Archives par étiquette : lecture

Visage inépuisable de Rémy Prin

Couverture de visage inépuisable de Rémy Prin pioche-en-bib.jpgJe ne vous ai jamais parlé de poésie, même si j’en lis disons un recueil par mois… Mais c’est difficile de partager avec vous une lecture aussi intime et même aussi soumise, je trouve, aux conditions de lecture. Mais après avoir lu le livre de Rémy Prin dont je vous ai déjà parlé sur Aulnay, puis vu un spectacle adapté de ses recueils de poésie, j’ai voulu en lire. Et là, mauvaise surprise, la médiathèque n’en possède qu’un exemplaire… Premier tour en littérature, je ne le trouve pas. Serait-il mal rangé, ça arrive ? Impossible de mettre la main dessus. Je me dirige donc vers le guichet, et là, surprise, le livre a été relégué au sous-sol, je pourrai l’avoir dans un quart d’heure… Il y a trop de livres en rayon, il faut bien faire de la place, qu’ils disent. Mais il y a aussi des lecteurs, comme moi (bon, d’accord, je ne suis sans doute pas LE lecteur moyen) qui piochent des livres au hasard, surtout la poésie, quand je vois enfin un P de poésie sur la tranche. Et puis, celui-ci ne prend vraiment pas de place…

Le livre : Visage inépuisable, de Rémy Prin, Revue Traces, 1973, 69 pages.

L’histoire : quelque part au bord de la mer… Une femme…

Mon avis : j’ai commencé à le lire une première fois dans le bus, mais ça ne devait vraiment pas être dans de bonnes conditions, je l’ai vite refermé… pour le reprendre quelques jours plus tard, en bord de rivière dans mon jardin, par un de ces derniers beaux jours d’automne, il y a déjà quelques semaines… Beaucoup mieux dans ces conditions, il faut lâcher prise pour entrer dans le texte.

Pour découvrir l’auteur : vous pouvez lire quelques poèmes de Rémy Prin à partir de cette page de Parole et Patrimoine, son site consacré aux pierres romanes et à l’Arménie (liens dans les onglets de la colonne gauche).

L’homme est un grand faisan sur terre de Herta Müller

pioche-en-bib.jpgQuand Herta Müller a reçu le prix Nobel de littérature il y a quelques semaines, je me suis précipitée à la médiathèque, mais d’autres étaient déjà passés avant moi, j’avais posé des réservations sur les deux titres (sur trois traduits en français) et en ai reçu enfin un.

Le livre : L’homme est un grand faisan sur terre, de Herta Müller, traduit de l’allemand par Nicole Bary, éditions Maren Sell et Cie, Paris, 1988, 106 p., ISBN 2-87604-0190 (il a été édité en Folio en 1997, et réédité depuis le prix Nobel).

L’histoire : dans un petit village roumain germanophone. Windisch, le meunier, se promène dans le village, en décrit ses habitants, le mégissier, le gardi du moulin, le menuisier, etc. Il souhaite à tout prix fuir son pays, et tout prix n’est pas un vain mot, il doit payer le maire et le policier en farine, mais aussi livrer sa fille Amélie (sa femme est trop laide et trop vieille) au curé chargé de délivrer les certificats de baptêmes et au policier chargé des papiers… Réussiront-ils à passer à l’ouest ?

Mon avis : ce récit court est très poignant, très dur sur le fond de misère du village roumain, mais aussi du passé (les prisonniers en Russie après la Seconde Guerre mondiale, les superstitions à propos d’un arbre, des chouettes, etc.). Les phrases sont courtes? Je lirais bien d’autres livres de cette auteure (voir ici, lus depuis, La convocation, Animal du cœur, La bascule du souffle), aussi en allemand…

Lire tue ???

Couverture de Lire tue de Vial pioche-en-bib.jpgJe vous ai donné de mauvaises habitudes en vous livrant depuis quelques semaines des bandes dessinées le vendredi. Alors, cette semaine, je change un peu avec un recueil de dessins humoristiques. Je l’ai trouvé au rayon BD de médiathèque, c’est la couverture qui m’a intriguée.

