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La Mérigot(t)e à Poitiers, résidence de l’écrivain Jean-Richard Bloch

L'entrée du domaine de la Mérigote à PoitiersIl y a trois ans, le projet d’une maison d’écrivains à la Mérigot(t)e, ancienne maison de , était présenté comme devant voir le jour très prochainement. Surprise!!! Même annonce il y a quelques jours, à l’occasion des Editeuriales, manifestation organisée par la médiathèque… Retour d’un serpent de mer ou vrai promesse avec un vrai projet???

Article du 20 avril 2014

Jeudi 10 avril 2014, à l’occasion du 70e anniversaire de la libération de la ville de Poitiers, plusieurs manifestations étaient organisées, la mise en place à l’hôtel de ville d’une plaque en hommage à Raymond Charpentier (son inauguration a été reportée), le témoignage de Marthe Cohn, dont je vous ai parlé la semaine dernière, et la projection gratuite en avant-première du documentaire « Jean-Richard Bloch, la vie à vif« , un intellectuel engagé et témoin de son époque sur France 3, réalisé par Marie Cristiani et co-produit par France 3 Poitou-Charentes et Anekdota production. Marie Cristiani avait déjà réalisé en 2005 un documentaire sur la fille et le beau-fils de Jean-Richard Bloch, France Bloch, Frédo Sérazin un couple en résistance (voir un extrait) qui avait fait l’objet en 2013 d’un ensemble de manifestations à Poitiers à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de France Bloch-Sérazin. Ces manifestations sont à l’origine du nouveau film, très intéressant, visible pour quelque temps sur le site de l’émission Doc24 de France 3 Poitou-Charentes… (dès qu’il faut plus de quelques clics, j’ai encore du mal à suivre sur internet, merci à Grégory qui a trouvé le lien. Au passage, merci à ceux qui ont considérablement amélioré mon article sur Parce que j’étais peintre de Christophe Cognet, avec de nouveaux liens!).

Jean-Richard Bloch (Paris, 1884 – Paris, 1947), intellectuel, avait été nommé professeur au lycée de Lons-le-Saunier puis à Poitiers à la rentrée 1908, avant de se mettre en disponibilité dès l’année suivante. Il s’installe au lieu-dit la Mérigot(t)e (avec deux t à l’IGN, voir ci-dessus la vue aérienne de l’IGN/Géoportail, un seul pour sa demeure), où il a écrit la plus grande partie de son œuvre littéraire (voir sur le site de l’Association Études Jean-Richard Bloch) et tenu salon, au sens ancien du terme… En 1941, il fuit vers Moscou et l’URSS. J’avoue que je n’ai jamais lu son œuvre (contes, essais, romans, récits de voyage – Sur un cargo en 1924, Cacaouettes et bananes en 1929-, mais aussi sa correspondance publiée en partie en 1989, 1994,  2007 et 2009), mais je vais m’y atteler dès que je pourrai [PS: en partie fait depuis, voir les liens en fin d’article].

Poitiers, emplacement de la Mérigote sur une vue de Poitiers en 1950, extrait d'une photographie de l'IGNLa Mérigot(t)e, qui domine la vallée du Clain, a été achetée en 2005 par la ville de Poitiers, avec le souhait d’en faire « un centre culturel et un lieu de mémoire ». On a aussi évoqué une résidence d’écrivains dans cette maison qui en a vu beaucoup passer (Aragon, Jules Romains, Georges Duhamel, André Maurois, Diego Rivera, etc.)… Dans le programme électoral d’Alain Clayes en 2008 était inscrit le projet de « réalisation à la Mérigote de la maison Jean-Richard Bloch »… Plus rien ne figure dans son programme de 2014, aucune nouvelle pour l’instant sur ce projet, même si la médiathèque annonce une grande exposition de juillet à septembre 2014 à partir de la bibliothèque par les descendants à la ville [PS: exposition inaugurée le 1er juillet 2014, jusqu’à fin octobre, voir Une fenêtre sur le monde, Jean-Richard Bloch à la Mérigotte]… Les choses bougeront peut-être d’ici là? Il y a déjà eu en 1981 une exposition dans l’ancienne bibliothèque de Poitiers, et une exposition au musée Sainte-Croix en 1993. La bibliothèque nationale de France lui a aussi consacré une exposition et un colloque en 1997.

Pour aller plus loin : 

– voir l’article d’Alain Quella-Villéger (avec des photographies de Marc Deneyer), Jean-Richard Bloch à la Mérigote, L’Actualité Poitou-Charentes n° 46, 1999, p. 18-23.

