Le monument de la place de la République à Paris : les reliefs

Monument de la République à Paris Je poursuis la découverte du monument de la place de la République à Paris. Après les quatre figures allégoriques (République, Liberté, Égalité, Fraternité), voici les douze plaques en bronze apposées tout autour du socle et qui racontent les principaux épisodes de l’histoire de la République de 1789 à 1883, date d’érection du monuments. Les sculptures et les reliefs sont de Léopold Morice, dont le frère Charles a réalisé l’architecte du monument.

Monument de la République à Paris : marque du fondeur Thiébaut frères sur l'un des reliefsComme pour le lion et la République, la fonte a été réalisée par Thiébaut frères, dont la marque est apposée en bas à gauche de plusieurs reliefs. La date correspondant à chaque événement est gravée sur le monument, au-dessus du relief. Je vous le montre pour le premier, puis j’ai resserré le cadrage de mes photographies.

Monument de la République à Paris : 20 juin 1789Le premier relief illustre le 20 juin 1789… Alors, vite, on révise son histoire de France, tiens, à transmettre aux candidats à la Présidentielle et déjà aux candidats aux primaires: s’ils n’identifient pas correctement les événements de ces douze dates, ils sont disqualifiés! Alors… Vous avez trouvé? Oui, c’est le Serment du jeu de paume. Les députés, réunis pour les états généraux à Versailles, entrent en résistance contre le roi, ils approuvent le texte rédigé par l’abbé Emmanuel-Joseph Sieyès et lu par Jean-Sylvain Bailly, « de ne jamais se séparer, et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides »… La composition reprend en gros le célèbre dessin de David…

Monument de la République à Paris : 20 juin 1789, détail de la partie gauche… y compris la foule qui applaudit aux fenêtres à l’arrière-plan…

Monument de la République à Paris : 20 juin 1789, détail de la partie droite… mais le panier à droite (pain?) n’est pas sur le dessin.

Monument de la République à Paris : 14 juillet 178914 juillet 1789… Là, c’est facile! Prise de la Bastille…

Monument de la République à Paris : 4 août 17894 août 1789… Nuit du 4 août… abolition des privilèges, même si certains n’ont toujours pas compris ce que ça veut dire, ou qui doivent croire au transfert des privilèges de la noblesse vers les députés (et autres édiles…).

Monument de la République à Paris : 4 août 1789, détail de la partie droitePour l’instant, perruques, chapeaux, cheveux nus ou tonsures permettent encore de distinguer les trois ordres (noblesse, clergé et Tiers-État).

Monument de la République à Paris : 14 juillet 179014 juillet 1790, Fête de la Fédération… c’est elle qui est fêtée sur la plupart des monuments au Centenaire de la Révolution (voir par exemple celui de Châtellerault). La grande fête organisée pour fêter l’anniversaire de la prise de la Bastille réunit une grande foule place du Champ-de-Mars à Paris, aménagée pour l’occasion, et dans toute la France. Au moment de l’édification du monument de la place de la République, le 14 juillet vient juste (depuis le 6 juillet 1880) de devenir le jour de la Fête nationale française, sans préciser si c’est 1789 ou 1790. La Fayette, au nom des gardes nationales fédérées, prête serment de fidélité « à la nation, à la loi et au roi », de maintenir la Constitution, d’assurer la protection des biens et des personnes… puis le roi prête à son tour serment de fidélité aux lois nouvelles.

Monument de la République à Paris : 11 juillet 179211  juillet 1792, Proclamation de la Patrie en danger, la guerre avait été déclarée au roi de Bohême et de Hongrie (donc à l’Autriche et non à tout l’Empire romain-germanique) par Louis XVI le 20 avril, puis avait mis son véto au projets de déportation des prêtres réfractaires et de constitution d’un camp de gardes nationaux (Fédérés) pour défendre Paris… Suite à l’entrée en guerre de la Prusse le 6 juillet, l’assemblée nationale contourne ce véto en proclamant la patrie en danger. Les volontaires sont appelés à rejoindre Paris…

Monument de la République à Paris : 20 septembre 1792… ce qui permet la victoire célébrée sur la plaque suivante, 20 septembre 1792, La bataille de Valmy, les armées prussiennes sont stoppées par les troupes révolutionnaires, commandées par Charles-François Dumouriez, aux portes de Paris, dans la Marne… Le début d’une série de victoires. Vous avez remarqué le grand chêne à droite du relief? Le même jour, l’assemblée nationale vote la laïcisation de l’état civil et l’autorisation du divorce! Et renouvelle la Commune insurrectionnelle de Paris.

