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Le monument aux morts de 1870 à Limoges

Je remets cet article à la une, à la suite du commentaire d’un lecteur de ce blog, Eric Lancelet, qui me signalait que l’un des membres de sa famille a posé comme modèle pour la République. Il m’a aussi transmis cette carte postale ancienne (et d’autres documents que je vais lire attentivement), merci beaucoup!!!

Limoges, monument aux morts de 1870, 1, vue de loinArticle du 27 octobre 2012
Je ressors mes photographies anciennes… Après le monument aux morts de 1870 à Cahors la semaine dernière, je vous montre ces photographies prises il y a tout juste deux ans, début novembre 2010 à Limoges, à l’angle de l’avenue du Général-de-Gaulle et du cours Jourdan.

Limoges, monument aux morts de 1870, 3, les groupes sculptés Ce « monument à la mémoire des enfants de la Haute-Vienne morts pour la défense de la patrie en 1870-1871 » se compose d’un haut socle et d’un obélisque en pierre, devant lequel se trouve un groupe sculpté en bronze composé de trois éléments, une femme (la Haute-Vienne) au centre, encadrée de deux soldats de chaque côté.

Limoges, monument aux morts de 1870, 2, les trois marques du fondeur Durenne Chacun des blocs porte la marque du fondeur, « Etabts A. Durenne / Sommevoire / fondeur « , Antoine Durenne dont je vous ai déjà montré beaucoup d’œuvres (une fontaine aux amours à Corte, l’éléphant pris au piège et le cheval à la herse à Paris, et dans le parc de Blossac à Poitiers, la fontaine aux amours et aux nymphes ; un Amour sur un griffon ; un Amour sur un dauphin ; un Faune soufflant dans une corne ; un Faune au coquillage). J’ai dû regarder trop vite, je n’ai pas trouvé la signature du sculpteur, Martial Adolphe Thabard (Limoges, 1831 – Clamart, 1905). C’est l’un des rares monuments aux morts de 1870 protégé au titre des monuments historiques (depuis 2001). Le sculpteur a réalisé la maquette définitive en 1894, et le monument a été inauguré en 1895.

Limoges, monument aux morts de 1870, 6, la femme

Au centre, l’allégorie féminine est vêtue d’une longue jupe, d’un corsage à manches courtes et d’une coiffe à larges bords. Elle soutient un drapeau de la main droite et semble exhorter les soldats de l’autre main avec un large geste d’ouverture.

Limoges, monument aux morts de 1870, 7, le rouet Oh, la femme reste rivée à ses activités domestiques… le sculpteur l’a dotée d’un rouet très réaliste…

Limoges, monument aux morts de 1870, 4, les deux soldats à gauche A gauche, un officier brandit une courte épée (ou bien elle a été raccourcie par le temps???), suivi par un franc-tireur agenouillé armé d’un long fusil et chargé d’un lourd équipement sur son dos.

Limoges, monument aux morts de 1870, 5, les deux soldats à droite Les deux soldats de droite portent aussi leur matériel. A gauche, un clairon des troupes mobiles est tombé agenouillé au sol, probablement blessé. Derrière lui, un peu en retrait, un fantassin porte un fusil plus court que le soldat de l’autre côté.

Limoges, monument aux morts de 1870, 8, armoiries Entre les deux groupes, les armoiries de la ville de Limoges surmontées d’un casque à pointe, et en avant, des branches de laurier et une couronne végétale.

Limoges, monument aux morts de 1870, 9, deux vues de côté

Allez, deux vues de profil qui montre le mouvement des cinq personnages, suggéré par la position des mains et des pieds…

Le monument de la place de la République à Paris : les reliefs

Monument de la République à Paris Je poursuis la découverte du monument de la place de la République à Paris. Après les quatre figures allégoriques (République, Liberté, Égalité, Fraternité), voici les douze plaques en bronze apposées tout autour du socle et qui racontent les principaux épisodes de l’histoire de la République de 1789 à 1883, date d’érection du monuments. Les sculptures et les reliefs sont de Léopold Morice, dont le frère Charles a réalisé l’architecte du monument.

Monument de la République à Paris : marque du fondeur Thiébaut frères sur l'un des reliefsComme pour le lion et la République, la fonte a été réalisée par Thiébaut frères, dont la marque est apposée en bas à gauche de plusieurs reliefs. La date correspondant à chaque événement est gravée sur le monument, au-dessus du relief. Je vous le montre pour le premier, puis j’ai resserré le cadrage de mes photographies.

Monument de la République à Paris : 20 juin 1789Le premier relief illustre le 20 juin 1789… Alors, vite, on révise son histoire de France, tiens, à transmettre aux candidats à la Présidentielle et déjà aux candidats aux primaires: s’ils n’identifient pas correctement les événements de ces douze dates, ils sont disqualifiés! Alors… Vous avez trouvé? Oui, c’est le Serment du jeu de paume. Les députés, réunis pour les états généraux à Versailles, entrent en résistance contre le roi, ils approuvent le texte rédigé par l’abbé Emmanuel-Joseph Sieyès et lu par Jean-Sylvain Bailly, « de ne jamais se séparer, et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides »… La composition reprend en gros le célèbre dessin de David…

Monument de la République à Paris : 20 juin 1789, détail de la partie gauche… y compris la foule qui applaudit aux fenêtres à l’arrière-plan…

Monument de la République à Paris : 20 juin 1789, détail de la partie droite… mais le panier à droite (pain?) n’est pas sur le dessin.

Monument de la République à Paris : 14 juillet 178914 juillet 1789… Là, c’est facile! Prise de la Bastille

Monument de la République à Paris : 4 août 17894 août 1789… Nuit du 4 août… abolition des privilèges, même si certains n’ont toujours pas compris ce que ça veut dire, ou qui doivent croire au transfert des privilèges de la noblesse vers les députés (et autres édiles…).