– voir le site de l’Association Études Jean-Richard Bloch

Affiche de l'exposition Jean-Richard Bloch à Poitiers, jusqu'au 31 octobre 2014 à la médiathèque– l’exposition Une fenêtre sur le monde, Jean-Richard Bloch à la Mérigotte

Paris, cimetière du Père-Lachaise, tombeau de Jean-Richard Bloch, à l'arrière, monument aux déportés d'Auschwitz-Birkenau– sa tombe au cimetière du Père-Lachaise à Paris,

Couverture de Sur un cargo de Jean-Richard Bloch– mes lectures de Jean-Richard-Bloch : Sur un cargo, Cacaouettes et bananes, Espagne, Espagne!, traduction de Karl et Anna, de Leonhard Frank

Cacaouettes et bananes, de Jean-Richard Bloch

Logo de pioché en bibliothèqueCouverture de Cacaouettes et bananes, de Jean-Richard BlochJe vous ai préparé un article un peu long pour mon dernier article de ma série consacrée à , mais il me semblait important de vous parler de ce titre dont je n’avais jamais entendu parler et sur lequel je n’ai rien trouvé sur internet. J’ai peut-être abusé des citations, mais elles me semblaient indispensables pour illustrer mon propos. Je suis ouverte à lecture d’un avis contradictoire. L’exposition Une fenêtre sur le monde, Jean-Richard Bloch à la Mérigotte se termine dans deux jours (jusqu’au 31 octobre 2014) à la médiathèque de Poitiers. Si j’ai lu chez moi la réédition de Espagne, Espagne!, j’ai lu plusieurs ouvrages au fond patrimoine de la médiathèque, qui a bien voulu déplacer pour moi le lourd visioagrandisseur de la salle des revues où il est habituellement et me mettre de côté les ouvrages sur plusieurs jours, ne pouvant pas lire plus de 50 à 100 pages à la fois. Après la traduction de Karl et Anna, de Leonhard Frank, voici Cacouettes et bananes, la suite de Sur un cargo.

Le livre: Cacouettes et bananes, de Jean-Richard Bloch, A la découverte du monde connu, II, Collection Les documents bleus de l’univers, n° 5, Série l’Univers, Nouvelle revue Française (ouf! compliqué à cette époque), éditions Gallimard, 264 pages, 1929 (réédité en 2009, ISBN 9782071003876, lu en édition originale).

L’histoire: 1921. Après une longue errance en cargo, Jean-Richard Bloch débarque enfin à Rufisque. De là, il se rend à Dakar puis Saint-Louis, fait une excursion en auto à Fatik, reprend un bateau à M’Bour alors que la maladie du sommeil sévit dans la région, avant de revenir en France par les Canaries et Marseille.

Mon avis: l’auteur (ou l’éditeur) a choisi l’orthographe cacaouettes en titre (et cacaouètes au fil des pages), et non cacahuètes, cacahouettes ou cacahuettes, les trois dernières seules retenues dans le dictionnaire. Mais j’ai eu beau chercher avec toutes les orthographes, je n’ai trouvé aucun résumé et aucune analyse de ce livre, tout juste est-il cité parmi les œuvres de Jean-Richard Bloch et peu d’ouvrages semblent être en vente dans les librairies spécialisées en livres anciens.

Le premier chapitre Première journée à Rufisque, publié en 1926 aux éditions du Sagittaire dans la collection Les Cahiers nouveaux (n° 22), 1926, occupe la plus grande partie de l’ouvrage (jusqu’à la page 142). Les deux autres, Saloum et Bananes, semblent avoir été écrits pour cet ouvrage et se déroulent sur plusieurs semaines, huit ans avant la parution du livre.