Monument de la République à Paris : 21 septembre 1792L’histoire se précipite et le 21 septembre 1792 est la date suivante… Dès le lendemain de Valmy (ou plutôt le lendemain des décisions législatives précédentes), la Convention nationale tient sa première séance et proclame L’abolition de la royauté, proclame la République et décide de l’instauration du suffrage universel (ça ne va pas durer) pour ratifier la nouvelle constitution . Le calendrier est revu et l’on passe de 1792 à l’an I de la République!

Monument de la République à Paris : 13 prairial an II (1er juin 1794)Du coup, la date suivante est le… 13 prairial an II (1er juin 1794), là, j’avoue que j’ai dû chercher! Il s’agit de la Bataille navale de prairial qui a opposé Français et Anglais au large d’Ouessant. Les Anglais tentaient d’empêcher le passage de vivres en provenance des États-Unis. La victoire est revendiquée… par les deux camps! Les Français ont perdu 7 navires mais les Anglais n’ont pas intercepté la cargaison de vivres.

Grand saut dans le temps… on passe directement à 1830! Vous remarquerez au passage les choix « consensuels » qui sont faits, la fuite du roi, sa décapitation etc. ne sont pas célébrés sur ces reliefs, ils évitent aussi toute la période de l’Empire et de la Restauration! Cinquante ans plus tard, la République est fragile, pas question de remuer des questions qui fâchent.

Monument de la République à Paris : 29 juillet 1830Nous voici donc le 29 juillet 1830. Les Trois glorieuses (27, 28, 29 juillet 1830) se terminent par l’instauration de la monarchie constitutionnelle dite Monarchie de juillet… Le 30 juillet, Charles X est éliminé et Louis-Philippe arrive le lendemain.

Monument de la République à Paris : 4 mars 1848De Révolution en révolution, on passe au 4 mars 1848. Marianne trône maintenant derrière la table du Conseil. La Révolution, qui a commencé par l’insurrection de Paris le 22 février, c’est soldée par l’instauration de la Deuxième République le 24 février.  Le 4 mars 1848, c’est l’adoption du suffrage universel (masculin)…

Monument de la République à Paris : 4 septembre 1870 L’histoire de France est tronquée du Second Empire et nous voici le 4 septembre 1870. Il s’agit de la date de la Proclamation de la troisième République. Le 2 septembre, Napoléon III avait été battu à Sedan, entraînant de nouvelles émeutes à Paris et la convocation dans l’urgence du corps législatif.

Monument de la République à Paris : 14 juillet 1880Cette fois, la Commune de Paris (18 mars – 28 mai 1871) est passée sous silence. On arrive au dernier relief, qui relate un fait qui eut lieu le jour même de l’inauguration du plâtre préfigurant le monument de la République! Nous sommes le 14 juillet 1880, première fête nationale officiellement à cette date (voir plus haut au 14 juillet 1890).

Monument de la République à Paris : 14 juillet 1880, détail de la partie gaucheLa scène se passe sur la place de la Bastille, le petit génie de la Liberté qui se trouve place de la Bastille.

Photographies d’août 2014.

Abécédaire chat, huitième étape

Abécédaire chat, avancée de septembre 2016, détailJ’ai un peu avancé mon chat pour le SAL (projet de broderie en commun) « Chat va vider mon placard » (étendu aux broderies d’autres animaux), coordonné par Minouche… et ai brodé les lettres p, v, la queue et le début de la tête du dernier chat…

Abécédaire chat, avancée de septembre 2016, l'ensembleCe projet avance bien au fil des mois… C’est un modèle d’abécédaire pris dans le livre Brodez-moi chat d’Isabelle Haccourt-Vautier et Adeline Cras.

