Archives par étiquette : deuxième guerre mondiale

Et mon mal est délicieux de Michel Quint

pioche-en-bib.jpgCouverture de Et mon mal est délicieux de Michel QuintAprès Effroyables jardins et Aimer à peine, Avec des mains cruelles, La folie Verdier et Close-up, j’ai sorti de la médiathèque un autre livre de . [depuis, j’ai aussi lu L’espoir d’aimer en chemin et Fox-trot].

Le livre : Et mon mal est délicieux de Michel Quint, collection Arcanes, éditions Joëlle Losfeld, 2004, 88 pages, ISBN 978-2070789047.

L’histoire : de nos jours (au début des années 2000?). Un auteur en résidence d’écriture à la chartreuse restaurée de Villeneuve-lès-Avignon cueille une fleur de jasmin et est abordé par Max, qui lui narre son histoire. Juin 1940. La chartreuse en ruines est occupée par de nombreux réfugiés, certains venus du Nord, d’autres qui ont fui la guerre d’Espagne, dont Luz. Max, le jeune fils du juge, devient son Rodrigue chaque soir, récitant le Cid. Un jour, Gérard s’interpose, prend le rôle. Et si c’était Gérard Philipe? 9 mai 1945, à la fin du bal populaire, Luz est frappée d’un étrange mal, Max parti à Paris fera vivre son rêve de revoir Gérard…

Mon avis : un court roman qui, pour une fois chez , ne se passe pas dans le Nord de la France. Il réussit le tour de force de parler en moins de cent pages de la deuxième guerre mondiale, des réfugiés espagnols, d’un crime passionnel, de la déportation et du retour, du monde du théâtre à Paris et au festival d’Avignon, d’une maladie neurologique rare jamais citée mais dont l’un des symptômes est une monoplégie crurale. Un texte dense qui se lit d’une traite…

La guerre d’Alan, tome 2, d’Emmanuel Guibert

Couverture de La guerre d'Alan, tome 2, d'Emmanuel Guibertpioche-en-bib.jpgUne bande dessinée trouvée dans les bacs de la médiathèque, si Emmanuel Guibert a d’abord publié la guerre d’Alan, j’avais de mon côté d’abord lu L’enfance d’Alan puis le tome 1 de la guerre d’Alan (à suivre bientôt le tome 3). De cet auteur, j’avais adoré le Photographe (voir tome 1, tome 2 et  tome 3) et Des nouvelles d’Alain (Keller Alain, Guibert Emmanuel et  Lemercier Frédéric).

Le livre : La guerre d’Alan, d’après les souvenirs d’Alan Ingram Cope, tome 2, de Emmanuel Guibert (scénario et dessin), collection Ciboulette, éditions de L’Association, 2002, 94 pages, ISBN 978-2-84414-078-5.

L’histoire : février 1945. Le jour de ses vingt ans, Alan Cope débarque en Normandie… et y reste coincé deux mois, à ne quasi rien faire, car le matériel n’a pas suivi… Quand enfin arrivent les véhicules et l’armement, voici son régiment en marche pour la Tchécoslovaquie. Peu de combats… voire pas du tout, il s’agit surtout pour les Américains d’occuper le plus de terrain possible face à l’URSS…

Mon avis : Emmanuel Guibert a rencontré par hasard Alan Ingram Cope sur l’île de Ré en 1994, ils sont devenus amis, Alan est mort en 1999. De leurs rencontres, Emmanuel Guibert a tiré cette série de trois albums en noir et blanc sur la deuxième guerre mondiale puis L’enfance d’Alan.

Dans ce deuxième tome, nous avons une vision très décalée de la deuxième guerre mondiale… On nous a toujours présenté une armée américaine venue comme sauveur de l’Europe, on trouve ici une armée peu formée, peu organisée, qui peut se payer le luxe de laisser ses soldats inactifs pendant des semaines en attendant une livraison de matériel. Et la vie d’un soldat ordinaire, qui cherche aussi à rencontrer les populations qui vivent sur les territoires et les villes traversées.

