Archives par étiquette : théâtre

Bigre, de Pierre Guillois

Après ma déception pour The Ventriloquists Convention, au théâtre et auditorium de Poitiers / TAP, j’ai poursuivi ma saison 2016-2017 avec Bigre, de Pierre Guillois, avec Éléonore Auzou-Connes, Pierre Guillois et Jonathan Pinto-Rocha.

Le spectacle : sur scène, trois appartements sous les toits, à gauche un appartement aseptisé tout blanc et plein de gadgets technologiques, au centre un capharnaüm (soigneusement organisé), à droite un intérieur cosy avec guéridon et déco soignée. Trois appartements, trois locataires, à gauche un jeune homme en costume impeccable, au centre le baba cool, à droite lune jeune femme qui emménage juste.

Mon avis : le spectacle était annoncé comme muet… mais avec une soirée spéciale traduite en langue des signes, cela m’intriguait… En fait, si les acteurs ne parlent pas, il y a beaucoup de bruitages, la radio, etc., décrypter cet environnement sonore est donc très utile pour le public concerné!

J’ai passé une très bonne soirée, comme la plus grande partie du public qui comportait pas mal de familles, les séances de 19h30 sont plus propices à ce public, et pour moi elles me permettent de voir le spectacle en entier, quand ça commence à 20h30, il m’est toujours difficile encore de garder mon cerveau éveillé jusqu’à la fin! Ce soir là, point de somnolence, les relances permanentes avec les saynètes qui se suivent permettent de maintenir un rythme sans endormissement*, les relations entre les voisins ne sont pas toujours de tout repos! Je vous recommande ce spectacle s’il passe près de chez vous!

* quoique j’avais réussi à m’endormir dans le final en pyrotechnie de Henry VI il y a deux ans, mais j’ai fait des progrès depuis 😉

Pour aller plus loin : voir le site de Bigre, de Pierre Guillois.

Voir un extrait, lors de la création en 2014, sur le site du théâtre de la Croix-Rousse à Lyon.

Ouvert la nuit, d’Édouard Baer

Je n’étais pas retournée au cinéma commercial depuis plus d’un an et le dernier James Bond (en VO), fâchée par le tunnel de publicité de plus d’une demi-heure et surtout un son tellement fort que j’ai fini par chercher (et trouver) des protections anti-bruit au fond de mon sac pour supporter le film! A lire les commentaires y compris dans la presse locale (je n’ai pas retrouvé la brève de M. Écho il y a quelques semaines dans Centre presse), je ne suis pas la seule à me plaindre du niveau sonore dans les salles de CGR Poitiers centre-ville et Buxerolles, mais cela ne semble pas poser de problème aux gérants, à croire qu’ils ont une majorité de clients sourds!

Je suis sortie dimanche avec une amie qui avait envie de voir un film léger et nous sommes donc allé voir Ouvert la nuit, d’Édouard Baer. La publicité était toujours trop forte, mais le son supportable, même si encore trop fort à mon goût.

L’histoire :  de nos jours à Paris. A la veille de la première d’une pièce, le théâtre va à vau-l’eau, l’équipe, acteurs comme techniciens, menés par le régisseur [Grégory Gadebois], n’ont pas été payés depuis deux mois et menacent de se mettre en grève, le metteur en scène japonais exige un vrai singe et pas un acteur caché dans une fourrure dans sa pièce, Michel Galabru n’en peut plus et menace de partir. Le directeur, Luigi [Édouard Baer], doit regagner la confiance de tout le monde, au premier rang desquels Nawel [Audrey Tautou], qui tient le théâtre, trouver l’argent manquant, il part pour une grande virée à travers Paris, embarquant Faeza [Sabrina Ouazani], la stagiaire de sciences po qui avait été reconvertie en hôtesse de bar au théâtre,  à la recherche d’un singe, d’argent, avec beaucoup de verres d’alcool!