Monument de la République à Paris : 4 août 1789, détail de la partie droitePour l’instant, perruques, chapeaux, cheveux nus ou tonsures permettent encore de distinguer les trois ordres (noblesse, clergé et Tiers-État).

Monument de la République à Paris : 14 juillet 179014 juillet 1790, Fête de la Fédération… c’est elle qui est fêtée sur la plupart des monuments au Centenaire de la Révolution (voir par exemple celui de Châtellerault). La grande fête organisée pour fêter l’anniversaire de la prise de la Bastille réunit une grande foule place du Champ-de-Mars à Paris, aménagée pour l’occasion, et dans toute la France. Au moment de l’édification du monument de la place de la République, le 14 juillet vient juste (depuis le 6 juillet 1880) de devenir le jour de la Fête nationale française, sans préciser si c’est 1789 ou 1790. La Fayette, au nom des gardes nationales fédérées, prête serment de fidélité « à la nation, à la loi et au roi », de maintenir la Constitution, d’assurer la protection des biens et des personnes… puis le roi prête à son tour serment de fidélité aux lois nouvelles.

Monument de la République à Paris : 11 juillet 179211  juillet 1792, Proclamation de la Patrie en danger, la guerre avait été déclarée au roi de Bohême et de Hongrie (donc à l’Autriche et non à tout l’Empire romain-germanique) par Louis XVI le 20 avril, puis avait mis son véto au projets de déportation des prêtres réfractaires et de constitution d’un camp de gardes nationaux (Fédérés) pour défendre Paris… Suite à l’entrée en guerre de la Prusse le 6 juillet, l’assemblée nationale contourne ce véto en proclamant la patrie en danger. Les volontaires sont appelés à rejoindre Paris…

Monument de la République à Paris : 20 septembre 1792… ce qui permet la victoire célébrée sur la plaque suivante, 20 septembre 1792, La bataille de Valmy, les armées prussiennes sont stoppées par les troupes révolutionnaires, commandées par Charles-François Dumouriez, aux portes de Paris, dans la Marne… Le début d’une série de victoires. Vous avez remarqué le grand chêne à droite du relief? Le même jour, l’assemblée nationale vote la laïcisation de l’état civil et l’autorisation du divorce! Et renouvelle la Commune insurrectionnelle de Paris.

Monument de la République à Paris : 21 septembre 1792L’histoire se précipite et le 21 septembre 1792 est la date suivante… Dès le lendemain de Valmy (ou plutôt le lendemain des décisions législatives précédentes), la Convention nationale tient sa première séance et proclame L’abolition de la royauté, proclame la République et décide de l’instauration du suffrage universel (ça ne va pas durer) pour ratifier la nouvelle constitution . Le calendrier est revu et l’on passe de 1792 à l’an I de la République!

Monument de la République à Paris : 13 prairial an II (1er juin 1794)Du coup, la date suivante est le… 13 prairial an II (1er juin 1794), là, j’avoue que j’ai dû chercher! Il s’agit de la Bataille navale de prairial qui a opposé Français et Anglais au large d’Ouessant. Les Anglais tentaient d’empêcher le passage de vivres en provenance des États-Unis. La victoire est revendiquée… par les deux camps! Les Français ont perdu 7 navires mais les Anglais n’ont pas intercepté la cargaison de vivres.

Grand saut dans le temps… on passe directement à 1830! Vous remarquerez au passage les choix « consensuels » qui sont faits, la fuite du roi, sa décapitation etc. ne sont pas célébrés sur ces reliefs, ils évitent aussi toute la période de l’Empire et de la Restauration! Cinquante ans plus tard, la République est fragile, pas question de remuer des questions qui fâchent.

Monument de la République à Paris : 29 juillet 1830Nous voici donc le 29 juillet 1830. Les Trois glorieuses (27, 28, 29 juillet 1830) se terminent par l’instauration de la monarchie constitutionnelle dite Monarchie de juillet… Le 30 juillet, Charles X est éliminé et Louis-Philippe arrive le lendemain.

Monument de la République à Paris : 4 mars 1848De Révolution en révolution, on passe au 4 mars 1848. Marianne trône maintenant derrière la table du Conseil. La Révolution, qui a commencé par l’insurrection de Paris le 22 février, c’est soldée par l’instauration de la Deuxième République le 24 février.  Le 4 mars 1848, c’est l’adoption du suffrage universel (masculin)…

Monument de la République à Paris : 4 septembre 1870 L’histoire de France est tronquée du Second Empire et nous voici le 4 septembre 1870. Il s’agit de la date de la Proclamation de la troisième République. Le 2 septembre, Napoléon III avait été battu à Sedan, entraînant de nouvelles émeutes à Paris et la convocation dans l’urgence du corps législatif.

Monument de la République à Paris : 14 juillet 1880Cette fois, la Commune de Paris (18 mars – 28 mai 1871) est passée sous silence. On arrive au dernier relief, qui relate un fait qui eut lieu le jour même de l’inauguration du plâtre préfigurant le monument de la République! Nous sommes le 14 juillet 1880, première fête nationale officiellement à cette date (voir plus haut au 14 juillet 1890).

Monument de la République à Paris : 14 juillet 1880, détail de la partie gaucheLa scène se passe sur la place de la Bastille, le petit génie de la Liberté qui se trouve place de la Bastille.

Photographies d’août 2014.

Le monument de la place de la République à Paris : les allégories

Monument de la République à Paris La place de la République à Paris, réaménagée en 2013, est devenue un lieu de recueillement après avoir été longtemps le point de départ ou d’arrivée des grandes manifestations… Mais qui regarde vraiment le monument? Pourtant, il est constitué de quatre figures allégoriques (je vous en parle dans cet article) et de douze plaques en bronze racontant les principaux épisodes de l’histoire de la République (à découvrir dans un prochain article).

