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La centrale nucléaire de Civaux, la Vienne et le karst…

La centrale nucléaire de Civaux vue depuis la ville haute de ChauvignyAprès les incertitudes sur les cuves des deux réacteurs forgées au Japon, le 11 mars 2017, Centre presse et la Nouvelle République parlaient du béton fissuré de la centrale nucléaire de Civaux, révélé dans La farce cachée du nucléaire(Sortir du nucléaire, Éditions Yasnost), un problème connu de longue date et toujours minimisé par EdF, la commission locale d’information / CLI qui a eu lieu depuis a été apparemment agitée. Bientôt ils découvriront qu’elle est aussi installée dans un contexte géologique qui pose aussi problème, le karst, en gros des grottes partout autour et sans doute en-dessous de la centrale, comme avoué à moitié lors de la fuite de tritium de janvier 2012! L’occasion pour moi de rééditer un article publié ici en mars 2011. Et au passage, la première photo est prise depuis la cité médiévale de Chauvigny, des projets d’éoliennes viennent de se faire recaler parce qu’elles allaient gâcher le paysage de la cité médiévale, mais cela n’avait pas posé de problème pour implanter les tours de la centrale nucléaire!!! N’oubliez pas non plus que l’énergie nucléaire n’est pas une énergie sans carbone, il en faut pour construire les centrales, les entretenir, véhiculer chaque jour les milliers de travailleurs des centrales, extraire et transporter l’uranium (produit souvent sans protection des ouvriers en Afrique, ce n’est pas par hasard qu’une usine d’Areva avait été la cible de terroristes), couler les déchets dont on ne sait que faire dans des blocs de béton, etc…


Et pour rappel, avant de vous laisser relire mon ancien article sur le karst de Lussac-les-Châteaux, il est aujourd’hui possible d’acheter de l’énergie sans nucléaire, en devenant comme moi coopérateur chez Enercoop est une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC). Un fournisseur plus cher qu’EdF… quoi que, à force, il va finir par être moins cher, puisque nous payons de l’énergie sans apport du nucléaire (qui financera la prolongation de durée de vie des centrales nucléaires, le juste prix pour l’uranium et le stockage des déchets produits, le « grand carénage, bidouillage pour prolonger la vie des centrales?), une énergie payée au juste prix de la production, visitez leur site, si vous ne souhaitez pas sauter le pas de changement de fournisseur d’énergie, actuellement, vous pouvez aussi participer à « l’aventure » en finançant de nouvelles unités de production d’énergie non nucléaire (biomasse, solaire, éolien, etc.)… Dans le département de la Vienne, ceux qui sont abonnés chez Sorégies et non chez EdF ne peuvent toujours pas changer d’opérateur.

Civaux, dessin humoristique sur le silicone de la centraleSur la centrale nucléaire de Civaux, vous pouvez aussi (re)lire mes autres articles sur ses problèmes avec la sécheresse, avec une petite crue de la Vienne (et une promenade imprévue de carburant radioactif), une fuite de tritium en janvier 2012, la suite de cette fuite (février 2012)

Article du 17 mars 2011

La centrale nucléaire de Civaux dans le département de la VienneJe vous ai déjà montré cette photographie de la centrale nucléaire de Civaux dans la Vienne à l’occasion d’une sortie sur les orchidées l’année dernière… (vous pouvez relire ces articles : liens vers le musée, sortie sur les orchidées (à retrouver sur le récapitulatif, sortie orchidées à Civaux (2) : Ophrys mouche, quelques orchidées (petites) araignées, plusieurs orchidées pyramidales (Orchis pyramidal ou Anacamptis pyramidalis), sortie orchidées à Civaux (3) : première orchidée bouc, Ophrys abeille, et côté petites bêtes, un clairon, sortie orchidées à Civaux (4) : orchis homme pendu, orchidées boucs, céphalentères à longues feuilles).

Je vous avais d’ailleurs signalé la disparition sur le coteau visité d’une des espèces présentes avant la construction de la centrale, l’hypothèse avancée par les spécialistes de la faune et la flore étant que la présence quasi permanente du panache de vapeur d’eau a modifié l’ensoleillement de ce coteau et pu entraîner cette disparition. Le site d’EDF présente cette centrale comme sûre, mais il y a deux inconnues majeures, le karst et la Vienne.