Mon avis : bon, allez, il y a de bons moments plutôt drôles, comme l’intrusion nocturne au muséum d’histoire naturelle, quelques dialogues bien vus, mais globalement, l’acteur principal / réalisateur en fait trop pour ce personnage de directeur de théâtre qui traite les problèmes par dessus la jambe, utilise des chèques en bois avec le chéquier du théâtre pour essayer de trouver des liquidités, ne respecte pas ses collaboratrices et leurs enfants en bas âge, le bébé de la stagiaire, finalement embarqué dans la course folle, ou son filleul, le fils d’Audrey Tautou qui fête ses 7 ans, traite la mort du singe trouvé pour la pièce par dessus la jambe. Allez, le scénario n’a pas grand intérêt, il n’y a pas grand chose côté photo ou lumières qui justifient de le voir sur grand écran, vous pouvez largement attendre qu’il sorte en DVD ou à la télévision pour le voir un jour où vous n’avez pas envie de vous « prendre la tête » avec un film plus sérieux… sauf si vous avez une furieuse envie de voir en salle une comédie que j’ai trouvée très moyenne.

 

Le grand miroir (verre églomisé) de l’ancien théâtre de Poitiers

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 01, vue généraleA l’occasion des journées du patrimoine, la ville de Poitiers a invité Monika Neuner, la future restauratrice de cet ensemble remarquable, pour une conférence le samedi 17 septembre 2016 à 15h30 à la médiathèque… L’occasion de ré-éditer cet article qui commence à dater… Ce verre églomisé n’a pu que se dégrader encore plus depuis!

Article du 1er avril 2012

Je vous ai déjà rapidement présenté les anciens théâtres qui ont été construits successivement dans un angle de la place d’Armes (place Leclerc) à Poitiers, avant la construction du TAP/théâtre auditorium de Poitiers. Dans sa version actuelle, le bâtiment a été construit par l’architecte Édouard Lardillier et inauguré en décembre 1954. Il ne reste ici que le cinéma d’art et essai, qui doit prochainement déménager et partager ses salles avec le cinéma commercial voisin. L’avenir du bâtiment fait donc l’objet de beaucoup de discussions, ni le bâtiment, ni son décor ne sont protégés au titre des monuments historiques. Parmi les hypothèses, il y a la vente du bâtiment par la ville à un promoteur immobilier [PS 2014/2015/2016: l’ensemble a été fermé, les fauteuils ont été enlevés de la salle de spectacle dont les volumes ne seront pas gardés pour créer une salle d’art visuelle surmontée et bordée à l’arrière d’espaces commerciaux et de logements « chics », seuls le verre églomisé et les lustres seront conservés, si les recours juridiques n’aboutissent pas, voir le blog du Comité de défense de l’ancien théâtre de Poitiers].

Le nouveau théâtre de Poitiers, carte postale ancienne, vers 1955, façade sur la place

La partie la plus remarquable est ce grand verre églomisé, un miroir à l’or et à l’argent, visible de l’extérieur les soirs de spectacle par les grandes fenêtres du hall illuminé. Même de jour, il était visible de l’extérieur, comme on le voit sur cette carte postale qui a été éditée peu après l’inauguration. Les effets d’ombres et de lumières sont renforcés par les ombres portées en noir sur le miroir lui-même. Ce type de verres églomisés étaient fréquents notamment dans les paquebots, et il semblerait que l’on ait ici l’un des plus grands aujourd’hui conservés en France.

Ce miroir n’est pas en très bon état, de nombreuses lacunes sont apparues (attention, les petits copeaux que l’on voit à l’arrière de la vitre ne doivent pas être enlevés n’importe comment, surtout pas jetés, ils peuvent servir pour la restauration, et pas manipulés n’importe comment, ils sont susceptibles de contenir de mercure). Avant qu’il n’arrive un nouveau désastre patrimonial à Poitiers (le plus récent étant le monument aux morts de 1870-1871, qui a perdu ses grilles puis sa patine), je vous présente une série de photographies prises il y a à peu près un an, en avril 2011, en espérant que la ville prendra conscience de la grande valeur de cette œuvre et en demandera la protection au titre des monuments historiques et prévoira son étude puis sa mise en valeur dans la nouvelle destination, toujours inconnue, de ce bâtiment.