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Les messages de Radio-Londres par Christian Robert-Tissot ne remplacent pas les trous de mémoire de Poitiers

Poitiers, quartier du Pont-Neuf, oeuvre de Christian Robert-Tissot, vue généraleAprès l’installation de Benoît-Marie Moriceau dans le nouveau square raté de la République cadre de la commande publique liée à Poitiers coeur d’agglomération, coeur de pagaille…, et en attendant celles qui seront mises en place dans le nouveau jardin de Puygarreau encore en travaux, des messages issus de radio-Londres sont apparus sur six murs du quartier du Pont-Neuf, visibles dans le sens « montée » autour de la place de la Croix, que les riverains proposent de rebaptiser  place radio-Londres (le conseil municipal ne s’est pas encore prononcé). Les pignons, bien gris foncés et noirs dans ce secteur où passent des centaines de voitures chaque jour, poussant les gaz à fond à cause de la côte, ont été repeints et les messages réalisés au pochoir en blanc sur fond rouge sous le direction de l’artiste suisse Christian Robert-Tissot. Pour l’instant, ça a un aspect net et propre, mais ouvrons les paris sur la date où ils vont devenir grisonnants et dégoulinants de pollution… Six mois? Un an?

Poitiers, quartier du Pont-Neuf, oeuvre de Christian Robert-Tissot, deux messaagesL’un des pignons qui aurait dû recevoir un message a finalement été abandonné, faute d’accord du propriétaire… Voici les messages choisis par l’artiste :

Les girafes ne portent / pas de faux-cols

La vache saute / par-dessus / la lune

Poitiers, quartier du Pont-Neuf, oeuvre de Christian Robert-Tissot, trois messages

Demain la mélasse / deviendra du Cognac

Le canapé / est au milieu / du salon

Poitiers, quartier du Pont-Neuf, oeuvre de Christian Robert-Tissot, un message

L’acide / rougit le / tournesol

Poitiers, quartier du Pont-Neuf, oeuvre de Christian Robert-Tissot, deux messages

Il faut avoir / des pipes pour / trier les lentilles.

Dans le dossier de présentation, la ville souligne que le quartier du Pont-Neuf était habité de nombreux résistants. Soit, mais sans doute pas plus ni moins que dans d’autres quartiers, ou bien une vraie étude historique l’aurait prouvé? Cela m’étonnerait, d’autant que Poitiers a toujours un gros problème de mémoire des deux dernières guerres mondiales:

Le monument auxmorts pour 1914-1918 à Poitiers– aucun nom de soldat n’est porté sur le monument aux morts de 1914-1918 (ce qui est très rare, même s’il s’agit comme dans la plupart des préfectures, d’un monument dédié aux soldats du département morts pour la France, la quasi totalité de ces monuments portent le nom des morts pour la France de la ville, voir par exemple ceux dont je vous ai parlés, à Niort, La Rochelle, Lons-le-Saunier, Nantes, Skikda / PhilippevilleToulouse, etc.);

– le Frontstalag 230, le camp de la Chauvinerie et le camp de la route de Limoges n’ont aucune reconnaissance sur place, pas de noms de victimes (des centaines d’Allemands sont morts à la Chauvinerie suite à l’accaparement des vivres par la direction du camp), une plaque route de Limoges, rien aux Montgorges où se trouvaient les deux premiers camps, je vous laisse relire l’article en suivant le lien

– le monument au réseau Louis Renard dans le cimetière de Chilvert n’a pas non plus de plaque avec tous les fusillés du réseau, seulement quelques plaques avec le nom d’une partie d’entre eux (il faudra que je vous le montre un jour)

– où peut-on trouver le nom des victimes des bombardements alliés de 1944 (sans aller dépouiller les archives)? (sur le sujet, voir la gare avant et après le bombardement de 1944 ainsi que la reconstruction du quartier).

La guerre d’Alan, tome 1, d’Emmanuel Guibert

pioche-en-bib.jpgCouverture de La guerre d'Alan, tome 1, d'Emmanuel GuibertUne bande dessinée trouvée dans les bacs de la médiathèque, si Emmanuel Guibert a d’abord publié la guerre d’Alan, j’avais de mon côté d’abord lu L’enfance d’Alan. De cet auteur, j’avais adoré le Photographe (voir tome 1, tome 2 et  tome 3). Les tome 2 et tome 3 de la guerre d’Alan à suivre bientôt…Voir aussi Des nouvelles d’Alain (Keller Alain, Guibert Emmanuel et  Lemercier Frédéric).

Le livre : La guerre d’Alan, d’après les souvenirs d’Alan Ingram Cope, tome 1, de Emmanuel Guibert (scénario et dessin), collection Ciboulette, éditions de L’Association, 2000, 86 pages, ISBN 978284414036.