Quand je suis arrivée dans la région, en 1991, les fouilles archéologiques préventives s’achevaient (leurs résultats sont publiés en plusieurs volumes aux éditions de la société archéologique de Chauvigny). Ensuite, pendant des mois, le chantier a été retardé car il y avait des cavités naturelles dans le terrain… Quelle surprise ! Un karst est connu depuis toujours dans ce secteur, on rapporte la disparition de bêtes dans des trous qui ont pu s’ouvrir naturellement, etc. La présence de ce karst a d’ailleurs permis le développement de nombreuses grottes qui ont pu être occupées ou fréquentées au Paléolithique, certaines dès le Moustérien (Les Rochers de Villeneuve à Lussac-les-Châteaux, où a été trouvé un fémur de Néandertalien daté de 40 à 45.000 ans), d’autres avec des œuvres d’art pariétal (le réseau Guy Martin et la Font-Serein à Lussac-les-Châteaux – cette dernière a un réseau profond, terrain de jeu des spéléogues et qui contient une résurgence) ou mobilier (grottes de La Marche et des Fadets à Lussac-les-Châteaux, grotte de Loubressac à Mazerolles, grotte du Bois-Ragot à Gouex), tous ces sites et quelques autres (comme les Plumettes (aller pages 468-470), la grotte de la Tannerie ou Larrault / Laraux toujours à Lussac-les-Châteaux) ayant aussi livré de nombreux renseignements sur les habitats en grotte entre 28.000 et 10.000 ans avant notre ère. Vous pouvez en savoir plus au musée de préhistoire de Lussac-les-Châteaux, dont je vous ai parlé il y a quelques mois… Les liens sur les sites archéologiques renvoient vers diverses publications, pas toujours la plus récente, mais elles vous donneront déjà une petite idée de ces sites.

Sous la centrale nucléaire de Civaux se trouve donc un réseau karstique directement en liaison avec les nappes phréatiques… Si vous voulez tout savoir sur les karsts de manière assez claire (enfin, à mon avis, mais il y a quand même quelques notions de géologie), je vous invite à lire le dossier de l’école normale supérieure de Lyon sur le sujet, avec de nombreux schémas. Mais aucun risque, nous dit EDF, le karst a été comblé (sauf que tout géologue sait bien qu’un karst actif, ça peut continuer à soutirer, même des dizaines ou des centaines de mètres-cubes de béton ne sauraient suffire), et puis, pas de panique, l’enceinte de confinement passe aussi sous le réacteur… Ces enceintes de confinement ont seulement été calculées par des ingénieurs… Nous avons vu ces derniers jours qu’en grandeur nature au Japon, leur solidité et leur résistance ne sont peut-être pas aussi sûres. Et à Civaux, il n’y aura pas l’océan pour refroidir les réacteurs s’ils s’emballent : le débit de la Vienne est déjà insuffisant pour refroidir deux réacteurs fonctionnant normalement en été, il y en a toujours au moins un à l’arrêt (officiellement pour maintenance) pendant les mois chauds… quand ce ne sont pas des amibes tropicales qui pourraient se développer à cause du réchauffement de l’eau (c’est arrivé en 1998, sur la Loire, devant la centrale de Dampierre)… En 2011, c’est dès le printemps qu’elle connaît des problèmes avec la sécheresse. On nous dit qu’au moins, il n’y aura pas de tsunami… Mais il peut y avoir de grandes crues, comme celles que je vous ai montrées… en 1896 à Confolens ou celle de 1913 à Châtellerault… Civaux est juste entre ces deux villes, il paraît que les aménagements en amont doivent limiter l’impact de ces crues centenaires, mais qu’en sera-t-il si un barrage lâche ??? Si l’enceinte de confinement ne tient pas, la radioactivité pourra partir bien sûr dans l’air, mais aussi directement dans les nappes phréatiques via le système karstique, merci EDF (et les décideurs politiques de l’époque…). Sans oublier celle qui s’échappera dans l’atmosphère, chouette, j’habite à un peu plus de 30 km… hors du périmètre où chacun a reçu -au cas « hautement improbable » où un accident se produirait – des pastilles d’iode. On voit très bien les tours de la centrale depuis le CHU de Poitiers, c’est rassurant, non? Ah, une dernière chose, les gens d’EDF n’arrêtent pas de dire que Civaux n’est pas sur une faille… mais il y a tout un réseau de failles à environ 8km au sud-est. Certes, ce sont des failles qui n’ont pas bougé depuis longtemps, mais pourquoi ne pas le dire? Ce n’est pas difficile à vérifier, il suffit d’aller acheter une carte géologique du BRGM dans n’importe quelle bonne librairie ou sur le site du BRGM (la zone concernée est dans l’angle de quatre cartes, les 590, Chauvigny, 591, La Trimouille, 613, Gençay et 614, Montmorillon). Enfin, côté séismes, il ne semble pas avoir été pris en compte ceux de force supérieure à 6 (Poitiers en grande partie ravagée le 18 octobre 1018 et le 15 novembre 1083, puis à nouveau au 14e siècle notamment le 15 février 1318), séisme estimé à une force 7,5 le 6 octobre 1711 à Loudun. La carte des tremblements de terre de ces 300 dernières années est disponible sur le site de l’observatoire régional de l’environnement en Poitou-Charentes. Celui de 1711 a été étudié dans un rapport très détaillé du BRGM. Certes, ce n’est pas la même faille, mais cela montre que le risque existe aussi dans notre région.