s’écarte de l’analyse politique pour se lancer quasiment dans un « pur récit de voyage », mais sur ce terrain, il est loin de la verve de ses contemporains que sont Joseph Kessel (1898-1979, pour rester dans le « créneau chronologique », En syrie paru en 1927, Marchés d’esclaves, en 1933, je relirais bien ses articles de correspondant de guerre en Espagne pour le comparer à Espagne, Espagne!) ou (1884-1932). Je pense aussi que ce qui m’a gêné, c’est l’attitude colonialiste, condescendant par rapport aux « bouniouls » [sic, avec en note « noirs, en argot colonial »], louant l’apport de la « civilisation de l’homme blanc » [re-sic]: pour se rendre de Dakar à Saint-Louis, il emprunte un train une voiture de voyageurs qui est la « sœur jumelle de celles qui, ce matin même, cahotent à travers les campagnes du Poitou » (page 72), loue page suivante le travail des ingénieurs comparés à ceux de la Tour Eiffel ou du viaduc des Fades (il ne le dit pas, grand et haut viaduc qui permet(tait) à la ligne Montluçon-Clermont-Ferrand de franchir la vallée de la Sioule), vante le plan d’urbanisation de Saint-Louis. Je sais bien que ça reflète une époque, mais comme intellectuel communiste, il aurait pu avoir des réflexions plus profondes que celle-ci: « La paix que nous faisons régner ici tend peu à peu à se sentir avant tout sérères par haine des mandiagos, peuhls par haine des wolofs, ou bambaras par haine des uns et des autres […] Un des effets du colonialisme est peut-être de dénationaliser le noir » (p. 103). Là dessus, c’est raté, au vu des haines ethniques qui se déchaînent toujours dans la région. C’est encore pire page 180: « le vieillard [noir] est retourné à l’instinct bienveillant de sa race ». Page 166, nous avons le droit à une poignante description d’une excision par une « hideuse matrone » mais sans dénoncer la pratique : « à la faveur de cette opération, la dulcinée wolof quittera l’humiliante simplicité de son profil ». Autre temps que celui où l’on se pressait à Paris au zoo humain du jardin d’acclimatation (juste à côté d’où s’élève désormais la fondation Louis Vuitton), où l’on organisait de grandes expositions coloniales (il faut que je vous montre le « palais colonial » de 1931 à Paris, ex-musée des colonies devenu musée des arts d’Afrique et d’Océanie avant d’accueillir la Cité de l’immigration), de la publicité Banania avec son tireur sénégalais (créée lors de la Première Guerre mondiale, Banania vendu aux armées comme une nourriture enrichissante sous un petit volume) ou de Tintin au Congo d’Hergé (paru deux ans après Cacaouettes et bananes), mais je comprends mieux pourquoi ce titre est rarement (jamais?) mis en valeur dans l’œuvre de .

Le dernier chapitre est anecdotique mais m’a finalement moins agacée… Il décide de ramener dans son Poitou, à grands frais, une ânesse… qui finalement succombera à l’arrivée de la gale coloniale, avec une pointe d’ironie sur le vétérinaire qui avait signé à Marseille le certificat d’importation sans avoir vu l’animal : « je reviens vers le bassin, d’autant plus soulagé de tenir entre mes doigts le papier en question que les prescriptions qui règlent l’importation des animaux domestiques sur le territoire national sont plus exigeantes et pointilleuses » (page 253). Ça me rappelle l’importation de plantes par la douane à , juste avant Schengen, un tampon à aller faire mettre au port fluvial de Lille (sans les plantes).

J’ai trouvé cet opus un cran en-dessous de Sur un cargo, je n’ai pas (encore?) lu la suite annoncée par l’éditeur au début de l’édition de 1929, Europe du milieu, finalement parue sous le titre Mitropa ou l’Europe du milieu. En fait, ce n’est pas vraiment la suite, Le Robinson juif et L’Europe du milieu sont les récits de deux autres voyages / essais politiques, l’un pour l’inauguration de l’université hébraïque de Jérusalem en 1925, l’autre lors d’un voyage à Berlin pour la mise en scène d’une de ses pièces chez Piscator en 1928 et qui n’ont semble-t-il été regroupés et édités qu’en 2010 sous le titre A la découverte du monde connu : Jérusalem, Berlin (1925-1928) aux éditions Honoré Champion.

Sur un cargo de Jean-Richard Bloch

Logo de pioché en bibliothèqueCouverture de Sur un cargo de Jean-Richard BlochAlors que l’exposition Une fenêtre sur le monde, Jean-Richard Bloch à la Mérigotte se poursuit encore une quinzaine de jours  (jusqu’au 31 octobre 2014) et que la dernière conférence aura lieu demain (16 octobre) à la médiathèque de Poitiers (voir le programme d’animations), j’ai lu plusieurs ouvrages de (rééditions ou originaux issus de sa bibliothèque). Si j’ai lu chez moi la réédition de Espagne, Espagne!, j’ai lu plusieurs ouvrages au fond patrimoine de la médiathèque, qui a bien voulu déplacer pour moi le lourd visioagrandisseur de la salle des revues où il est habituellement et me mettre de côté les ouvrages sur plusieurs jours, ne pouvant pas lire plus de 50 à 100 pages à la fois. Après la traduction de Karl et Anna, de Leonhard Frank, voici Sur un Cargo, en attendant Cacaouettes et bananes.