Le livre : Lire tue, de Nicolas Vial (préface de Éric Fottorino), Éditions des Équateurs, 130 pages, 2004, ISBN 978-2849900208 .

L’histoire : après un assez long texte de Éric Fottorino (alors directeur du monde des livres, maintenant du Monde), le volume regroupe des dessins de presse de Nicolas Vial qui mettent en scène des livres, les plumes, etc. Certains sont inédits. Le texte de Fottorino parle d’un livre lu dans son enfance et retrouvé plus tard grâce à un lecteur belge du Monde (Rue du Havre de Paul Guimard). De la confrontation entre la lecture recomposée, le souvenir de la lecture et une lecture des années plus tard…

Mon avis : j’ai beaucoup aimé certains dessins, je vais essayer de vous en parler. D’abord, des personnages écrasés par des livres (Autopsie d’une gaffe éditoriale, dessin paru dans Le Monde le 18 décembre 1997). Ensuite, une immense bibliothèque avec une girafe (non, pas la bête, un de ces grands escabeaux avec plate-forme que l’on trouve dans les vieilles bibliothèques), un petit bonhomme grimpe à cette échelle (dessin inédit). La même bibliothèque se trouve avec un TGV Paris-Londres qui l’éventre depuis l’arrière en faisant tomber les livres (Londres, le fiasco de la grande bibliothèque Saint-Pancras, dessin paru dans Le Monde le 10 janvier 1995). Enfin, un homme lié à un porte-plume et transpercé de plumes à la façon d’un saint Sébastien (Les stigmates, dessin paru dans Le Monde le 17 avril 2001). Il y en a plein d’autres, à vous de les découvrir !

PS: depuis, j’ai lu deux autres livres de Fottorino, Le dos crawlé et Un territoire fragile.

Le sumo qui ne pouvait pas grossir de Éric-Emmanuel Schmitt

Couverture de Le sumo qui ne pouvait pas grossir de Éric-Emmanuel Schmitt pioche-en-bib.jpgComme j’avais aimé l’année dernière Ulysse from Bagdad de Éric-Emmanuel Schmitt (offert par Babelio dans le cadre de masse critique) , j’ai emprunté son dernier livre à la médiathèque.

Le livre : Le sumo qui ne pouvait pas grossir, de Éric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel, 2009, 102 pages, ISBN 978-2-226-19090-1 (dans la série du Cycle de l’invisible).

L’histoire : à Tokyo, Jun, 15 ans, a fui sa famille. Révolté, il vit d’expédients, mangeant des restes, couchant à droite à gauche et en se faisant de l’argent en vendant des babioles à la sauvette. Plusieurs jours de suite, un maître de sumo lui souffle qu’il voit un gros en lui, alors qu’il est svelte… Il résiste, mais après plusieurs arrestations, il finit par se rendre à l’école de sumo. Mais là, il a beau se gaver et s’entraîner, il ne grossit pas. Y arrivera-t-il ? Pourquoi a-t-il fui sa famille ? Quelle est la force de la méditation zen ?

Mon avis : un tout petit livre écrit en gros… Une petite histoire sympathique qui se lit vite, idéale pour un petit trajet en transport en commun, pas prise de tête, très agréable à lire.

Pour aller plus loin : voir le site officiel de Éric-Emmanuel Schmitt.

Les belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu

Couverture de Les belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu Il y a quelques jours, j’ai reçu ce livre de la part de Suzanne, de Chez les filles.com. Idéal pour un dimanche après-midi pluvieux… [PS, depuis, j’ai aussi lu de cet auteur Ce qu’on peut lire dans l’air].

Le livre : Les belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu, traduit de l’anglais par Anne Wicke, Le livre de poche, n° 31523, 282 pages, 2009, ISBN 9782253125815 (première édition en français en 2007 chez Albin Michel, prix du roman étranger en 2007).

