Archives par étiquette : ethnologie

Funérailles célestes de Xinran

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Couverture de Funérailles célestes de Xinran

Un livre trouvé au rayon large vision de la médiathèque.

Le livre : Funérailles célestes de Xinran, traduit de l’anglais par Maïa Bhârathî, éditions Philippe Picquier, 2005, 190 pages, ISBN 9782877307529 (lu en large vision aux éditions de la Loupe).

La présentation de l’éditeur (4e de couverture chez Feryane) :

« Funérailles célestes est une vraie histoire d’amour et de perte, de loyauté et de fidélité au-delà de la mort. Xinran dresse le portrait exceptionnel d’une femme et d’une terre, le Tibet, toutes les deux à la merci du destin et de la politique.
En 1956, Wen et Kejun sont de jeunes étudiants en médecine, remplis de l’espoir des premières années du communisme en Chine. Par idéal, Kejun s’enrôle dans l’armée comme médecin. Peu après, Wen apprend la mort de son mari au combat sur les plateaux tibétains. Refusant de croire à cette nouvelle, elle part à sa recherche et découvre un paysage auquel rien ne l’a préparée – le silence, l’altitude, le vide sont terrifiants. Perdue dans les montagnes du nord, recueillie par une famille tibétaine, elle apprend à respecter leurs coutumes et leur culture. Après trente années d’errance, son opiniâtreté lui permet de découvrir ce qui est arrivé à son mari.
Quand Wen retourne finalement en Chine, elle trouve un pays profondément changé par la Révolution culturelle. Mais elle aussi a changé : en Chine, elle avait toujours été poussée par le matérialisme ; au Tibet, elle a découvert la spiritualité. »

Mon avis: le roman est présenté comme une histoire racontée en deux jours en 2003 dans une chambre d’hôtel à la journaliste Xinran (ce procédé narratif rappelle Les échelles du Levant d’Amin Maalouf). Une histoire d’amour de Wen et Kejun, mais aussi la découverte du Tibet immuable entre 1958 et 1990 environ, auprès de Wen, de Zhuoma, une jeune noble tibétaine qui a fait des études en Chine, et de la famille tibétaine qui les a recueillies. L’occasion aussi de découvrir les coutumes des nomades tibétains, le rôle des moines et des temples, les rites funéraires (funérailles aquatiques pour la petite Ni, funérailles célestes avec démantellement du corps donné en pâture aux aigles lors d’un grand rassemblement), la confrontation entre la médecine chinoise et la médecine tibétaine, la brutalité de l’armée chinoise à la fin des années 1950, composée d’illettrés (à part les médecins et les gradés) endoctrinés. Nous sommes loin du Tibet urbain, politisé et colonisé par les Chinois, mais dans un monde fait de hauts plateaux, avec des familles nomades isolées, qui ne se rassemblent qu’à certaines grandes occasions, et vivant en autarcie. Un beau récit, même s’il pêche un peu par le style, mais peut-être est-ce dû à la traduction, de l’anglais et non du chinois, sans que j’arrive à élucider s’il s’agit d’une traduction de traduction (comme pour Le vrai monde de Natsuo Kirino) ou si la chinoise Xinran a écrit ce livre en anglais (elle vit à Londres depuis une dizaine d’années, mais d’autres livres écrits après sont traduits du chinois). Je découvrirais bien ses autres livres, mais ma médiathèque préférée n’a que deux autres titres (Chinoises et Baguettes chinoises) et pas en large vision, ce qui reste compliqué pour l’instant pour moi.

Jimmy P. d’Arnaud Desplechin

Affiche de Jimmy P. d'Arnaud DesplechinRetour au cinéma avec Jimmy P., psychothérapie d’un Indien des plaines, d’ (de ce réalisateur, revoir Un conte de Noël et Trois souvenirs de ma jeunesse).