Dernière précision avant de le découvrir dans le détail, c’est un miroir… il y a donc des reflets sur certaines photographies…

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 02, signature de l'atelier Pansart Il porte la signature en bas à droite de l’atelier de Robert Pansart, un grand maître miroitier (à découvrir par exemple dans cet article paru dans L’œil, n° 499, en septembre 1998).

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 03, schéma L’artiste a représenté tous les genres de spectacles qui peuvent avoir lieu dans cette salle, plus faciles à identifier grâce à ce cadre qui renferme peut-être un dessin original de l’œuvre. [PS: ce dessin a disparu peu avant la fermeture du théâtre, apparemment, le cadre a été cassé, aucun nouvelle du dessin original].

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 04, les conférences Tout en bas de l’escalier, à gauche du miroir, difficile d’identifier la scène sans aide, il s’agit des conférences… éclairées par un candélabre.

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 05, le théâtre shakespearien

En haut à gauche, le drame shakespearien est la scène qui occupe la plus grande place. Un roi, une reine, des conspirations…

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 06, le théâtre shakespearien, détail Voici un détail de ce drame shakespearien.

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 07, le théâtre shakespearien, détail Voici un autre détail du drame shakespearien, un homme armé d’un poignard, avec deux ombres portées (plus fortes à droite, plus faible à gauche), nous sommes bien dans un théâtre avec plusieurs sources de lumières…

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 08, la poésie Au milieu de l’escalier (du théâtre qui est devant et de celui qui lui sert de décor), la poésie déclame son texte accompagnée de la lyre…

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 09, la critique Au début de l’escalier, le critique se cache derrière un grand manteau…

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 10, l'élégie L’élégie, à peu près au centre vers le bas, est l’une des parties où il y a un grand jeu sur les ombres portées soit très noires, soit plus légères…

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 11, chant, musique et danse

En haut vers le centre sont regroupés le chant (la cantatrice en longue robe se tient debout à côté du piano), la musique avec un petit orchestre et la danse (classique)…

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 12, drame Le drame se déroule au pied d’un escalier, une femme éplorée sur ces marches, un cadavre au sol, veillé par une lanterne.

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 13, échelle Un petit personnage se tient en haut sur une échelle, s’agit-il d’un hommage aux techniciens du théâtre (ou de l’atelier Pansart?).

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 15, drame antique Pour le drame antique, une femme se tient sur un piédestal avec les deux masques du théâtre antique dans la main droite ; un soldat « à la romaine » se tient au pied du socle…

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 16, la comédie En haut à droite, la comédie avec ses acteurs tout en mouvement sur la scène…

Miroir de l'ancien théâtre de Poitiers, 17, la comédie italienne En bas à droite, la comédie italienne, avec Arlequin au centre, les décors du théâtre…

Pour en savoir plus :

Grégory Vouhé, Théâtre de Poitiers, pour Pansart et LardillierL’Actualité Poitou-Charentes, n° 97, juillet 2012, p. 25.

Daniel Clauzier et Laurent Prysmicki, Poitiers. Le théâtre municipal, une salle de spectacle du milieu du XXe siècleBulletin monumental, tome 172-1, 2014, p. 65-68.

Sur les différents cinémas de Poitiers au fil du temps: voir l’article de Laurent Comar.

PS: Grégory me signale que le cadre du dessin original qui se trouvait en bas de l’escalier a été cassé juste avant la fermeture du lieu… Espérons que ce dessin précieux a été conservé! Voir son article, Théâtre de Poitiers, pour Pansart et LardillierL’Actualité Poitou-Charentes, n° 97, juillet 2012, p. 25.

Article de Grégory Vouhé sur Pansart, haut de pageArticle de Grégory Vouhé sur Pansart, bas de page

PPS : voir le blog du Comité de défense de l’ancien théâtre de Poitiers, avec de très belles photographies de Laurent Prysmicki.

