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Prix Nobel de littérature

Le prix Nobel de littérature 2016, Bob Dylan, ne me donnera pas beaucoup de lecture!!! Mais c’est peut-être l’occasion de reprendre la lecture des ouvrages de certains auteurs devenus des grands classiques ou tombés dans l’oubli…

Article du 11 février 2013 : Sur mon ancien blog, les Prix Nobel étaient regroupés sur une page, j’ai préféré en faire ici un article… et cela me rappelle que j’avais comme objectif d’en lire au moins un par mois… A reprendre très vite! Cela intéresserait quelqu’un de participer avec moi, histoire de se soutenir dans cette aventure???

En commençant la lecture de Une histoire d’amour et de ténèbres, long récit autobiographique d’Amos Oz je me suis aperçue que je ne connaissais absolument pas Samuel Yosef Agnon, dont il parle et qui reçut le prix Nobel de littérature en 1966 conjointement et symboliquement avec la poétesse suédoise d’origine juive allemande (émigrée avec sa famille en Suède en 1940), Nelly Sachs. Je me suis alors penchée sur la liste des prix Nobel de littérature. Bilan : j’en avais lu très peu. Je me propose donc de lire ou relire chaque mois une de leurs œuvres, et de compléter au fur et à mesure cette nouvelle page Prix Nobel de littératures, livres lus avec les liens vers mes articles. Et pour l’occasion, j’ouvre aussi une nouvelle rubrique, livre et lecture, prix Nobel.

Voici la liste des prix Nobel de littérature, avec la liste de leurs livres présents dans ma bibliothèque (honte à moi, il y en a très peu, mais tous ont été lus) et les liens vers les articles lorsque j’en ai rédigés à leur sujet.