Le film : 1948, dans un ranch du Montana. Jimmy Picard (Benicio Del Toro), indien Blackfoot qui a combattu en France à la fin de la Seconde Guerre mondiale, vit chez sa sœur. Il souffre de maux de tête, de surdité partielle et d’hallucinations visuelles. Grâce à un programme réservé aux anciens combattants, elle l’emmène à l’hôpital militaire de Topeka, dans le Kansas, spécialisé dans les maladies du cerveau. Les médecins sont perplexes, posent un diagnostic de schizophrénie, mais décident néanmoins de prendre l’avis de Georges Devereux (), un ethnologue et psychanalyste juif roumain, étudiant à Paris dans les années 1930 et qui vit chichement à New-York après deux ans d’immersion ethnographique chez les Indiens mohaves. Après une phase d’observation, la direction de l’hôpital lui accorde une séance quotidienne, ce sera son seul patient auquel il se lie rapidement…

Mon avis : le film, en anglais, est adapté du livre de Georges Devereux, Psychothérapie d’un Indien des plaines, publié en 1951. Arnaud Desplechin a fait le choix de montrer, en alternance avec les séances de psychanalyses (pas très conventionnelles, d’ailleurs, l’école française de psychanalyse fait savoir à l’hôpital qu’elle ne le recommande pas), les rêves et des scènes de la vie passée de Jimmy Picard (enfance, adolescence, père à 17 ans ayant abandonné la mère et sa fille, guerre), ainsi que quelques scènes du suivi de contre-analyse de Georges Devereux… et ses relations complexes avec son (ex) petite-amie anglaise, Madeleine (Gina McKee), désormais mariée à un autre homme et en partance prochaine pour Paris. L’alternance des scènes intimes (séances de psychanalyse, huis-clos avec Madeleine dans le bungalow) et de grands espaces (rêves et réminiscence de Jimmy Picard) donne un certain rythme au film que j’ai beaucoup aimé.

Pour aller plus loin : Georges Devereux (1908-1985) est le pionnier de l’ethnopsychanalyse, son œuvre se poursuit au sein du Centre Georges Devereux (Université de Paris VIII). Ses archives professionnelles et personnelles sont conservées à l’IMEC (Institut mémoires de l’édition contemporaine), soit 180 boîtes à découvrir dans le fonds Georges Devereux.

Le dernier lapon de Olivier Truc

Couverture de Le dernier lapon de Olivier Truc

J’ai acheté ce livre à la librairie… Ce livre figurait dans la sélection Télérama des cinq meilleurs polars de la rentrée.

Le livre : Le dernier lapon de Olivier Truc, éditions Métailié, 2012, 456 pages, ISBN 9782864248835.

L’histoire : 1693, quelque part en Laponie. Un chaman est mis à mort sur un bûcher dans une communauté protestante. Un enfant assiste à la scène et est investi d’un devoir de transmission. Dans la même région, à Kautokeino, en Norvège, mais aussi en Suède et en Finlande, en janvier 2011. Après 40 jours de nuit totale, le soleil doit revenir pour quelques minutes… Au milieu de la toundra et des éleveurs de rennes samis, le village s’apprête à recevoir une délégation de l’ONU lors d’une conférence sur les peuples autochtones. La police des rennes, en la personne de Klemet Nango, un sam, et de sa jeune co-équipière tout juste venue du sud, Nina Nansen, poursuit sa mission, allant d’éleveur en éleveur pour régler les conflits, notamment la présence de rennes sur les terrains attribués à d’autres éleveurs. Mais voici que le premier tambour rituel revenu en région sam, offert il y a quelques semaines au centre culturel, a été volé. Qui a pu faire le coup? Des fondamentalistes protestants laestadiens? Les membres du parti d’extrême droite (parti du progrès) qui protestent contre les « avantages » donnés aux sami? Les indépendantistes sami eux-mêmes? Un géologue français qui traîne dans les parages et pourrait bien être l’auteur du viol d’une mineure dans la ville voisine? Voici que Mattis, un éleveur de renne, est tué, retrouvé avec les oreilles sectionnées. Les deux affaires sont-elles liées? Nina, qui a été fille au pair à Paris et parle donc français, est envoyée auprès du collectionneur qui rapporte l’histoire du tambour: il faisait lui-même partie d’une expédition en 1939 avec Paul-Émile Victor, d’autres français, deux ethnologues suédois qui se sont avérés être au service de thèses racistes, des guides locaux, mais aussi un géologue allemand qui a trouvé la mort au cours de l’expédition dont il s’était séparé quelque jour avec un guide. Au retour, seul, ce dernier a confié le tambour au (alors jeune) collectionneur, lui recommandant de ne le rendre que quand il sentirait l’instant venu. Que s’est-il réellement passé en 1939? Quel rôle trouble joue dans cette histoire un fermier élu local du parti du progrès? Quel est cet éleveur hors norme, Aslak, qui refuse le progrès, le scooter des neiges et préfère gérer son troupeau à ski? Qu’est-il arrivé à sa femme, enfermée dans sa folie? Qui résoudra l’affaire, les policiers ordinaires, ou la brigade des rennes?