Revoir: la première étape, la deuxième, la troisième,  la quatrième, la cinquième, la sixième, la septième étapes, à suivre…

Mon père ouvre son atelier les 30 septembre, 1er et 2 octobre 2016

Installation de l’atelier de Lucien Dujardin pour les portes ouvertes des 30 septembre, 2 et 3 octobre 2016

Installation de l’atelier de Lucien Dujardin pour les portes ouvertes des 30 septembre, 2 et 3 octobre 2016

Dans dix jours, mon père ouvrira son atelier d’artiste à dans le cadre des Poaa/portes ouvertes d’ateliers d’artistes organisées par le conseil général du Nord, celui du Pas-de-Calais (pas de site) et la région de Flandre occidentale (14, 15 et 16 octobre 2016). Cette année, les trois départements organisent ces journées sur trois week-ends différents. Pour mon père, ça sera à Mouchin, vendredi 30 septembre de 14 h à 18 h, samedi 1er et dimanche 2 octobre de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h. Un groupe de randonneurs est annoncé le samedi matin…

Il a préparé un projet très mystérieux… et publié plusieurs articles sur la mise en place de l’exposition (clic sur ses vignettes pour voir les images en grand). Il y aura plein d’installations mystérieuses… dès la pelouse si la météo est coopérative. En tout cas, le thème tourne autour du Petit chaperon rouge, toutes les versions, et il a mis en avant celle du Nivernais! Je vous en avais aussi parlé de ces différentes versions quand j’ai réalisé le conte du en tissu dont il faudrait que je vous montre les dernières photographies.

Plus d’informations sur les Pooa2016 sur le blog de mon père, il a dévoilé plein de petits éléments depuis un mois, l’ensemble fera sens en venant le voir à Mouchin!

Retrouvez ici quelques gravures de  et ses photographies pour illustrer .

Le monument de la place de la République à Paris : les allégories

Monument de la République à Paris La place de la République à Paris, réaménagée en 2013, est devenue un lieu de recueillement après avoir été longtemps le point de départ ou d’arrivée des grandes manifestations… Mais qui regarde vraiment le monument? Pourtant, il est constitué de quatre figures allégoriques (je vous en parle dans cet article) et de douze plaques en bronze racontant les principaux épisodes de l’histoire de la République (à découvrir dans un prochain article).

Monument de la République à Paris : signature de Léopold et Charle MoriceToutes les statues sont du sculpteur Léopold Morice (Nîmes, 1846 – Paris, 1920) et l’architecte du monument n’est autre que son grand frère Charles Morice (1848-1908), ainsi qu’en atteste la signature : « Léopold Morice statuaire / Charles Morice architecte ». La République en bronze est installée sur une colonne de 15,5 mètres de haut. Elle-même mesure 9,50 mètres.

Dédicace du monument de la place de la République à ParisLe monument, commandé en 1879, est dédié  » A la gloire de la République Française, la ville de Paris, 1883  » (inscription sous les armoiries de la ville de Paris) et a été construit de 1880 (mise en place d’un modèle en plâtre le 14 juillet) à 1883 (inauguration officielle… encore le 14 juillet!).

Monument de la République à Paris : la RépubliqueLa République qui domine la colonne est un concentré des symboles de la République (je vous invite à relire cet article pour plus d’explications) :

Monument de la République à Paris : la tête de la République coiffée d'un bonnet phrygien et d'une couronne végétaleelle est coiffée d’un bonnet phrygien et d’une couronne, elle brandit un rameau d’olivier.

Monument de la République à Paris : la République vue de dosHabillée à l’Antique, en appui sur les droits de l’homme…

Monument de la République à Paris : l'épée de la République… elle porte une courte épée dans un fourreau contre son flanc gauche…

Monument de la République à Paris : les sandales de la République… et est pieds nus dans ses sandales.

Monument de la République à Paris : inscription sur les tables de la loi de la République Impossible de prendre l’inscription « droits de l’Homme » dans sa totalité…

Monument de la République à Paris : la LibertéLes trois autres allégories, sculptées en pierre, se répartissent autour de la colonne et illustrent la devise républicaine : Liberté, égalité, fraternité. Elles se distinguent par leurs attributs, et au cas où, leur « nom » est ajouté au-dessus ;-). Je commence donc par la Liberté…

Monument de la République à Paris : la LibertéNu-tête, elle est assise devant un chêne et brandit un flambeau. Alors que la célèbre statue de la Liberté  d’Auguste Bartholdi , quasi contemporaine (voir le modèle de 1878), se débarrasse de ses fers qui gisent à ses pieds,  la Liberté de Léopold Morice tient les fers dans sa main droite, en appui sur ses genoux.

Monument de la République à Paris : l'ÉgalitéL’Égalité semble un peu crispée, avec sa main cramponnée sur le drapeau…

Monument de la République à Paris : l'Égalité, détail de la cuirasse et du casqueElle a un air martial avec les attributs d’Athêna, déesse de la guerre : la cuirasse (égide) est sanglée par dessus sa robe et ses jupons et elle porte le casque typique de la déesse.

Monument de la République à Paris : l'Égalité, détail du drapeauElle tient de la main droite un drapeau à la hampe ceinte d’une cocarde et portant le chiffre de la République (RF).

Monument de la République à Paris : l'Égalité, détail du niveau Elle tient de la main gauche le niveau triangulaire des charpentiers.

Monument de la République à Paris : la FraternitéLa Fraternité est est vêtue d’une robe au corsage lacé de manière assez serrée.

Monument de la République à Paris : la Fraternité, avec la corne d'abondanceCoiffée d’un foulard noué derrière la tête, la Fraternité est assise avec un bouquet d’anémones qui s’échappent de la corne d’abondance posée sur ses genoux.

Monument de la République à Paris : la Fraternité, détail de la charrueDe sa main droite, elle s’appuie sur les brancards d’une charrue.

Monument de la République à Paris : la Fraternité, détail des enfants, gerbe de blé et raisinA ses pieds deux enfants potelés (dodus pour faire plaisir à Maryse?) semblent concentrés sur un livre. Derrière eux, gerbes de blé et raisins symbolisent l’abondance.

Monument de la République à Paris : devises Pax et Labor (paix et travail)Des cuirs posés sur des faisceaux de licteur (revoir les symboles de la République) séparent les allégories sur les côtés (devant, il y a les armes de la ville de Paris) et encadrent donc la Fraternité ; ils portent les inscriptions « LABOR » (travail) et « PAX » (paix), deux devises fréquemment associées à la République à la fin du 19e siècle, on les trouve par exemple aussi sur la façade de la bourse du travail édifiée en 1889-1890 à Paris.

Monument de la République à Paris : le lion gardant l'urne du suffrage universelDevant le monument, un lion majestueux (3 mètres de long quand même) garde une urne marquée du « Suffrage universel »…

Monument de la République à Paris : marque du fondeur Thiébaut frères sur le socle de la RépubliqueElle porte la marque des fondeurs Thiébaut frères, dont je vous ai déjà beaucoup parlé.

Monument de la République à Paris : le lion et les trophées de 1789… et des trophées marqués 1789 accompagnés de palmes.

Monument de la République à Paris : marque du fondeur Thiébaut frères sur le socle du lionLui aussi porte la marque de  » Thiébaut frères fondeurs ».

Photographies d’août 2014.

E et G au tricot

E au tricotJ’ai poursuivi mes petits carrés au tricot… Voici le E, toujours tiré des grilles dans Lettres tricotées, de Catherine Hirst et Erssie Major, aux éditions Marabout (2013).

Initiales au tricot: deux V, E, G et SDans la foulée, j’ai réalisé le G, voici l’ensemble des premières lettres tricotés (pas de vue de détail).

Voir le V, le S, un deuxième V, à suivre…

A poil… petites leçons médiévales d’anatomie…

Scène d'accouplement, sculpture gothique sur un chapiteau dans l'église de Payroux, Vienne, vue rapprochéeIl y a deux ans, je vous montrais quelques exemples de « sculptures à poil » à Melle (église Saint-Savinien) et à Payroux (d’où provient la scène d’accouplement ci-contre), puis amorcé une courte série sur le mot-clef Tous à poil, du titre de ce petit livre de Claire Franek et Marc Daniau, aux éditions du Rouergue fustigé par Jean-François Copé. Je voulais depuis vous montrer les deux exemples que je vous propose aujourd’hui, mais je n’avais pas de bonnes photographies, il faut dire que ces modillons sont perchés un peu hauts, surtout celui de la cathédrale de Poitiers.

Les deux ont été réalisés par la même équipe de sculpteurs, autour de 1200, dans la cathédrale et dans l’église Sainte-Radegonde à Poitiers, donc à quelques dizaines de mètres l’un de l’autre, dans la troisième  travée de la nef du côté nord pour le premier édifice et dans la deuxième travée du côté sud pour le second. Point de scènes d’amour acrobatiques cette fois-ci, juste des nus qui montrent bien leur anatomie… et même un peu plus 😉 Des historiens de l’art classent ces modillons dans les obsenae (objets à caractère obscène), ce sont juste des petites sculptures réalistes…

Homme nu sur un modillon intérieur de la cathédrale de PoitiersJe vous présente donc Monsieur, pas en érection mais quand même avec une belle paire de testicules, en train de jouer avec sa bouche (euh, Freud, au secours, ce Monsieur a régressé au stade oral???). En tout cas, Monsieur est tout nu dans la cathédrale…

Femme voilée en train de se masturber sur un modillon gothique de l'église Sainte-Radegonde à Poitiers… pas comme Madame dans l’église Sainte-Radegonde! Un voile couvre ses cheveux et ses épaules, retombant sur ses genoux, mais ses pieds, ses seins (qui pointent comme sous l’effet de l’excitation) et… sa vulve sont nus.  C’est l’une des rares scènes de masturbation féminine très explicite connue pour le tout début de l’art gothique. Impossible ici de se cacher derrière une explication genre « scène de maïeutique » (art de l’accouchement), chère à certains historiens de l’art, il n’y a aucun doute ici, Madame se pince (se titille ?) les grandes lèvres avec les doigts! Les sculpteurs étant en principe des hommes à cette époque, celui qui a réalisé ce modillon était bien au courant des jeux féminins intimes !

Comme quoi, on peut aller à la messe et se rincer l’œil, peut-être que ça évite aux curés et autres chanoines de toucher aux enfants de chœur? D’accord, la question ne se posait pas vraiment en 1200, le sacrement chrétien du mariage n’existait pas encore : l’Église tente d’imposer le mariage à partir de 1100, auparavant, le mariage était une affaire purement civile, pour la transmission des biens notamment, et le mariage ne devient le septième sacrement de l’église qu’à partir du quatrième concile de Latran, en 1215. Les chanoines n’ont jamais été soumis au célibat, et le célibat des prêtres, juste prescrit par le pape Grégoire VII (synode de Latran en 1074), n’était pas vraiment respecté en dépit des rappels lors concile de Latran II en 1132, puis dans les canons de 1139, et plus de la moitié des prêtres vivent alors encore en couple à la fin du Moyen-Âge. Bon, au moins, avec ces modillons, chacun peut vérifier « comment c’est fait », un homme et une femme…

Photographies septembre 2016.

Comment devenir écrivain… de Caryl Férey

pioche-en-bib.jpgCouverture de Comment devenir écrivain quand on vient de la grande plouquerie internationale, de Caryl FéreyJe poursuis ma découverte de l’œuvre de Caryl Férey (voir Mapuche, Les nuits de San Francisco) avec ce livre au titre à rallonge emprunté à la médiathèque.

Le livre : Comment devenir écrivain quand on vient de la grande plouquerie internationale, de Caryl Férey, éditions du Point, 2013, 162 pages, ISBN 9782757833810.

L’histoire : à Montfort-sur-Meu, en Ille-et-Vilaine, au début des années 1970. Le narrateur essaye d’échapper à la tyrannie de son frère, de deux ans son aîné, un peu cancre -ils se retrouvent dans la même classe quand il redouble – , à tester différentes activités sportives. Puis c’est le collège, les quolibets (« pédé » pour ses fréquentations et parce qu’il est hors norme, trop petit), le lycée à Rennes, deux secondes, une première et deux terminales… avant un tour du monde, des tas de petits boulots en attendant de réaliser un rêve, devenir écrivain, passer de la quasi auto-édition à la série noire de Gallimard, le Graal qui paraît inaccessible…

Mon avis : j’avoue que j’ai failli arrêter dès le premier chapitre, une longue longue phrase d’une dizaine de pages sous le titre « l’ennemi » (= le frère)! Le style évolue ensuite, au gré de l’évolution de sa plume, de sa découverte du métier d’écrivain, des doutes, de la nécessité de ré-écrire, encore et encore, le tout avec beaucoup d’humour et de recul, les premières avances calculées en mois de RMI, les espoirs déçus (l’avant-dernier titre des éditions La Baleine avant sa faillite…), la rédaction de scénarios en attendant les réponses des éditeurs -désignés sous des pseudonymes disons… animaliers (Hibou Lugubre, Cheval fougueux*, …) ou affectifs (Gros papa). La vie de l’écrivain vue de l’intérieur, avec recul et humour!

*Cheval fougueux = Aurélien Masson, le jeune directeur de la série noire que j’avais rencontré à Poitiers il y a quelques années, je n’avais pas trop aimé l’un des livres qu’il avait le plus défendu dans les derniers titres qu’il avait édités, Bien connu des services de police de Dominique Manotti.

Des jours… mexicains!

Broderie à jour du MexiqueMaryse m’a rapporté de son dernier voyage ce beau napperon… Ces dames (enfin, les hommes ont aussi le droit de s’y mettre) brodent beaucoup au Mexique. Je vous ai montré il y a un certain temps une coupe de fruits colorée, cette fois, il s’agit d’une technique de broderie blanche à jours qui, pour les Poitevin(e)s,  rappelle un peu les jours d’Angles(-sur-l’Anglin) mais pas avec les mêmes techniques d’arrêt des fils.

Broderie à jour du Mexique, partie extérieureVoici de plus près un zoom sur les fleurs avec un fil repassé autour des parties ajourées et la bordure au crochet…

Broderie à jour du Mexique, partie centrale… et les jours de la partie centrale. Merci beaucoup à Maryse et… bravo à la brodeuse!

Frantz, de François Ozon

Affiche de Frantz, de François OzonDimanche, je suis allée voir Frantz, de François Ozon, film inspiré – très librement d’après la critique – d’un drame peu connu d’Ernst Lubitsch, Broken Lullaby (L’homme que j’ai tué), 1932.

L’histoire : au printemps 1919, dans la petite ville de  Quedlinburg en Saxe-Anhalt. Alors qu’elle se rend sur la tombe de Frantz [Anton von Lucke] son fiancé tombé au combat en septembre 1918, Anna [Paula Bee] constate que la tombe a été fleurie… C’est un français, Adrien Rivoire [Pierre Niney] qui se présente le lendemain chez les parents inconsolables de Frantz, Magda [Marie Gruber] et le Dr Hoffmeister [Ernst Stötzner], chez qui loge Anna, en deuil et déprimée, refusant de céder aux avances de Kreutz [Johann von Bülow], militant nationaliste d’un certain âge qui a demandé sa main. Avant la guerre, Frantz, francophile et pacifiste, avait poursuivi ses études à Paris, Adrien Rivoire, riche héritier d’un château bourguignon, était violoniste dans l’orchestre de Paris. Adrien raconte la vie d’avant-guerre, leurs visites au Louvre, autour d’un tableau de Manet « montrant un homme renversé en arrière ».

Mon avis : le noir et blanc de ce film très travaillé (je trouve la scène nocturne dans le cimetière particulièrement réussie), entrecoupé de quelques scènes au couleurs plutôt sépias, quasi irréelles même pour l’apparition en rêve de la figure blessée de Frantz dans un rêve d’Anna (bon, ça passe mieux que le bébé aux ailes de poulet de Ricky). Il mêle aussi passages en français et en allemand, il est donc indispensable de le voir en version originale.

Le discours joue sur la difficulté, au lendemain de la guerre, pour un Français à apparaître dans la petite ville de Saxe ou une Allemande à Paris ou dans le château de Meursault (où l’on voit notamment les actrices Cyrielle Clair – la mère d’Adrien – et Alice de Lencquesaing – sa promise). La position du père évolue, lui qui a forcé son fils pacifiste à s’engager présente à ses amis de club qu’ils ont, comme les français, une responsabilité dans la mort de leurs fils, en les armant et en les envoyant à la boucherie. Un discours qui n’évite pas les clichés, Reiner Maria Rilke (tiens, pourquoi un Autrichien?) face à la poésie de Paul Verlaine (chanson d’automne… voir ci-dessous), une musique de film qui emprunte le thème de l’Ode à la joie de Beethoven, etc. En revanche, je ne connaissais pas le tableau Le suicidé, d’Édouard Manet, placé pour les besoins du film dans une galerie du Louvre et qui est d’une grande force.

Le charme du film repose aussi sur le charmant accent français de Paula Bee et sur l’accent allemand, comment dire, étrange, de Pierre Niney, j’ai entendu dans un entretien sur France Inter qu’il ne parlait pas allemand avant de tourner ce film… et il mélange curieusement certaines prononciations. Du coup, quand il aspire de « ch » dans « möchte » en [x] au lieu de [ç] , un peu à la bavaroise (« mokhte », quasi comme le prétérit mochte) , on hésite, qu’a-t-il voulu dire? Le sous-titre indique un conditionnel (« möchte » est un forme du subjonctif II qui correspond à notre conditionnel), mais le spectateur attentif a bien entendu [‘mOxt´], donc un prétérit (+/- passé)… Je ne suis pas si sûre qu’il s’agisse d’un simple détail, les dialogues en allemand m’ont paru très pauvres, et pas seulement à cause du scénario, les parents de Frantz qui apprennent à connaître Adrien Rivoire. S’il n’y avait des scènes en français dans la partie allemande, celle-ci serait sans doute très lassante, trop lente, trop pauvre.

Ceci étant, je vous conseille quand même ce film 😉

Pour aller plus loin :

– Voir le tableau Le suicidé, d’Édouard Manet, sur le site de la fondation Emil G. Buehrle à Zürich. Il s’agit d’une toile de moyen format (38 x 46 cm), peinte après 1877 et avant 1881, date de sa cession au cours d’une vente aux enchères organisée par le peintre Pierre Franc-Lamy au profit du compositeur Ernest Cabaner, alors au sanatorium.

– Voir le site de la ville de Quedlinburg en Saxe-Anhalt.

– Sur mon blog, voir quelques tombes du cimetière de Passy à Paris (où le cousin d’Adrien Rivoire est censé être enterré).

– Mes avis sur les précédents films de  François Ozon :  Une nouvelle amie, Dans la maison, Ricky).

Chanson d’automne de Paul Verlaine

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Treize marches de Kazuaki Takano

pioche-en-bib.jpgCouverture de Treize marches de Kazuaki TakanoJ’ai trouvé ce livre parmi les nouvelles acquisitions de la médiathèque.

Le livre : Treize marches de Kazuaki Takano, traduit du japonais par Jean-Baptiste Flamin, éditions Presses de la Cité, 2016, 362 pages, ISBN 9782258134119.

L’histoire : à Tokyo, au début du XXIe siècle. Shôji Nangô, un gardien de prison qui s’occupe de réinsertion des délinquants et criminels, traumatisé d’avoir participé à deux exécutions capitales, répond à l’annonce d’un avocat qui veut sauver Ryô Kihara, trente-deux ans, dont l’exécution de la peine de mort est imminente. Bien qu’amnésique des faits, il a été condamné pour avoir été retrouvé dix ans plus tôt, ensanglanté, à proximité de la scène du double meurtre de son conseiller en réinsertion et de sa femme. Pour mener à bien son enquête, Shôji Nangô fait libérer en conditionnelle sous sa responsabilité Jun’ichi Mikami, condamné à deux ans de prison pour homicide involontaire et qui, au moment des faits, avait fugué avec son amie de lycée dans la même ville.

Mon avis : avec ce livre, nous entrons dans un monde très différent du nôtre, où le repentir du délinquant – et a fortiori du meurtrier – joue un grand rôle, ainsi que l’indemnisation et le pardon des victimes. Un système avec des libérations conditionnelles et un suivi par des conseillers privés, qui ont le pouvoir de renvoyer pour toujours en prison les personnes qu’ils suivent. L’importance des sceaux – pour authentifier un document, à la place de notre signature – saute aux yeux. Ce roman détaille aussi le processus d’exécution des peines de mort au Japon, sans vraiment la dénoncer clairement, au travers de l’ambiguïté des personnages et de leurs motivations dans cette histoire. Tout se joue sur des symboles : treize marches, celles revenues en flash par le condamné amnésique, mais aussi les treize étapes administratives (avec treize sceaux) à franchir pour exécuter la sentence. Bon, côté polar, je n’ai pas vraiment mordu, mais ce livre m’a éclairé un peu sur la société nippone et ses contradictions face à la justice, à la peine de mort, à la rédemption des coupables, la financiarisation avec des dommages et intérêts exorbitants à payer par le coupable ou sa famille s’il ne peut pas seul. Dommage que certains aspects ne soient pas plus développés, comme le viol dont a été victime une jeune fille, qui l’a brisée psychologiquement, entre les lignes et en quelques pages apparaissent sa détresse et ses tentatives de suicide, sa honte et son impossibilité de porter plainte, qui aurait encore aggravé sa honte. Bref, son statut de victime a été nié, enfin même pas nié, puisque seuls quatre personnes sont au courant, ses trois agresseurs et son petit ami.