  • 1901 : Sully Prudhomme, France ;
  • 1902 : Theodor Mommsen Empire allemand ;
  • 1903 : Bjørnstjerne Martinus Bjørnson, Norvège ;
  • 1904 : Frédéric Mistral, France, et José Echegaray y Eizaguirre, Espagne ;
  • 1905 : Henryk Sienkiewicz, Pologne ;
  • 1906 : Giosuè Carducci, Italie ;
  • 1907 : Rudyard Kipling, Royaume-Uni : Le livre de la jungle ; Le second livre de la jungle ; La première apparition de Mowgli ; Kim ; Simples contes des collines ; Fantômes et prodiges de
    l’Inde ; Capitaines courageux ;
  • 1908 : Rudolf Christoph Eucken, Empire allemand ;
  • 1909 : Selma Lagerlöf, Suède : Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède ;
  • 1910 : Paul Heyse, Empire allemand  ;
  • 1911 : Maurice Maeterlinck, Belgique ;
  • 1912 : Gerhart Hauptmann, Empire allemand ;
  • 1913 : Rabîndranâth Tagore, Royaume-Uni (colonie, Calcutta, Inde) ;
  • 1914 : non attribué ;
  • 1915 : Romain Rolland, France ;
  • 1916 : Verner von Heidenstam, Suède ;
  • 1917 : Karl Adolph Gjellerup, Danemark, et Henrik Pontoppidan, Danemark ;
  • 1918 : non attribué ;
  • 1919 : Carl Spitteler, Suisse  ;
  • 1920 : Knut Pedersen Hamsun, Norvège : Rosa ; Un vagabond joue en sourdine ;
  • 1921 : Anatole France, France : Les autels de la peur ;
  • 1922 : Jacinto Benavente, Espagne ;
  • 1923 : William Butler Yeats, Irlande ;
  • 1924 : Wladyslaw Stanislaw Reymont, Pologne ;
  • 1925 : George Bernard Shaw, Irlande ;
  • 1926 : Grazia Deledda, Italie ;
  • 1927 : Henri Bergson, France ;
  • 1928 : Sigrid Undset, Norvège ;
  • 1929 : Thomas Mann, Allemagne : La mort à Venise ; Tristan ; Les Buddenbrook ;
  • 1930 : Sinclair Lewis, États-Unis ;
  • 1931 : Erik Axel Karlfeldt, Suède ;
  • 1932 : John Galsworthy, Royaume-Uni ;
  • 1933 : Ivan Bounine, URSS ;
  • 1934 : Luigi Pirandello, Italie : Henri I ; Le jeu des rôles ; Qui sait la vérité ? ;
  • 1936 : Eugene O’Neill, États-Unis ;
  • 1937 : Roger Martin du Gard, France ;
  • 1938 : Pearl Buck, Etats-Unis : La famille dispersée ; Le patriote ; Pavillon des femmes ; Es-tu maître de l’aube ?
  • 1939 : Frans Eemil Sillanpää, Finlande ;
  • 1940 à 1943 : non attribué ;
  • 1944 : Johannes Vilhelm Jensen, Danemark ;
  • 1945 : Gabriela Mistral, Chili ;
  • 1946 : Hermann Hesse, Allemagne : Lettre à un jeune artiste ; Mon enfance ; Le loup des steppes ; Die Märchen ; Narciss und Golmund (ces deux derniers en allemand, car étudiés en classe préparatoire) ;
  • 1947 : André Gide, France : Les caves du Vatican ; La symphonie pastorale ; L’immoraliste ; La Porte étroite ;
  • 1948 : Thomas Stearns Eliot, États-Unis ;
  • 1949 : William Faulkner, États-Unis : Monnaie de singe ;
  • 1950 : Bertrand Arthur William, comte Russell, Royaume-Uni ;
  • 1951 : Pär Lagerkvist, Suède ;
  • 1952 : François Mauriac, France : Tante Zulnie ; Le Baiser au lépreux ; Genitrix ; Le désert d’amour ; Thérèse Desqueyroux ; Thérèse chez le docteur ; Thérèse à l’hôtel ; Destins ; Le nœud de vipères ; Le mystère Frontenac ; Les anges noirs ; Le Rang ; Conte de Noël ; la Pharisienne ; Le Sagouin ;
  • 1953 : Sir Winston Leonard Spencer Churchill, Royaume-Uni ;
  • 1954 : Ernest Hemingway, États-Unis : 50000 dollars ; Les neiges du Kilimandjaro suivi de Dix indiens ; Pour qui sonne le glas ; Le vieil homme et la mer ;
  • 1955 : Halldór Laxness, Islande ;
  • 1956 : Juan Ramón Jiménez, Espagne ;
  • 1957 : Albert Camus, France : Caligula ; Le malentendu ; L’étranger ; La peste ; Noces ; L’été ;