L’histoire : de nos jours à Washington, pas très loin de la Maison Blanche. Le narrateur, Sepha, est arrivé depuis des années d’Éthiopie, qu’il a fui après l’assassinat de son père lors d’un soulèvement. Il tient une petite épicerie dans un quartier assez pauvre. Il a un oncle, qui vit dans une tour où sont regroupés de nombreux Éthiopiens, et deux amis africains, Joseph, ingénieur originaire du Congo et Kenneth, serveur dans un grand hôtel fréquenté par les parlementaires. Ils se retrouvent autour d’un verre (enfin, plusieurs) chaque semaine et jouent au  » jeu des dictateurs africains « , sorte de trivial pursuite maison avec pour thème les soulèvements et coups d’État en Afrique depuis les années 1960. Peu à peu, son quartier semble évoluer, les loyers augmentent, les plus pauvres sont expulsés, une mère, Judith, et Naomie, sa fille de onze ans, emménagent dans une grande bâtisse longtemps restée à l’abandon… Elles vont bouleverser sa vie calme.

Mon avis : j’ai beaucoup aimé ce court roman qui est une autre vision du rêve américain, de l’intégration (ou non avec l’oncle et surtout ses voisins) et de la désillusion. Rappelons que l’auteur est lui-même né en Éthiopie. Le récit principal se déroule autour de l’arrivée de Judith et de sa fille, mais quelques chapitres intercalés se déroulent après leur départ, et des digressions permettent de reconstituer peu à peu le cauchemar vécu en Éthiopie il y a des années par Sepha. En revanche, je n’ai pas percé le mystère du titre, Les belles choses que porte le ciel, emprunté à l’Enfer de Dante…

Logo de Chez les filles Le site Chez les filles.com (merci à eux et notamment à Suzanne) m’ont déjà envoyé ces autres livres, que j’ai parfois aimés, parfois pas du tout. Retrouvez-les sur la page des livres reçus pour critique.

Le dernier homme qui parlait catalan de Carles Casajuana

Couverture du dernier homme qui parlait catalan de Carles Casajuana Il y a une quinzaine de jours, je recevais une proposition de partenariat du site Alapage. Il s’agissait de choisir un livre sur leur site, je le recevrai et en ferai la critique. Je venais justement de lire une critique de Daniel Fattore qui parlait d’un livre dont je venais de noter la référence dans le petit carnet offert par Emmanuelle. Ce livre l’avait laissé perplexe au moins sur sa fin… Mon choix s’est donc porté sur celui-ci, je l’ai terminé dans le train pour Tours hier… Tours où j’ai visité plein d’expositions dont je vais vous parler très vite…

Le livre : Le dernier homme qui parlait catalan de Carles Casajuana, traduit du catalan par Marianne Millon, collection pavillons, éditions Robert Laffont, 2009, 238 pages, ISBN 978-2221113554. Il a reçu en 2009 le prix Ramon-Lull (prix des lettres catalanes). Vous pouvez trouver ce livre chez Alapage par ce lien direct.

L’histoire : à notre époque, à Barcelone. Ramón Balaguer est le dernier propriétaire d’un immeuble racheté à la découpe par un promoteur immobilier. En dépit de multiples offres et de brimades (coupure du gaz, de l’ascenseur), il refuse de partir tant qu’il n’aura pas fini de rédiger son quatrième livre, pour lequel il a pris un congés sans solde… Il le rédige en castillan. Un jour, il découvre la présence d’un squatteur au deuxième étage. Il finit par découvrir Miquel Rovira, un gardien de nuit qui le jour essaye d’écrire son premier roman, mais lui écrit en catalan, et le sujet de son livre est la mort de catalan, peut-être trois ou quatre générations plus tard, mort du catalan parce que ceux-ci parlent de plus en plus castillan, que les auteurs catalans écrivent en castillan… Il fait connaissance aussi des amis de Rovira, tous fervents défenseurs du catalan, et finit par tomber amoureux de Rosa, l’amie de Rovira.