Mon avis : j’ai adoré ce roman qui, dans un climat totalement différent, m’a rappelé les exploits de l’aborigène Napoléon Bonaparte dans la série d’Upfield. Une plongée dans le monde des sami (on évitera lapon, péjoratif), avec leurs tambours chamaniques et le joïk, un chant qui permet de transmettre la tradition orale. Un monde en mutation profonde et rapide, avec l’arrivée des gros 4×4, des scooters des neiges et même des hélicoptères pour rassembler les troupeaux de rennes. Le tout avec des personnages attachants (comme le vieil oncle de Klemet Nango et sa jeune petite amie chinoise) ou pas (Oslen, le fermier raciste, Racagnal, le géologue pédophile), la découverte d’un monde nordique dur, dans le froid et la nuit quasi perpétuelle en hiver.

Logo rentrée littéraire 2012

Ce livre entre dans le cadre du défi 1% de la rentrée littéraire organisé à nouveau cette année par Hérisson.

Les mauvaises gens d’Etienne Davodeau

Couverture de Les mauvaises gens d'Etienne Davodeau

Étienne Davodeau était venu début 2011 avec Richard Leroy, le vigneron, à Poitiers lors du festival Filmer le travail, pour un spécial  » dessiner le travail « , avec une exposition et une interview par un sociologue. Son album les ignorants est désormais sorti, mais je me suis aperçu que j’avais oublié de vous parler de Les mauvaises gens, qu’il m’avait alors dédicacé. Cet album avait reçu le prix du meilleur scénario et le prix public du meilleur album au festival d’Angoulême en 2006.

Le livre : Les mauvaises gens de Étienne Davodeau (scénario et dessin), collection Encrages, éditions Delcourt, 2005, 183 pages, ISBN 978-2-84789-449-3.

L’histoire : en Anjou dans les Mauges, en Maine-et-Loire, de nos jours et des années 1950 à 1981. Étienne Davodeau a décidé de raconter l’histoire de ses parents et de centaines de jeunes gens comme eux, en menant un questionnaire sociologique. Ces jeunes gens se retrouvent à travailler dans des usines à la campagne (ici de confection de chaussures) dans des conditions difficiles et sous le joug de patrons paternalistes. Dans cette région catholique, les loisirs sont organisés par la JOC, jeunesse ouvrière catholique. Et voici que parmi cette jeunesse docile apparaissent des revendications pour améliorer les conditions de travail notamment : ce sont les réunions dans des maisons privées, la naissance d’un mouvement syndicaliste (CFTC, confédération des travailleurs catholiques, puis CFDT), la nomination de délégués, les rencontres avec la direction, l’arrivée de la première grève. L’élection de François Mitterrand en 1981 va-t-elle changer la donne?

Mon avis : un album de bande dessinée certes, mais rapporté comme une enquête de sociologie, avec Étienne Davodeau dans le rôle de l’enquêteur, et ses parents dans ceux d’enquêtés. J’adore ce style. Pas de nostalgie, la vie de l’usine était dure, mais elle avait aussi ses bons côtés. La bande dessinée est juste au service du récit, entre BD sociale et roman graphique. On n’y trouve pas encore la maîtrise graphique de Rural! Chronique d’une collision politique ou de les ignorants, mais le traitement à la façon d’un enquête sociologique rappelle les grands travaux des sociologues des années 2000 et les essais de transcriptions en bande dessinée, à la suite de ce volume pionnier d’Étienne Davodeau, avec par exemple La communauté de Hervé Tanquerelle (dessin et scénario) et Yann Benoît (scénario) (revoir mes avis sur la première et la deuxième parties, parues respectivement en 2008 et 2010) ou encore Apprenti, mémoires d’avant-guerre de Bruno Loth, paru également en 2010.

d’Étienne Davodeau

Davodeau et Joub

Kris et Davodeau

Pour découvrir l’auteur : voir le site d’Étienne Davodeau, que je trouve très riche… et la venue à Poitiers de l’auteur.

Logo 2012 du Top BD des blogueurs, nouvelle version Cette BD sera soumise pour le classement du TOP BD des blogueurs organisé par Yaneck / Les chroniques de l’invisible. Mes chroniques BD sont regroupées dans la catégorie pour les BD et par auteur sur la page BD dans ma bibliothèque.