  • 1958 : Boris Pasternak, URSS (contraint à refuser le prix) ;
  • 1959 : Salvatore Quasimodo, Italie ;
  • 1960 : Saint-John Perse, France: Amers suivi de Oiseaux ;
  • 1961 : Ivo Andric, Yougoslavie : Visages
  • 1962 : John Steinbeck, États-Unis ;
  • 1963 : Giorgos Séféris, Grèce ;
  • 1964 : Jean-Paul Sartre, France (refuse le prix) : Le Diable et le Bon Dieu ; Les mots ;
    Huis clos ; Les mouches ;
  • 1965 : Mikhaïl Cholokhov, URSS ;
  • 1966 : Samuel Yosef Agnon : Israël, et Nelly Sachs, juive allemande exilée en Suède ;
  • 1967 : Miguel Ángel Asturias, Guatemala ;
  • 1968 : Yasunari Kawabata, Japon : Le lac ;
  • 1969 : Samuel Beckett, Irlande ;
  • 1970 : Alexandre Soljenitsyne, URSS ;
  • 1971 : Pablo Neruda, Chili ;
  • 1972 : Heinrich Böll, République fédérale d’Allemagne : Lettre à un jeune catholique ; Lettre à un jeune non-catholique ;
  • 1973 : Patrick White, Australie : La ceinture de feuille ;
  • 1974 : Eyvind Johnson, Suède, et Harry Martinson, Suède ;
  • 1975 : Eugenio Montale, Italie ;
  • 1976 : Saul Bellow, États-Unis ;
  • 1977 : Vicente Aleixandre, Espagne ;
  • 1978 : Isaac Bashevis Singer, États-Unis ;
  • 1979 : Odysséas Elýtis, Grèce : Les Analogies de la lumière ;
  • 1980 : Czeslaw Milosz, Pologne ;
  • 1981 : Elias Canetti, Royaume-Uni, né en Bulgarie ;
  • 1982 : Gabriel García Márquez, Colombie : La mala hora ; L’amour aux temps du choléra ; Douze contes vagabonds ;
  • 1983 : William Golding, Royaume-Uni ;
  • 1984 : Jaroslav Seifert, Tchécoslovaquie ;
  • 1985 : Claude Simon, France : Le tramway ;
  • 1986 : Wole Soyinka, Nigeria ;
  • 1987 : Joseph Brodsky, URSS ;
  • 1988 : Naguib Mahfouz, Égypte : Le voleur et les chiens ; Récits de notre quartier ;
  • 1989 : Camilo José Cela, Espagne ;
  • 1990 : Octavio Paz, Mexique ;
  • 1991 : Nadine Gordimer, Afrique du Sud ;
  • 1992 : Derek Walcott, Sainte-Lucie ;
  • 1993 : Toni Morrison, États-Unis : La chanson de Salomon ; Home
  • 1994 : Kenzaburo Oe, Japon ;
  • 1995 : Seamus Heaney, Irlande ;
  • 1996 : Wislawa Szymborska, Pologne ;
  • 1997 : Dario Fo, Italie : Mystère bouffe, jonglerie populaire ;
  • 1998 : José Saramago, Portugal : Pérégrinations portugaises ;
  • 1999 : Günter Grass, Allemagne : Le chat et la souris ;
  • 2000 : Gao Xingjian, France, né en Chine : La montagne de l’âme ; Le livre  d’un homme seul ;
  • 2001 : Vidiadhar Surajprasad Naipaul, Royaume-Uni ;
  • 2002 : Imre Kertész, Hongrie ;
  • 2003 : John Maxwell Coetzee, Afrique du Sud : L’été de la vie ; Scènes de la vie d’un jeune garçon  ;
  • 2004 : Elfriede Jelinek, Autriche ;
  • 2005 : Harold Pinter, Royaume-Uni ;
  • 2006 : Orhan Pamuk, Turquie : Neige ; Cette chose étrange pour moi ;
  • 2007 : Doris Lessing, Royaume-Uni : Le rêve le plus doux ;
  • 2008 : Jean-Marie Gustave Le Clézio, France : La ronde et autres faits divers.
  • 2009 : Herta Müller, Allemagne (auteure d’origine roumaine) : L’homme est un grand faisan sur terre, La convocation, Animal du cœur, La bascule du souffle
  • 2010 : Mario Vargas Llosa, Espagne (auteur d’origine péruvienne)
  • 2011 : Tomas Tranströmer, Suède: Baltiques et autres poèmes
  • 2012 : Mo Yan, Chine : Grenouilles, Le veau et le coureur de fond
  • 2013 : Alice Munro, Canada : Amie de ma jeunesse
  • 2014 : Patrick Modiano, France : Un pedigree, Du plus loin de l’oubli
  • 2015 : Svetlana AlexievitchBiélorussie
  • 2016 : Bob Dylan, États-Unis
  • 2017 : à venir à l’automne…