La mouette de Tchekhov par Thomas Ostermeier

Le théâtre et auditorium de Poitiers après l'ouverture du viaduc, février 2014J’ai vu vendredi soir La Mouette d’Anton Tchekhov mise en scène par Thomas Ostermeier au théâtre et auditorium de Poitiers / TAP, déjà presque la fin de la saison 2015-2016… Il s’agit d’une nouvelle traduction proposée par Olivier Cadiot (revoir Le colonel des zouaves et Un nid pour quoi faire) à partir d’une traduction en allemand (adaptée par le metteur en scène lui-même) et non du texte original, d’après ce que j’ai lu. Donc une adaptation d’un texte traduit du russe vers allemand, adapté en allemand et retraduit en français, qu’est-ce que ça allait donner??? Et bien, un texte inspiré de Tchékhov, avec quelques coupes et des personnages qui ont disparu, comme les serviteurs: je suis allée vérifier dans ma bibliothèque, j’avais un doute, mélange avec La cerisaie? Mais non, il y a bien des serviteurs dans La mouette.

Le spectacle: la scène du théâtre est entièrement close de parois peintes en gris sur les côtés, jusqu’au bord de la scène (juste un passage vers les coulisses au fond à droite), au fond et au plafond. Une banquette court tout le long du mur, les acteurs y sont assis et viennent chacun leur tour sur l’estrade en bois sur le devant de la scène. Les éléments du décor qui sera utilisé au cours des deux heures trente suivant sont stockés sur le côté droit. Au fond, trois récipients de peinture noire plus ou moins concentrée, une artiste peint avec une grande brosse le fond de scène à chaque intermède (changement de décor)…

Mon avis : restons aux intermèdes… ils sont accompagnés d’une musique rock beaucoup trop forte, surtout au début de la pièce, si forte qu’elle doit rendre à moitié sourd et que certaines actrices deviennent inaudibles, je pense en particulier à Mélodie Richard (Nina) dont la voix ne porte pas, et pourtant j’étais dans le premier quart de la salle. Le début de la pièce est déconcertant, par la transposition de la pièce dans le monde d’aujourd’hui (selfie, nouveau théâtre de Treplev, ordinateur portable suivront…) et surtout le prologue où il est question de migrants syriens et de compréhension de l’actualité. L’effet « boîte grise » du décor (minimaliste par ailleurs) est oppressant, heureusement que le décor peint peu à peu sur le fond de scène, finit par évoquer un lac bordé de collines après avoir semblé dessiner une tête de mouette (avant d’être entièrement effacé par un gigantesque aplat noir). Ceci étant, peu à peu, j’ai fini par entrer dans la mise en scène -qui d’ailleurs s’assagit, une fois évacuée la carcasse pendue sur scène et Constantin Treplev nettoyé de son sang, … avant de m’endormir sur la fin – et oui, même avec une sieste l’après-midi (je ne travaille pas le vendredi) et en commençant à 19h30, quand arrive 21h30, difficile encore de garder mon cerveau éveillé malgré la vigilance de l’amie qui m’a permis de voir les dernières minutes! Bref, je suis un peu déçue par cette adaptation…

Nobody au TAP

Le théâtre et auditorium de Poitiers après l'ouverture du viaduc, février 2014Nobody? Non, il n’y avait pas personne au théâtre et auditorium de Poitiers / TAP, c’est le titre d’un spectacle présenté il y a quelques semaines en partenariat avec le festival Filmer le travail. Nobody, c’est donc une « performance filmique », comme dit le programme, une pièce de théâtre jouée sur scène avec un film produit en direct, d’après des textes de Falk Richter mis en scène par Cyril Teste et jouée par le Collectif MxM.

Le spectacle: sur la scène, au premier plan un « open-space » et un « bocal de confession » (une salle où défilent les salariés soumis à des questions par leur encadrant), à l’arrière-plan, une salle de réunion et une pièce cachée par un mur (tour à tour chambre à coucher, toilettes, salle de bain, autre bureau), sur le côté, un couloir avec l’ascenseur, le tout derrière une grande vitre. Au-dessus, un écran où est projeté le film réalisé en direct. Sur scène, les acteurs et deux cameramen tout vêtus de noir, qui filment aussi dans la pièce quasi invisible. Ces consultants spécialisés en restructurations d’entreprise sont eux-mêmes soumis à une méthode de « management » agressive, le « benchmarking »: chaque employé espionne et note ses collègues, ils notent et évincent chez les clients, mais aussi dans leur propre entreprise.