[PS: pour le tremblement de terre de 1083, il est notamment rapporté dans la chronique de Saint-Maixent, voir la transcription du texte latin à la date de 1083 sur le site histoire passion. : « Eodem anno terrae motus factus est magnus, XV° kalendas novembris, in die natalis Sancti Lucae. Pars civitatis Pictavis magna cum ecclesia Sanctae Radegundis combusta est« . Dans la même chronique, des tremblements de terre sont signalés dans la région en 1097 (13 octobre), 1098 (4 octobre)].

Alors, ces derniers jours, la presse, la radio et la télé locales ont bien évoqué la question de la Vienne (pas assez d’eau pour refroidir en été, trop en cas d’inondation en hiver), mais personne n’a parlé de la question du réseau karstique… Un oubli, monsieur le directeur de la centrale de Civaux qui a tenté de justifier sa sécurité lundi dernier au journal régional de France-3?

Je sais bien qu’il est difficile de sortir du nucléaire, vus les choix faits en France… La gestion des déchets à longue durée de vie (cf. les laboratoires d’enfouissement) posait déjà problème, la question de la sécurité des enceintes de confinement mérite d’être posée, ainsi que les choix qui ont été faits par le passé pour l’implantation des centrales, plus guidés par des considérations politiciennes (donner de l’emploi à tel ou tel endroit, par exemple, la centrale de Civaux, petite avec deux réacteurs, emploie plus de 800 personnes) que des contraintes environnementales (présence de failles, de karst, de la mer avec ses tempêtes, de fleuves en crue en hiver ou à sec en été, etc.). Peut-être devrions-nous quand même réfléchir non pas à des énergies alternatives, pas forcément plus propres (il faut tout compter dans l’impact, y compris la production et le démantèlement voire la gestion des déchets à long terme), mais à de sérieuses économies d’énergie, à une fin du gaspillage, à une aide à l’isolation notamment des logements anciens, l’énergie la plus propre est celle que l’on ne consomme pas! Et si on interdisait vraiment l’éclairage nocturne des vitrines, la climatisation ou le chauffage des magasins portes grandes ouvertes??? Vous trouverez d’autres gestes simples ou plus compliqués (isolation, etc.) sur le site de l’association négaWatt.

Faut-il restaurer les ruines? interrogations à Cahors…

Cahors, théâtre romain sous la chambre d'agricultureEn ces journées du patrimoine, je vais à nouveau rentrer dans la polémique. Faut-il restaurer les ruines? Titre d’un colloque que j’avais eu à commenter il y a presque 25 ans pour le concours de conservateur. Toujours d’actualité: vaut-il mieux conserver une ruine, la restaurer (à l’état de ruine, restituée?), l’enterrer? je reste sur ma position, il vaut mieux ré-enterrer un vestige archéologique pour le protéger, le garder à tout prix sans explication et sans contexte dans un bâtiment contemporain n’a aucun sens (voir la collégiale Saint-Pierre-le-Puellier à Tours, la place Saint-Jean,  un palais à Rhodes, un bout de mur romain près de la chapelle du Pas-de-Dieu à Poitiers, etc.). Voici quelques exemples romains à Cahors. Le bâtiment de la chambre d’Agriculture est installé à cheval sur le théâtre, compréhensible seulement par un panneau…

Cahors, théâtre romain sous la chambre d'agriculture, panneau et sitepas très clair!!! Je ne vois pas comment le visiteur peut faire le rapprochement entre la vue ancienne, le plan et ce qu’il voit s’il n’est pas archéologue! Le théâtre dit des Cadourques, connu depuis toujours, a servi de carrière de pierres puis les vestiges ont été intégrés dans ce bâtiment (para-)public dans les années 1960.

Amphithéâtre antique de Cahors dans le parking souterrainReconnaître un amphithéâtre romain et le comprendre n’est pas facile, je vous en ai déjà montré quelques exemples (voir à Périgueux ou à Poitiers l’amphithéâtre romain et sa reconstitution par Golvin). Celui de Cahors, au milieu d’un parking souterrain, est encore moins compréhensible. Il a été trouvé en 2003 lors du creusement du parking, qui en a adopté la forme oblongue (il a valu en partie la défaite du maire de l’époque, Marc Lecuru, aux élections de 2008), mais comment expliquer aux gens à quoi servait cet édifice de spectacles et de jeux de gladiateurs? D’autant que l’usager du parking a un seul objectif, venir facilement en ville, se garer, courir faire ses courses, pas admirer le paysage, fût-il patrimonial et antique! Passé l’intérêt lors de la découverte, l’utilité de garder ce tas de pierres doit interroger quelques usagers.

