Retour sur la grande poste à Poitiers…

La grande poste de Poitiers, carte postale ancienneEn ouvrant une page pour ranger les dates portées signalées au cours de mes articles (et oui, c’est la faute à Monique / Bidouillette / Tibilisfil et à son défi relevé ici pour Cahors et là pour Poitiers, Confolens et Lessac), je suis retournée vérifier la grande poste de Poitiers, et j’ai vu que c’étaient des photographies réalisées avec mon ancien appareil photographique… La poste centrale ou grande poste de Poitiers a été construite à partir de 1910 par l’architecte poitevin Hilaire Guinet (qui y a aussi réalisé l’immeuble de la banque de France rue Jean-Jaurès), à l’emplacement de l’ancien couvent de la Visitation transformé en prison sous la Révolution puis démoli en 1904, actuellement dans l’angle formé par la rue des Écossais et la rue Arthur-Ranc.

Poitiers, complément de la grande poste, 1, signature de l'architecte Guinet Je suis donc allée refaire quelques photographies de détail… D’abord de plus près la signature de l’architecte Hilaire Guinet et la date 1919.

Poitiers, complément de la grande poste, 2, signature du sculpteur Octobre Et celle du sculpteur Aimé Octobre, avec la date 1913 (et oui, la grande guerre a ensuite interrompu le chantier de la poste), grand prix de Rome en 1893, dont je vous ai montré les monuments aux morts de Angles-sur-l’Anglin (1926), de Poitiers et les monuments aux morts de 1870 et de 1914-1918 à Châtellerault.

Poitiers, complément de la grande poste, 3, allégorie féminine à gauche Concentrons-nous aujourd’hui sur sa sculpture, mais si vous passez à Poitiers, entrez aussi pour voir les mosaïques et les guichets… Faites vite, avant que les projets de massacre de ce joyau ne soient mis en œuvre par la poste au nom de la modernisation… Beaucoup de bureaux de poste anciens sont fiers de montrer qu’ils prennent soin de leur patrimoine, à Poitiers, on a toujours un train de retard, comme dans les années 1970, on continue à détruire l’art nouveau, les sites médiévaux pour y construire des horreurs en parpaing (la résidence à côté de l’église Saint-Hilaire, dans l’ancien cloître), les sites romains (gaz de France s’acharnant au marteau-piqueur sur l’amphithéâtre antique de Poitiers il y a quelques semaines)…

Revenons à la façade de la poste. À gauche, Aimé Octobre a représenté une femme à moitié dénudée, sans aucun doute une figure allégorique, mais je ne l’ai pas identifiée…

Poitiers, complément de la grande poste, 4, détail de l'allégorie féminine Elle ne porte aucun attribut clair (pour Grégory, c’est esquisse d’un instrument aratoire et il propose d’y voir l’agriculture, en réponse au commerce de Mercure, par comparaison avec l’agriculture de Louis Ernest Barrias sur le fronton de l’hôtel de ville de Poitiers).

Poitiers, complément de la grande poste, 5, l'allégorie masculine (Hermère ou Mercure) À droite, un homme nu qui tient un globe et un Caducée, il s’agit donc de Mercure ou Hermès, dieu du commerce… et des voleurs (c’est le même dieu, le premier pour les romains, le deuxième pour les grecs).

Poitiers, complément de la grande poste, 6, détail du caducée Voici de plus près le caducée, cette sorte de bâton avec un serpent enroulé et les ailes, allusions aux pieds ailés du Dieu antique.

Poitiers, complément de la grande poste, une tête au-dessus de la porte Et au-dessus de la porte, il y a une jolie tête de femme portant un casque ailé (allégorie de la poste?) émerge d’une guirlande de roses et de fruits (symboles de l’abondance…).

PS : suite au commentaire de Grégory Vouhé : je trouvais cette tête trop féminine pour être une tête de Mercure… Le modèle préparatoire est plus masculin… Adopté, je suis maintenant d’accord pour Mercure, qui est une figure classiquement représentée sur les postes… Mercure, messager des dieux, et lui-même dieu du commerce et des voleurs.

Depuis cet article, les guichets et les mosaïques ont été massacrés.

Pour en savoir plus, paru après cet article : Un article de Grégory Vouhé paru dans l’Actualité Poitou-Charentes n° 94 (automne 2011) : Le chef-d’oeuvre d’Hilaire Guinet, p. 20-23.

17 réflexions au sujet de « Retour sur la grande poste à Poitiers… »

  1. Dane

    Je comprend bien qu’il faille moderniser mais que va t-il rester des traces de notre patrimoine ? Autant pour une maison, pour l’entretenir je préfère le moderne (limité évidemment) autant j’ai du plaisir à regarder ce qui a été fait avant et que nous ne pourrons plus jamais faire (en pierres) car ça coute trop cher. Oh je suis nostalgique ce soir.

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    1. Véronique D

      J’y suis tous les jours… au boulot, à la recherche des dates! J’ai déjà montré celles-ci il y a qq mois, mais les deux étaient sur la même vue, mon zoom était moins puissant…

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  2. JAC DUPUY

    Bonjour Veronique

    J’ai apris par hasard que le directeur de la « grande » poste de Poitiers aurait l’autorisation de faire des travaux aux guichets et de tout casser ???

    ce n’est pas classer ?

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    1. Véronique D

      Non, pas protégé, le dossier n’a pas abouti il y a qq années… Et oui, il semble que le permis ait été accordé, mais ça bouge pas mal autour du dossier ces derniers jours. Je file, mon TGV ne va pas attendre!

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  3. Grégory

    Reconnaissable à son pétase ailé, c’est un Mercure au visage juvénile (et non une tête de femme) qui surplombe l’entrée : j’en publie le modèle original d’Aimé Octobre – conservé dans la descendance de l’architecte Hilaire Guinet – à l’occasion du centenaire de la pose de la première pierre de l’édifice, le 17 décembre 1911 – l’année 1910 correspondant en fait au parachèvement des plans. 

    «Le chef d’oeuvre d’Hilaire Guinet», L’Actualité Poitou-Charentes n° 94, octobre-décembre 2011, p. 20-23.

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  4. dalinele

    j’ai fait une photo de ces mosaïques, je ne sais plus si c’est sur ce blog ou celui d’orange… ils veulent démolir? ils ont déjà bien défiguré l’intérieur…pfffffffff 

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    1. Véronique D

      J’y suis tous les jours… au boulot, à la recherche des dates! J’ai déjà montré celles-ci il y a qq mois, mais les deux étaient sur la même vue, mon zoom était moins puissant…

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  5. Yvan Teissier

    08 septembre 2018. Les guichets on disparus certes, mais les mosaïques sont toujours là.
    L’espace à été aménagé en espace ouvert. Le moderne y côtoit l’ancien. C’est assez bien fait.

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    1. Véronique Dujardin Auteur de l’article

      Bjr Permettez-moi de ne pas être d’accord avec votre appréciation. Les mosaïques ont été en partie modifiées (et très mal) lors des travaux, et le nouvel espace ouvert est tellement peu fonctionnel que je ne viens que rarement à la poste, d’autant que bien que je sois à 5 minutes de celle-ci, le facteur s’obstine à mettre des avis de passage pour l’avenue de la Libération, à 5 km, fermée le midi, avec des bus trop rares!

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