Mon avis : les deux thèmes du livre, la vente à la découpe d’appartements et le problème de la langue, m’ont vraiment séduite… Certes, la traduction ne permet certainement pas de comprendre les subtilités de l’opposition du catalan, langue présentée comme langue d’usage, et du castillan, vécu par Rovira (et probablement l’auteur) comme un envahisseur. Le petit dialogue où un prof de fac raconte qu’il fait son cours en catalan et que des étudiants Erasmus s’en sont plaint m’a rappelé L’auberge espagnole de Klappisch… Mais nous qui vivons dans un pays où le français s’est imposé sur tout le territoire surtout par l’école de Jules Ferry et la guerre de 1914-1918, nous avons du mal à comprendre ce problème linguistique qui va plus loin, l’identité régionale ou nationale (les identités nationales, régionales, européennes ?) passant probablement en partie par la langue… Et aussi par la culture ou les musées, et là (ce n’est pas dans le livre), le programme culturel du musée d’histoire de la Catalogne et celui du musée national d’art de la Catalogne (MNAC), définis par décrets, ne pourraient probablement pas exister chez nous, ils affirment clairement l’identité catalane avant tout autre programme. Comme quoi le débat sur l’identité est assez universel…

Post-scriptum : Michel Valière me (et vous) conseille la lecture  » de l’œuvre de l’écrivain occitan (et traduit) Joan Bodon [sur] ce thème de la disparition d’une langue minoritaire «  … je note dans mon petit carnet magique (voir plus haut), mais il n’y en a pas à la médiathèque de Poitiers…

Un grand merci au site Alapage pour m’avoir envoyé ce livre.

Lien vers le site de l’éditeur : éditions Robert Laffont.

Logo du challenge du un pour cent rentrée littéraire 2009 Ce livre est en outre le quatrième que je lis pour le challenge du 1 % rentrée littéraire 2009, organisé par la Tourneuse de page.

logo tour du monde en lecture J’ai sélectionné ce livre pour le tour du monde en lecture proposé par Livresque.

Un petit tour à la librairie…

Mes nuveaux livres J’ai fait un petit tour à la librairie, non pas au rayon littérature mais à celui des loisirs créatifs…

Couverture des petits animaux de MTSA J’avais envie depuis un moment d’acheter un livre de Marie-Thérèse Saint-Aubin, MTSA pour les intimes, et pour son blog. Il faut dire qu’il y a plein de tentations, notamment chez Pia ou chez Anne-Lise, qui les utilise pour son magnifique carnet sur les papillons. J’ai failli acheté les chats, mais finalement choisi les Petits animaux du jardin au point de croix, paru aux éditions Marabout (2008, ISBN : 978-2-501-05485-0).

[j’ai réalisé des coccinelles finitionnées en pochette].

Couverture des doudous à coudre chez l'Inédite Couverture des lions, éléphans etc chez l'inédite Du côté des éditions de l’Inédite, j’en ai déjà quelques titres, Emmanuelle n’arrête pas de nous montrer aussi des réalisations toirées de livres de cet éditeur. J’ai finalement choisi deux livres de Christiane Vignal, Ours, chats poules, souris en tissu et Lions, éléphants, lapins et canards en tissu (2005). Sitôt acheté, sitôt utilisé, je vous montrerai la semaine prochaine…

Voir :

Coiuverture du livre d'Iris Folding Après avoir essayé la technique de l’Iris folding, j’ai trouvé ce livre en anglais, 460 Iris Folded Cards to Make: The Complete Iris Folding Compendium, de Maruscha Gaasenbeek et Tine Beauveser. Je pense que ça sera la technique que je retiendrai pour mes cates de vœux 2010…

Voir:

Couverture du livre sur les cuiseurs solaires Côté bricolage, cuisine, je suis tombée sur une occasion qui me tendait la main… Vous vous souvenez de mon four solaire, inspiré d’un modèle d’Ekopédia ? Ce livre de Rolf Behringer, Cuiseurs Solaires, auto-construction et recettes, paru en 2009, présente d’autres modèles et surtout des recettes (l’important étant plus les temps de cuisson…).

Fiches sur le crochet Encore en occasion, mais tout neuf, le blister même pas ouvert, Carrés au crochet en boîte, de Luise Roberts aux éditions Tutti frutti (ISBN 978-2-915667-84-4). Miss Fil et Bidouillette / Tibilisfil n’ont qu’à bien se tenir…

Mon père est femme de ménage de Saphia Azzedine

Couverture du livre Mon père est femme de ménage de Saphia Azzedine Un ami m’a offert ce livre pour mon anniversaire, je l’ai lu un soir d’une traite (il n’est pas très long…).