Le chat et la souris de Günter Grass

Couverture de Le chat et la souris de Günter GrassJe réédite cet ancien article suite au décès ce jour (13 avril 2015) de Günter Grass.

Article du 11 août 2008

J’ai retrouvé dans ma bibliothèque un livre lu il y a longtemps (en prépa… et en VO, la VF était pour être sûre de la compréhension) et que j’ai relu avec plaisir : Le chat et la souris [alors que je venais de terminer la … septième étape du SAL à la poursuite des souris], de Günter Grass (Points R 143, 1984, ISBN 2.02.006771.4 pour mon édition, 1ère édition allemande en 1961).

L’histoire : au début de la Seconde Guerre mondiale, à Dantzig, alors en Prusse, aujourd’hui en Pologne. Des lycéens sur une plage, et à l’assaut d’une épave de dragueur de mines au large. L’histoire se focalise entre le narrateur et Mahlke, son aîné de quelques mois, qui devient leader de leur groupe, puis membre des Jeunesses hitlériennes. Pas vraiment leader, en fait. Le meilleur à la nage, il en impose mais reste distant des autres. Jusqu’à ce que, lors de la visite d’un aîné engagé dans la guerre au lycée, pour faire la propagande, la médaille militaire de ce dernier disparaisse dans le vestiaire de sport… et tout l’équilibre de ce groupe d’adolescents bascule.

Mon avis : Le chat et la souris est beaucoup moins connu que Le tambour, du même auteur, mais le thème est voisin et dont il est la suite directe, formant une trilogie avec Les années de chien. Un livre court, à (re)découvrir. Surtout en cette période de mise en avant de l’histoire [encore plus vrai en 2015 qu’en 2008!], des lieux de mémoire, de la résilience [lire depuis la parution de cet article Sauve-toi, la vie t’appelle de Boris Cyrulnik] et autre.

Avec ce livre, je voulais aussi vous signaler la page sur mes (re)lectures des livres des lauréats des prix Nobel de littérature… Günter Grass l’a reçu en 1999, puis a fait l’objet d’une polémique lorsqu’il révéla en 2006 qu’il s’était engagé à l’âge de 17 ans dans les Waffen SS en 1944. Lui qui était considéré comme un leader de la gauche allemande… Le personnage du roman membre des jeunesses hitlériennes prend un autre relief à l’éclairage de la vie personnelle de Günter Grass. Même s’il a dit qu’il reniait ce passé nazi qui n’a duré que quelques mois, son expérience a pu éclairer directement ses personnages.

Du plus loin de l’oubli, de Patrick Modiano

Couverture du Du plus lointoin de l'oubli, de Patrick ModianoApioche-en-bib.jpgprès Un pedigree, j’ai voulu poursuivre la découverte de l’œuvre de Patrick Modiano, le dernier prix Nobel de littérature. Un livre emprunté à la médiathèque.

Le livre : Du plus loin de l’oubli de Patrick Modiano, collection blanche, NRF, éditions Gallimard, 1996, 165 pages, ISBN 9782070773337.

L’histoire : Juillet 1994. Un homme se souvient. Il croit avoir croisé Jacqueline, 30 ans après… Au début des années 1960, il a vingt ans, dans le quartier latin à Paris. Lui n’est pas étudiant, il vit en vendant des livres d’occasion aux libraires du quartier. Un jour, il rencontre Jacqueline, mystérieuse, qui veut rejoindre un riche américain, William Mc Givern, à Majorque, mais, sans le sou, vit avec un certain Gérard Van Bever, qui exploite une martingale dans des casinos, à Dieppe, à Forges-les-Eaux ou ailleurs. Il retrouve le couple dans leur bistrot attitré, le café Dante, quand ils ne s’absentent pas mystérieusement. Un jour, Jacqueline convainc le narrateur dépouiller son amant, le dentiste Pierre Cartaud, et ils fuient à Londres, où ils tombent sous la coupe d’un autre protecteur, Peter Rachman…

Mon avis : dans ce court roman, l’histoire du narrateur, dont on ne cite jamais le nom, semble liée à cette courte histoire d’amour pour Jacqueline, quelques mois à Paris et à Londres, une entrevue furtive 30 ans plus tard à Paris, dont on apprend qu’elle est la deuxième après leur séparation. Jacqueline, liée à une odeur d’éther, qui traverse tout le livre (tiens, je n’ai pas essayé pour voir si je peux l’ajouter aux rares odeurs que je perçois), Peter Rachmann est précédé par une odeur de Synthol… Sinon, les personnages arrivent, peu de détails sur eux, disparaissent (de la vie du narrateur et du livre), un néant dont ne submerge que la mystérieuse Jacqueline…

Un pedigree de Patrick Modiano

pioche-en-bib.jpgCouverture de Un pedigree de Patrick ModianoJe n’ai pas alimenté la rubrique prix Nobel de littérature depuis longtemps… depuis le prix Nobel l’année dernière à Alice Munro (relire mon article sur Amie de ma jeunesse). J’ai pourtant toujours en projet de (re)lire au moins un titre de chacun d’entre eux! Le prix Nobel cette année à Patrick Modiano était l’occasion de chercher un de ses livres à la médiathèque [Voir aussi Du plus loin de l’oubli].