Cahors, les thermes ou arc de DianeDans une ville romaine, à côté de l’amphithéâtre et du théâtre, il y a un autre monument public important, les thermes, qui souvent renferment aussi des installations sportives. Son nom est ambigu, « Arc de Diane », cela peut sous-entendre un arc de triomphe ou un temple dédié à Diane. Quand on passe dans la rue, on voit surtout un grand pan de mur. La construction du collège voisin et les fouilles consécutives (pas encore dites « préventives », plutôt du « sauvetage urgent » même si le site était connu) en  1953-1954 a permis de préciser qu’il s’agissait d’un des quatre murs qui bordait un piscine froide ou frigidarium.

Plan schématique de Cahors antiquePour le temple, je n’ai pas de photographie… mais voici la position des gros bâtiments publics romains de Cahors.

Pour aller plus loin, voir:

Deux mille ans d’un quartier urbain à Cahors [amphithéâtre], par Didier Rigal, Inrap

Les thermes romains de Cahors, par Michel Labrousse, Gallia, vol.21, n° 1, 1963, p. 191-225.

Photographies mars 2011

L’hypogée des dunes à Poitiers…

La façade de l'hypogée des dunes et son environnementJ’ai publié la première fois cet article le 28 septembre 2008. Je le réédite avec des photographies de juin 2013 (sauf la première, que je garde de l’article d’origine), lors de la dernière ouverture du site pour les journées de l’archéologie.

Hypogée des Dunes à Poitiers, côté rue et façade principaleLe site sera à nouveau ouvert aujourd’hui, si l’accès au jardin est libre, les visites de l’intérieur de l’hypogée sont limitées à de petits groupes (pour des raisons de sécurité et de conservation).

Hypogée des Dunes à Poitiers, quatre vues des sarcophagesLe quartier des Dunes (de Dubes, hauteur) domine la ville de Poitiers. Une vaste nécropole antique (cimetière romain) y est connue depuis le 19e siècle, le long de la voie romaine de Poitiers à Bourges par Argenton-sur-Creuse.

Le monument au père de la Croix, parc de l'hypogée des dunes à Poitiers, de face et de trois quarts

En 1878/1879, en poursuivant les fouilles, le père de La Croix  (revoir son buste par Aimé Octobre) y découvrit un édifice orné de très belles sculptures (aujourd’hui au musée Sainte-Croix de Poitiers), des peintures murales et des inscriptions chrétiennes de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge (disons du 4e au 7e siècle).

L'hypogée des Dunes à Poitiers, capteur climatique extérieurLes peintures murales y sont remarquables mais très dégradées, d’où la fermeture de l’édifice et la reprise de leur étude. Aucune date de travaux ni de réouverture n’est annoncée. Cependant, la pelouse est entretenue par le service des parcs et jardins… Des instruments mesurent le climat à l’intérieur et à l’extérieur de l’édifice… avec des aménagements (tranchée et gaine orange) pas toujours très heureux.

Hypogée des Dunes à Poitiers, tombe sous tuilesLes sarcophages sont toujours à l’extérieur, ainsi que des tombes sous tuiles qui se dégradent de plus en plus au fil des ans. Vous pourrez apercevoir le bâtiment de la chapelle funéraire qui a été fortement restauré.

Il a été baptisé hypogée de Mellebaude (du nom d’une trouvé sur la dédicace d’un tombeau) ou hypogée des Dunes (du nom du quartier).

Le panneau qui n'explique rien Avant d’y aller, n’oubliez pas de lire voire imprimer le texte proposé par le musée de Poitiers, parce que sur place, vous ne trouverez absolument aucune indication. Cliquez sur les petites vignettes pour faire une visite virtuelle. Mais pourquoi les pupitres et panneaux explicatifs sont-ils à Poitiers réservés au seul centre-ville ?

Une couverture photographique est aussi disponible sur le site de la médiathèque du patrimoine (site du ministère de la culture).

Vous trouverez également quelques indications dans un dossier réalisé par un étudiant en archéologie (un peu limite au niveau du devoir de citation et du droit d’auteur, j’espère que le musée Sainte-Croix a donné son autorisation pour l’utilisation de ses images…).

Récemment, d’autres sépultures importantes (incinérations et inhumations, s’étalant essentiellement du 1er au 3e siècle de notre ère) ont été (re)trouvées lors des fouilles archéologiques du Parc-à-Fourrage voisin, qui sera bientôt transformé en un ensemble de logements construits par un office d’HLM. Ces fouilles ont été menées dans le cadre de la loi sur l’archéologie préventive par la société Éveha, qui propose un petit dossier en ligne présentant les principaux résultats préliminaires. Certaines de ces sépultures étaient déjà connues par les fouilles du commandant Rothmann puis du Père de La Croix (voir son buste), il y a cent trente ans.