Le livre : Mon père est femme de ménage, de Saphia Azzedine, éditions Léo Scheer, 2009, 172 pages, ISBN 978-2-7561-0195-8.

L’histoire : Actuellement, dans une banlieue parisienne. Paul a quatorze ans. Au collège, puis au lycée. Le soir, il accompagne son père, qui est  » femme de ménage « , pour l’aider, mais aussi lui tenir compagnie. Paul, Polo, a décidé de s’en sortir en apprenant un nouveau mot chaque jour. Il se rappelle son enfance, les attouchements sexuels subis de son oncle mais jamais avoués. Il vit difficilement sa vie actuelle, supporte mal sa mère qui passe la journée au lit, paralysée suite à un accident, sa sœur qui a avorté à 13 ans et ne vit que pour des concours de beauté, aurait bien aimé pouvoir partir en vacances… Au moins, ses copains immigrés partent parfois au pays, lui, il tourne en rond. Passera-t-il en filière générale au lycée ? Il a même un handicap sur certains de ses camarades : il est blanc, même si son père est femme de ménage. Quel sera son avenir ?

Mon avis : je suis facilement entrée dans le récit du narrateur, Paul, qui raconte sa vie à la première personne. Un récit parfois cru, parfois drôle, mais qui fait beaucoup réfléchir sur l’égalité des chances si haut criée par les politiques…

Logo du challenge du un pour cent rentrée littéraire 2009 Ce livre est le troisième que je lis dans le cadre du un pour cent rentrée littéraire 2009… Ce challenge, organisé par la Tourneuse de page, prévoit de lire et chroniquer d’ici juillet 2010 au moins 7 livres.

Logo du challenge ABC critique de BabelioJ’ai sélectionné ce livre pour le défi ABC critique organisé par Babelio.

Les chemins de Saint-Jacques vus par Derry Brabbs

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.comIl y a une quinzaine de jours, j’ai reçu un nouveau livre dans le cadre de l’opération Masse critique organisée par Babelio, que je remercie beaucoup. Dans le cadre de cette opération, le site nous propose de sélectionner plusieurs livres que nous souhaiterions lire, puis fait la répartition entre les participants… et j’ai eu la joie de recevoir un beau livre que j’avais très envie de découvrir. Du coup, vous allez avoir un long article ce soir, mais vous pourrez y revenir demain, c’est férié en France… (désolée pour les copin(e)s belges et canadien(ne)s).

Couverture des chemins de Saint-Jacques de Brabbs Le livre : Les chemins de Saint-Jacques. Les routes du pèlerinage médiéval à travers la France et l’Europe, de Derry Brabbs, traduit de l’anglais par Béatrice Vierne, 253 pages, septembre 2009, ISBN 978-2-87901-971-0 .

L’histoire : ce livre très richement illustré (l’auteur est photographe et utilise un appareil argentique) présente les quatre principaux chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle qui traversent la France et le Camino Francès en Espagne.

Mon avis : vu de loin… le livre est très richement illustré avec de très belles photographies, beaucoup en pleine page voire sur des doubles pages. C’est donc assurément un beau livre, avec un texte qui coule bien et qui donne vraiment envie de voyager. Curieusement, il a été imprimé à Singapour, avec une belle qualité, mais ceci ne me semble pas très  » éco-responsable  » (cf. au minimum le transport de ces livres très lourds, et sans doute pas une imprimerie avec récupération des encres et des vapeurs toxiques tout au long de la chaîne de production…). L’auteur parle à la fois des pèlerinages anciens et des pèlerinages actuels, sans oublier les soucis du marcheur (dans le franchissement des Pyrénées par exemple), ni de montrer des paysages, ainsi que des monuments plus anciens, notamment romains, des églises romanes, mais aussi gothiques ou remaniées… Le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle n’est pas qu’une affaire du 12e siècle… Cependant, il me semble curieux de consacrer un si grand nombre de pages et de photographies aux châteaux de la Loire (Chambord, Blois, Chenonceau, Amboise…), qui n’ont quand même pas grand chose à voir avec le sujet, sauf pour le touriste alors que l’auteur semble un peu dénigrer ceux qui fréquentent les chemins de Saint-Jacques (par exemple sur les GR) sans l’esprit du pèlerinage… Ces châteaux sont sur le bord d’une des voies de pèlerinage, mais n’ont pas grand-chose à voir avec un cheminement d’église en église, surtout de relique en relique. L’index des noms de lieux est très utile.