Le livre : Un pedigree de Patrick Modiano, collection blanche, NRF, éditions Gallimard, 2005, 122 pages, ISBN 9782070773337.

L’histoire : né en 1945, le narrateur raconte son enfance et son adolescence (jusqu’à sa majorité à 21 ans), une mère flamande, un père juif, Albert Modiano, aux fréquentations louches après avoir pratiqué le marché noir pendant la guerre. L’enfant est balloté, confié à des familles puis mis très jeune en pension. La mort du petit frère Rudy, né en 1947, à l’âge de 10 ans, est annoncée dans une voiture au jeune Patrick. Patrick retourne dans sa pension, ses pensions, ne voyant que rarement ses parents.

Mon avis : dans ce court roman autobiographique transparaît toute la souffrance d’un enfant en alors qu’il est en perpétuelle recherche de ses origines, des fréquentations de son père avant sa naissance, pendant la guerre, en recherche ne serait-ce que d’un peu d’affection. La première partie est troublante, comme une liste de noms, de personnages croisés, de lieux où il est balloté. A partir de l’entrée en pension, le récit se fait plus narratif, surtout la partie au pensionnat à , près d’Annecy (avec une courte phrase sur un collabo exécuté au  , page 80). La grande mobilité des parents, mais aussi de l’enfant, transporté ici et là (Paris et région parisienne, , la Savoie, mais aussi la Belgique, la Suisse, …), est frappante, comme l’évolution d’un milieu « privilégié » mais désargenté. L’auteur/narrateur tente de retracer des faits bruts, sans régler ses comptes avec ces parents si peu aimants et présents. J’ai lu que Patrick Modiano voulait clore sa recherche de son enfance avec ce livre, pour ce que j’ai entendu de ses interviews après le prix Nobel de littérature ce n’est pas si sûr qu’il y soit parvenu. La lecture de ce livre est troublante, mais ne m’a pas complètement convaincue, il faut que j’essaye d’autres titres de cet auteur (beaucoup sont courts, parfait pour mes capacités de lecture sans caméra qui restent limitées à une cinquantaine de pages en NRF, collection aux caractères assez grands sur un papier mat qui assez convient bien à mon cerveau).

Amie de ma jeunesse d’Alice Munro

pioche-en-bib.jpgCouverture de  	Amie de ma jeunesse d’Alice MunroAlice Munro vient de recevoir le prix Nobel de littérature (2013). Je l’ai donc choisie pour ma lecture du premier lundi du mois, un livre emprunté à la médiathèque.

Le livre : Amie de ma jeunesse d’Alice Munro,
traduit de l’anglais (Canada) par Marie-Odile Fortier-Masek, collection les grandes traductions, éditions Albin Michel [j’ai mis le lien sur l’édition poche chez Rivages, l’ouvrage n’est plus au catalogue d’Albin Michel], 1992, 284 pages, ISBN 978-2226056734.

L’histoire : le livre rassemble dix nouvelles assez intemporelles, celle qui ont des repères de temps se situent dans les années 1950, la plupart en Ontario, d’autres en Europe ou à bord d’un bateau. Beaucoup d’histoires de femmes. Flora qui a eu une vie compliquée et soumise (Amie de ma jeunesse), Bugs qui se meurt sur un cargo en route pour l’Europe (Grâce et Bonheur), Hazelqui part sur les traces d’une vieille tante de son défunt mari en Écosse, où, soldat pendant la guerre, il aurait connu la fille de l’hôtel (Serre-moi contre toi, ne me laisse pas aller), Almeda, une poétesse dans la deuxième moitié du 19e siècle, qui aurait pu épouser son voisin avec qui elle retrouve un jour une femme ivre-morte (Meneseteung), etc.