Monument de la République à Paris : signature de Léopold et Charle MoriceToutes les statues sont du sculpteur Léopold Morice (Nîmes, 1846 – Paris, 1920) et l’architecte du monument n’est autre que son grand frère Charles Morice (1848-1908), ainsi qu’en atteste la signature : « Léopold Morice statuaire / Charles Morice architecte ». La République en bronze est installée sur une colonne de 15,5 mètres de haut. Elle-même mesure 9,50 mètres.

Dédicace du monument de la place de la République à ParisLe monument, commandé en 1879, est dédié  » A la gloire de la République Française, la ville de Paris, 1883  » (inscription sous les armoiries de la ville de Paris) et a été construit de 1880 (mise en place d’un modèle en plâtre le 14 juillet) à 1883 (inauguration officielle… encore le 14 juillet!).

Monument de la République à Paris : la RépubliqueLa République qui domine la colonne est un concentré des symboles de la République (je vous invite à relire cet article pour plus d’explications) :

Monument de la République à Paris : la tête de la République coiffée d'un bonnet phrygien et d'une couronne végétaleelle est coiffée d’un bonnet phrygien et d’une couronne, elle brandit un rameau d’olivier.

Monument de la République à Paris : la République vue de dosHabillée à l’Antique, en appui sur les droits de l’homme…

Monument de la République à Paris : l'épée de la République… elle porte une courte épée dans un fourreau contre son flanc gauche…

Monument de la République à Paris : les sandales de la République… et est pieds nus dans ses sandales.

Monument de la République à Paris : inscription sur les tables de la loi de la République Impossible de prendre l’inscription « droits de l’Homme » dans sa totalité…

Monument de la République à Paris : la LibertéLes trois autres allégories, sculptées en pierre, se répartissent autour de la colonne et illustrent la devise républicaine : Liberté, égalité, fraternité. Elles se distinguent par leurs attributs, et au cas où, leur « nom » est ajouté au-dessus ;-). Je commence donc par la Liberté…

Monument de la République à Paris : la LibertéNu-tête, elle est assise devant un chêne et brandit un flambeau. Alors que la célèbre statue de la Liberté  d’Auguste Bartholdi , quasi contemporaine (voir le modèle de 1878), se débarrasse de ses fers qui gisent à ses pieds,  la Liberté de Léopold Morice tient les fers dans sa main droite, en appui sur ses genoux.

Monument de la République à Paris : l'ÉgalitéL’Égalité semble un peu crispée, avec sa main cramponnée sur le drapeau…

Monument de la République à Paris : l'Égalité, détail de la cuirasse et du casqueElle a un air martial avec les attributs d’Athêna, déesse de la guerre : la cuirasse (égide) est sanglée par dessus sa robe et ses jupons et elle porte le casque typique de la déesse.

Monument de la République à Paris : l'Égalité, détail du drapeauElle tient de la main droite un drapeau à la hampe ceinte d’une cocarde et portant le chiffre de la République (RF).

Monument de la République à Paris : l'Égalité, détail du niveau Elle tient de la main gauche le niveau triangulaire des charpentiers.

Monument de la République à Paris : la FraternitéLa Fraternité est est vêtue d’une robe au corsage lacé de manière assez serrée.

Monument de la République à Paris : la Fraternité, avec la corne d'abondanceCoiffée d’un foulard noué derrière la tête, la Fraternité est assise avec un bouquet d’anémones qui s’échappent de la corne d’abondance posée sur ses genoux.

Monument de la République à Paris : la Fraternité, détail de la charrueDe sa main droite, elle s’appuie sur les brancards d’une charrue.

Monument de la République à Paris : la Fraternité, détail des enfants, gerbe de blé et raisinA ses pieds deux enfants potelés (dodus pour faire plaisir à Maryse?) semblent concentrés sur un livre. Derrière eux, gerbes de blé et raisins symbolisent l’abondance.

Monument de la République à Paris : devises Pax et Labor (paix et travail)Des cuirs posés sur des faisceaux de licteur (revoir les symboles de la République) séparent les allégories sur les côtés (devant, il y a les armes de la ville de Paris) et encadrent donc la Fraternité ; ils portent les inscriptions « LABOR » (travail) et « PAX » (paix), deux devises fréquemment associées à la République à la fin du 19e siècle, on les trouve par exemple aussi sur la façade de la bourse du travail édifiée en 1889-1890 à Paris.

Monument de la République à Paris : le lion gardant l'urne du suffrage universelDevant le monument, un lion majestueux (3 mètres de long quand même) garde une urne marquée du « Suffrage universel »…

Monument de la République à Paris : marque du fondeur Thiébaut frères sur le socle de la RépubliqueElle porte la marque des fondeurs Thiébaut frères, dont je vous ai déjà beaucoup parlé.

Monument de la République à Paris : le lion et les trophées de 1789… et des trophées marqués 1789 accompagnés de palmes.

Monument de la République à Paris : marque du fondeur Thiébaut frères sur le socle du lionLui aussi porte la marque de  » Thiébaut frères fondeurs ».

Photographies d’août 2014.

Des symboles de la République…

Comme hier, reprenons la petite phrase prononcée le 29 août 2016 à Colomiers par Manuel Valls:

« Sur la place des femmes nous ne pouvons transiger. Marianne, le symbole de la République, elle a le sein nu parce qu’elle nourrit le peuple, elle n’est pas voilée parce qu’elle est libre ! C’est ça la République ! C’est ça Marianne ! »

Angoulême, monument à Sadi Carnot, 8, vues de l'allégorie du bas Je vous ai montré hier que si, la République porte régulièrement le voile quand elle est sur un monument aux morts au lendemain de la guerre de 1870 ou de la Première Guerre mondiale, mais aussi sur d’autres monuments, ici je vous propose un autre exemple avec un détail de la France en deuil du monument à Sadi Carnot, par Raoul Verlet, à Angoulême.