Mon avis: c’est à une grande performance que le spectateur assiste en allant voir cette pièce de théâtre / film éphémère, réalisé en direct et disparaissant au fur et à mesure… Il est aussi invité à réfléchir, certes, cette entreprise semble pousser au maximum des méthodes de direction de ses employés, mais est-ce si loin de ce que beaucoup vivent au quotidien? Travail jusqu’à pas d’heure, stagiaires, personnes poussées dehors, vie de famille qui en pâtit. En 1h30, énormément de thèmes sont soulevés, posés sans commentaires, au spectateur d’en tirer les conclusions. N’hésitez pas à aller la voir si elle passe près de chez vous. Cette pièce devrait être vue impérativement par nos dirigeants, au premier rang desquels Myriam El Khomri (la « sinistre » du travail), Emmanuel Macron et le premier ministre!

Je vais essayer de vous parler très vite des autres spectacles de ma saison 2015-2016

Modèles, de Pauline Bureau

Le théâtre et auditorium de Poitiers après l'ouverture du viaduc, février 2014Je poursuis ma saison 2014-2015 au  théâtre et auditorium de Poitiers / TAP, avec Modèles, de Pauline Bureau et la Compagnie La Part des Anges. Un spectacle créé en 2011 à Montreuil.

Le spectacle: cinq jeunes femmes (Sabrina Baldassarra, Laure Calamy, Sonia Floire, Gaëlle Hausermann, Marie Nicolle ) et un musicien (Vincent Hulot) sur scène, encadrées par Pauline Bureau, sur un texte collectif (les mêmes plus Benoîte Bureau, Sophie Neveux, Emmanuelle Roy, Alice Touvet) et avec des vidéos des mêmes actrices recréant des interviews de Pierre Bourdieu, Marie Darrieussecq, Virginie Despentes, Marguerite Duras, Catherine Millet, Virginia Woolf. Plus quelques mannequins de cire sur les côtés. Elles racontent leur enfance dans les années quatre-vingts, les premières règles, la « première fois », l’avortement, la vie de femme entre boulot et tâches ménagères, etc.

Mon avis: l’ouverture du spectacle par la reconstitution d’une interview de Bourdieu m’a fait un peu peur, entrée en matière par un grand classique… Puis le rythme s’accélère, avec une alternance de saynètes, interviews et passages en musique.

Chacune peut se retrouver dans ces textes, visiblement beaucoup moins le monsieur qui était assis à ma gauche. Est-ce qu’il oublierait de laver son bol le matin, de faire les courses et de préparer le repas en s’occupant du bébé pour laisser le temps à sa femme de traiter les derniers dossiers urgents au bureau? Certains passages peuvent être crus (reconstitution d’une entrevue de Virginie Despentes sur un viol subi, les premières règles, etc.), mais avec un rythme soutenu, elles abordent tous les aspects de la vie d’une femme, y compris d’un point de vue idéologique (l’héritage des féministes, de mai 1968) ou intime (la brutalité du gynécologue et l’avortement incomplet). Pas de leçon de morale, juste des constats, chaque actrice retraçant la vie d’une femme à la personnalité très différente. Certains passages musicaux sont trop forts pour moi (oui, j’ai encore du mal à gérer le bruit), mais sinon, j’ai passé une excellente soirée! S’il passe près de chez vous, n’hésitez pas à y aller, avec Monsieur et les enfants (enfin, pas trop petits, les enfants)!

Pour rebondir, voir ou revoir Apocalypse bébé de Virginie Despentes et La douleur de Marguerite Duras, mise en scène de Patrice Chéreau, avec Dominique Blanc.

Karl et Anna, de Leonhard Frank

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Couverture de Karl et Anna, de Leonhard FrankDans le cadre de l’exposition Une fenêtre sur le monde, Jean-Richard Bloch à la Mérigotte à la médiathèque de Poitiers (jusqu’au 31 octobre 2014, voir le programme d’animations (conférences, visites guidées), j’ai lu plusieurs ouvrages de (rééditions ou originaux issus de sa bibliothèque). Si j’ai lu chez moi la réédition de Espagne, Espagne!, j’ai lu plusieurs ouvrages au fond patrimoine de la médiathèque, qui a bien voulu déplacer pour moi le lourd visioagrandisseur de la salle des revues où il est habituellement et me mettre de côté les ouvrages sur plusieurs jours, ne pouvant pas lire plus de 50 à 100 pages à la fois. Je vous parle aujourd’hui non d’un livre de mais d’une traduction qu’il a faite.

