Les chemins de Saint-Jacques vus par Derry Brabbs

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.comIl y a une quinzaine de jours, j’ai reçu un nouveau livre dans le cadre de l’opération Masse critique organisée par Babelio, que je remercie beaucoup. Dans le cadre de cette opération, le site nous propose de sélectionner plusieurs livres que nous souhaiterions lire, puis fait la répartition entre les participants… et j’ai eu la joie de recevoir un beau livre que j’avais très envie de découvrir. Du coup, vous allez avoir un long article ce soir, mais vous pourrez y revenir demain, c’est férié en France… (désolée pour les copin(e)s belges et canadien(ne)s).

Couverture des chemins de Saint-Jacques de Brabbs Le livre : Les chemins de Saint-Jacques. Les routes du pèlerinage médiéval à travers la France et l’Europe, de Derry Brabbs, traduit de l’anglais par Béatrice Vierne, 253 pages, septembre 2009, ISBN 978-2-87901-971-0 .

L’histoire : ce livre très richement illustré (l’auteur est photographe et utilise un appareil argentique) présente les quatre principaux chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle qui traversent la France et le Camino Francès en Espagne.

Mon avis : vu de loin… le livre est très richement illustré avec de très belles photographies, beaucoup en pleine page voire sur des doubles pages. C’est donc assurément un beau livre, avec un texte qui coule bien et qui donne vraiment envie de voyager. Curieusement, il a été imprimé à Singapour, avec une belle qualité, mais ceci ne me semble pas très  » éco-responsable  » (cf. au minimum le transport de ces livres très lourds, et sans doute pas une imprimerie avec récupération des encres et des vapeurs toxiques tout au long de la chaîne de production…). L’auteur parle à la fois des pèlerinages anciens et des pèlerinages actuels, sans oublier les soucis du marcheur (dans le franchissement des Pyrénées par exemple), ni de montrer des paysages, ainsi que des monuments plus anciens, notamment romains, des églises romanes, mais aussi gothiques ou remaniées… Le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle n’est pas qu’une affaire du 12e siècle… Cependant, il me semble curieux de consacrer un si grand nombre de pages et de photographies aux châteaux de la Loire (Chambord, Blois, Chenonceau, Amboise…), qui n’ont quand même pas grand chose à voir avec le sujet, sauf pour le touriste alors que l’auteur semble un peu dénigrer ceux qui fréquentent les chemins de Saint-Jacques (par exemple sur les GR) sans l’esprit du pèlerinage… Ces châteaux sont sur le bord d’une des voies de pèlerinage, mais n’ont pas grand-chose à voir avec un cheminement d’église en église, surtout de relique en relique. L’index des noms de lieux est très utile.

C’est l’un des premiers livres qui paraît à l’occasion de l’année jacquaire 2010. Une année jacquaire est une année où la fête de la saint Jacques, le 25 juillet, tombe un dimanche. La première année jacquaire attestée historiquement date de 1428. Pour l’époque contemporaine, cette tradition a été relancée en 1965. Voici la liste des années jacquaires jusqu’à la fin du siècle : 1965, 1971, 1976, 1982, 1993, 1999, 2004, 2010, 2021, 2027, 2032, 2038, 2049, 2055, 2060, 2066, 2077, 2083, 2088, 2094, 2105. Depuis 1999, suite aux inscriptions au patrimoine mondial, ces années là voient un vrai afflux sur les chemins de Saint-Jacques. L’auteur rappelle bien cependant que le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle s’inscrit dans les grands pèlerinages chrétiens (avec avant tout Jérusalem et la Terre Sainte, Rome) et dans un contexte de nombreux pèlerinages en Europe vers des églises qui contiennent des reliques importantes et qui attirent nombre de pèlerins. Il n’oublie pas de souligner l’architecture particulière des églises de pèlerinage, avec la place du déambulatoire qui permet aux pèlerins de s’approcher de ces reliques.