Les seins de la République de Camille Raynaud sur le monument aux morts de 1914-1918 à Toulouse « […] elle a le sein nu parce qu’elle nourrit le peuple« … elle a surtout le sein nu parce que c’est une des représentations allégoriques antiques de la femme (ici un cas « extrême », la Victoire, une des formes de la personnification républicaine, de Camille Raynaud sur le monument aux morts de 1914-1918 à Toulouse, qui fit scandale…

Monument aux morts de Skikda/Philippeville à Toulouse, 9, détail de la Victoire
… M. Valls pensait sans doute plutôt à ce type de sein(s) dénudé(s), tel que Camille Alaphilippe a choisi pour sa victoire du monument aux morts de monument aux morts de Skikda (Philippeville) (déplacé à Toulouse). Le sein peut aussi être légèrement caché par le rebord de la tunique délicatement drapée à l’Antique ou sous une tunique à l’effet mouillé…

Bonnet phrygien de la France sur le monument de la Belgique reconnaissante à Paris Mais ce n’est pas le premier symbole républicain que je mettrais en valeur! Elle peut porter le bonnet phrygien, qui était porté dans l’Antiquité par les esclaves lors de la cérémonie d’affranchissement et devenu symbole de la liberté à la Révolution française. J’ai choisi ici le monument « à la France, la Belgique reconnaissante, 1914-1918″ de Isidore de Rudder, à Paris.

Bonnet phrygien sur le monument aux soldats tchécoslovaques tombés en France pendant la première guerre mondiale, par Karel DvorjakOn voit peut-être mieux la forme du bonnet phrygien sur cette vue de la France sur le monument aux soldats tchécoslovaques tombés en France pendant la première guerre mondiale, par Karel Dvorjak, dans le cimetière du Père-Lachaise à Paris (il faut aussi que je rédige un article…).

Paris, la République de Jean-François Soitoux, 1, de face Une des premières représentation officielle de la République, que vous pouvez voir sur le quai de Malaquais à Paris, devant l’Institut, a été réalisée par Jean-François Soitoux , lauréat du concours de sculpture organisé suite à la Révolution de février 1848 pour incarner la France. Elle est coiffée d’une couronne végétale ou couronne civique, ici composée de rameaux de chêne (la force, la sagesse).

Poitiers, plafond de la salle du blason de l'hôtel de ville, 4, allégorie de Poitiers au centre La République de Jean-François Soitoux s’appuie sur un faisceau de licteur, composé de verges nouées autour d’une francisque (hache), qui était porté à Rome  par les licteurs (officiers) qui ouvraient la voie aux magistrats et symbolise l’autorité du pouvoir exécutif. C’est également un symbole que l’on trouve dans la « panoplie » des allégories de la justice, ici sur le  plafond de la salle du blason de l’hôtel de ville de Poitiers, peint par Émile Bin.

Le monument aux morts de Saint-Jean-d'Angély par Albert Bartholomé, la gloire de face et de trois quarts, Dans d’autres cas, la couronne végétale est portée dans les mains ou brandie à bout de bras. Elle peut aussi être composée de laurier (victoire), de tiges de blé (opulence agricole), d’olivier (paix), etc. Sur le monument aux morts de Saint-Jean d’Angély, dû au sculpteur , la République cumule, elle porte une couronne civique dans la main et sur la tête 😉

Toulouse, monument aux morts indochinois de 1914-1918 au cimetière de Salonique, 3, deux détails

La couronne civique comme le bonnet phrygien peuvent être ornés d’une cocarde aux couleurs nationales… Parmi mes photos, la plus claire est sans doute celle-ci, brandie non par une République mais par le soldat du monument aux morts du cimetière de Salonique à Toulouse, par Raymond Isidore.

Pectoral orné d'une tête de Gorgone, monument aux morts de Montmorillon par Aimé OctobreLa République peut porter le pectoral (partie de l’armure protégeant la poitrine) orné d’une tête de Méduse (censée pétrifier l’ennemi de son regard), rappel de l’égide, accessoire classique d’Athêna, ici sur le monument aux morts de Montmorillon par Aimé Octobre (encore un article en attente de rédaction)…

Monument au<br /> x morts des Clefs (Haute-Savoie), le buste de la République… ou dans une version plus fruste sur le  monument aux morts des Clefs par Peterlongo.

Niort, Gloria Victis de Mercié, la GorgoneLa tête de Gorgone peut être remplacée sur la cuirasse par d’autres symboles, comme des mains serrées et des pattes de lion entrecroisées ou d’autres représentations symboliques… ici l’exemplaire niortais de la Gloria Victis (monument aux morts de 1870) par

Châtellerault, monument à la révolution et aux morts de 1914-1918, 16, la Victoire aux ailes casséesLa République peut aussi être tête nue, les cheveux coiffés en un strict chignon antique, comme ici pour la petite Victoire d’Aimé Octobre sur le monument aux morts de 1914-1918 à Châtellerault

Le monument aux morts de Loudun, 6, deux détails de la gerbe de blé et de la faucille

ou sur le monument aux morts de Loudun par Eugène L’Hoest.

Angers, monument aux morts, 6, vue de côtéQuand elle prend l’incarnation de la Victoire, elle porte des ailes, vous en avez quelques exemples ci-dessus, j’ajoute cette vue de la Victoire du monument aux morts d’Angers par Jules Desbois.

Limoges, monument aux morts de 1870, 6, la femmeDans sa panoplie, il faut aussi ajouter le drapeau (ici le monument aux morts de Limoges par Adolphe Martial Thabard)…

La République de Peynot à Lyon, détail du buste de la RépubliqueL’étoile à cinq branches peut être associée à la couronne végétale (voir plus haut la République de Soitoux) ou être portée à la ceinture, comme ici sur la La République d’ à Lyon…

Détail de la République du cimetière de Chilvert à Poitiers… l’étoile à cinq branches peut aussi juste être collée sur le front comme sur la République du monument aux morts du cimetière de Chilvert à Poitiers (tiens, il faut que j’en fasse un article…)

Monument aux morts du Marchioux à Parthenay, 5, détails du blouclier et des pieds nusLe bouclier est aussi fréquemment associé à la République, ici sur le monument aux instituteurs des Deux-Sèvres morts pour la France (collège du Marchioux), à Parthenay (plâtre préparatoire dessiné par Charles Sabouraud, ancien élève de l’école normale, sculpture réalisée par un sculpteur espagnol qui habitait dans cette ville).