L’histoire : le jeune Alan livre des journaux à Pasadena lorsque la base de Pearl Harbor est attaquée le 7 décembre 1941. Pour sa part, il est enrôlé un peu plus tard, dès qu’il a dix-huit ans. Il est envoyé à Fort Knox pour sa formation… Bon aux tests de radio, il se retrouve instructeur pendant 18 mois, loin des champs de bataille et du débarquement en Normandie, à découvrir la musique, entre autre…

Mon avis : Emmanuel Guibert a rencontré par hasard Alan Ingram Cope sur l’île de Ré en 1994, ils sont devenus amis, Alan est mort en 1999. De leurs rencontres, Emmanuel Guibert a tiré cette série de trois albums en noir et blanc sur la deuxième guerre mondiale puis L’enfance d’Alan. Une vie de jeune homme plus que de soldat, une formation de soldat qui semble bien dérisoire face à la guerre qui semble bien lointaine dans cet album, des amitiés qui se nouent, la découverte de la musique classique dans un salon de musique du foyer des soldats…

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Itsik de Pascale Roze

pioche-en-bib.jpgCouverture de Itsik de Pascale RozeUn livre trouvé à la médiathèque.

Le livre : Itsik de Pascale Roze, collection bleue, éditions Stock, 2008, 119 pages, ISBN 9782234059764.

L’histoire : en 1904 à Varsovie naît Itzhak (Itzik) Gersztenfeldest, le petit dernier d’une famille nombreuse. Une enfance dans le quartier juif, adolescent, il tombe amoureux de Maryem mais part rejoindre son frère Yossel à Berlin, qui y a monté une petite entreprise de confection, lui fait abandonner le yiddish et apprendre l’allemand avec l’aide de la première ouvrière, Katia. Le jour où il apprend que son frère veut les marier, il se révolte, fuit en France en s’embauchant dans une mine, avant de rejoindre Paris, où il pourra enfin faire venir Maryem… mais tout se gâte en 1941.

Mon avis : ce livre montre la vie d’un juif polonais qui va aller de Varsovie à Paris en passant par Berlin et la mine à Bruay-en-Artois. L’ascension sociale, avant la tentative d’engagement volontaire dans l’armée polonaise, avec une errance qui va le mener à Airvault, Toulouse, Libourne. La soumission aussi de cet homme qui, interné au camp de Pithiviers, réussi à obtenir un laisser-passer pour aller voir sa femme malade à Paris, par deux fois, et n’en profite pas pour s’enfuir (il réussit quand même à faire mettre ses enfants à l’abri à Montihou-sur-Bièvre), rentre docilement se mettre dans la gueule du loup, déporté finalement à Auschwitz en 1942 (convoi du 24 juin), où il est immédiatement éliminé. Un texte court à découvrir si vous le trouvez…

Pour aller plus loin : il faudra que je vous reparle du camp de Velluché à Airvault dans les Deux-Sèvres, qui, après avoir reçu le gouvernement polonais en exil, est devenu un Fronstalag (n° 231, sur lequel la ville communique à peine)… Sur ces camps d’internement allemands des étrangers indésirables, vous pouvez (re)lire mon article sur le Frontstalag 230, le camp de la Chauvinerie et le camp de la route de Limoges à Poitiers.

Sur des sujets voisins, suivre les liens des mots-clefs en fin d’article ou voir:

Tsiganes, camp de concentration de Montreuil-Bellay de Kkrist Mirror

– Maus, un survivant raconte : tome 1 : mon père saigne l’histoire ; tome 2 : Et c’est là que mes ennuis ont commencé, de Art Spiegelman

– Aucun de nous ne reviendra, Le convoi du 24 janvier, La mémoire et les jours de Charlotte Delbo

Sauve-toi, la vie t’appelle de Boris Cyrulnik

Éducation européenne de Romain Gary

–  Le wagon d’Arnaud Rykner

La réparation de Colombe Schneck

pioche-en-bib.jpgCouverture de La réparation de Colombe SchneckUn livre dont j’avais pas mal entendu parler sur France Inter (l’auteure y est journaliste) lors de sa parution il y a un an (rentrée littéraire 2012), trouvé à la médiathèque.

Le livre : La réparation de Colombe Schneck, éditions Grasset, 2012, 224 pages, ISBN 978-2246788942.