Le livre: Sur un cargo, de Jean-Richard Bloch, Documents bleus n° 10, Nouvelle revue Française, éditions Gallimard, 229 pages, 1924 (réédité en 2009, ISBN 9782070127122, lu en édition originale).

L’histoire: Avril 1921. Convalescent, Jean-Richard Bloch embarque à Saint-Nazaire sur un cargo, La Pantoire. Après une maladie, Jean-Richard Bloch a l’idée de passer sa convalescence à bord d’un cargo, La Pantoire, à destination de Dakar. Mais le cargo part d’abord charger du charbon à Cardiff. , puis dans divers ports bretons, jusqu’à Dakar. Grève, problème de fret, avarie, le voici qui fait des ronds dans l’eau entre l’Angleterre, Le Croisic, Ambleteuse, Gand, Rotterdam, retour à Saint-Nazaire! Et enfin les Canaries et l’Afrique…

Mon avis: relevant de maladie (il fut toujours souffrant après ses trois blessures au cours de la première guerre mondiale et en à sans doute rapporté des cauchemars, voir page 218: « Réveil en pleurs d’un cauchemar que vous me dispenserez de vous raconter« ), embarque sur un cargo. A côté des ragots de marins, des histoires de naufrage, de descriptions de la mer ou du mal de mer, des conditions de travail (dimanche payé double, page 189), il rapporte des réflexions que je n’aurais pas pensé trouver ici, comme une digression sur Marcelin Boule sur la Préhistoire, les hommes fossiles et Homo alpinus (p. 39 et suivantes), mais ce n’était visiblement pas un sujet qui lui était familier: « Une photographie me retient longtemps. Elle représente une vertèbre d’homme paléolithique du Cro-Magnon, percée d’une flèche néolithique » (c’est moi qui souligne…).. Il cite également Marcelin Boule, à replacer dans le contexte de la montée du nazisme et de l’antisémitisme et les discussions sur l’existence ou non de « races »: « il n’y a pas une race bretonne mais un peuple breton, pas une race française mais une nation française, pas une race aryenne mais des langues aryennes, pas une race latine mais une civilisation latine« . Je pense que cette phrase devrait toujours être méditée… Page 70, il poursuit la réflexion avec Henri Bergson autour de Homo sapiens et Homo faber (l’ouvrier). A bord de son cargo qui fait des ronds dans l’eau, il lit, descend à terre. Ainsi, à Gand (qui lui rappelle son arrivée à Marseille, enfant, avec ses parents), il va au cinéma: « Charlot voyage est un film mal composé » et il poursuit avec deux pages de critique (p. 123 et suivantes). Plus loin, il se moque de l’éducation nationale (rappelons qu’il est professeur d’histoire-géographie, même s’il a arrêté d’enseigner peu après son arrivée à Poitiers, avant la première guerre mondiale: « Le nouvel inspecteur de P… exige des maîtres qu’ils ne racontent pas, à des enfants de 6 ans, l’histoire de Proserpine sans en tirer une morale. Ce doit être un homme bien intelligent » (page 159). Une lecture agréable, qui mêle des sujets très variés, entre le rapport de ce qu’il observe et ce qu’il lit, ses réflexions, etc.

Karl et Anna, de Leonhard Frank

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Couverture de Karl et Anna, de Leonhard FrankDans le cadre de l’exposition Une fenêtre sur le monde, Jean-Richard Bloch à la Mérigotte à la médiathèque de Poitiers (jusqu’au 31 octobre 2014, voir le programme d’animations (conférences, visites guidées), j’ai lu plusieurs ouvrages de (rééditions ou originaux issus de sa bibliothèque). Si j’ai lu chez moi la réédition de Espagne, Espagne!, j’ai lu plusieurs ouvrages au fond patrimoine de la médiathèque, qui a bien voulu déplacer pour moi le lourd visioagrandisseur de la salle des revues où il est habituellement et me mettre de côté les ouvrages sur plusieurs jours, ne pouvant pas lire plus de 50 à 100 pages à la fois. Je vous parle aujourd’hui non d’un livre de mais d’une traduction qu’il a faite.

Le livre: Karl et Anna, de Leonhard Frank, traduit de l’Allemand par Jean-Richard Bloch, 17e Cahier du Masque, 70 pages, 1929.

L’histoire: 1917, dans un camp de prisonniers en Russie, à la frontière entre l’Europe et l’Asie. Blessé à la jambe, Richard pense à sa femme, Anna, dont il parle à longueur de temps à Karl, prisonnier avec lui. Juillet 1918. Anna avait reçu le 4 septembre 1914 l’avis de décès au « champ d’honneur » de Richard. Les prisonniers rentrent peu à peu. Karl, qui s’était évadé depuis un an, se fait passer pour Richard auprès d’Anna, qu’il connaît intimement par procuration. Après avoir résisté, Anna accepte Richard / Frank… quand se dernier écrit pour faire savoir qu’il rentre!