Hypogée des Dunes à Poitiers, parc arboréGrégory Vouhé a consacré un article au parc, à découvrir en suivant lelien: Hypogée des dunes, un jardin centenaire, L’Actualité Poitou-Charentes n° 96, avril 2012, p. 45.

Une rangée de sarcophages devant l'hypogée des dunes Pratique : pour y aller, vous avez le choix… mais comme l’hypogée est fermé au public depuis plus de 10 ans par mesure conservatoire, vous n’en verrez que l’extérieur de la rue et l’alignement de sarcophages. Aussi un panneau annonçant sa fermeture (mais pas sa réouverture, ni aucune explication, voir plus haut)… Donc, si vous êtes à pied, du centre-ville, vous prenez le Pont-Neuf, vous remontez (raide) la rue du faubourg du Pont-Neuf, puis la rue de la Pierre-Levée à gauche. L’hypogée est fléché sur une petite rue à gauche (rue Saint-Saturnin), avant le Parc-à-Fourrage, faire le tour par la rue du Père de la Croix et le petit chemin de l’hypogée. Si vous montez un peu plus haut dans la rue de la Pierre Levée, au coin de la prochaine rue à gauche (la rue du Dolmen)… se trouve le dolmen (à découvrir dans cette autre chronique). Si vous préférez monter en bus, prenez en ville la ligne 3, descendez à l’arrêt Prison, prenez la rue le long de la prison (rue du Petit-Tour), vous arrivez en face du dolmen, redescendez un peu la rue de la Pierre-Levée et vous tomberez sur l’hypogée… Il y a quelques flèches pour les piétons.

Pour aller plus loin, un peu de lecture… à prendre en bibliothèque je pense, pour Poitiers, je vous conseille la bibliothèque de la Société des Antiquaires de l’Ouest cette fois-ci :

  • François EYGUN, Le cimetière gallo-romain des Dunes à Poitiers : journal des fouilles du Père de La Croix et rapports du Commandant Rothmann, Mémoires de la société des Antiquaires de l’Ouest, volume 11, 1933.
  • Marcel DURLIAT, Des barbares à l’an Mil, L’art et les grandes civilisations, Paris, Mazenod, 1985, notamment pages 523 à 530.
  • Xavier BARRAL I ALTET (dir), Noël DUVAL et Jean-Claude PAPINOT, La chapelle funéraire dite  » Hypogée des Dunes « , Les premiers monuments chrétiens de la France, volume 2 : Sud-ouest et Centre, Paris, Picard, 1996, pages 302 à 309.
  • Grégory VOUHÉ, Hypogée des dunes, un jardin centenaire, L’Actualité Poitou-Charentes n° 96, avril 2012, p. 45.
  • Grégory VOUHÉ, Le jardin de l’hypogée des Dunes à Poitiers, Revue historique du Centre-Ouest, t. XII, p. 349-366.

Retour sur les travaux du jardin du Puygarreau à Poitiers

En attendant que des corrections soient apportées aux problèmes d’accessibilité pour les handicapés moteurs (pente non réglementaire, absence de palier de repos et de main courante sur le plan incliné) et visuels (notamment problème des contremarches et de la main courante, une pas au norme et une manquante), comme je vous l’ai montré la semaine dernière dans mon article sur l’ouverture du jardin du Puygarreau à Poitiers

Escalier conforme aux normes devant la mutualité sociale agricole à Poitiers… je suis passée cette semaine sur un escalier bien plus conforme, devant la MSA (mutualité sociale agricole): bien qu’ayant vieilli, les première et dernière contremarches sont contrastées, les nez des marches aussi, la main courante déborde bien à l’horizontale.

Jardin du Puygarreau à Poitiers, 15 mai 2011, maison en cours de démolitionEn attendant de nouveaux travaux de mise aux normes (dommage que cela n’ait pas été bien conçu du premier coup, pas de report -inadmissible- sur l’accessibilité en ce qui concerne des travaux neufs), comme promis la semaine dernière, voici un petit retour en arrière sur les mois de travaux pour la réalisation de ce jardin. Tout a commencé par la destruction des maisons… Seule la dernière au fond sera gardée, les trois autres sont démolies et les matériaux récupérés (ici en mai 2011).

Jardin du Puygarreau à Poitiers, juin 2011, démolition achevéeFin juin 2011, la « déconstruction » est terminée, le terrain nivelé…

Jardin du Puygarreau à Poitiers, 15 septembre 2012, le chantier archéologique… puis les fouilles archéologiques ont commencé. En septembre 2012, grosse foule pour visiter le chantier, les vestiges médiévaux et gallo-romains.