L’histoire : de nos jours et pendant la seconde guerre mondiale, à Paris et dans le ghetto de Kovno (aujourd’hui Kaunas), en Lituanie. Colombe Schneck a prénommé sa fille Salomé, pas tout à fait par hasard, pour son premier enfant, sa mère aujourd’hui décédée avait suggéré ce prénom, ce fut un garçon, Salomé est revenu dans une conversation, mais c’était aussi celui de la fille de sa tante, Raya Berstein, Salomé, née en 1936 ou 1937 et morte en déportation en 1943, dont il ne reste qu’une photographie. Colombe Schneck part à la recherche de l’histoire de sa famille, longtemps tue par sa mère et sa grand-mère, part à la rencontre de son oncle et de ses tantes (ils ont tous survécu, pas leurs parents ni leurs enfants), de leurs enfants aujourd’hui adultes nés après la guerre, sur place à Kovno aussi.

Mon avis : un récit bibliographique qui aurait mérité d’être accompagné d’un arbre généalogique, pour mieux se repérer dans la famille nombreuse (Raya, Macha, Samuel, Max, hélène, Pierre, Salomé, Nahum, Myriam, Elie, etc.). Le choix du prénom de Salomé pour sa fille, qui devait rester bien enfoui dans le sub-conscient de l’auteure, est le déclencheur de cette histoire pour laquelle je lirais bien aussi la version de son frère (Autobiographie de mon père, de Pierre Pachet, mais le livre n’est pas à la médiathèque de Poitiers). Ce retour sur le passé est une plongée dans les non-dits familiaux, une histoire douloureuse et enfouie, cachée par la grand-mère revenue des camps, alors que les frère et sœurs de celle-ci en ont parlé à leurs enfants nés après la guerre (ceux nés avant ont tous été exterminés). Le ghetto, la déportation, le difficile retour des camps, l’errance à travers l’Europe, le regroupement familial puis la dispersion (États-Unis, Paris, Israël), l’impossibilité de raconter l’indicible.

Pour aller plus loin : Colombe Schneck propose une série de lecture au fil des pages, partiellement regroupées à la fin de l’ouvrage dans un bibliographie (tout n’y est pas repris, au fil des pages, j’ai noté qu’il manquait au moins Le juif errant est arrivé d’Albert Londres, les romans de Bashevis Singer, Aharon Appelfeld et Philip Roth, Le juif imaginaire d’Alain Finkielkraut, Les récits de Kolima de Varlam Chalamov, Les jours de notre mort de David Rousset).

Parmi les livres dont je vous ai déjà parlé, je vous conseille aussi sur le sujet:

– Maus, un survivant raconte : tome 1 : mon père saigne l’histoire ; tome 2 : Et c’est là que mes ennuis ont commencé, de Art Spiegelman

Sauve-toi, la vie t’appelle de Boris Cyrulnik

Éducation européenne de Romain Gary

Le wagon de Arnaud Rykner

Ouvrier (volume 1), de Bruno Loth

pioche-en-bib.jpgCouverture de Ouvrier (volume 1), de Bruno LothUn album trouvé parmi les nouvelles acquisitions de la médiathèque, la suite de Apprenti, mémoires d’avant-guerre.

Le livre : Ouvrier, mémoires sous l’occupation, volume 1, de Bruno Loth (dessin, scénario et couleurs), collection Hors Champ, éditions La boîte à bulles, 2012, 112 pages, ISBN 9782849531518.

L’histoire : 1938, sur un chantier naval à Bordeaux. Jacques a terminé son apprentissage et travaille maintenant sur le chantier naval de Bacalan. le week-end et pour les vacances, il se retrouve, avec son frère Marceau et ses copains, dans le mouvement des auberges de jeunesse, notamment sur le bassin d’Arcachon (mais aussi chez l’oncle qui a racheté un bar à Cazaux et dans les Pyrénées), le vélo est leur moyen de locomotion préféré. Il est réformé de l’armée, trop maigre… Juin 1940, c’est la débâcle puis l’occupation de Bordeaux, la mère est très malade. Jacques refuse de continuer à travailler pour les Allemands, il finit sur un chantier… italien! Marceau est arrêté…

Mon avis : Apprenti, mémoires d’avant-guerre était un album construit sur la vie du père de l’auteur dans une perspective sociologique, avec la description de la vie de chantier. On retrouve cette ambiance au début de l’album, avec les loisirs, l’ambiance des auberges de jeunesse, les vacances. Puis le contexte historique prend le dessus, d’abord avec les réfugiés espagnols qui passent le col des Pyrénées à quelques kilomètres de nos vacanciers… puis très vite avec la débâcle et l’occupation de Bordeaux. mais les jeunes adultes continuent leur vie, en allant au cinéma, en sortant malgré le couvre-feu.Du côté graphique, j’ai fini par m’habituer au style de Bruno Loth, qui m’avait un peu gênée dans le premier tome, avec un gros travail sur le noir et blanc et la mise en place d’aplats de gris/gris bleutés avec parfois quelques touches de couleurs vives.