Plusieurs affirmations sont cependant surprenantes, ainsi page 64 à propos de la lanterne des morts de Saint-Agnant-de Vertignant :  » leur origine reste mystérieuse, mais la présence de nombreux dolmens dans la région pourrait indiquer un lien avec des rites celtiques « . Sauf que les dolmens existaient de manière assez dense sur l’ensemble du territoire français, même si tous n’ont pas été conservés, et que ceux-ci, construits au Néolithique, sont bien antérieurs (quelques milliers d’années) à l’arrivée des Celtes… À Cahors, page 41, il s’interroge sur l’entrée par le nord dans la cathédrale… Mais je ne vois pas le problème, il y avait de toute façon, pour les cathédrales, plusieurs entrées qui étaient destinées à plusieurs types d’usage, les entrées de l’évêque, du chapitre (les chanoines), des fidèles étaient en général différentes… et pouvaient aussi varier pour certaines cérémonies (exposition de reliques par exemple, tiens, on retrouve ici des pèlerins). Et ces usages ont varié au fil des siècles.

Ne pas oublier non plus qu’à côté des quatre voies principales, il y a de nombreux chemins secondaires… qui pouvaient aussi être assez fréquentés, en raison de la célébrité des reliques présentes dans les églises ou abbayes présentes à proximité.

Signalons page 37 un passage à Saint-Cirq-Lapopie, que je ne connais pas mais dont j’ai découvert l’histoire à travers une bande dessinée offerte par la Petite fée Nougat.

Vu des sites que je connais un peu…

Pages 75-77, l’auteur signale le Beatus de Saint-Sever. Mais il ne parle pas de l’importante collection de manuscrits de l’abbaye de Moissac, que vous pouvez découvrir sur le site du centre d’art roman de Moissac. Un de ces manuscrits, aujourd’hui conservé à la bibliothèque nationale de France, dit le Manuscrit des vices et des vertus, a été numérisé et peut être feuilleté à cette adresse, où vous trouverez aussi une transcription (en latin) et une traduction (en français…).

Et pour la région Poitou-Charentes ? La liste des édifices de la région protégés au titre des chemins de Saint-jacques de Compostelle en France en 1998 (pour la liste complète, voir le site de l’Unesco, la partie espagnole ayant été protégée en 1993) comprend, reclassé du nord au sud, dans la Vienne, l’église Saint-Hilaire-le-Grand à Poitiers, dans les Deux-Sèvres, l’église Saint-Hilaire à Melle et en Charente-Maritime, l’église Saint-Pierre à Aulnay, l’abbaye royale Saint-Jean-Baptiste à Saint-Jean-d’Angély (dont il ne reste pas grand-chose…), l’église Saint-Eutrope à Saintes et l’ancien hôpital des Pèlerins à Pons. Le livre s’y arrête des pages 102 à 108. Pour rendre cette partie plus vivante, je vous ai mis quelques vignettes à retrouver en grand sur les articles en lien.

Le paradis sur la façade de la cathédrale de Poitiers Il commence logiquement par Poitiers (vous pouvez retrouver d’autres articles sur ces édifices à partir de la page consacrée à Poitiers, j’en mets quelques uns ici au fil du texte), où il est passé après la restauration de la façade de la cathédrale. Il signale qu’il n’a pas pu entrer, les portes étant fermées… et donc pas pu voir les stalles. Mais la cathédrale n’a pas fermé ces dernières années, il y a toujours eu un accès, par le petit portail au nord de l’édifice, ou par les petites portes au sud. Il n’a pas dû faire le tour de l’édifice.

La cathédrale et l'église Sainte-Radegonde de Poitiers vus depuis la collline en face Il ne se rend pas à l’, toute proche et qui était un lieu de pèlerinage majeur… Je dirais même plus, est toujours, quand on lit les ex-votos posés encore ces dernières années. Je m’aperçois d’ailleurs que je ne vous en ai pas montré vraiment de photographie générale, sauf des escaliers en face. J’essaye de vous mettre un petit quelque chose dimanche prochain.

La façade de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers Pour , il choisit de ne pas montrer la façade, décrite dans le texte, mais l’intérieur de la nef. Pourquoi pas, c’est plus original. Je ne comprends cependant pas pourquoi montrer les peintures du dix-neuvième siècle, alors qu’il y a de très belles peintures du 12e siècle sur la voûte du chœur et quelques chapiteaux romans intéressants dans le déambulatoire.