Nuage de cendre de Dominic Cooper

Couverture de Nuage de cendre de Dominic Cooper

pioche-en-bib.jpgJ’ai trouvé ce livre parmi les nouvelles acquisitions de la médiathèque.

Le livre : Nuage de cendre de Dominic Cooper, traduit de l’anglais (Écosse) par Céline Schwaller, éditions Métailié, 2012, 236 pages, ISBN 978-2864248569.

L’histoire : 1783, en Islande. Suite à des éruptions volcaniques, le pays est couvert de cendres, les récoltes sont détruites, la famine décime la population, aggravée par les mauvaises récoltes des années précédentes. Et un bateau ravitailleur venant du Danemark, pays colonisateur de l’Islande, a apporté la variole. Gunnar Thirdakson, le médecin, se souvient d’une affaire qui a miné la région, quarante ans plus tôt. Sunnefa, considérée comme la plus belle fille de l’île, orpheline, 16 ans, a accouché d’un bébé dont le père ne serait autre que son frère Jón, de deux ans son cadet. Condamnés à mort lors d’un premier procès dans le district, ils sont confiés chacun à la garde d’un shérif et doivent comparaître en appel devant l’assemblée populaire annuelle traditionnelle. Reporté une première année (Sunnefa est malade et ne peut faire le trajet), au cours de l’année suivante, alors qu’elle retrouvait secrètement son frère dans un refuge sur le lande, elle est victime d’un viol et tombe enceinte. Qui est l’auteur du viol? Le shérif qui en a la garde? S’agit-il d’une machination entre les shérifs qui se haïssent?

Mon avis : s’il s’agit bien d’un polar (inceste, viol, morts suspectes), c’est aussi un roman historique, il narre une histoire qui s’est passée il y a presque trois cents ans, dans un contexte de colonisation, de toute puissance ses shérifs nommés par le roi du Danemark, tempérée néanmoins par l’assemblée traditionnelle annuelle. Le contexte est difficile, le petit nuage de cendre qui a bloqué les avions il y a quelques années n’est rien en comparaison des grandes éruptions volcaniques de 1783. Et comme nous étions en plein « petit âge glaciaire » (les glaciers des Alpes étaient descendus très bas dans les vallées, les mauvaises récoltes se multipliaient en Europe et sont une des causes de la Révolution française), la famine a été encore accentuée, favorisant la propagation de la variole. Mais le vrai personnage central de ce roman, c’est la lande, le paysage à couper le souffle, au sens propre, tempêtes de neige en hiver, de sable (mêlé de cendre) en été, les chemins impraticables au printemps, les tourbières et les marais traitres, le brouillard… si dense qu’à un moment, j’ai cru me noyer dans ce roman dense… Trop de personnages, de paysages durs. Un roman à découvrir en se laissant porter par les bourrasques…

Logo God save the livre Ce livre entre dans le défi God save the livre, saison 2, organisé par Antoni / passion livres. Il s’agit de lire un ou plusieurs livres anglais d’ici fin février 2013 et atteindre l’une de ces catégories : « Duty Harry » (1 livre lu), « Prince Charles » (5 livres), « Prince William » (10 livres), « Lady Di »(15 livres), « The Beatles » (20 livres et plus), « Queen Mom » (au moins un livre en VO)…

L’exilé du Kalevala de Ville Ranta

Couverture de L'exilé du Kalevala de Ville Ranta pioche-en-bib.jpgJ’ai trouvé ce livre à la médiathèque, parmi les nouvelles acquisitions de bandes dessinées. Il figurait dans la sélection officielle du festival d’Angoulême de 2011.

Le livre : L’exilé du Kalevala de Ville Ranta (scénario et dessin), traduit du finnois par Kirsi Kinnunen, éditions Çà et Là, 2010, 284 pages, ISBN 978-2-916207-40-7.