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Le mémorial du champ de tir du Bêle à Nantes

Nantes, le camp du Bêle, rue Claude et Simon Millot, cliché MamazertyIl y a quelques semaines, en cherchant de la documentation pour mon article sur le monument aux Cinquante Otages à Nantes, je suis « tombée » sur plusieurs articles qui parlaient très brièvement du champ de tir du Bêle, également à Nantes, où les otages avaient été fusillés. Intriguée, je questionne ma « nantaise préférée », Mamazerty. Elle n’en avait jamais entendu parlé, mais décide de se renseigner et d’aller faire des photographies… que voici dans cet article. Ce fut pour elle une vraie aventure de le trouver: lieu de mémoire, mais inconnu de l’office du tourisme… Après plusieurs tentatives, ils l’ont envoyée au terminus de la ligne 1 du tram, en lui disant que c’était à 5 minutes à pied… et en fait, il n’était pas du tout où ils lui avaient dit, elle a mis plus d’une heure et demie à le trouver! Un grand merci à Mamazerty pour ces photographies! Et si vous cherchez l’adresse, entrez dans votre GPS ou votre logiciel de cartographie préféré (pour moi, open street map) la rue Claude et Simone Millot (« résistants nantais, victimes de la barbarie Nazie »)

Nantes, le camp du Bêle, vue générale, cliché MamazertyComme il y a très peu d’informations sur ce champ de tir dans la documentation dont je dispose, je me suis permis de retranscrire le panneau d’information présent sur place :

Le Bêle, un champ de tir devenu lieu de mémoire
Camp d’entrainement militaire depuis 1879, le champ de tir du Bêle devient pendant la Seconde Guerre mondiale le principal lieu d’exécution des résistants à Nantes. Le 30 août 1941, on y fusille Marin Poitiers, premier résistant nantais à tomber sous les balles de l’Occupant. En octobre 1941, 16 des 50 otages y trouvent la mort. Suite au « procès des 42 », mes 37 condamnés à mort y sont exécutés les 29 janvier, 13 février et 7 mai 194.
Cette même année, le « procès des 16 » s’achève par 15 condamnations à mort : 11 résistants sont fusillés au Bêle, le 25 août 1943. En tout, ce sont plus de 80 personnes qui seront fusillées au champ de tir du Bêle pendant la guerre.

Nantes, le camp du Bêle, les Otages de Jules Paressant, cliché MamazertyUn autre panneau, posé visiblement récemment, raconte l’histoire des cinquante otages, je vous renvoie pour celle-ci aux liens dans mon article sur le monument aux Cinquante Otages à Nantes.

Nantes, le camp du Bêle, Signature de Jules Paressant, 1991, cliché MamazertyPour les 50 ans de cette tragique première exécution, la ville de Nantes a inauguré en 1991 un monument commandé à Jules Paressant. La stèle que vous apercevez en avant du monument rappelle le contexte de son érection :

Les otages, Jules Paressant, 1991

Le 20 octobre 1941, le lieutenant-colonnel Hotz
commandant de la place de Nantes
était exécuté par la résistance.

En représailles et sur ordre du régime Nazi,
16 otages emprisonnés à Nantes
furent fusillés en ce site du Bêle, le 22 octobre,
ainsi que 27 autres à Châteaubriant
et 5 autres résistants nantais au Mont-Valérien.

Le thème des Otages a depuis lors profondément
marqué m’ouvre de Jules PARESSANT,
sculpteur, peintre et mosaïste nantais.
L’artiste a réalisé cette œuvre en commémoration
du cinquantenaire de l’exécution des Otages.

 Nantes, le camp du Bêle, casemate de tir, cliché MamazertyVoici une vue rapprochée de la casemate de tir qui a été conservée…

Nantes, le camp du Bêle, casemate de tir, deux détails, cliché MamazertyEt deux détails de cette casemate.