C’est l’un des premiers livres qui paraît à l’occasion de l’année jacquaire 2010. Une année jacquaire est une année où la fête de la saint Jacques, le 25 juillet, tombe un dimanche. La première année jacquaire attestée historiquement date de 1428. Pour l’époque contemporaine, cette tradition a été relancée en 1965. Voici la liste des années jacquaires jusqu’à la fin du siècle : 1965, 1971, 1976, 1982, 1993, 1999, 2004, 2010, 2021, 2027, 2032, 2038, 2049, 2055, 2060, 2066, 2077, 2083, 2088, 2094, 2105. Depuis 1999, suite aux inscriptions au patrimoine mondial, ces années là voient un vrai afflux sur les chemins de Saint-Jacques. L’auteur rappelle bien cependant que le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle s’inscrit dans les grands pèlerinages chrétiens (avec avant tout Jérusalem et la Terre Sainte, Rome) et dans un contexte de nombreux pèlerinages en Europe vers des églises qui contiennent des reliques importantes et qui attirent nombre de pèlerins. Il n’oublie pas de souligner l’architecture particulière des églises de pèlerinage, avec la place du déambulatoire qui permet aux pèlerins de s’approcher de ces reliques.

Plusieurs affirmations sont cependant surprenantes, ainsi page 64 à propos de la lanterne des morts de Saint-Agnant-de Vertignant :  » leur origine reste mystérieuse, mais la présence de nombreux dolmens dans la région pourrait indiquer un lien avec des rites celtiques « . Sauf que les dolmens existaient de manière assez dense sur l’ensemble du territoire français, même si tous n’ont pas été conservés, et que ceux-ci, construits au Néolithique, sont bien antérieurs (quelques milliers d’années) à l’arrivée des Celtes… À Cahors, page 41, il s’interroge sur l’entrée par le nord dans la cathédrale… Mais je ne vois pas le problème, il y avait de toute façon, pour les cathédrales, plusieurs entrées qui étaient destinées à plusieurs types d’usage, les entrées de l’évêque, du chapitre (les chanoines), des fidèles étaient en général différentes… et pouvaient aussi varier pour certaines cérémonies (exposition de reliques par exemple, tiens, on retrouve ici des pèlerins). Et ces usages ont varié au fil des siècles.

Ne pas oublier non plus qu’à côté des quatre voies principales, il y a de nombreux chemins secondaires… qui pouvaient aussi être assez fréquentés, en raison de la célébrité des reliques présentes dans les églises ou abbayes présentes à proximité.

Signalons page 37 un passage à Saint-Cirq-Lapopie, que je ne connais pas mais dont j’ai découvert l’histoire à travers une bande dessinée offerte par la Petite fée Nougat.

Vu des sites que je connais un peu…

Pages 75-77, l’auteur signale le Beatus de Saint-Sever. Mais il ne parle pas de l’importante collection de manuscrits de l’abbaye de Moissac, que vous pouvez découvrir sur le site du centre d’art roman de Moissac. Un de ces manuscrits, aujourd’hui conservé à la bibliothèque nationale de France, dit le Manuscrit des vices et des vertus, a été numérisé et peut être feuilleté à cette adresse, où vous trouverez aussi une transcription (en latin) et une traduction (en français…).

Et pour la région Poitou-Charentes ? La liste des édifices de la région protégés au titre des chemins de Saint-jacques de Compostelle en France en 1998 (pour la liste complète, voir le site de l’Unesco, la partie espagnole ayant été protégée en 1993) comprend, reclassé du nord au sud, dans la Vienne, l’église Saint-Hilaire-le-Grand à Poitiers, dans les Deux-Sèvres, l’église Saint-Hilaire à Melle et en Charente-Maritime, l’église Saint-Pierre à Aulnay, l’abbaye royale Saint-Jean-Baptiste à Saint-Jean-d’Angély (dont il ne reste pas grand-chose…), l’église Saint-Eutrope à Saintes et l’ancien hôpital des Pèlerins à Pons. Le livre s’y arrête des pages 102 à 108. Pour rendre cette partie plus vivante, je vous ai mis quelques vignettes à retrouver en grand sur les articles en lien.