Jardin du Puygarreau à Poitiers, fin septembre 2012, le chantier archéologique se termineSi vous voulez en savoir plus sur ce chantier, l’institut national de recherche archéologique (Inrap), qui a mené le chantier, a mis en ligne la plaquette distribuée à cette occasion. Les vestiges ont été recouverts et protégés avant la mise en place d’un remblai général où le jardin va prendre place [voir des précisions plus bas avec les commentaires].

Jardin du Puygarreau à Poitiers, fin septembre 2012, fontaine installée et hôtel de Beaucé échafaudéA côté, l’hôtel de Jean Beaucé est échafaudé et la fontaine (voir alter ego sur la place d’Armes) est installée (voir dans cet autre article, vers la fin, sa mise en place au milieu de vestiges archéologiques en mai 2012), mais pas encore les arbres…

Jardin du Puygarreau à Poitiers, fin août 2013, remblai du jardin et abandon du chantierFin août 2013, si le remblaiement est terminé, l’ensemble a un air d’abandon tristounet…

Jardin du Puygarreau à Poitiers, fin août 2013, le nouveau bâtimentLe bâtiment neuf est quasiment terminé et encore trop blanc…

Jardin du Puygarreau à Poitiers, 26 décembre 2013, obélisque brisé et premiers jeux installésNoël 2013,  « l’obélisque brisé » de Didier Marcel (je n’ai pas trouvé de site personnel, alors je vous ai sélectionné un dossier pédagogique du centre Pompidou) est en place, les premiers jeux de aussi, mais pas encore les plaques émaillées dont l’ensemble forme « Aire, air, erre, ère » de Pierre Joseph (il ne semble pas non plus avoir de site personnel, il y a un catalogue sur le site du ministère de la culture).

Jardin du Puygarreau à Poitiers, 26 décembre 2013, vue généraleEn revanche, l’installation des barreaux de prison (la grille « tourne-sol » d’Élisabeth Ballet) n’a pas encore commencé.

Camille de la Croix par Aimé Octobre (hypogée des dunes à Poitiers)

L'hypogée des Dunes à Poitiers, capteur climatique extérieurA l’occasion des journées nationales de l’archéologie 2013, l’hypogée des dunes à Poitiers était exceptionnellement ouvert pour quelques visites intérieures : l’air saturé d’humidité continue à poser problème pour la conservation des peintures murales, malgré les travaux récents… A titre personnel, je pense qu’avec une telle atmosphère saturée en eau, une forte odeur de moisissures et probablement un taux insuffisant de CO2 (quelques visiteurs ne se sentaient pas bien) les visites de l’intérieur auraient dû être annulées… pour la conservation des peintures toujours couvertes de moisissures et de salpêtre. Les capteurs climatiques (sur la photo, le capteur extérieur et la très jolie gaine orange qui le relie au système de communication) n’indiquaient pas ce problème? Tant qu’une solution n’a pas été trouvée pour la bonne conservation du lieu, les visites (y compris d’étudiants ou de spécialistes) devraient être interdites ou limitées avec un quota strict (calculé en fonction du climat intérieur, pas de la capacité d’évacuer 18 personnes), un peu comme dans les grottes ornées. Le parc était en accès libre, ce qui pose pas de problème.

Le monument au père de la Croix, parc de l'hypogée des dunes à Poitiers, vue généraleJ’en ai profité pour refaire des photographies du parc (il faut que je remplace celle de mon vieil article sur l’hypogée des dunes) et du monument au père de la Croix, l’archéologue qui a fouillé le site en 1878/1879. L’original est conservé au musée Sainte-Croix et un autre tirage se trouve sur le site de Sanxay (dans la Vienne, à la limite des deux-Sèvres).

Le monument au père de la Croix, parc de l'hypogée des dunes à Poitiers, signature Aimé Octobre 1912Le buste en bronze est installé sur un haut socle en pierre. Il porte la signature de Aimé Octobre et la date de 1912. Pour en savoir plus sur les conditions d’installation de ce monument, voir l’article de Grégory Vouhé, Hypogée des dunes, un jardin centenaire. Sur la face principale du socle, l’identification du sujet (Camille de la Croix) et une grande croix avec l’alpha et l’oméga, rappelant l’état d’ecclésiastique du sujet… La face droite donne des indications biographiques (« Tournay / Belgique / 14 juillet 1831 / Poitiers / 14 avril 1911 ») et la face gauche rappelle ses principaux chantiers (« Poitiers / thermes romains / hypogée / temple de Mercure / Sanxay / Berthouville / St Maur de Claufeuil / St Philibert / de Grand-Lieu »).

