve, que des lecteurs puissent « tomber dessus » par hasard, en cherchant de la lecture dans les bacs.

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