L’histoire : dans une petite ville perdue de Finlande, Kajaani, au milieu du 19e siècle. Elias Lönnrot, le médecin de campagne, ne supporte plus sa vie, le harcèlement de sa famille, l’ivrognerie de son frère et des notables qu’il est censé fréquenter. Acculé entre ses dettes, ses procès pour des droits fonciers et son amante (femme d’un agriculteur qu’il met enceinte), il préfère fuir dans la campagne, de part et d’autre de la frontière avec la Russie, pour collecter (au sens ethnographique) les récits, légendes, chants et danses traditionnels…

Mon avis : un dessin en noir et blanc parfois déroutant, parfois très réaliste (les scènes sexuelles), qui rend de manière énigmatique les grands espaces blancs en hiver ou le printemps (dont la tragédie sur une rivière). Un style particulier pour rendre les personnages au trait à la plume… Un lourd volume pas pratique pour la lecture au lit (ben oui, ça compte aussi, je lis surtout le matin au lit vers 6h/6h30 avant d’aller au boulot), avec sa grosse couverture cartonnée et ses presque 300 pages., mais que j’ai mieux apprécié… en le terminant dans un canapé, LOL! Je ne regrette pas cette découverte, merci aux bibliothécaires!

Pour aller plus loin : voir le site officiel de Ville Ranta.

Du même auteur, j’ai aussi lu Papa est un peu fatigué, Sept saisons et Suite paradisiaque.

Logo top BD des blogueurs 2011 Cette BD sera soumise pour le classement du TOP BD des blogueurs organisé par Yaneck / Les chroniques de l’invisible. Mes chroniques BD sont regroupées dans la catégorie pour les BD et par auteur sur la page BD dans ma bibliothèque.

L’assassin du Banconi suivi de L’honneur des Keïta de Moussa Konaté

Couverture de l'assassin du Banconi de Konate pioche-en-bib.jpgJ’ai trouvé ce livre à l’annexe des Couronneries de la médiathèque, étant à la recherche de livres africains pour le tour du monde des livres, organisé par Livresque.

Le livre : L’assassin du Banconi suivi de L’honneur des Keïta de Moussa Konaté, collection Série Noire, numéro 2650, éditions Gallimard, 2002, 300 pages, ISBN 978-2070423492 (première édition au Mali, aux éditions du Figuier, en 1998).

L’histoire : dans les années 1990, à Banconi, un quartier de Bamako. Une première femme est retrouvée morte dans les latrines et immédiatement enterrée par ses proches. Son fils, étudiant, pense à un meurtre et voudrait une enquête, il est mis en garde par un marabout qui le menace des pires affres (ce qui commence immédiatement, en rentrant chez lui, il est arrêté et de faux billets, placés là en son absence, sont trouvés chez lui). Le lendemain, une autre femme est retrouvée elle aussi morte dans les latrines, cette fois, le commissaire Habib et son jeune inspecteur Soso se rendent sur place, le corps est emporté ) l’institut médico-légal, mais une émeute bizarre éclate. Les chefs des quatre principaux services de police sont convoqués, leur supérieur attise leur concurrence, le chef de la police politique va aller examiner les émeutiers arrêtés et essayer de trouver (sous la torture) le(s) fomentateur(s) des troubles. Le commissaire Habib a trois jours pour résoudre les meurtres et l’affaire de faux billets qui semble liée… quand un troisième meurtre est découvert, toujours dans les latrines, mais cette fois, il s’agit d’un homme. Mais qui tue ainsi à Banconi ? Cette affaire à peine résolue, une seconde arrive. Un homme est retrouvé tout gonflé dans un bassin près d’un chantier. Il est mort depuis plusieurs jours, massacré à la hache ou à la machette. Très vite, l’enquête emmène notre duo de flics dans un village en amont de Bamako, sur un affluent du fleuve Niger, tenu par une famille (les Keïta) formant clan autour de son chef… et d’une histoire de famille que l’on imagine lourde.

Mon avis : sur le plan du polar, ces deux récits sont un peu lents… mais sur le plan du portrait de la société, ce sont des petits bijoux de découverte. D’un côté, les croyances populaires, l’influence voire l’emprise du marabout, et surtout, la dénonciation de la police politique et de ses méthodes de torture. De l’autre, la vie et les secrets de famille dans un village pas si reculé, mais qui vit en clan fermé, malgré de lourds secrets de famille. Dans les deux cas, mes cours d’ethnologie (notamment sur les systèmes de parentalité) m’ont aidé à mieux saisir les subtilités du roman, le système des concessions (qui n’ont rien à voir avec une concession minière, LOL, mais une sorte d’ensemble de cases dans un enclos qui regroupe la famille polygame et est régi par un certain nombre de règles, à découvrir par exemple sur le site de Yann Arthus Bertrand), les castes et les familles nobles, les pêcheurs Bozos, les construction en banko ou banco (une variété d’adobe ou terre crue, à entretenir tous les ans, matériau utilisé pour les maisons notamment en ou pour la grande mosquée de Djenné, inscrite sur la liste de l’Unesco depuis 1988 dans le cadre du bien culturel « villes anciennes de Djenné »)… À défaut de notes, un petit lexique ou une petite annexe expliquant ces termes.

logo tour du monde en lecture Ce livre entre dans le cadre du défi du tour du monde des livres, organisé par Livresque, au titre du Mali.