Mon avis: traduire une pièce de théâtre allemande en 1929 (créée en Allemagne en 1928), et avoir permis de la faire jouer à Paris (mise en scène de Gaston Baty, avec Lucien Nat, dans la création au théâtre de l’avenir), est un acte militant d’un homme qui croyait alors encore à la paix. Choisir une pièce sur la Première guerre mondiale, où il a lui-même été blessé trois fois et eu de nombreuses séquelles (notamment physiques) est un acte plus que militant. Un militant pacifiste avant tout après la guerre où il a combattu avec conviction, qui a choisi un auteur, Leonhard Frank, né en 1888, qui s’exila d’Allemagne vers Zurich en 1915.

Parlons un peu de sa pièce. Il y dénonce à la fois la cruauté des camps de prisonniers, et la cruauté de la guerre. Un mari de retour assassine femme et enfant, car celle-ci ne l’avait pas attendu et avait refait sa vie. Dans un autre foyer se forme un trio femme, mari revenu et amant de l’absence. Mais globalement, je n’ai pas été particulièrement séduite par ce texte, à voir peut-être au théâtre, dans une mise en scène un peu novatrice. Gaston Baty, qui faisait partie du cercle de Jean-Richard Bloch, venait de monter en 1927 le « Cartel des quatre » avec Louis Jouvet, Charles Dullin et Georges Pitoëff, pour la promotion du théâtre d’avant-garde (vous pouvez les voir tous les quatre sur une photographie sur ce site dédié aux marionnettes dans sa propriété de Pélussin, dans la Loire). Il faut que je cherche un témoignage (presse parisienne, revues littéraires?) de la façon dont il a monté cette pièce. Il faudrait peut-être simplement que je commence par les revues dans lesquelles Jean-Richard Bloch intervenait en ciblant avril/mai 1929, mais un des lecteurs de mon blog a peut-être déjà la réponse à mes questionnements? Je vais déjà attendre la conférence sur Jean-Richard Bloch, Romain Rolland et le théâtre, dans deux semaines à la médiathèque de Poitiers, le sujet sera peut-être abordé! Ou bien dans le catalogue annoncé pour la fin de l’exposition…

Pour aller plus loin : 

– sur le blog: La Mérigot(t)e à Poitiers, résidence de l’écrivain Jean-Richard Bloch, Une fenêtre sur le monde, Jean-Richard Bloch à la Mérigotte, sa tombe au cimetière du Père-Lachaise à Paris, Espagne, Espagne!, Sur un cargo, Cacaouettes et bananes,

Jean-Richard Bloch. En Mérigotte, auberge antifasciste

– voir aussi l’article d’Alain Quella-Villéger (avec des photographies de Marc Deneyer), Jean-Richard Bloch à la Mérigote, L’Actualité Poitou-Charentes n° 46, 1999, p. 18-23.

– voir le site de l’Association Études Jean-Richard Bloch.

Espagne, Espagne! de Jean-Richard Bloch

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Couverture de Espagne, Espagne! de Jean-Richard BlochAlors que le cycle de conférences autour de   se poursuit demain en complément de l’exposition Une fenêtre sur le monde, Jean-Richard Bloch à la Mérigotte à la médiathèque de Poitiers (jusqu’au 31 octobre 2014, voir le programme d’animations (conférences, visites guidées), j’ai lu plusieurs de ses ouvrages (rééditions ou originaux issus de sa bibliothèque), c’est quand même mieux que d’en entendre parler ou commenter l’œuvre…  Vous pouvez aussi sur mon blog aller (re)voir sa tombe au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Le livre: Espagne, Espagne!, de Jean-Richard Bloch, éditions Aden, 2014, 310 pages, ISBN 9782805920578 [première édition 1936, réédition augmentée de deux chapitres, d’appendices et de biographies].

La présentation de l’éditeur:

Espagne, Espagne ! est un des livres les plus forts sur la guerre civile espagnole, à placer aux côtés de ceux de Bernanos, Hemingway ou Neruda. Dès juillet 1936, Jean-Richard Bloch s’est rendu en Espagne pour y rencontrer les républicains, qu’ils soient intellectuels, syndicalistes, dirigeants politiques ou simples militants. Rien n’échappe à son regard bienveillant mais acéré, pas plus l’enthousiasme de ceux qui croient qu’ils ne peuvent perdre cette guerre que leurs dramatiques lacunes. En arrière fond de tout ce que Bloch nous apprend, Espagne, Espagne ! annonce la Seconde Guerre mondiale et c’est aussi pour alerter les responsables politiques français que ce livre a été écrit.