Mon avis : la plupart des nouvelles mettent en avant les souvenirs des narrateurs ou personnages principaux des nouvelles, souvent en Ontario, des personnes immigrées d’Écosse, avec un poids important de la religion, qui n’empêche pas l’adultère ou l’avortement. Des nouvelles au texte très travaillé, souvent assez longues (une trentaine de pages denses en moyenne), que j’ai ressenties comme des variations d’un même thème même si elles se passent dans des lieux et des époques qui s’étendent sur un siècle en gros.

Le tramway de Claude Simon

pioche-en-bib.jpgCouverture de Le tramway de Claude SimonPremier lundi du mois… je poursuis ma découverte des prix Nobel de littérature avec un livre de Claude Simon, prix Nobel en 1985. J’ai emprunté ce livre à la médiathèque.

Le livre : Le tramway de Claude Simon, éditions de Minuit, 2001, 141 pages, ISBN 978-2707317322.

L’histoire : dans une ville indéterminée (il y a des indices, sur la Méditerranée) à une époque non définie mais après la deuxième guerre mondiale. Un tramway roule sur un trajet d’une quinzaine de kilomètres entre la plage et la ville, en ramassant des collégiens, passant le long de villas et de l’hôpital. Au rythme des trajets, dans la cabine du conducteur qui peut accueillir deux ou trois passagers muets et éventuellement fumeurs, on suit son trajet brinquebalant ou le destin d’un homme hospitalisé.

Mon avis : un récit court, heureusement, parce que les phrases sont interminables, jusqu’à plus de deux pages, avec de nombreuses incises, parenthèses voire parenthèses dans les parenthèses. J’ai eu beaucoup de mal à me laisser porter par le rythme de ce livre, son écriture. D’un côté, le narrateur, collégien, qui court attraper le tramway du matin, mais n’est pas mécontent de rater celui du soir, de l’autre, un homme d’âge indéterminé qui s’immisce entre les chapitres du fond de son lit d’hôpital. Finalement, le seul intérêt que j’y ai vu, c’est d’essayer d’identifier la ville à partir de quelques indices: près de la Méditerranée, un boulevard du président Wilson, un musée Dupuytren, un monument aux morts en grès rose de 2 m de haut avec des trois personnages en pierre blanche, « un marin-pêcheur son filet sur l’épaule, un vigneron un pied sur sa pelle et un maçon la truelle à la main » (p. 35) et dont le sculpteur est apparenté à une famille produisant un apéritif réputé. Est-ce une ville réelle ou une ville imaginaire ? Où y a-t-il un musée Dupuytren en dehors de celui de l’école de médecine de Paris? Perpignan, la ville la plus proche de Salles-le-Château où il a longtemps vécu?

Perpignan, le monument aux morts sur une acrte postale ancienneNon, le monument aux morts ne semble pas correspondre, œuvre de Gustave Violet (Thuir, 1873 – Perpignan, 1952, fils de vignerons, pas une marque d’apéritif), ce monument comprend une grande stèle avec un soldat encadré des allégories de l’Abondance et de la Paix, une famille en deuil, et en avant, trois personnages, une femme avec du raisin et deux hommes, pas vraiment un maçon et un marin-pêcheur, ça ne colle pas tout à fait. Il y a un musée d’histoire naturelle à Perpignan, mais il ne s’appelle pas Dupuytren et ne semble pas présenter de collections anatomiques. Je n’ai pas eu le temps de chercher, mais peut-être que ces indices disent quelque chose à l’un de mes lecteurs (peut-être Chris / C en Roussillon)?

PS: il semble pourtant bien qu’il s’agisse dans ce récit du tramway de Perpignan au Canet???

Home de Toni Morrison

Couverture de Home de Toni Morrisonpioche-en-bib.jpgPremier lundi du mois… je poursuis ma découverte des prix Nobel de littérature avec le dernier livre de Toni Morisson (prix Nobel en 1993), sorti lors de la rentrée littéraire 2012. J’ai emprunté ce livre à la médiathèque.

Le livre : Home de Toni Morrison, traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Laferrière, éditions Christian Bourgeois, 2012, 151 pages, ISBN 978-2267023831.