Le livre: Karl et Anna, de Leonhard Frank, traduit de l’Allemand par Jean-Richard Bloch, 17e Cahier du Masque, 70 pages, 1929.

L’histoire: 1917, dans un camp de prisonniers en Russie, à la frontière entre l’Europe et l’Asie. Blessé à la jambe, Richard pense à sa femme, Anna, dont il parle à longueur de temps à Karl, prisonnier avec lui. Juillet 1918. Anna avait reçu le 4 septembre 1914 l’avis de décès au « champ d’honneur » de Richard. Les prisonniers rentrent peu à peu. Karl, qui s’était évadé depuis un an, se fait passer pour Richard auprès d’Anna, qu’il connaît intimement par procuration. Après avoir résisté, Anna accepte Richard / Frank… quand se dernier écrit pour faire savoir qu’il rentre!

Mon avis: traduire une pièce de théâtre allemande en 1929 (créée en Allemagne en 1928), et avoir permis de la faire jouer à Paris (mise en scène de Gaston Baty, avec Lucien Nat, dans la création au théâtre de l’avenir), est un acte militant d’un homme qui croyait alors encore à la paix. Choisir une pièce sur la Première guerre mondiale, où il a lui-même été blessé trois fois et eu de nombreuses séquelles (notamment physiques) est un acte plus que militant. Un militant pacifiste avant tout après la guerre où il a combattu avec conviction, qui a choisi un auteur, Leonhard Frank, né en 1888, qui s’exila d’Allemagne vers Zurich en 1915.

Parlons un peu de sa pièce. Il y dénonce à la fois la cruauté des camps de prisonniers, et la cruauté de la guerre. Un mari de retour assassine femme et enfant, car celle-ci ne l’avait pas attendu et avait refait sa vie. Dans un autre foyer se forme un trio femme, mari revenu et amant de l’absence. Mais globalement, je n’ai pas été particulièrement séduite par ce texte, à voir peut-être au théâtre, dans une mise en scène un peu novatrice. Gaston Baty, qui faisait partie du cercle de Jean-Richard Bloch, venait de monter en 1927 le « Cartel des quatre » avec Louis Jouvet, Charles Dullin et Georges Pitoëff, pour la promotion du théâtre d’avant-garde (vous pouvez les voir tous les quatre sur une photographie sur ce site dédié aux marionnettes dans sa propriété de Pélussin, dans la Loire). Il faut que je cherche un témoignage (presse parisienne, revues littéraires?) de la façon dont il a monté cette pièce. Il faudrait peut-être simplement que je commence par les revues dans lesquelles Jean-Richard Bloch intervenait en ciblant avril/mai 1929, mais un des lecteurs de mon blog a peut-être déjà la réponse à mes questionnements? Je vais déjà attendre la conférence sur Jean-Richard Bloch, Romain Rolland et le théâtre, dans deux semaines à la médiathèque de Poitiers, le sujet sera peut-être abordé! Ou bien dans le catalogue annoncé pour la fin de l’exposition…

Pour aller plus loin : 

– sur le blog: La Mérigot(t)e à Poitiers, résidence de l’écrivain Jean-Richard Bloch, Une fenêtre sur le monde, Jean-Richard Bloch à la Mérigotte, sa tombe au cimetière du Père-Lachaise à Paris, Espagne, Espagne!, Sur un cargo, Cacaouettes et bananes,

Jean-Richard Bloch. En Mérigotte, auberge antifasciste

– voir aussi l’article d’Alain Quella-Villéger (avec des photographies de Marc Deneyer), Jean-Richard Bloch à la Mérigote, L’Actualité Poitou-Charentes n° 46, 1999, p. 18-23.

– voir le site de l’Association Études Jean-Richard Bloch.