Une ceinture de feuilles de Patrick White

Couverture de la ceinture de feuilles de White pioche-en-bib.jpgJe poursuis ma lecture des livres des prix Nobel de littérature (regroupés par auteur sur cette page) avec Patrick White, prix Nobel de littérature en 1973, écrivain australien (1912-1990). Je l’ai fait sortir de la réserve de la médiathèque, il n’avait pas dû sortir depuis un moment…

Le livre : La ceinture de feuille de Patrick White, traduit de l’anglais par Jean Lambert, collection Le monde entier, éditions de Gallimard, 1981, 427 pages.

L’histoire : en Tasmanie (une île au large de l’Australie) en mai 1936. Un couple, M. et Mme Roxburgh, se prépare à rejoindre la Grande-Bretagne après avoir rendu visite pendant quelques mois au frère de M. Roxburgh, exilé après avoir commis une escroquerie ou quelque chose comme ça en Angleterre. M. Roxburgh, bien que perpétuellement souffrant, a décidé d’aller le voir, malgré le péril du voyage. Il attend maintenant avec impatience le départ du bateau. Sa femme, beaucoup plus jeune que lui, se rappelle son enfance dans une ferme, de la rencontre avec son futur mari, venu se requinquer à la campagne, puis son mariage et son éducation « au monde » par sa belle-mère. Le bateau part enfin… mais quelques jours plus tard, c’est le nauffrage, l’errance dans les deux chaloupes, un arrêt sur un récif, la reprise de la mer pendant des jours et des jours, et enfin la terre… Mais à peine arrivés, un groupe d’indigènes arrive. Un membre de l’équipage sort un fusil, tue l’un d’eux… et c’est le massacre, le capitaine et M. Roxburgh sont tués, sa femme est épargnée… mais transformée en esclave. Très vite, elle s’aperçoit que ses compagnons de route… ont été mangés par la tribu. S’en sortira-t-elle, avec pour seul bagage une ceinture de feuilles qu’elle s’est fabriqué et à laquelle elle a attaché son alliance?

Mon avis : un portrait très fort de cette femme, Helen Roxburgh. Je trouve le portrait de la tribu aborigène très péjoratif et plein de préjugés, mais j’ai dévoré ce gros livre un peu comme un livre d’aventures, type de roman que je n’avais pas lu depuis longtemps.

logo tour du monde en lecture Ce livre entre dans le cadre du défi du tour du monde des livres, organisé par Livresque, au titre de l’Australie, en complément de Le dernier rêve de la colombe Diamant, d’Adrian Hyland.

Logo du challenge ABC critique de BabelioCe livre constitue aussi la lettre W du Challenge ABC de Babelio. Il ne me manque plus que des auteurs en E, U et Y, lettres pour lesquelles j’ai choisi Odysséas Elýtis, Sigrid Undset et Marguerite Yourcenar.

Du côté des hommes de Marie Rouanet

couverture de Du côté des hommes de Marie Rouannet pioche-en-bib.jpgIl y a quelques semaines, j’ai lu Nous les filles pour tenter de lever le voile sur le secret de l’antipetitserpentigraphe, un vrai mystère soulevé par Michel, responsable de Belvert/l’ethnoblogue… Il me fallait lire aussi son point de vue sur les hommes, direction donc la médiathèque

Le livre : Du côté des hommes, Marie Rouanet, éditions Albin Michel, 234 pages, 2001, ISBN 9782226126634 (a aussi été publié en livre de poche).

L’histoire : cette fois, Marie Rouanet nous présente le monde des hommes, notamment de son enfance, mais vu depuis l’intérieur des maisons, le domaine des femmes. Les hommes, c’est l’extérieur, la chasse, la pêche, les mystères de certaines cérémonies (lors du carnaval ou de fêtes religieuses). Les hommes, c’est aussi le travail, les odeurs (de sueur, du bleu de travail, de l’extérieur, en un mot), des histoires que les femmes (et encore moins les filles) ne doivent entendre.