L’histoire : Seattle, dans les années 1950. Un homme s’enfuit d’un asile psychiatrique et trouve refuge chez le pasteur voisin, il s’agit de Frank Money, un vétéran noir de la guerre de Corée. Rentré des combats il y a une bonne année, il a lâché sa copine, Lily, pour aller porter secours à l’autre bout des États-Unis à sa sœur, Ycidra, dite Cee, qui travaille à Atlanta, en Géorgie, chez un médecin blanc fou qui s’en sert comme cobaye. Bien qu’il n’ait aucune envie de retourner à Lotus, la ville natale où ils ont été élevés par leurs grands-parents, Cee était la souffre-douleur de sa grand-mère Lenore, c’est pourtant là qu’il l’emmène et qu’ils vont tous deux tenter de se reconstruire, elle physiquement, lui des fantômes de la guerre…

Mon avis : un court roman qui condense néanmoins plusieurs thèmes, la place des Noirs dans le sud des États-Unis dans les années 1950, bons pour être de la chair à canon lors de la guerre de Corée mais toujours soumis à la ségrégation à leur retour, lâchés sans ressource dans un monde qui ne veut pas voir leurs cauchemars (Frank y a perdu ses deux amis d’enfance), la seule aide venant non des hôpitaux mais de pasteurs qui vont permettre son long trajet à travers le pays. Le récit aussi d’une enfance difficile dans une petite ville de province, Lotus, les parents débordés par leur travail de misère, la grand-mère qui en profite pour exploiter les petits-enfants, Cee qui fuit avec le premier homme qui passe, se fait immédiatement larguer et contrainte de survivre de petits boulots. Mais aussi la solidarité des femmes qui vont permettre sa guérison… Tout cela en 150 pages à découvrir d’urgence! Les dernières pages permettent de comprendre l’étrange scène qui ouvre le livre, deux enfants qui assistent à un enterrement de chevaux avec un pied qui dépasse d’une fosse.

Sur la ségrégation aux États-Unis, je vous conseille aussi la lecture de La couleur des sentiments de Kathryn Stockett et de Chien blanc de Romain Gary

 

Le rêve le plus doux de Doris Lessing

Couverture de Le rêve le plus doux de Doris LessingUn livre acheté lors de sa réédition pour le prix Nobel de littérature reçu par Doris Lessing (2007) et jamais lu… [PS: depuis, Guillaume Galienne a consacré le 12 octobre 2013 une de ses émissions à Doris Lessing,  et surtout à ce livre, à écouter en balado-diffusion sur France Inter].

Le livre : Le rêve le plus doux de Doris Lessing, traduit de l’anglais par Isabelle D. Philippe, Pocket Thriller n° 10477, éditions J’ai Lu (n° 8607), 2008, 636 pages, ISBN 978-2290008805.

L’histoire : à Londres principalement dans les années 1960 et 1970 puis aussi en Afrique. A la veille de la seconde guerre mondiale, une Allemande, Julia, avait épousé un bel Anglais… C’est la mère de Johny, militant communiste international, mais surtout l’histoire de Frances, sa femme, de leurs deux fils, puis de Sylvia, fille d’une autre femme de Johny, et de tout un tas de gens paumés, surtout des enfants et des adolescents en rupture familiale, accueillis dans la grande maison de Londres.

Mon avis : un très gros pavé que j’ai beaucoup aimé. L’histoire d’une famille originale, c’est la troisième partie que j’ai préférée, l’action de la frêle Sylvia, anorexique devenue médecin, dans un hôpital de campagne qu’elle porte à bout de bras en Zimlie (un pays immaginaire qui ressemble fortement au Zimbabwe), une réflexion sur le Sida qui commence à faire des ravages, la corruptions qui bloque la construction d’un nuvel hôpital malgré l’afflux de fonds étrangers, un ancien compagnon de la grande maison de Londres qui, devenu ministre, a bien changé… J’ai bien aimé aussi le fil rouge en arrière plan, Johny et son idéal communiste, son refus de voir les exactions commises au nom du communisme dans les années 1950 et 1960. Une belle découverte que ce livre que je n’aurai pas dû laisser dormir aussi logtemps dans ma haute pile à lire!