Le monument au père de la Croix, parc de l'hypogée des dunes à Poitiers, de face et de trois quarts

C’est une représentation très classique, un buste sans départ des bras…

Le monument au père de la Croix, parc de l'hypogée des dunes à Poitiers, détail de face, de dos et décoration

Camille de la Croix est représenté barbu, moustachu, le visage marqué par la vie au grand air plutôt que dans sa sacristie… Il porte la légion d’honneur, décernée à titre d’étranger (il était belge, Tournai est à une douzaine de kilomètres de Mouchin…) pour ses travaux au profit de l’archéologie française.

Photographies de juin 2013

Pour aller plus loin, un peu de lecture… à prendre en bibliothèque je pense, pour Poitiers, je vous conseille la bibliothèque de la Société des Antiquaires de l’Ouest cette fois-ci :

  • François EYGUN, Le cimetière gallo-romain des Dunes à Poitiers : journal des fouilles du Père de La Croix et rapports du Commandant Rothmann, Mémoires de la société des Antiquaires de l’Ouest, volume 11, 1933.
  • Xavier BARRAL I ALTET (dir), Noël DUVAL et Jean-Claude PAPINOT, La chapelle funéraire dite  « Hypogée des Dunes », Les premiers monuments chrétiens de la France, volume 2 : Sud-ouest et Centre, Paris, Picard, 1996, pages 302 à 309.
  • Grégory VOUHÉ, Hypogée des dunes, un jardin centenaire, L’Actualité Poitou-Charentes n° 96, avril 2012, p. 45.
  • Grégory VOUHÉ, Le jardin de l’hypogée des Dunes à Poitiers, Revue historique du Centre-Ouest, t. XII, p. 349-366.

Pour les plus « téméraires » : Archives départementales de la Vienne, 16 J 2/69

Découverte fortuite de Léo Verdel

Couverture de Découverte fortuite de Léo VerdelUn livre acheté par internet, et oui, la production à compte d’auteurs, ça ne se trouve pas chez le libraire… Je l’ai lu pendant les vacances de noël mais ai complètement oublié de vous en parler… Un livre qui m’avait été chaudement recommandé par Marlie l’été dernier… Emmanuelle / le Marquoir d’Élise, s’il t’intéresse, fais moi signe!

Le livre : Découverte fortuite de Léo Verdel, éditions Edilivre, 2012, 383 pages, ISBN 9782332499615.

L’histoire : au début des années 2000 (enfin, après 2001, la loi sur l’archéologie préventive de 2001 est en lace et l’Inrap/Institut national de recherches archéologiques préventives a remplacé l’AFAN/association pour les fouilles archéologiques nationales), à Châlons-en-Champagne. Un chantier de construction est arrêté: il y avait bien eu un sondage archéologique préalable qui s’était en principe révélé négatif, mais un squelette a été trouvé… Chantier arrêté, archéologues convoqués (mais l’expert de l’Inrap a confondu Châlons-sur-Saône avec Châlons-en-Champagne et arrive en retard), et un ancien habitant de l’immeuble, Lucien Pack, présent sur place, se retrouve propulsé chef de chantier… C’est qu’il n’y connaît rien en archéologie, heureusement qu’il reçoit quelques techniciens de fouilles. Il y a un hic, quand même: le premier cadavre, nettoyé par les pro, relève de la police… mais à côté, d’autres sont vite mis à jour, qui sont bien « archéologiques »… Et nous voilà plongés dans une double enquête, archéologique et criminelle, sur fond de bisbilles locales avec une association de sauvegarde du patrimoine, au milieu de l’archéologie préventive professionnalisée confrontée à des « amateurs » un peu largués!

Mon avis: les archéologues vont se régaler avec les portraits des archéologues, du conservateur régional de l’archéologie au gestionnaire de la base de l’INRAP en passant par l’anthropologue et les autres spécialistes… sans oublier les fouilleurs « de base » sans qui le chantier ne tournerait pas. Les non archéologue vont trouver une histoire un peu extravagante (non, je vous rassure, un non-archéologue ne peut pas se retrouver propulsé titulaire d’une autorisation d’une grande fouille préventive) mais par ailleurs fort bien menée sur fond de plusieurs meurtres… A découvrir!

PS : voir aussi l’avis de Nini 79, à qui j’ai prêté le livre…

 

Merci Emmanuelle!

Manu en mai 2013, pochette, marque-page, carte, livreC’est Emmanuelle / le Marquoir d’Élise qui vient de fêter son anniversaire (je suis « un peu » en retard)… mais c’est elle qui m’envoie un cadeau! Elle m’envoie un livre que Nini 79 lui avait envoyé et qui m’intéressait aussi, Le retour de Anna Enquist (voir l’avis de Nini)…

Manu en mai 2013, pochette bleue… et elle avait ajouté d’un marque-page, d’une carte de la grotte de Pech-Merle et d’une très belle pochette qui pourra m’accompagner avec un ouvrage dans mes nombreux déplacements. Parfaite dans tous ses détails, doublée et tout!