Faut-il restaurer les ruines? interrogations à Cahors…

Cahors, théâtre romain sous la chambre d'agricultureEn ces journées du patrimoine, je vais à nouveau rentrer dans la polémique. Faut-il restaurer les ? Titre d’un colloque que j’avais eu à commenter il y a presque 25 ans pour le concours de conservateur. Toujours d’actualité: vaut-il mieux conserver une ruine, la restaurer (à l’état de ruine, restituée?), l’enterrer? je reste sur ma position, il vaut mieux ré-enterrer un vestige archéologique pour le protéger, le garder à tout prix sans explication et sans contexte dans un bâtiment contemporain n’a aucun sens (voir la collégiale Saint-Pierre-le-Puellier à Tours, la place Saint-Jean,  un palais à Rhodes, un bout de mur romain près de la chapelle du Pas-de-Dieu à Poitiers, etc.). Voici quelques exemples romains à . Le bâtiment de la chambre d’Agriculture est installé à cheval sur le théâtre, compréhensible seulement par un panneau…

Cahors, théâtre romain sous la chambre d'agriculture, panneau et sitepas très clair!!! Je ne vois pas comment le visiteur peut faire le rapprochement entre la vue ancienne, le plan et ce qu’il voit s’il n’est pas archéologue! Le théâtre dit des Cadourques, connu depuis toujours, a servi de carrière de pierres puis les vestiges ont été intégrés dans ce bâtiment (para-)public dans les années 1960.

Amphithéâtre antique de Cahors dans le parking souterrainReconnaître un amphithéâtre romain et le comprendre n’est pas facile, je vous en ai déjà montré quelques exemples (voir à Périgueux ou à Poitiers l’amphithéâtre romain et sa reconstitution par Golvin). Celui de Cahors, au milieu d’un parking souterrain, est encore moins compréhensible. Il a été trouvé en 2003 lors du creusement du parking, qui en a adopté la forme oblongue (il a valu en partie la défaite du maire de l’époque, Marc Lecuru, aux élections de 2008), mais comment expliquer aux gens à quoi servait cet édifice de spectacles et de jeux de gladiateurs? D’autant que l’usager du parking a un seul objectif, venir facilement en ville, se garer, courir faire ses courses, pas admirer le paysage, fût-il patrimonial et antique! Passé l’intérêt lors de la découverte, l’utilité de garder ce tas de pierres doit interroger quelques usagers.

Cahors, les thermes ou arc de DianeDans une ville romaine, à côté de l’amphithéâtre et du théâtre, il y a un autre monument public important, les thermes, qui souvent renferment aussi des installations sportives. Son nom est ambigu, « Arc de Diane », cela peut sous-entendre un arc de triomphe ou un temple dédié à Diane. Quand on passe dans la rue, on voit surtout un grand pan de mur. La construction du collège voisin et les fouilles consécutives (pas encore dites « préventives », plutôt du « sauvetage urgent » même si le site était connu) en  1953-1954 a permis de préciser qu’il s’agissait d’un des quatre murs qui bordait un piscine froide ou frigidarium.

Plan schématique de Cahors antiquePour le temple, je n’ai pas de photographie… mais voici la position des gros bâtiments publics romains de Cahors.

Pour aller plus loin, voir:

Deux mille ans d’un quartier urbain à Cahors [amphithéâtre], par Didier Rigal, Inrap

Les thermes romains de Cahors, par Michel Labrousse, Gallia, vol.21, n° 1, 1963, p. 191-225.

Photographies mars 2011

George Kaplan de Frédéric Sonntag

Le théâtre et auditorium de Poitiers après l'ouverture du viaduc, février 2014Il y a déjà trois semaines, j’ai vu la pièce de théâtre George Kaplan de Frédéric Sonntag, par la compagnie AsaNisiMasa (avec Lisa Sans, Fleur Sulmont, Alexandre Cardin, Antoine Gouy, Jérémie Sonntag et
Thomas Rathier), au théâtre et auditorium de Poitiers / TAP mais dans la programmation des Amis du théâtre populaire de Poitiers. Merci à Joëlle, abonnée à la saison et qui m’a fait bénéficier d’une invitation à ce spectacle!