Logo God save the livreCe livre entre dans le défi God save the livre, saison 3, organisé par Antoni / passion livres. Il s’agit de lire un ou plusieurs livres anglais d’ici fin février 2014 et atteindre l’une de ces catégories : « Duty Harry » (1 livre lu), « Prince Charles » (5 livres), « Prince William » (10 livres), « Lady Di »(15 livres), « The Beatles » (20 livres et plus), « Queen Mom » (au moins un livre en VO

Amers suivi de Oiseaux, de Saint-John Perse

Couverture de Amers suivi de Oiseaux, de Saint-John PerseUn livre qui est depuis longtemps dans ma bibliothèque, je l’avais commencé mais pas terminé, il avait encore un ticket de métro parisien version « verte » comme signet… J’ai recommencé au début et suis venu à bout de ce recueil de poésie (en prose pour l’essentiel) de Saint-John Perse, prix Nobel de littérature en 1960.

Le livre : Amers suivi de Oiseaux, de Saint-John Perse, collection poésie / NRF, éditions Gallimard, 171 p., 1992, ISBN 2070302482 [1ère édition: 1957 pour Amers, 1961 pour Poésie, 1963 pour Oiseaux).

L’histoire : pas facile de résumer un recueil de poésie, même  l’éditeur ne propose pas de texte en quatrième de couverture ou sur son site… Disons simplement qu’il est question de mer et d’amour…

Mon avis: un texte difficile d’accès, au vocabulaire riche, de la poésie en prose dans laquelle il faut entrer, un peu comme dans une mer trop froide… Un petit mouvement de recul à l’entrée dans l’eau, et puis on se laisse porter par le texte…

Pour aller plus loin : voir le site de la fondation Saint-John Perse.

 

Rosa de Knut Hamsun

COuverture de Rosa de Knut HamsunUn livre qui attendait sagement dans ma bibliothèque (je l’avais lu il y a longtemps, quelques coquilles typographiques corrigées au fil des pages). L’auteur a reçu le prix Nobel de littérature en 1920. Pro-nazi, il a été condamné après la guerre.

Le livre : Rosa de Knut Hamsun, traduit du norvégien par Régis Boyer, Folio n° 2694, 1995, 247 pages, ISBN 9782070388263 [première édition en Norvège en 1908].

L’histoire : à Sirilund, un petit village norvégien, au 19e siècle. Deux personnages se partagent la propriété des bateaux de pêche et de la boutique, Mack et Benoni Hartvigsen, qui se fait appeler B. Hartwich. Un étudiant, Parelius, débarque, il souhaite rejoindre un de ses camarades pour faire un grand voyage à pied à travers la Norvège. Pour poursuivre son voyage, il lui faut d’abord un peu d’argent. Benoni l’embauche pour quelques travaux de peinture (en bâtiment et en tableau), jusqu’à l’arrivée de Rosa, énigmatique jeune femme dont l’étudiant tombe amoureux… Mais Benoni se la réserve… l’étudiant est alors embauché par la « baronne », fille fantasque de Mack. Finira-t-il par poursuivre son voyage ou va-t-il rester dans ce village?

Mon avis : deuxième volet d’un diptyque qui commence avec Benoni, que je ne me rappelle pas avoir lu. Un microcosme, des intrigues, une histoire d’amour, une trame classique? La narration à la première personne, par l’intermédiaire de l’étudiant, rend le roman très vivant. Une réflexion toujours d’actualité sur le pouvoir de l’argent: Mack et sa baignoire géante pour accueillir les filles, Benoni qui achète littéralement Rosa, déjà mariée, pour en faire sa propre femme, un système de « dons » à la boutique, pas si gratuits que ça, le riche et mystérieux anglais qui vit sur une île voisine. Et la peur ancestrale qui hante la baronne, l’apparition du personnage du « lapon », mystérieux, mythique, même s’il y a des éléments concrets (une idole de pierre).

Pour aller plus loin : voir le site sur Knut Hamsun (site danois, une série de pages en français)