Poitiers, la statue de la Liberté, 8, le détail des tables de la loi Plus rarement on trouve les tables de la Loi ici sur la copie poitevine statue de la Liberté (la Liberté éclairant le monde) d’Auguste Bartholdi

Châtellerault, monument à la révolution et aux morts de 1914-1918, 07, la Révolution, 4 vues … associées ou non au flambeau (monument au centenaire de la fête de la fédération, à Châtellerault, avec la République de Gustave Michel).

Le monument aux morts de Lessac (Charente), 3, détail du buste Dans ses versions guerrières, la République peut aussi porter le casque de Poilu (ici sur le monument aux morts de Lessac, en Charente, par )…

Bressuire, monument aux morts de 1870, détail de la République… ou la version précédente du casque réglementaire (ici sur le monument aux combattants de 1870 à Bressuire, par Jules Rispal)…

Le monument aux mobiles de la Charente à Angoulême, 4, la République vaincue Elle peut s’appuyer sur l’épée (ici sur le monument aux mobiles de la Charente, par Raoul Verlet à Angoulême)…

Nantes, la délivrance déplacée du monument aux morts de 1914-1918, 2, quatre vues … ou la brandir! Ici la République d’Émile Guillaume à Nantes, déplacée mais qui était auparavant sur le monument aux morts… sa nudité n’avait pas plu.

Bon, ce n’est pas exhaustif, mais j’ai apporté ma petite pierre au thème est « Patrimoine et citoyenneté » des 33e journées du patrimoine (ce week-end, 17 et 18 septembre 2016)…

Couverture du livre les allégories de la République sur les monuments aux morts en Poitou-CharentesEt toujours disponible chez Geste éditions je pense,  Les allégories de la République sur les monuments aux morts en Poitou-Charentes, de Charlotte Pon-Willemsen, collection des Parcours du patrimoine chez Geste édition, 2008.

Quand la République porte le voile…

Le visage de la République du monument aux morts de Chabanais, (c) Région Nouvelle Aquitaine, Gilles Beauvarlet, 2008

Le visage de la République du monument aux morts de Chabanais, (c) Région Nouvelle Aquitaine, Gilles Beauvarlet, 2008

Le thème retenu pour les 33e journées du patrimoine (ce week-end, 17 et 18 septembre 2016) est « Patrimoine et citoyenneté ». L’occasion de revenir sur la petite phrase prononcée le 29 août 2016 à Colomiers par Manuel Valls:

« Sur la place des femmes nous ne pouvons transiger. Marianne, le symbole de la République, elle a le sein nu parce qu’elle nourrit le peuple, elle n’est pas voilée parce qu’elle est libre ! C’est ça la République ! C’est ça Marianne ! »

Couverture du livre les allégories de la République sur les monuments aux morts en Poitou-Charentes Je vous ai déjà montré ici de nombreux exemples d’allégories de la République, je vais partir de ce livre publié dans mon service par une de mes collègues : Les allégories de la République sur les monuments aux morts en Poitou-Charentes, de Charlotte Pon-Willemsen, édité dans la collection des Parcours du patrimoine chez Geste édition, 2008. Nous avions pour la couverture la République du monument aux morts de Chabanais, en Charente, par Georges Delpérier. Elle porte, superposés, un bonnet phrygien, une couronne végétale et… un voile de deuil!

Le monument aux mobiles de la Charente à Angoulême, 4, la République vaincue Le voile de deuil est un attribut fréquent des allégories de la République, et ce dès le lendemain de la guerre de 1870, comme par exemple sur le monument aux mobiles de la Charente, par Raoul Verlet à Angoulême. La France porte le deuil de l’Alsace-Lorraine, au lendemain de la Première Guerre mondiale elle porte le deuil des millions de morts…

Angoulême, monument aux morts de 1914-1918, 4, la mère âgée, de loin et de près

Le port du voile était un signe extérieur pour signifier le deuil pour les femmes (et je ne parle pas des fichus et autres couvre-chefs quasi obligatoires pour entrer dans les églises), il n’y a donc aucune raison que la République, allégorie (image symbolique) ne porte pas elle aussi le voile! Pour illustrer ceci, je vous ai choisi la mère du soldat du monument aux morts de 1914-1918, à Angoulême, par Émile Peyronnet.

Angoulême, monument aux morts de 1914-1918, 5, la femme et la fillette, de loin et de près

Sur ce monument, la femme du soldat (mais pas la fillette, non pubère) porte aussi le voile…

Angoulême, monument aux morts de 1914-1918, 1, vue de loin et de la République … ainsi que la République monumentale!

Niort, le monument aux morts de 1914-1918 par Poisson, 6, détail de la République Parmi les exemples que je vous ai déjà présenté sur mon blog, je peux aussi ajouter la République du monument aux morts de 1914-1918 à Niort, par Pierre Marie Poisson, elle porte un bonnet phrygien, mais ici, on voit bien qu’il est composé d’un pliage de tissu… rien d’autre qu’un voile de forme particulière qui ici couvre largement les cheveux et le dos!

Le visage de la République du monument aux morts de Cherves-Richemont, (c) Région Nouvelle Aquitaine, Raphaël Jean, 2008

Le visage de la République du monument aux morts de Cherves-Richemont, (c) Région Nouvelle Aquitaine, Raphaël Jean, 2008

Parmi les allégories de la République plus expressives dans la douleur du deuil, j’ai choisi de vous montrer celle du monument aux morts de Cherves-Richemont, en Charente, lui aussi par Raoul Verlet

Allez, pour les nostalgiques de mes chroniques « patrimoine », je vous prépare pour demain un article sur les symboles de la République, et je vais essayer de mettre plus régulièrement des statues et autres monuments!