Nantes, le camp du Bêle, parc, cliché MamazertyLe parc autour invite au recueillement…

Nantes, le camp du Bêle, vue d'ensemble, cliché MamazertyUne dernière vue avant de repartir sur la pointe des pieds…

Et comme Mamazerty a fait des vues rapprochées de la stèle avec le nom des victimes fusillées sur ce lieu, en voici la liste, j’espère que je n’ai pas sauté de ligne:

L’A.N.F.F.M. de la résistances française à ses glorieux martyrs fusillés en ces lieux de 1941 à 1944.
Adam H., Allano M., Aubert C., Bale L., Barbeau C., Birien P., Blot J., Blouin A., Blanco B., Blasco M., Boissard M., Bosquet M. , Bouvier J., Bregeon A., Brisson Y., Carrel R., Chrarriol E.,Chauvin A., Chauvin E., Chevy R., Cléro V., Coiffe L., Colas J., Creuze F., Dabat M., David J., Bronstein S.

De Feliquier H., Douineau R., Dréant, Duguy M., Fougeard R., Fourny A., Fraix J., Cabaret A., Garbatz M., Gautier H., Gautrer A., Gil J., Glou J.P., Gomez A., Grassineau R., Grelleau P., Grolleau J.P., Juilloux J., Guinolseau A., Hervé R., Héry J., Héry J., Ignasiac L., Jamet G., Jost L., Jouaud M., Lacazette M., Lagathu M.

Lebris E., Leeièvre H., Legendre M. Legrand R., Lelan C., Lemée E., Le Moal A., Lepaih L., Le Parc E., Lerrend, Losq J., Michel M., Millot C., Mougenot F., Pérocheau A., Platiau J., Poirier M., Prietteau, Rouault A., Royer F., Sanchez, Sérot J., Temple J., Thomazeau F., Tompousky G., Turpin C., Viaud M.

 

Photographies de Mamazerty en mai 2013.

PS du 8 août 2016 : voir aussi le commentaire ci-dessous concernant Y ont été également injustement fusillées Manuela Alvarez et Victorine Faucher le 6 mai 1918

 

 

 

Aux martyrs de la Résistance de Châtellerault

Châtellerault, monument aux martyrs de la résistance, 1, vue générale

En ce 8 mai 2013 s’achève ma semaine sur des monuments dédiés à la deuxième guerre mondiale, à la résistance, aux déportés ou à des personnages marquants de ce conflit. Tous ces monuments sont regroupés dans l’index des monuments aux morts. Pour ceux qui ont raté des épisodes (le sujet ne semble pas intéresser grand monde si j’en juge par les statistiques de lecture de ces articles), voici les sujets abordés cette semaine:

– le monument aux morts de la déportation des Sables-d’Olonne et le buste de Mignonneau

– le monument de la résistance de La Rochelle

– le monument aux Cinquante Otages à Nantes (et De Gaulle)

– le monument à la gloire de la résistance jurassienne, à Lons-le-Saunier

– Frontstalag et camp d’internement de Poitiers

Hommage aux Hommes de fer de Metz

– Les premiers déportés étaient Espagnols… hommage à Angoulême

 

Aujourd’hui, je vous emmène à Châtellerault. Je vous ai déjà montré le monument aux morts de 1870 de l’arrondissement de Châtellerault et l’ensemble avec le château d’eau, le monument pour le centenaire de la fête de la fédération (et la Révolution française) et le monument aux morts de 1914-1918. Il existe encore un autre monument, tout simple, « Aux martyrs de la / Résistance », comme il est écrit en haut… « La ville de Châtellerault reconnaissante » écrit en bas. Ce monument se trouve près de la Vienne, à proximité immédiate de l’ancien site de la manufacture d’armes, quai des Martyrs de la Résistance. Quelques hommes de la Manufacture avaient monté très tôt une cellule de résistants et une grève durement réprimée en 1942 (voir la page du VRID / Vienne, Résistance, Internement, Déportation sur Châtellerault).

Châtellerault, monument aux martyrs de la résistance, 2, signature de l'architecte et de l'entrepreneur

Il porte les signatures suivantes : « Louis Befroy, architecte de la ville / Paul Vachon, entrepreneur ».