Mon avis: La première partie, Barcelone, Madrid, Valence, est un récit au jour le jour de sa progression avec les Républicains. Les biographies en fin d’ouvrage aident à mieux comprendre qui ils sont, mais je n’ai pas réussi à identifier de qui il parle p. 42 de la réédition: « Un artiste, -excellent graveur que Montparnasse connaît bien-, régnait sur ce monde difficile et bariolé » (si quelqu’un le sait, je complèterai…). Dans la deuxième partie, Le martyre de l’Espagne de mois en mois, a réuni des articles parus dans plusieurs revues (Vendredi, L’humanité, L’œuvreL’avant-garde) d’août à octobre 1936. Dans ce contexte, je ne sais pas s’il est judicieux d’avoir intercalé deux autres articles sous forme de nouveaux chapitres dans l’ouvrage, puisqu’il ne les avait pas retenus dans sa sélection. Ils auraient pu être ajoutés à la fin avec les documents annexes qui aident à comprendre la période. A noter qu’ils ne sont pas complètement inédits puisque l’un est paru dans les Cahiers Jean-Richard Bloch, n° 15, en 2009 et l’autre dans la revue Europe en 1937. Cette partie est beaucoup plus politique, avec de nombreuses références à la Première guerre mondiale (et le « miracle de la Marne »…), la mort du roi  de Belgique, la situation en Angleterre, en Italie, en URSS, en Allemagne, mais surtout en France, avec le front populaire et une virulente critique contre la politique menée par Léon Blum (p. 143-146). Pour lui (et de nombreux historiens), tout s’est joué entre le 6 et le 7 août 1936: le 6, le gouvernement autorisait l’exportation d’armes par des compagnies privées françaises vers les Républicains espagnols, puis l’interdisait dès le lendemain. Il évoque aussi la montée de l’antisémitisme en Allemagne, mais aussi en France avec un épisode qui préfigure la collaboration française: en 1934 (en fait le 26 novembre 1933), les compositeurs Florent Schmitt et  Marcel Delannoy ont interrompu aux cris de « Vive Hitler ! » un récital de Kurt Weill, l’auteur de l’Opéra de quat’sous (p. 163).

Les deux parties apportent un éclairage très différent sur la guerre d’Espagne. Proche des communistes, il a une analyse politique de la situation certes orientée, mais fort intéressante qui m’engage à essayer de me replonger dans cette guerre d’Espagne,  les analyses historiques reçues en classe préparatoire sont loin et j’ai lu peu de choses sur cette période depuis, à part sur la présence des réfugiés espagnols en France…

Pour aller plus loin : 

– sur le blog: La Mérigot(t)e à Poitiers, résidence de l’écrivain Jean-Richard Bloch, Une fenêtre sur le monde, Jean-Richard Bloch à la Mérigotte, sa tombe au cimetière du Père-Lachaise à Paris (bientôt d’autres lectures)

Jean-Richard Bloch. En Mérigotte, auberge antifasciste

– voir aussi l’article d’Alain Quella-Villéger (avec des photographies de Marc Deneyer), Jean-Richard Bloch à la Mérigote, L’Actualité Poitou-Charentes n° 46, 1999, p. 18-23.

– voir le site de l’Association Études Jean-Richard Bloch.

– mes lectures de Jean-Richard-Bloch : Sur un cargo, Cacaouettes et bananes, Espagne, Espagne!, traduction de Karl et Anna, de Leonhard Frank

La tombe de Jean-Richard Bloch au cimetière du Père Lachaise

Affiche de l'exposition Jean-Richard Bloch à Poitiers, jusqu'au 31 octobre 2014 à la médiathèqueAlors que l’exposition Une fenêtre sur le monde, Jean-Richard Bloch à la Mérigotte se poursuit à la médiathèque de Poitiers (jusqu’au 31 octobre 2014) et qu’un beau programme d’animations (conférences, visites guidées) est annoncé à partir de la semaine prochaine, je suis allée voir sa tombe au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Paris, cimetière du Père-Lachaise, tombeau de Jean-Richard Bloch, à l'arrière, monument aux déportés d'Auschwitz-BirkenauBien qu’elle se trouve juste à côté du monument aux déportés d’Auschwitz-Birkenau (que l’on aperçoit à l’arrière-plan), à proximité des autres monuments des camps de concentration, en face du mur des fédérés, et donc près d’autres personnalités communistes, la tombe de  (Paris, 1884 – Paris, 1947) ne m’avait jamais attirée. Dans le cadre communiste de cette section du Père-Lachaise, je vous propose de lire le portrait de Jean-Richard Bloch sur le site de L’Humanité. Dans les prochaines semaines, je vous rendrai aussi compte de plusieurs de ses ouvrages, que j’ai lus à l’occasion de cette exposition.