Le monument aux morts de Salins-les-Bains, promis à la destruction?

Le monument aux morts de Salins-les-BainsEn attendant d’aller à Moncoutant demain (9 novembre 2014), je suis allée au printemps au salon de Nans-sous-Sainte-Anne. Marlie m’avait aussi permis de faire quelques dizaines de photographies à Salins-les-Bains dans le . Pour cette semaine consacrée à la première guerre mondiale, je vous présente aujourd’hui le monument aux morts, qui se trouve un peu à l’écart du centre-ville, vers la gare, au carrefour d’Ornans. Il a été érigé non loin du monument aux morts de 1870-1871, dont je vous parlerai prochainement. Situé à un carrefour où il n’est pas simple de se garer pour les cérémonies ni aux anciens combattants de s’asseoir (si, c’est ce qui est écrit dans le bulletin municipal), en 2011, la mairie lançait une consultation pour le déplacer « sur un autre emplacement – plat – accessible – paisible ». Par délibération du 27 mai 2013, décision était prise de le démolir et d’installer un nouveau monument aux morts (décidément c’est la mode, voir dimanche prochain à Poitiers) dans le parc des Cordeliers en lien avec le nouvel établissement thermal, mais une pétition avait été lancée. En mai 2014, il était toujours à son emplacement d’origine. D’autres villes (revoir AmboiseNiort, ou même le gigantesque monument aux morts de Skikda (Philippeville) déplacé à Toulouse) ont opté pour le déplacement du monument, pas pour sa destruction (sauf quand il y a eu destruction pendant la deuxième guerre mondiale comme à Metz pour le monument aux morts de 1914-1918 et le monument au Poilu libérateur) et remplacement par un monument neuf mieux placé.

Le monument aux morts de Salins-les-Bains, dans son environnement sur une carte postale ancienneCe carrefour était un lieu tranquille dans les années 1920, si l’on en juge par cette carte postale ancienne.

Le monument aux morts de Salins-les-Bains, carte postale ancienneIl est l’œuvre d’Eugène [Marie Joseph] Bourgouin (Reims, 1880 – Paris, 1924). Il porte les inscriptions « 1914-1918 / Salins / Bracon / à leurs morts / glorieux ». Il se présente sous la forme d’une très haute stèle. Sur l’avant, deux registres se superposent.

Le monument aux morts de Salins-les-Bains, les deux soldatsEn bas, se tiennent deux soldats, tiens, comme à Amboise, mais dans une disposition très différente: ils sont ici à peine détachés du massif de pierre et se tiennent très droites, au garde à vous, en appui sur les longs fusils qu’ils tiennent devant eux.

Le monument aux morts de Salins-les-Bains, la Victoire ou RépubliqueSur le registre supérieur se tient une allégorie de la République, très raide, sous les traits d’une dont les ailes sont juste gravées sur le fond de la pierre. Les bras tendus vers le bas (et non dressés vers le haut comme pour la République du monument aux morts d’Angoulême), elle tient des ses mains deux couronnes en bronze.

Toulouse, le monument morts de Haute-Garonne, Raynaud, Victoire Personnellement, je préfère la Victoire de Camille Raynaud à Toulouse, nue et grassouillette, qui avait fait scandale à l’époque…

Le monument aux morts de Salins-les-Bains, palmes et dos du monumentPour revenir à Salins, le reste du décor se compose de palmes, traitées ici avec les feuilles et les grappes de fruits (régimes de dattes). Au dos du monument sont portés les noms des morts pour la France de 1914-1918, complétés par des plaques avec les victimes des conflits ultérieurs.

Photographies d’avril 2014

La ville de Lyon par Peynot

La République de Peynot à Lyon, carte postale ancienneComme je vous le disais la semaine dernière, le groupe sculpté de La République de Peynot à Lyon se composait jusqu’en 1975 (construction du métro qui a entraîné un réaménagement de la place) d’un haut socle avec une République en bronze au sommet et  ses pieds, l’allégorie de la Ville de Lyon et tout autour, des groupes sculptés avec les allégories de la Liberté, de l’Égalité de de la Fraternité, déplacées dans le parc Bazin (je n’avais pas eu le temps d’y aller lors de ce séjour à Lyon). La sculpture a été réalisée par « E. Peynot sculp. 1889″, pour Émile (Edmond) Peynot (Villeneuve-sur-Yonne, 1850 – 1932), grand prix de Rome en 1880. L’ensemble du monument a été dessiné par l’architecte Victor Auguste Blavette (Brains-sur-Gée, 1850 – Paris, 1933) deuxième second (sic!) grand prix de Rome de sculpture en 1878 puis premier grand prix de Rome de sculpture en 1879. Aux pieds de la ville de Lyon, comme on peut le voir sur cette carte postale ancienne, se trouvaient deux autres sculptures, allégories du Rhône et de la Saône. D’après la fiche de la base Monumen, ce sont les allégories que l’on trouve au pied de la statue de Louis XIV place Bellecourt… mais cela ne colle pas en comparant les sculptures (retournez voir mes photographies) et la carte postale.

Allégorie de la ville de Lyon par Peynot, vue générale sur la place Carnot à LyonAprès La République, voici donc la ville de Lyon, désormais située un peu plus loin sur la place Carnot.

Allégorie de la ville de Lyon par Peynot, vues de face et de dosLa Ville de Lyon est représentée assise sur un bloc non sculpté à l’arrière, puisqu’elle était au contact du socle de la République. Elle est habillée à l’Antique, porte des sandales et une couronne.

Allégorie de la ville de Lyon par Peynot, deux détailsElle tient de sa main gauche un glaive posé à plat sur ses cuisses tandis qu’elle appuie sa main gauche sur les armoiries de la ville de Lyon encadrées d’un décor de feuilles de vigne et de grappes de raisin.

Allégorie de la ville de Lyon par Peynot, enfant à sa droiteA sa droite se trouve un enfant tissant de la soie.