Cadeaux d'emmanuelle en mars 2012, 2, pochette à livre, rectoElle va m’accompagner avec la pochette à livres qui ne quitte pas mon sac! Un grand merci à toi, Emmanuelle / le Marquoir d’Élise, et n’hésitez pas à aller aussi voir son blog de cuisine, Effondrille et abat-faim : vous y trouverez des recettes saines et variées, l’industrie agro-alimentaire n’a rien à lui vendre!

La place Saint-Jean à Niort

Niort, place Saint-Jean, 1, ruines archéologiques

La place Saint-Jean à Niort était l’une des entrées fortifiées de la ville au Moyen-Âge. A la fin du 19e siècle, il y avait une statue sur cette place Spes, l’Espérance de André Laoust. Depuis quelques années (les photographies datent du printemps 2010), les vestiges archéologiques ont été « mis en valeur »…

Niort, place Saint-Jean, 2, ruines archéologiques et panneau explicatif Comme dans les autres projets de ce type, je m’interroge beaucoup sur cet aménagement sans queue ni tête, des ruines dans des parterres fleuris, un vague panneau d’explication (complètement endommagé par le soleil) qui n’explique pas vraiment ce que l’on voit…En tant qu’archéologue, et oui, je pense que le ré-enfouissement des vestiges est préférable si on ne peut pas en assurer une présentation correcte et claire au public. Il y a une vingtaine d’années, un colloque du ministère de la culture avait porté ce titre provocateur, « Faut-il restaurer les ruines? ». Vingt ans plus tard, on ne semble guère plus avancé sur la question…

Le concours d’aménagements catastrophiques est ouvert entre ceci et la collégiale Saint-Pierre-le-Puellier à Tours, ce palais à Rhodes et bien d’autres encore…

Au temps des Gaulois au musée d’Aquitaine à Bordeaux

Affiche de l'exposition Au temps des Gaulois à BordeauxIl y a une quinzaine de jours, lors d’un grand week-end à Bordeaux, j’ai pu voir l’exposition  « Au temps des Gaulois. L’Aquitaine avant César », qui se tient au musée d’Aquitaine jusqu’au 17 mars 2013.
Le visiteur est accueilli par un couloir qui reprend de nombreuses idées reçues sur les Gaulois. La première salle propose directement une reconstitution d’une maison, la plus archéologiquement satisfaisante que j’aie vue! Elle est en plus idéalement placée et peu aussi s’admirer depuis le patio à l’étage. Je suis un peu plus réservée sur les autres reconstitutions (atelier de porier, de forgeron), non pas par la qualité de la reconstitution, mais pour leur compréhension par le public, en tout cas si j’en juge par les commentaires que j’ai entendus. Le parcours est jalonné de nombreuses découvertes plus ou moins récentes. Dommage que le musée d’Angoulême n’aie prêté que la copie et non l’original du casque d’Agris… Le parcours est également jalonné par de nombreux jeux pour les enfants.

Je suis revenue avec le catalogue (aux éditions Errance), mais je ne l’ai pas encore lu…

Si vous passez par Bordeaux dans le mois qui vient, n’hésitez pas, allez voir cette exposition!

Cela faisait une éternité que je n’étais pas allée au musée d’Aquitaine. Les salles de préhistoire étaient fermées pour rénovation, je n’ai donc pas pu aller revoir la vénus de Laussel (et oui, je reste paléolithicienne…), mais j’ai découvert les salles sur l’esclavage et les relations entre Bordeaux et Saint-Domingue notamment.

Raccommodage et remailleuses… Publicité ancienne et exposition à Civaux

Publicité des Cahiers de l'ouest en 1956 pour des chaussettes inusables... En cherchant un article très sérieux dans les Cahiers de l’ouest, n° 14, novembre 1956 (une revue de poésie et de recueil ethnographique), un collègue (oui, un…) a pensé à nous… avec cette publicité pour les chaussettes Stemm, distribuées par Pingouin… « plus jamais de raccommodages »…

la nécropole mérovingienne de Civaux C’était donc la ruine pour les remailleuses professionnelles, auxquelles le musée de Civaux (à l’ombre de ma centrale nucléaire préférée, et juste en face du site antique, de l’église avec un bel ensemble de sculptures romanes et non loin de de la nécropole mérovingienne) consacre une exposition jusqu’au 18 novembre 2012, avec une démonstration de leur savoir-faire ce jour-là de 16h à 18h par Paulette Bernard, l’une de ces travailleuses à domicile, qui rattrapaient pour ces belles de toute la France les mailles filées des bas en soie… Voir les informations pratiques

Remailleuse Passez donc aussi voir chez Emmanuelle / le Marquoir d’Élise, elle a retrouvé dans son grenier magique une repriseuse à découvrir ici… ou clic sur la vignette!