Paris, cimetière du Père-Lachaise, tombeau de Jean-Richard Bloch, dalle funéraireMort à Paris le 15 mars 1947, son hommage funèbre fut rendu le 19 mars par Jacques Duclos pour le parti communiste et Louis Aragon devant les locaux du journal Ce soir, qu’ils avaient tous deux créé en 1937 et relancé en 1945. Sa tombe est toute simple, avec une dalle funéraire peu lisible, une autre plus petite en hommage à sa femme Maguite (Marguerite Herzog). Des plaques sont posées tout autour de la tombe, notamment pour des mouvements liés à la guerre d’Espagne, dont Jean-Richard Bloch a rendu compte.

Paris, cimetière du Père-Lachaise, tombeau de Jean-Richard Bloch, masque mortuaire Sur la stèle a été apposé le masque mortuaire tiré en bronze.

Paris, cimetière du Père-Lachaise, tombeau de Karl-Jean Longuet (1904-1981) et Simone Boisecq (1922-2012)Près du tombeau de , par hasard, j’ai aussi vu la tombe de Karl-Jean Longuet (1904-1981) et Simone Boisecq (1922-2012), qui avaient fait l’objet d’une exposition en 2011-2012 à Reims, Agen, Limoges, Poitiers et Colmar. Leur engagement politique explique leur sépulture dans ce secteur du cimetière.

Pour aller plus loin : 

– sur le blog: La Mérigot(t)e à Poitiers, résidence de l’écrivain Jean-Richard Bloch et Une fenêtre sur le monde, Jean-Richard Bloch à la Mérigotte (bientôt quelques lectures)

Jean-Richard Bloch. En Mérigotte, auberge antifasciste

– voir aussi l’article d’Alain Quella-Villéger (avec des photographies de Marc Deneyer), Jean-Richard Bloch à la Mérigote, L’Actualité Poitou-Charentes n° 46, 1999, p. 18-23.

– voir le site de l’Association Études Jean-Richard Bloch.

– mes lectures de Jean-Richard-Bloch : Sur un cargo, Cacaouettes et bananes, Espagne, Espagne!, traduction de Karl et Anna, de Leonhard Frank

Une fenêtre sur le monde, Jean-Richard Bloch à la Mérigotte (à Poitiers)

Poitiers, emplacement de la Mérigote sur une vue de Poitiers en 1950, extrait d'une photographie de l'IGNLors de l’avant-première du documentaire « Jean-Richard Bloch, la vie à vif« , un intellectuel engagé et témoin de son époque sur France 3, réalisé par Marie Christiani et co-produit par France 3 Poitou-Charentes et Anekdota production (voir La Mérigot(t)e à Poitiers, résidence de l’écrivain Jean-Richard Bloch), une exposition sur ce grand intellectuel avait été annoncée, à défaut de relancer le projet de faire de La Mérigot(t)e, qui domine la vallée du Clain, achetée en 2005 par la ville de Poitiers, « un centre culturel et un lieu de mémoire ». On a aussi évoqué une résidence d’écrivains dans cette maison qui en a vu beaucoup passer (Aragon, Jules Romains, Georges Duhamel, André Maurois, Diego Rivera, etc.)… Dans le programme électoral d’Alain Clayes en 2008 était inscrit le projet de « réalisation à la Mérigote de la maison Jean-Richard Bloch »… Plus rien ne figure dans son programme de 2014, aucune nouvelle pour l’instant sur ce projet. La propriété de la Mérigot(t)e sera-t-elle ouverte à l’occasion des journées du patrimoine 2014, au moins le parc, si la maison présente des risques à évaluer avant d’accueillir du public?