Le paradis sur la façade de la cathédrale de Poitiers Il commence logiquement par Poitiers (vous pouvez retrouver d’autres articles sur ces édifices à partir de la page consacrée à Poitiers, j’en mets quelques uns ici au fil du texte), où il est passé après la restauration de la façade de la cathédrale. Il signale qu’il n’a pas pu entrer, les portes étant fermées… et donc pas pu voir les stalles. Mais la cathédrale n’a pas fermé ces dernières années, il y a toujours eu un accès, par le petit portail au nord de l’édifice, ou par les petites portes au sud. Il n’a pas dû faire le tour de l’édifice.

La cathédrale et l'église Sainte-Radegonde de Poitiers vus depuis la collline en face Il ne se rend pas à l’, toute proche et qui était un lieu de pèlerinage majeur… Je dirais même plus, est toujours, quand on lit les ex-votos posés encore ces dernières années. Je m’aperçois d’ailleurs que je ne vous en ai pas montré vraiment de photographie générale, sauf des escaliers en face. J’essaye de vous mettre un petit quelque chose dimanche prochain.

La façade de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers Pour , il choisit de ne pas montrer la façade, décrite dans le texte, mais l’intérieur de la nef. Pourquoi pas, c’est plus original. Je ne comprends cependant pas pourquoi montrer les peintures du dix-neuvième siècle, alors qu’il y a de très belles peintures du 12e siècle sur la voûte du chœur et quelques chapiteaux romans intéressants dans le déambulatoire.

Le chevet de l'église Saint-Hilaire à Poitiers Toujours à Poitiers, j’ai aussi beaucoup de mal à comprendre le choix de l’image pour l’église , qui figure sur la liste de l’Unesco pour les chemins de Saint-Jacques. Il montre en effet le bas-côté sud, reconstruit au dix-neuvième siècle, avec au fond un retable pas terrible. Une vue dans l’axe de la nef aurait été plus intéressante, ou une vue du chevet, ou encore du célèbre chapiteau de la mort d’Hilaire… premier évêque de Poitiers, cette abbaye a été construite sur ou à proximité de son tombeau.

Le portail sud de l'église Saint-Pierre de Melle Après Poitiers, il trouve un désert d’églises pendant 80 km… Alors là, c’est vraiment surprenant car il y a plus d’une dizaine d’églises romanes sur son parcours, dont l’église Saint-Hilaire à Melle, superbe, inscrite aussi sur la liste de l’Unesco (à Melle, il faut aussi voir l’église Saint-Pierre et l’église Saint-Savinien, j’irai vous prendre des photographies un de ces jours…).

La voussure du portail sud de Saint-Pierre d'Aulnay Il arrive donc alors à … Là encore, il ne prend pas la photographie classique, que l’on trouve partout, avec l’église entourée de son cimetière… Mais le choix porté sur la crucifixion de saint Pierre (tête en bas) me surprend aussi, il y a tant de sculptures à Aulnay… (voir le livre de Rémy Prin dont je vous ai déjà parlé).

La façade des bâtiments abbatiaux modernes de Saint-Jean-d'Angély Pas de photographie de  dans le livre, mais il ne reste pas grand chose de l’abbaye médiévale… Les bâtiments modernes auraient pu être montrés, passons, il manquait peut-être de place.

Et il arrive à Saintes. Là, franchement, montrer l’arc romain de Germanicus, qui n’a rien à voir avec le pèlerinage jacquaire, et pas le site de pèlerinage qui était l’église Saint-Eutrope me déconcerte. Certes, Saint-Eutrope a perdu sa nef (qui sert de parking aux voitures, arghhh), mais sa structure est très particulière, avec un chœur en haut (gothique pour le sanctuaire, mais avec de magnifiques sculptures romanes dans les travées droites) et un chœur en bas dans une pseudo-crypte qui contient le tombeau du saint… L’autre photographie est le chevet de l’église de l’abbaye aux Dames, pourquoi pas, même si j’ai un faible pour la sculpture de la façade. Ici encore, promis, j’irai vous faire plein de photographies un de ces jours…

Il quitte la région Poitou-Charentes par Pons et l’hôpital des pèlerins.