Photographies du 9 avril 2012.

La République de Peynot à Lyon

La République de Peynot à Lyon, deux vues de faceDes milliers de gens sont morts au nom de l’idéal de la République, en France et ailleurs dans le monde… Autant sont morts pour le droit de vote pour tous (enfin… pour ces messieurs, mais ces dames ont pardonné, même s’il ne leur a été accordé que depuis 1945). Alors, si vous n’avez pas voté dimanche dernier et qu’il y a un deuxième tour cette semaine dans votre commune, allez voter et faites voter autour de vous! Même si c’est pour voter blanc et que le vote blanc n’est pas encore pris en compte, exprimez-vous! 48% d’abstention dimanche dernier à Poitiers, c’est trop, même si vous ne voulez plus de « super cumulard » (chut, pas de nom, trêve électorale oblige), vous avez le choix entre 4 listes, plus le vote blanc et le vote nul si vous souhaitez protester!

Donc pour illustrer la République, j’ai choisi aujourd’hui une allégorie de la République (« A la gloire de la République 1889 ») à Lyon place Carnot (qui a pris ce nom en 1889, elle s’est appelée successivement place des Victoires sous Napoléon Ier,  place Louis XVI, puis Louis XVIII, brièvement de la Liberté lors de la Révolution de 1848, puis de la République lors de la brève deuxième République, de Napoléon sous Napoléon III, puis place Perrache). Il s’agit de Lazare Carnot, décédé en 1888. Le monument à la République a été érigé pour le centenaire de la Révolution, en 1889 (un an avant la République/monument au centenaire de la fête de la Fédération de ), avec un monument inachevé (maquette en plâtre patiné). Il n’a été inauguré qu’en 1894 avec la mise en place de la statue en bronze à l’occasion de l’exposition universelle, internationale et coloniale de Lyon. Sadi Carnot, venu pour cet événement, est assassiné le 24 juin par l’anarchiste italien Sante Caserio (mais c’est une autre histoire dont j’aurai l’occasion de vous reparler).

La République de Peynot à Lyon, signature de PeynotLe monument se compose aujourd’hui d’un haut socle en pierre au sommet duquel est dressée une République en bronze qui porte la signature « E. Peynot sculp. 1889 », pour Émile (Edmond) Peynot (Villeneuve-sur-Yonne, 1850 – 1932), grand prix de Rome en 1880. Il a présenté le modèle en plâtre lors du salon des artistes français de 1888 sous le numéro 4525. L’ensemble du monument a été dessiné par l’architecte Victor Auguste Blavette (Brains-sur-Gée, 1850 – Paris, 1933) deuxième second (sic!) grand prix de Rome de sculpture en 1878 puis premier grand prix de Rome de sculpture en 1879 (il faudra que je vous en reparle pour le monument aux morts de Cognac…).

La République de Peynot à Lyon, carte postale ancienne, au milieu des tramwaysA l’origine et jusqu’en 1975 (construction du métro qui a entraîné un réaménagement de la place), elle était accompagnée à sa base d’une allégorie de La ville de Lyon, en pierre, désormais installée plus loin sur la place, et de groupes sculptés avec les allégories de la Liberté, de l’Égalité de de la Fraternité, déplacées dans le parc Bazin (je n’avais pas eu le temps d’y aller lors de ce séjour à Lyon). Sur cette carte postale ancienne, elle semble un peu perdue au milieu des tramways malgré ses dimensions imposantes (7,5m de haut pour la statue, le double pour le socle)…

La République de Peynot à Lyon, carte postale ancienne colorisée, la statie de dos avec la gare de Perrache au fondSon aménagement a changé au fil du temps, sur cette vue colorisée avec au fond la gare de Perrache (la statue du sommet est de dos), les éléments de la base ont été enlevés et un basin a été aménagé à son pied.

La République de Peynot à Lyon, deux vues, de face et de profil Revenons à la République… Elle se dresse debout bien droite, avec un lion assis à sa droite, avec la queue qui s’enroule derrière elle et réapparaît à côté de son côté gauche. Elle lui flatte la tête (même pas peur!) de la main droite et brandit un rameau de la main gauche.

La République de Peynot à Lyon, détail du buste de la RépubliqueElle concentre les symboles, coiffée du bonnet phrygien, une étoile à cinq branches sur la ceinture.

La République de Peynot à Lyon, détail du lionOuh! Le lion ne semble pas si commode que ça…

La République de Peynot à Lyon, , détail des reliefs sur le socleD’autres symboles républicains sont sculptés au sommet du socle, bonnet phrygien à la cocarde sur des cornes d’abondance, coq dressé sur des serpents et (pas trop visible sur ma photographie), symboles de la ville de Lyon.

Photographies du 9 avril 2012.

Le monument aux morts place du Trocadéro (cimetière de Passy) à Paris par Landowski

Paris, monument aux morts de Passy par Paul Landowski, vue générale avec le mur du cimetièreJe poursuis cette semaine d’avant le 11 novembre (retrouvez d’autres monuments aux morts sur cette page) avec le monument dédié « A la gloire de l’armée française / 1914-1918 » apposé sur le mur du cimetière de Passy, en marge de la place du Trocadéro à Paris. Il est l’œuvre de Paul Landowski (Paris, 1875 – Boulogne-Billancourt, 1961), dont je vous ai déjà parlé pour le monument à Émile Combes à Pons. Pour en savoir plus sur cet artiste, voir le site qui lui est consacré ou le musée des années 1930. Ce monument a été inauguré en mai 1956 et devait, à l’origine, être prolongé de chaque côté tout le long du mur par une frise représentant l’armée française (voir le projet), remplacée par les inscriptions « à nos héros » et « à nos morts ». Il est réalisé en pierre de Chauvigny… ce que Landowski regrette pour la sculpture le 20 janvier 1956: « Dommage que ce ne soit pas en Vilhonneur. Le Chauvigny ne permettra pas de serrer la forme comme il faudrait« . Les deux calcaires sont … charentais pour le premier, de la Vienne pour le second!