Mon avis : ce livre est plus construit comme un récit que nous les filles, qui est plus un livre d’observation sociologique ou ethnographique, avec un appareil de notes sur les variantes de jeux d’enfants par exemple. Ici, nous vivons la vie des hommes vue par la lorgnette de la petite fille devenue mère et épouse, même si parfois, l’observation ethnographique prend le pas, comme vers la fin du livre, les récits de fêtes populaires. Je suis sûre que ce monde séparé d’hommes et de femmes, avec chacun son territoire, n’est pas si loin que cela malgré mai 1968 et la libération sexuelle…

L’Hiver indien de Frédéric Roux

Couverture de l'hiver indien de Frédéric Roux Il y a une quinzaine de jours, j’ai reçu ce livre de la part de Suzanne, de Chez les filles.com.

Le livre : L’Hiver indien de Frédéric Roux, éditions Le livre de poche, 2009, ISBN : 9782253126409, 503 p.

L’histoire : à la fin des années 1990, à Neah Bay dans l’état de Washington, au nord-ouest des États-Unis, sur la côte pacifique, non loin de Canada (Vancouver est de l’autre côté de la baie). Les indiens Makahs vivent dans la misère dans leur réserve, des aides publiques, un peu de la chasse (les daims pullulent), beaucoup de combines. Le diabète, l’obésité (abus de hamburgers) et l’alcoolisme font des ravages. Un jour, trois hommes décident de changer de vie en relançant la pêche à la baleine, abandonnée il y a des dizaines d’années. Ils vont monter un équipage de six « bras cassés », convaincre le conseil tribal… et déchaîner les passions. Des militants écolos rappliquent du monde entier pour s’opposer à cette chasse. Arriveront-ils à capturer une baleine ?

Mon avis : le récit se lit comme un roman d’aventure. Ce n’est pas de la grande littérature, mais c’est très agréable à lire. Je trouve cependant qu’il manque un petit quelque chose, je ne sais pas exactement quoi, sans doute la fin m’a-t-elle déconcertée… même si elle permet de comprendre alors la couverture. J’ai bien aimé l’idée de la play-list à la fin, c’est-à-dire la liste des morceaux de musique mentionnés tout au long du texte.

Pour aller plus loin : dans une sorte de postface, Frédéric Roux dit s’être inspiré d’un épisode raconté dans l’émission Thalassa en 1999. Je suis donc allée me renseigner…

Selon l’université Laval Québec, la langue Makah, qui appartient au groupe linguistique Wakashane du Sud, a quasiment disparu et ne compte plus de 10 à 30 locuteurs… Les Makahs eux-mêmes ne sont plus qu’environ 1200 a 1500 individus (contre 40 000 à la fin du 19e siècle), ils ont abandonné la pêche à la baleine en 1927, à cause la disparition de la ressource, sur-exploitée par les blancs plus au sud de leur territoire. La baleine grise n’est plus sur la liste des espèces menacées depuis 1994.

Ils ont fait en 1997 une demande de reprise de la pêche artisanale auprès de la commission baleinière internationale, qui leur a accordé en 1999 4 ou 5 baleines grises (les sources divergent et sur le site de la commission baleinière internationale, je n’ai trouvé que le chiffre global accordé aux peuples amérindiens). D’après leur tableau, une baleine a été abattue en 1999. En 2007, cinq chasseurs makahs ont tué une baleine de 9 m de long avec des harpons et un fusil souvent utilisé pour chasser les éléphants, sans avoir obtenu l’accord du conseil tribal, ils auraient été poursuivi (je n’ai pas trouvé la fin de I’histoire). La reprise de la chasse par les Makahs a en effet abouti à un défoulement parfois violent des opposants à la chasse. Cet épisode de la reprise de la chasse à la baleine par les Makahs fait l’objet d’un sujet pour l’enseignement des droits de l’homme, Les textes et documents rassemblés pour ce dossier sont très intéressants. Vous trouverez aussi sur le site de la FAO un article sur La pêche artisanale à la baleine en Amérique du Nord.

Logo de Chez les filles Le site Chez les filles.com (merci à eux et notamment à Suzanne) m’ont déjà envoyé ces autres livres, que j’ai parfois aimés, parfois pas du tout. Retrouvez-les sur la page des livres reçus pour critique.