Du coup, cela me laisse très perplexe sur les choix qui ont pu être faits sur les autres parties du livre…

Les livres reçus dans le cadre de Masse critique de Babelio

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

logo tour du monde en lecture J’ai sélectionné ce livre pour le tour du monde en lecture proposé par Livresque.

L’Hiver indien de Frédéric Roux

Couverture de l'hiver indien de Frédéric Roux Il y a une quinzaine de jours, j’ai reçu ce livre de la part de Suzanne, de Chez les filles.com.

Le livre : L’Hiver indien de Frédéric Roux, éditions Le livre de poche, 2009, ISBN : 9782253126409, 503 p.

L’histoire : à la fin des années 1990, à Neah Bay dans l’état de Washington, au nord-ouest des États-Unis, sur la côte pacifique, non loin de Canada (Vancouver est de l’autre côté de la baie). Les indiens Makahs vivent dans la misère dans leur réserve, des aides publiques, un peu de la chasse (les daims pullulent), beaucoup de combines. Le diabète, l’obésité (abus de hamburgers) et l’alcoolisme font des ravages. Un jour, trois hommes décident de changer de vie en relançant la pêche à la baleine, abandonnée il y a des dizaines d’années. Ils vont monter un équipage de six « bras cassés », convaincre le conseil tribal… et déchaîner les passions. Des militants écolos rappliquent du monde entier pour s’opposer à cette chasse. Arriveront-ils à capturer une baleine ?

Mon avis : le récit se lit comme un roman d’aventure. Ce n’est pas de la grande littérature, mais c’est très agréable à lire. Je trouve cependant qu’il manque un petit quelque chose, je ne sais pas exactement quoi, sans doute la fin m’a-t-elle déconcertée… même si elle permet de comprendre alors la couverture. J’ai bien aimé l’idée de la play-list à la fin, c’est-à-dire la liste des morceaux de musique mentionnés tout au long du texte.

Pour aller plus loin : dans une sorte de postface, Frédéric Roux dit s’être inspiré d’un épisode raconté dans l’émission Thalassa en 1999. Je suis donc allée me renseigner…

Selon l’université Laval Québec, la langue Makah, qui appartient au groupe linguistique Wakashane du Sud, a quasiment disparu et ne compte plus de 10 à 30 locuteurs… Les Makahs eux-mêmes ne sont plus qu’environ 1200 a 1500 individus (contre 40 000 à la fin du 19e siècle), ils ont abandonné la pêche à la baleine en 1927, à cause la disparition de la ressource, sur-exploitée par les blancs plus au sud de leur territoire. La baleine grise n’est plus sur la liste des espèces menacées depuis 1994.

Ils ont fait en 1997 une demande de reprise de la pêche artisanale auprès de la commission baleinière internationale, qui leur a accordé en 1999 4 ou 5 baleines grises (les sources divergent et sur le site de la commission baleinière internationale, je n’ai trouvé que le chiffre global accordé aux peuples amérindiens). D’après leur tableau, une baleine a été abattue en 1999. En 2007, cinq chasseurs makahs ont tué une baleine de 9 m de long avec des harpons et un fusil souvent utilisé pour chasser les éléphants, sans avoir obtenu l’accord du conseil tribal, ils auraient été poursuivi (je n’ai pas trouvé la fin de I’histoire). La reprise de la chasse par les Makahs a en effet abouti à un défoulement parfois violent des opposants à la chasse. Cet épisode de la reprise de la chasse à la baleine par les Makahs fait l’objet d’un sujet pour l’enseignement des droits de l’homme, Les textes et documents rassemblés pour ce dossier sont très intéressants. Vous trouverez aussi sur le site de la FAO un article sur La pêche artisanale à la baleine en Amérique du Nord.

Logo de Chez les filles Le site Chez les filles.com (merci à eux et notamment à Suzanne) m’ont déjà envoyé ces autres livres, que j’ai parfois aimés, parfois pas du tout. Retrouvez-les sur la page des livres reçus pour critique.