Le chevet de l'église Saint-Hilaire à Poitiers Toujours à Poitiers, j’ai aussi beaucoup de mal à comprendre le choix de l’image pour l’église , qui figure sur la liste de l’Unesco pour les chemins de Saint-Jacques. Il montre en effet le bas-côté sud, reconstruit au dix-neuvième siècle, avec au fond un retable pas terrible. Une vue dans l’axe de la nef aurait été plus intéressante, ou une vue du chevet, ou encore du célèbre chapiteau de la mort d’Hilaire… premier évêque de Poitiers, cette abbaye a été construite sur ou à proximité de son tombeau.

Le portail sud de l'église Saint-Pierre de Melle Après Poitiers, il trouve un désert d’églises pendant 80 km… Alors là, c’est vraiment surprenant car il y a plus d’une dizaine d’églises romanes sur son parcours, dont l’église Saint-Hilaire à Melle, superbe, inscrite aussi sur la liste de l’Unesco (à Melle, il faut aussi voir l’église Saint-Pierre et l’église Saint-Savinien, j’irai vous prendre des photographies un de ces jours…).

La voussure du portail sud de Saint-Pierre d'Aulnay Il arrive donc alors à … Là encore, il ne prend pas la photographie classique, que l’on trouve partout, avec l’église entourée de son cimetière… Mais le choix porté sur la crucifixion de saint Pierre (tête en bas) me surprend aussi, il y a tant de sculptures à Aulnay… (voir le livre de Rémy Prin dont je vous ai déjà parlé).

La façade des bâtiments abbatiaux modernes de Saint-Jean-d'Angély Pas de photographie de  dans le livre, mais il ne reste pas grand chose de l’abbaye médiévale… Les bâtiments modernes auraient pu être montrés, passons, il manquait peut-être de place.

Et il arrive à Saintes. Là, franchement, montrer l’arc romain de Germanicus, qui n’a rien à voir avec le pèlerinage jacquaire, et pas le site de pèlerinage qui était l’église Saint-Eutrope me déconcerte. Certes, Saint-Eutrope a perdu sa nef (qui sert de parking aux voitures, arghhh), mais sa structure est très particulière, avec un chœur en haut (gothique pour le sanctuaire, mais avec de magnifiques sculptures romanes dans les travées droites) et un chœur en bas dans une pseudo-crypte qui contient le tombeau du saint… L’autre photographie est le chevet de l’église de l’abbaye aux Dames, pourquoi pas, même si j’ai un faible pour la sculpture de la façade. Ici encore, promis, j’irai vous faire plein de photographies un de ces jours…

Il quitte la région Poitou-Charentes par Pons et l’hôpital des pèlerins.

Du coup, cela me laisse très perplexe sur les choix qui ont pu être faits sur les autres parties du livre…

Les livres reçus dans le cadre de Masse critique de Babelio

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logo tour du monde en lecture J’ai sélectionné ce livre pour le tour du monde en lecture proposé par Livresque.

7 réflexions au sujet de « Les chemins de Saint-Jacques vus par Derry Brabbs »

  1. Dianou

    bonjour, rhooo il doit être super interessant! longtemps j’ai rêvé faire ce parcourt à pied en partant du plus loin possible j’usque à saint Jacques, mais ma santé ne me le permettra jamais! je vais fouiner voir si je trouve ce beau livre, merci pour l’info! Je t’envoie un gros bisous dianou

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  2. Péricard-Méa Denise

    Bonjour,
    Merci pour votre gros effort de réflexion. Vous avez raison ! Nous terminons un livre Chemins de Compostelle et Patrimoine mondial, qui paraîtra en janvier 2010.
    Mais avant nous vous invitons à visiter nos sites. Ce pèlerinage est une merveille que l’on s’emploie à banaliser en racontant bobard sur bobard aux naïfs pèlerins ou futurs pèlerins.
    Non les châteaux de la Loire n’ont rien à voir avec Compostelle, ni les sites classés par l’UNESCO. Nous y avons travaillé 2 ans.

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  3. Bidouillette/Tibilisfil

    L’auteur se pose donc des questions qui n’ont pas lieu d’être? Pour les années où la Saint-Jacques tombe un dimanche, j’ai appris quelque chose! Bon ben déjà que ce ne serait pas une destination que je ferais mais sûrement pas en 2010, lol!!!!

    Merci pour les infos!!!! Bisousssssssss

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