Paris, monument aux morts de Passy par Paul Landowski, signature des architectesJe n’ai pas trouvé la signature de Landowski (il faut dire que la crasse qui recouvre le monument n’aide pas), mais j’ai repéré celle des architectes : « A Drouet, J. Derudder / P. Tabon architectes ». J’ai essayé de reconstituer dans ce document (voir ) les extraits du journal de Paul Landowski qui concerne ses multiples avancées, réflexions, modifications. Au fil des mois, il hésite, n’est pas satisfait de son travail…

Paris, monument aux morts de Passy par Paul Landowski, dédicaceAinsi que l’explique l’inscription, ce monument a été « érigé par le comité national / du monument à l’infanterie / fondé en 1936 devenu en 1951 / le comité national du monument / à la gloire de l’armée française / 1414-1918 ».

Paris, monument aux morts de Passy par Paul Landowski, le groupe sculptéLa composition s’organise autour d’une allégorie féminine (l’armée française) tenant de sa main droite une épée pointée vers le bas et dans sa main gauche un bouclier dont l’ornementation lui a donné beaucoup de mal, il a testé énormément de motifs (voir son journal mis en ligne, j’ai essayé d’extraire dans ce document ce qui concerne le Trocadéro). Il est plus ou moins parti d »un motif plutôt ornemental, symbole d’une sorte de Persée terrassant le dragon« , testé sur la maquette (journal, 29 juillet 1954). Mais il hésite, change, essaye Liberté, égalité fraternité le 30 août 1954, revient au projet initial. En décembre 1955, sur le chantier même, il hésite encore « Je mijote autour de Jeanne d’Arc et des soldats de Charles Martel et des soldats de l’an II« . Puis le 5 janvier 1956: « Mais j’ai enfin trouvé le bouclier qui portera au recto une image de Jeanne d’Arc. Le fond représente la bataille archi séculaire des champs Catalauniques« . Le 20 janvier, il décide de refaire le bouclier : « Bien que toute petite, Jeanne d’Arc prendra tout son sens symbolique. Au-dessus, la bataille des champs Catalauniques, au-dessous les soldats de l’an II (Valmy, Jemmapes)« . Le 27 janvier, il en parle encore « j’ai travaillé à la Jeanne d’Arc du bouclier. Cette composition de plus en plus heureuse. C’est ce qu’on peut appeler élever le débat. Avec ce petit détail, j’étale le sujet. C’est l’armée française reliée aux temps mérovingiens, c[‘est]-à-d[ire] aux temps où s’est forgée la France, au temps où la France est devenue une patrie (Jeanne d’Arc), au temps où la France est devenue le symbole de la Liberté (quatre-vingt-treize). La guerre de 1914-18 a été son apogée« .

Paris, monument aux morts de Passy par Paul Landowski, la partie centraleElle est encadrée par des soldats des différentes armes, y compris un spahi des troupes coloniales sur son cheval, et non uniquement de l’infanterie comme prévu au départ par le comité pour l’édification du monument.

Paris, monument aux morts de Passy par Paul Landowski, partie gaucheA gauche, un sapeur avec sa tenue complète (y compris une semelle de chaussure qui dépasse de son sac à dos) et sa pioche.

Paris, monument aux morts de Passy par Paul Landowski, partie droiteA droite, une femme soutient un soldat mourant (déjà mort?) dénudé.

Photographies d’octobre 2010.

PS: voir des extraits du journal de Paul Landowski au fur et à mesure de l’avancée de ce monument

Le monument aux morts de Saint-Jean-d’Angély (du sculpteur Albert Bartholomé)

Le monument aux morts de Saint-Jean-d'Angély par Albert bartholomé, vues de face et de dos

Pour son monument aux morts, la ville de Saint-Jean-d’Angély a choisi, comme Cormeilles-en-Parisis (Val-d’Oise), une œuvre que le sculpteur Albert Bartholomé (Thiverval-Grignon, 1848 – Paris, 1928, à découvrir sur sa photographie conservée au musée d’Orsay) a adaptée en 1920 à partir de la Gloire pour le monument à Jean-Jacques Rousseau au Panthéon, commandé en 1907 et inauguré en 1912. Sur le plâtre préparatoire daté de 1910 conservé au musée d’Orsay, la Gloire, tête nue, fait face à la Musique. Elles encadrent un relief  avec les allégories de la Vérité, la Philosophie et la Nature. Pour le monument aux morts, il a simplement ajouté une couronne civique sur les cheveux de l’allégorie.

Le monument, érigé en 1921 par l’architecte Ventu dans le jardin public à l’angle des avenues du Port-Mahon et du Général-Leclerc (pas très loin du monument à Audouin-Dubreuil), se compose d’une large stèle en pierre de taille, portant l’inscription « La ville de Saint-Jean-d’Angély à ses enfants morts pour la patrie, 1914-1918 » et la liste des morts pour la France de la première guerre mondiale, surmontée de la sculpture en bronze. L’entourage avec la grille a été ajouté un peu plus tard, en 1924, sur un dessin de l’architecte André Guillon, et des plaques avec les morts de 1939-1945 ont été apposées de part et d’autre, puis sur les petits côtés, ceux des autres victimes de guerre.

Le monument aux morts de Saint-Jean-d'Angély par Albert Bartholomé, la gloire de face et de trois quarts,

La Gloire, variante de l’allégorie de la République, se tient debout, pieds nus, le bras gauche en appui sur une exèdre (une sorte de banc un peu élevé). Elle est vêtue d’une longue robe moulante, épaule gauche dénudée. Elle présente dans sa main droite, levée dans un mouvement très souple, une couronne végétale.

Pour aller plus loin : voir Charlotte Pon-Willemsen, Les allégories de la République sur les monuments aux morts en Poitou-Charentes, Parcours du Patrimoine, n° 342. Geste éditions, 2008, p. 26.

Photographies d’octobre 2010.