Châtellerault, monument aux martyrs de la résistance, 3, vue des deux côtés

Le monument très simple se compose d’une grande stèle encadrée par des chaînes. Sur la stèle, outre le texte déjà mentionné, on peu lire la liste des victimes châtelleraudaises, suivi de ce texte : « Unis par la même volonté de / résistance / Ils sont morts en martyrs / pour briser les chaînes / de l’esclavage ennemi », et des armoiries de la ville encadrées de 1940 – 1945.

Châtellerault, monument aux martyrs de la résistance, plaque commémorative

Au pied de la stèle, une plaque a été apposée… Son texte est difficile à lire, d’autant que je n’ai pas retrouvé mes notes! Si je les retrouve ou à l’occasion d’un prochain passage à Châtellerault, je complèterai… A moins qu’un lecteur de Châtellerault ne donne la transcription avant?

Ici est déposée
? des ?
? allemand
?
?ons de martyrs
? 1940
plus de 200.000
françaises et français

Pour aller plus loin, voir l’article de Marie-Claude Albert, Les Châtelleraudais et la guerre,

Voir aussi la page du VRID / Vienne, Résistance, Internement, Déportation sur Châtellerault

La Vienne pendant la seconde guerre mondiale sur le site de l’ONAC / office national des anciens combattants

Photographies d’août 2012.

Les premiers déportés étaient Espagnols… hommage à Angoulême

Angoulême, stèle aux déportés républicains espagnolsLa ville d’Angoulême a érigé plusieurs monuments, stèles et plaques commémoratives en lien avec la seconde guerre mondiale, dont une stèle commémorative aux Tsiganes, un monument commémoratif des bombardements des 15 Juin et 14 Août 1944 et le monument aux déportés situé près de la gare. A côté de celui-ci se trouve une stèle inaugurée en janvier 2008 qui rappelle, en français et en espagnol (castillan?) cet épisode :

Le 20 août 1940 / le premier train de la déportation / de la seconde guerre mondiale / est parti de cette gare d’Angoulême / vers le camp d’extermination / de Mauthausen / avec 927 républicains espagnols. / La plupart seront exterminés, / véritable crime contre l’humanité / N’oublions pas

El 20 de agosto de 1940, / salío de esta estació de Angulema hacia / el campo de exterminio de mauthausen, / el primer tren de deportados / de la segundo guerra mundial. / en é iban 927 republicanos españoles. / La mayoría során exterminados / en un verdadero crimen contra la humanidad / No les olvidemos.

Ces Républicains, qui avaient afflué avec la « retirada » en janvier/février 1939, étaient auparavant enfermés dans différents lieux et dans des camps dans la région d’Angoulême, dont La Combe aux Loups à Ruelle-sur-Touvre. Les Allemands, qui occupaient Angoulême depuis le 24 juin 1940, décident le 13 juillet de regrouper ces « rouges espagnols » dans un camp à proximité de la voie ferrée, au sud-ouest de la ville, ainsi naît le camp des Alliers ou de Saliers à Sillac, où seront ensuite internés les Tsiganes. Les autorités françaises auraient voulu expédier les Espagnols en zone libre, mais le 20 août 1940, les Allemands prennent le contrôle du camp et embarquent tout le monde dans des wagons de marchandise. Sur les 927 déportés de ce convoi, 490 hommes et enfants de plus de 13 ans ont été internés et contraints aux travaux forcés, seuls 73 en sont revenus. Les 437 femmes et jeunes enfants ont été renvoyés en Espagne et livrés au régime franquiste.

Le camp de Mauthausen a été construit dès 1938 comme camp de travaux forcés autour d’une grande carrière de granite. Il reçoit d’abord des prisonniers de droit commun allemands puis des militants antifascistes autrichiens et tchèques. A partir du 6 août 1940, ce sont des civils militants républicains espagnols qui viennent grossir les rangs de ce camp. Le convoi d’Angoulême est le premier à partir de France.

Photographies de novembre 2010

Pour en savoir plus sur ce convoi : voir le dossier paru dans le n° 62 (septembre 2009) de Mémoire Vivante, bulletin de la Fondation pour la mémoire de la Déportation, Le train d’Angoulême, premier convoi de déportés parti de France.

Pour en savoir plus sur le camp de Mauthausen, voir le mémorial (version complète en allemand, assez complète en anglais, résumés dans les autres langues) et le site officiel de l’amicale de Mauthausen (en français).

Sur la ré-utilisation du camp pour l’internement des tsiganes, voir l’histoire romancée par Paola Pigani, N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures.