Archives par étiquette : Vienne

Joseph n’en revient pas (façade de Notre-Dame la Grande de Poitiers)

Poitiers, façade de Notre-Dame-la-Grande, le bain du Christ et Joseph, 1, vue générale Jésus est né et les rois mages ne sont pas encore arrivés… Mais Joseph n’en revient toujours pas que sa femme, Marie, vierge (si, les sages-femmes l’ont assuré !?!), ait accouché de Jésus. Alors, sur la façade de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers, Joseph, la tête en appui sur son bras droit, admire encore et encore ce bébé en train de prendre le bain.

Car pour cette scène, que je vous ai montrée la semaine dernière et que l’on voit sur la gauche de l’image de cette semaine, c’est bien le BAIN Jésus (scène aussi appelée le bain de l’Enfant) et non le baptême du Christ.

Je vous rappelle juste que le bain de l’Enfant est un épisode des évangiles apocryphes, par exemple dans le protévangile de Jacques, qui narre l’enfance de Jésus, ou, dans une version un peu différente, dans l’évangile du Pseudo-Mathieu. Jésus dans une cuve en forme de calice et deux femmes le baignent. Jésus a été baptisé à l’âge adulte par son cousin saint Jean Baptiste dans le Jourdain… Vous pouvez (re)lire l’épisode dans l’évangile selon Matthieu, 3, 13-17.

Poitiers, façade de Notre-Dame-la-Grande, le bain du Christ et Joseph, 2, Joseph assis Joseph est représenté assis, de profil ou plutôt légèrement de trois quarts et regarde Jésus qui lui fait face dans son bain.

Poitiers, façade de Notre-Dame-la-Grande, le bain du Christ et Joseph, 3, les pieds de Joseph Il est assis sur un riche siège dont les montants et la boule rappellent le lit de Marie juste en face de lui. Il pose le pied gauche sur une sorte de repose-pied, que l’on trouve parfois dans l’art roman en Poitou-Charentes, notamment sous les pieds de David (pas ici, mais sur d’autres édifices).

Poitiers, façade de Notre-Dame-la-Grande, le bain du Christ et Joseph, la tête de Joseph Joseph est représenté avec la main droite contre sa joue, la main gauche sur son avant-bras droit. Il est barbu et moustachu et coiffé de la calotte juive sur ses cheveux mi-longs.

Le bain du Christ et Joseph, leur position sur la façade de Notre-Dame la Grande à Poitiers Voici la position de cette scène sur la façade.

Un peu d’histoire (bis), même si je reparlerai de cette église : mentionnée au Xe siècle, l’église Notre-Dame-la-Grande est construite en partie sur des fondations romaines et conserve sur son élévation nord un mur qui pourrait dater entre l’Antiquité tardive et l’époque carolingienne… Elle a été reconstruite et consacrée en 1086 par Eudes de Châtillon, le futur pape . La façade daterait plutôt des années 1115-1130. Il s’agissait alors d’une collégiale (avec un chapitre de chanoines). Il faudra que je vous montre le reste de la façade et l’intérieur…

Pour aller plus loin : un petit livre bien pratique, paru juste après les restaurations du début des années 1990, par Yves-Jean Riou : Collégiale Notre-Dame-la-Grande à Poitiers, Collection itinéraires du patrimoine, n° 85, éditions CCCPC, 1995, ISBN : 2-905764-12-0.

Si vous voulez un beau livre beaucoup plus cher, alors il vous faut le livre dirigé par Marie-Thérèse Camus et Claude Andrault-Schmitt, Notre-Dame-Grande-de-Poitiers. L’œuvre romane, éditions Picard/CESCM Université de Poitiers, 2002.

Notre-Dame-la-Grande

La façade occidentale

Poitiers, rempart de Blossac et rempart square Jeanne-d’Arc

Carte postale ancienne, le rempart entre Blossac et la Boivre à Poitiers, carte postale ancienne

La semaine dernière, je vous ai montré le rempart sous Blossac et Emmanuelle me demandait de quand il datait… Pour cette partie, je dirai qu’il s’agit en grande partie d’une reconstruction des années 1770, quand l’Intendant du roi, Paul Esprit Marie de la Bourdonnaye, comte de Blossac, a terminé l’aménagement de ce vaste parc de Blossac. Le rempart a en effet désormais une importante fonction de mur de soutènement des terres de remblais apportées pour aplanir le terrain.

Pour la partie plus basse de ce rempart (voir la carte postale ancienne ci contre ou les articles suivants, sur le rempart sud et la tour Aymar de Beaupuy et le pont Achard), vers la Boivre et au-delà de l’ancienne porte de ville aujourd’hui détruite, il est probable que ce soit en partie le rempart médiéval reconstruit après la bataille de Poitiers de 1356 quand le Prince noir vainquit Jean-le-Bon, roi de France. Le rempart était déjà en très mauvais état dix ans plus tôt, en 1346, déjà pendant la guerre de Cent Ans, quand les troupes du comte de Derby ont pillé la ville de Poitiers. Mais il faudrait que je vous montre tout ça avec des plans et des photographies, ainsi que les différentes fortifications médiévales conservées en ville et le long du Clain, ça sera pour de prochains articles. Cette partie de la ville était la plus vulnérable, avec une entrée sur le plateau qui est protégé sur les autres côtés par la rivière principale, le Clain, et son affluent, la Boivre, qui forme un éperon qu’il fallait barrer plus ou moins à ce niveau pour fortifier le plateau.

Le rempart romain de Poitiers dans le square Jeanne-d'Arc Dans De bello Gallico (La guerre des Gaules), César mentionne un oppidum, Lemonum, capitale des Pictons. Archéologiquement, il y a peu de vestiges de cette période en ville, et il n’est pas sûr que cette cité gauloise ait été fortifiée, même si certains auteurs pensent qu’il existait un fossé gaulois dans l’actuelle rue de la Tranchée, non loin donc du rempart dont je viens de vous parler. De même, pour l’époque romaine, ce n’est que le rempart tardif, du IVe siècle de notre ère (peut-être un peu avant ?), qui est bien connu. Comme dans toute la Gaule romaine, il a été construit en partie avec des éléments provenant de monuments publics pour protéger la ville contre les invasions barbares. Il en reste un beau témoin en élévation dans le square Jeanne-d’Arc, à côté de la Tour Maubergeon, ce palais des comtes de Poitiers et ducs d’Aquitaine devenu depuis palais de justice après la Révolution. Vous pouvez aussi en retrouver des traces dans les blocs utilisés en remploi dans sa construction au sein de la section enfants de médiathèque.

L’évolution : enjeux, débats et perspectives

Ces derniers temps, .nous assistons y compris en France à une offensive des créationnistes, sous deux formes Dans la forme radicale, issue des religions du Livre (judaïsme, christianisme, Islam), le monde et toutes les espèces ont été crées telles qu’elles sont en six jours par Dieu (relisez la Genèse) il y a environ 6000 ans ; parmi les plus chrétiens les plus ultras de cette tendance, signalons certains protestants évangélistes américains, les témoins de Jéhovah, l’Opus Dei. Dans une forme plus insidieuse, rebaptisée Intelligent design, les créationnistes peuvent accepter une certaine forme d’évolution (chez les bactéries par exemple), mais seule la présence d’un être supérieur (Dieu en l’occurrence) permet d’expliquer certaines « créations » ; cette thèse était fortement soutenue par le cardinal Ratzinger devenu depuis le pape Benoît XVI. Si ces créationnistes restaient dans le domaine de la religion, cela ne poserait pas de problème, mais ils essaient de se faire valoir comme une science alternative, qu’il conviendrait donc, à leurs yeux, d’enseigner aux côté des différentes sciences et en particulier de l’évolution. Leur lobbying est tel que le rapport dur le créationnisme rédigé il y a un peu plus d’un an pour le conseil de l’Europe par Guy Lengagne, mathématicien, a été accepté en commission de la culture mais non examiné par l’assemblée plénière. Dans de nombreuses structures liées à la préhistoire, il y a des tentatives d’introduire des propos qui n’ont rien à y faire… Raison de plus pour rappeler ce qu’est la science de l’évolution, et les évolution de cette science depuis les théories de la sélection naturelle…La soirée d’hier au Centre Mendès-France)à Poitiers, destinée à tous mais plus particulièrement aux enseignants (d’où la présence dans l’organisation de l’ADOSEN (Action et documentation santé pour l’éducation nationale), de l’Association départementale des pupilles de l’enseignement public (ADPEP 86), de l’Institut universitaire de formation des maîtres de Poitou-Charentes (IUFM),et de la délégation départementale de la Vienne de la MAIF), voulait faire le point sur ces questions, 150 ans après la parution De l’origine des espèces de Charles Darwin. Les différents débats et interventions ont réuni :

  • Jacques Arnould, dominicain, ingénieur agronome, docteur en histoire des sciences et en théologie, chargé de mission au CNES (voir par exemple son interview en janvier 2007 sur Canal Académie) et Dominique Lecourt, philosophe, professeur à l’université Paris Diderot, Paris 7 (voir son cursus sur sa fiche CNRS, sur le thème Darwin devant Dieu (points de vue d’un théologien et d’un philosophe)
  • Michel Morange, biologiste moléculaire et historien des sciences, professeur à l’université Paris-VI et à l’ENS (laboratoire de génétique moléculaire), à Paris, chercheur au département de biologie de l’Ecole normale supérieure et Thomas Lepeltier, French language and French philosophy instructor at Christ Church (University of Oxford), sur le thème évolutionnisme et créationnisme au regard de la science (les points de vue d’un biologiste et d’un épistémologue, ce dernier ayant été très critiqué dans le débat, car il défendait que certains créationnistes pouvaient avoir une démarche scientifique)
  • Guy Lengagne, membre honoraire du Parlement, ancien ministre, auteur du rapport au Conseil de l’Europe sur les dangers du créationnisme dans l’éducation
  • et une conclusion pleine de fougue de Michel Brunet Professeur du Collège de France, chaire de paléontologie humaine ; membre Institut International de paléoprimatologie et paléontologie humaine, IPHEP UMR CNRS 6046 de l’université de Poitiers, autour de l’évolution des primates et de l’homme et de notre histoire commune à tous.

La salle était encore pleine à 23h, ce qui prouve que ce sujet est vraiment d’actualité…

Que de chemin parcouru… Le boulevard sous Blossac

Poitiers, le boulevrd sous Blossac

Je vous ai déjà parlé plusieurs fois du parc de Blossac à Poitiers. Il est délimité par un rempart restauré à de multiples reprises. Le boulevard qui passe à son pied est un des principaux accès à la ville quand on arrive à Poitiers depuis le sud (Angoulême, Niort, Saintes, etc.).
Mais au début du XXe siècle, comme vous pouvez le voir sur cette carte postale ancienne, c’était un lieu de promenade, avec un peu plus loin une cheminée de l’usine à gaz (voir commentaire ci-dessous) et de l’autre côté du Clain, les casernements militaires…

Poitiers, rencontres Henri Langlois et Charles Vanel

La façade de l'ancien théâtre de Poitiers devenu TAP cinéma Aujourd’hui, je ne vous montre pas un monument de Poitiers (la façade du théâtre rebaptisé TAP-cinéma depuis l’ouverture du TAP/théâtre auditorium n’en vaut pas la peine), mais souhaite vous parler des Rencontres internationales Henri Langlois. Il s’agit d’un festival de films d’écoles de cinéma, la 31e édition commence aujourd’hui, je ne suis pas sûre d’avoir le temps d’aller assister aux séances, mais le programme est alléchant…

Vendredi soir, pour ouvrir le festival et en même temps comme ciné-concert de la programmation du TAP (chaque année, il y a dans la programmation au moins un film de cinéma muet accompagné de musiciens), je suis allée voir la projection de Dans la nuit, film réalisé par Charles Vanel en 1929. Il s’agit d’un des derniers films de cinéma muet français et du seul long métrage réalisé par l’immense acteur qu’était Charles Vanel, qui joue aussi le rôle principal du film, avec Sandra Milovanoff. Il s’agissait d’une version restaurée grâce à la cinémathèque et à Arte. La musique a été créée, à la demande de Bertrand Tavernier, et jouée par Louis Sclavis et son quintet (elle est disponible en CD chez ECM Records). C’était très beau, mais vraiment dommage que la lumière des pupitres étaient trop forte. Je regrette aussi que la régie n’ait pas réussi à projeter correctement le film, nous avons eu droit à un assez important effet de trapèze… Mais le film est vraiment à voir, si un jour il passe chez vous ou dans une cinémathèque.

Le film : il s’ouvre sur des scènes qui alternent, des ouvriers carriers dans la montagne et une noce. Un très beau travail sur la lumière… Puis la vie du couple. Un jour, l’ouvrier est victime d’un grave accident. Enseveli, il peut être dégagé, mais quand il revient chez lui, il est défiguré. Et là, finalement, merci à la guerre 1914-1918 et à ses gueules cassées, il peut bénéficier d’un masque en métal qui permet de cacher la partie trop abîmée de son visage… Je vous laisse découvrir la fin si vous trouvez le film. Il a été apparemment édité en DVD en 2006.

Au sujet des gueules cassées, allez voir le site Peindre la guerre 1914-1918 créé pour les 80 ans (et oui, déjà en 1998) de la commémoration de l’armistice de 1918 sous l’égide de l’Unesco, en particulier la page consacrée à Otto Dix. Et pour les 90 ans ans de l’armistice, vous pouvez relire mon article sur les allégories de la République en Poitou-Charentes.

Charles Vanel a aussi réalisé en 1931 un moyen métrage, Affaires classées, cette fois en cinéma parlant… Retrouvez toute sa filmographie ici.

A Poitiers, on monte, on descend…

Poitiers, vallée du Clain depuis Blossac, carte postale ancienne Les escalirs au bout de la rue de la Madeleine à Poitiers Poitiers est une ville située sur un éperon rocheux à la confluence de deux rivières, le Clain et la Boivre… qui débordent parfi plus ou moins sérieusement. Ces deux rivières ont assez profondément entaillé le plateau calcaire, du coup, le centre-ville, aussi appelé le plateau est plat, mais il faut y monter depuis tous les accès. Et sur les autres rives des rivières, il y a les quartiers périphériques… et aussi des rues très en pente (par exemple la rue de la Cueille aiguë) ou des escaliers parfois au nom poétique comme les escaliers du diable… Je vous montrerai tout ça à une autre occasion. Aujourd’hui, j’ai choisi les deux accès possibles à mon jardin. Comme il est au bord du Clain, ça descend à l’aller et monte raide au retour. J’ai deux possibilités. La première consiste à emprunter ces escaliers au bout de la rue de la Madeleine, qui donne sur l’avenue de la Libération.

Le chemin de la Cagouillèreà Poitiers La seconde est de traverser le parc de Blossac (à la fin de l’article, tous les liens vers la sculpture du parc) puis de descendre, à l’angle du boulevard, le chemin de la Cagouillère (en patois d’ici, qui n’est pas le mien, cagouille = escargot), ici presque en bas.

Et les photographies ont été prises cet été, la carte postale ancienne est une vue de la vallée du Clain prise depuis le parc de Blossac ; mon jardin est après le pont de chemin de fer… sur la rive gauche, à droite de la photo.

La grande poste de Poitiers

La grande poste de Poitiers, carte postale ancienne La poste centrale ou grande poste de Poitiers a été construite à partir de 1910 par l’architecte poitevin Hilaire Guinet (qui y a aussi réalisé l’immeuble de la banque de France rue Jean-Jaurès), à l’emplacement de l’ancien couvent de la Visitation transformé en prison sous la Révolution puis démoli en 1904, actuellement dans l’angle formé par la rue des Écossais et la rue Arthur-Ranc.

La grande poste de Poitiers, signatures du sculpteur et de l'architecte Il ne fut achevé qu’en 1919, ainsi qu’en atteste la signature sur la façade. Elle est surtout remarquable pour son décor, que ce soit en façade ou à l’intérieur la mosaïque et les quatre piliers art nouveau à chapiteaux ornés. J’ai repris cet article avec plus de photographies ici. Depuis cet article, les guichets et les mosaïques ont été massacrés.

La grande poste de Poitiers, le fronton sculpté Alors, si vous passez devant la poste, pensez à regarder le fronton et la façade sur la rue Arthur-Ranc. Par rapport à cette vue ancienne, l’installation pour le télégraphe a disparu, mais le reste est presque inchangé. Les sculptures mériteraient un petit coup de nettoyage, mais sont vraiment de qualité.

La grande poste de Poitiers, élévation rue Arthur-Ranc Le sculpteur de l’ensemble (signé et daté 1913) est Aimé Octobre, qui est né à Angles-sur-l’Anglin et a plus tard réalisé de nombreux monuments aux morts, dont celui de Poitiers situé aujourd’hui au bout de la Rue Arthur-Ranc, sur le boulevard de Verdun (je vous l’ai déjà présenté ici), celui de sa commune natale ou encore de Châtellerault.

 

Pour en savoir plus, paru après cet article : Un article de Grégory Vouhé paru dans l’Actualité Poitou-Charentes n° 94 (automne 2011) : Le chef-d’oeuvre d’Hilaire Guinet, p. 20-23.

Daniel dans la fosse aux lions…

Poitiers, église Sainte-Radegonde, chapiteau avec Daniel dans la fosse aux lions Cet été, Hélène a montré le thème de Daniel dans la fosse aux lions sur des chapiteaux à Charlieu et à Moissac. J’ai alors pensé qu’il faudrait que je vous en montre de Poitiers. Et voilà, c’est fait.

Parmi les épisodes de la vie de Daniel (voir la Bible, livre de Daniel, ou pour un résumé, l’histoire illustrée par l’art), prophète de l’Ancien Testament, le plus représenté sans doute dans nos églises est celui de la fosse aux lions. Sur ce site dont je vous ai parlé, le chapiteau de l’église Sainte-Radegonde est aussi présenté, ainsi que celui de Moissac… Daniel est condamné par Darius à être dévoré par les lions suite à une dénociation calomnieuse. Il s’en sort indemne. Mais l’histoire est moyennement morale, puisque ce sont les dénonciateurs de Daniel qui sont dévorés par les lions… Dieu aurait pu aussi épargner ceux-ci, non ? (dans la Bible, toute l’histoire dans Daniel 6.2-29).

L’église Sainte-Marie-Hors-les-Murs prend le nom de Sainte-Radegonde dès que celle-ci y est enterrée en 587. Mais il ne reste rien en élévation de cette première église. Dans son état actuel, l’église date des XIe (clocher, une partie du chœur et du déambulatoire) et XIIIe siècle (nef et chœur gothique), puis à la fin du XVe siècle, des éléments sont ajoutés (chapelle, niches dans la façade, parvis où se rendait la justice du chapitre), sans compter les nombreuses restaurations.

Les chapiteaux du chœur, du déambulatoire et des absidioles datent de l’époque romane (fin du XIe siècle, entre l’incendie de 1083 et la consécration de l’église en 1099). Le chapiteau avec Daniel dans la fosse au lion est l’un de ceux-là. Les deux lions lèchent les pieds de Daniel, alors qu’un ange le protège et amène (au bout de sa main droite) le prophète Habaquq qui, en haut à gauche du chapiteau, apporte du ravitaillement à Daniel.

Poitiers, église Sainte-Radegonde, au revers du chapiteau avec Daniel dans la fosse aux lions, la Tentation d'Adam et Ève Ce chapiteau porte sur sa face donnant sur le déambulatoire la Tentation d’Adam et Ève (retrouvez ici la Tentation de la façade de Notre-Dame-la-Grande). Mes photographies ne sont pas terribles, mais vous en trouverez de plus belles sur cette page consacrée à l’art roman de Poitiers [lien actualisé].

Poitiers, église Sainte-Radegonde, chapiteau du choeur, Adam et Eve En voici une autre vue… pas beaucoup plus nette.

[PS : Ce même chapiteau a deux autres faces sculptées, avec Nabuchodonosor et un homme attaqué par un lion, à découvrir ici].

Le clocher-porche a été restauré récemment, l’occasion pour la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) de Poitou-Charentes de proposer un petit dossier en ligne sur le portail occidental dont je vous reparlerai une prochaine fois… comme de la crypte et du tombeau de la sainte… qui avait sauvé la ville d’un dragon, la Grande-Goule rappelez-vous, j’en ai déjà parlé et vous pouvez le voir ici sur des cartes postales anciennes (voir d’autres liens en fin d’article).

Poitiers, église Saint-Porchaire, chapiteau avec Daniel dans la fosse aux lions Il y a une autre très belle bien que plus frustre représentation de Daniel dans la fosse au lion à Poitiers, sur l’un des chapiteaux du clocher-porche de l’église Saint-Porchaire… qui date à peu près de la même époque, à la fin du XIe siècle. Sur ce chapiteau, Daniel est représenté dans une mandorle (motif en forme d’amande qui symbolise Dieu et se trouve souvent associée au Christ, plus rarement à la Vierge, à des prophètes, comme ici, ou à des saints), mandorle contre laquelle les lions semblent venir s’écraser.

[à voir désormais restauré en 2012 ici, également avec des détails de Habaquq et autres].

Articles sur l’église Sainte-Radegonde

Le dolmen de Poitiers

Poitiers, 8 avril 2011, des haies, 10, le dolmen de face Le dolmen de la Pierre-Levée à Poitiers est situé non loin de l’hypogée des Dunes dont je vous ai parlé il y a quelques semaines. Il a fait l’objet de relevés dès le 19e siècle, et est mentionné dans des textes de la fin du 13e et du début du 14e siècle sous le nom de Petra levata, Petra sopoeze et Petra suspensa. Rabelais en parle dans Pantagruel (livre 2, chapitre 5). Mais il est mal connu. Sa vaste table (la grosse dalle qui servait de couverture) reposait sur sept piliers (les grosses pierres verticales). Comme les autres dolmens, il s’agit d’une sépulture collective néolithique (sa datation est difficile en l’absence de matériel… peut-être vers 4000 ans avant notre ère), mais aucun matériel archéologique provenant de ce dolmen ne nous est parvenu… Il ne reste pas de trace du tumulus (tas de terre et de cailloux) qui devait le recouvrir. Vu son état actuel et les gravures anciennes, il y a fort longtemps que sa chambre sépulcrale (sous la grosse dalle) a dû être entièrement vidée. Il devait être visible à l’époque romaine, car il constitue l’une des extrémités de la nécropole antique des Dunes.

Poitiers, 8 avril 2011, des haies, 9, le dolmen de dosQuand la ville posera-t-elle un petit panneau pour expliquer aux rares passants ce qui se trouve devant eux ?

Poitiers, carte postale ancienne, une dame en coiffe près du dolmen Et pour finir, cette carte postale ancienne de Robuchon , avec comme légende « Monument mégalithique des premiers âges de l’humanité » (et oui, rien que ça… mais complètement faux…). Une charmante dame en coiffe prend la pause…



Pour en savoir plus sur ce dolmen et tous ceux de la Vienne, à lire : Jean-Pierre Pautreau et Montserrat Mataro i Pladelasala, Inventaire des mégalithes de France, La vienne, éditions APC (association des publications chauvinoises), Mémoire 12, 1996, ISBN 2-909165-15-9.

Pour comprendre comment fonctionnaient les dolmens, à une soixantaine de kilomètres de Poitiers, le Musée départemental des tumulus de Bougon dans les Deux-Sèvres et son vaste parc vous accueilleront dans un cadre champêtre très agréable.

Pratique : pour y aller, vous avez le choix… Si vous êtes à pied, compter une vingtaine de minutes du centre-ville, passer le Pont-Neuf, remonter la rue (raide) du faubourg du Pont-Neuf, puis la rue de la Pierre-Levée à gauche. Après le Parc-à-Fourrage (où est fléché l’hypogée des Dunes), prendre à gauche la rue du Dolmen. Il se trouve dans un petit square clôturé. Si vous préférez monter en bus, prenez en ville la ligne 1 ou la 3, descendez à l’arrêt Prison, prenez la rue le long de la prison (rue du Petit-Tour), vous arrivez en face de la rue du dolmen et du dolmen.

Faune au coquillage

Poitiers, parc de Blossac, faune au coquillage, 1, vu de face Et voilà, pour ne pas être tentée de vous resservir du Durenne dimanche prochain, voici la dernière sculpture de Antoine Durenne dans le parc de Blossac à Poitiers après la fontaine aux amours et aux nymphes, l’Amour sur un griffon ou une panthère, L’amour sur un dauphin et Faune soufflant dans une corne. J’ai rédigé cet article en octobre 2008, mais l’ai mis à jour avec de nouvelles photographies en juillet 2011.

Faune au coquillage de Durenne, détal de la signature, parc de Blossac à Poitiers Le Faune au coquillage porte la signature A. Durenne, Sommevoire et aurait été acquis comme les autres vers 1880/1885 par la ville. Les fonderies d’Antoine Durenne à Paris et Sommevoire ont produit beaucoup de mobilier public, fontaines, statues, monuments…

Poitiers, parc de Blossac, faune au coquillage, 2, vu de trois quarts Le faune est représenté nu, à part un pagne, une couronne végétale et un bracelet au niveau des biceps. Son pied gauche repose sur un gros coquillage, le droit est lvé. Il tient un autre coquillage dans la main gauche.

Poitiers, parc de Blossac, faune au coquillage, 3, le coquillage et les pieds Voici un détail du gros coquillage sur lequel il est monté…

Poitiers, parc de Blossac, faune au coquillage, 4, de dos … et une vue de dos. On y voit mieux le pagne, un des bracelets et la couronne…