Le spectacle (présentation du site Format/accompagnement de projets artistiques) :

« GEORGE KAPLAN est une pièce en trois parties aux multiples liens narratifs, une pièce sur les enjeux politiques des mythes et des récits, sur le rôle du café (et de la bière) dans le bon déroulement des réunions, sur l’influence d’Hollywood dans notre représentation de la géopolitique mondiale, sur la participation d’Alfred Hitchcock à un complot international, sur la guerre de l’information et la manipulation des foules, sur une poule qui peut sauver l’humanité, sur un nom qui pourrait changer la face du monde ».

Mon avis: j’ai un peu eu du mal avec la deuxième partie, où j’ai dû lutter contre un gros coup de barre (merci à mon voisin de siège qui m’a réveillée). Chacune des trois parties met en jeu des acteurs et une reconstitution filmée. Dans la première partie, un groupe d’activistes dans une ferme, dans la seconde, des scénaristes cherchent une idée d’émission de télé-réalité, dans la troisième, réunion de crise des services secrets d’un grand pays qui ont mis sous surveillance une chambre d’hôtel et analysent la menace. La première partie est ma préférée, toute ressemblance avec des réunions associatives (ou même professionnelles) n’est pas fortuite! Ordre du jour, vote, retour sur les décisions prises les fois précédentes, palabres sans fin pour la rédaction d’un texte consensuel… Nous avons tous dû vivre ça et j’ai beaucoup aimé. La deuxième partie, qui se termine dans un bain de sang, m’a moins plu, j’en ai manqué une partie certes, mais ne suivant pas la télé-réalité (et très peu la télé), ça ne m’a pas vraiment marqué. George Kaplan donc est un personnage insaisissable, incarné par différentes personnes, une fiction (qui se termine néanmoins dans un bain de sang) ou une menace terroriste. Le mélange entre l’action sur scène et des parties projetées est, je trouve (mais ce n’est visiblement pas le cas de certains critiques) très réussi, interrogeant sur la place entre la fiction et la réalité. Le « film » avec des images plus « réelles » que la représentation sur scène reflète-t-il davantage la réalité? Une belle interrogation sur le monde actuel, les peurs collectives, la relation au réel et à la fiction. De mon côté, j’ai beaucoup aimé, mais j’ai croisé des personnes qui ont assisté à la même représentation et pas du tout adhéré…

Et mon mal est délicieux de Michel Quint

pioche-en-bib.jpgCouverture de Et mon mal est délicieux de Michel QuintAprès Effroyables jardins et Aimer à peine, Avec des mains cruelles, La folie Verdier et Close-up, j’ai sorti de la médiathèque un autre livre de . [depuis, j’ai aussi lu L’espoir d’aimer en chemin et Fox-trot].

Le livre : Et mon mal est délicieux de Michel Quint, collection Arcanes, éditions Joëlle Losfeld, 2004, 88 pages, ISBN 978-2070789047.

L’histoire : de nos jours (au début des années 2000?). Un auteur en résidence d’écriture à la chartreuse restaurée de Villeneuve-lès-Avignon cueille une fleur de jasmin et est abordé par Max, qui lui narre son histoire. Juin 1940. La chartreuse en ruines est occupée par de nombreux réfugiés, certains venus du Nord, d’autres qui ont fui la guerre d’Espagne, dont Luz. Max, le jeune fils du juge, devient son Rodrigue chaque soir, récitant le Cid. Un jour, Gérard s’interpose, prend le rôle. Et si c’était Gérard Philipe? 9 mai 1945, à la fin du bal populaire, Luz est frappée d’un étrange mal, Max parti à Paris fera vivre son rêve de revoir Gérard…

Mon avis : un court roman qui, pour une fois chez , ne se passe pas dans le Nord de la France. Il réussit le tour de force de parler en moins de cent pages de la deuxième guerre mondiale, des réfugiés espagnols, d’un crime passionnel, de la déportation et du retour, du monde du théâtre à Paris et au festival d’Avignon, d’une maladie neurologique rare jamais citée mais dont l’un des symptômes est une monoplégie crurale. Un texte dense qui se lit d’une traite…