Cependant, après l’exposition de 1981 dans l’ancienne bibliothèque de Poitiers, celle de 1993 au musée Sainte-Croix toujours à Poitiers, l’exposition et le colloque en 1997 à la bibliothèque nationale de France…

Affiche de l'exposition Jean-Richard Bloch à Poitiers, jusqu'au 31 octobre 2014 à la médiathèque… la médiathèque  de Poitiers a inauguré début juillet une exposition intitulée Une fenêtre sur le monde, Jean-Richard Bloch à la Mérigotte, jusqu’au 31 octobre 2014, avec un catalogue annoncé pour septembre et tout un programme d’animations (conférences, visites guidées) en septembre et octobre. Merci à Jeanne-Marie Gazeau, du Service Action Culturelle de la médiathèque François-Mitterrand, et à Olivier Neuillé, photographe de la médiathèque, pour l’ensemble de photographies qu’ils m’ont transmises (et à Grégory qui nous a mis en relation).

Exposition Jean-Richard Bloch à la médiathèque de Poitiers, l'entrée, cliché O. NeuilléLe petit espace d’exposition au niveau « bas » de la médiathèque a été aménagé en deux « pièces », avec des fenêtres sur l’accès bas et une large ouverture qui permet de l’apercevoir sur la rampe qui monte au niveau de l’accueil principal, une invitation à entrer pour en savoir plus. Jean-Richard Bloch (Paris, 1884 – Paris, 1947), intellectuel, avait été nommé professeur au lycée de Lons-le-Saunier puis à Poitiers à la rentrée 1908, avant de se mettre en disponibilité dès l’année suivante.

Portrait Jean-Richard Bloch [avec ses chats] portrait par Dora Horowitz et Trude Geiringer, fonds J.-R. Bloch, Médiathèque de Poitiers

Portrait Jean-Richard Bloch [avec ses chats] portrait par Dora Horowitz et Trude Geiringer, fonds J.-R. Bloch, Médiathèque de Poitiers

Du plan de la maison conservé aux archives municipales aux nombreux documents du fond Jean-Richard Bloch, on découvre à la fois sa vie intime, comme ici sur ce portrait par Dora Horowitz et Trude Geiringer…

Exposition Jean-Richard Bloch à la médiathèque de Poitiers, documents autographes, cliché O. Neuillé… les relations avec les écrivains et artistes de son temps, notamment le monde du parti communiste, à travers les portraits, la correspondance,les dédicaces.

Exposition Jean-Richard Bloch à la médiathèque de Poitiers, statuette rapportée de Moscou en 1934, cliché O. NeuilléN’oublions pas qu’en 1941, il a fui vers Moscou et l’URSS après l’arrestation de son beau-fils Frédo (Frédéric) Sérazin en janvier 1940 (il mourra en 1944) et alors qu’il sait que sa fille France-Bloch Sérazin est recherchée (elle sera arrêtée le 16 mai 1942 par la police française et décapitée le 12 février 1943 à Hambourg, voir un extrait du documentaire France Bloch, Frédo Sérazin un couple en résistance). Il était déjà allé dans ce pays avant, et avait rapporté en 1934 cette figurine en porcelaine remise aux participants du Premier congrès de l’union des écrivains à Moscou en 1934 (André Malraux, Louis Aragon, Paul Nizan y étaient aussi).

Exposition Jean-Richard Bloch à la médiathèque de Poitiers, aperçu de l'exposition, cliché O. NeuilléLe fond gris et les vitrines sobres, avec des socles très simples sous les documents, mettent bien en valeur les livres, manuscrits et autres documents présentés.

Exposition Jean-Richard Bloch à la médiathèque de Poitiers, le bureau, cliché O. NeuilléLe bureau de Jean-Richard Bloch trône au milieu de l’une des « pièces » reconstituées. Mmm… les quelques traces de vers fraîches et les écailles dues à des manipulations peut-être pas idéales suggèrent un petit passage nécessaire chez un restaurateur.

J’avoue que je n’ai jamais lu son œuvre (contes, essais, romans, récits de voyage – Sur un cargo en 1924, Cacahouètes et bananes en 1929-, mais aussi sa correspondance publiée en partie en 1989, 1994,  2007 et 2009), mais maintenant que j’ai un visioagrandisseur maison, je vais pouvoir m’y mettre!

Pour aller plus loin : 

– sur le blog: La Mérigot(t)e à Poitiers, résidence de l’écrivain Jean-Richard Bloch

– voir aussi l’article d’Alain Quella-Villéger (avec des photographies de Marc Deneyer), Jean-Richard Bloch à la Mérigote, L’Actualité Poitou-Charentes n° 46, 1999, p. 18-23.

– voir le site de l’Association Études Jean-Richard Bloch.

– mes lectures de Jean-Richard-Bloch : Sur un cargo, Cacaouettes et bananes, Espagne, Espagne!, traduction de Karl et Anna, de Leonhard Frank.