Saisie d'écran de l'interrogation Jonard Catteau dans la base de données Transparence.sante.gouv.fr

Minimisation des conséquences des méningiomes et conflits d’intérêt d’une gynécologue

Dans le cadre de la promotion de la promotion de l’émission enquête de santé d’Elise Richard, qui sera diffusée demain 13 octobre 2026 suivie d’un débat et qui est déjà disponible en ligne (documentaire sans débat, voir Traitements hormonaux : le nouveau scandale sanitaire ? en replay), plusieurs émissions ont été consacrées au sujet, avec par exemple une intervention de Marina Carrère-d’Encausse et d’Elise Richard dans C à vous (voir sur youtube), rien dire sauf la confusion entre frais d’avocats et frais de justice… le plus gros des frais engagés, ce sont ceux pour l’expertise médicale et l’expertise de consolidation, voir les détails de mon cas ici). Rien à dire non plus pour l’intervention d’Elise Richard dans le Magazine de la santé, qui avait pourtant fortement minimisé les conséquences des méningiomes un mois plus tôt lors de l’alerte pour le Desogestrel, je reviendrai une autre fois sur ce sujet.

En revanche, l’émission Grand bien vous fasse du 5 octobre 2026 (Ménopause, contraception, endométriose : que penser des traitements hormonaux ?) en partenariat avec le magazine de la santé a minimisé autant qu’elle pouvait les risques, là encore, les risques. Enfin, pas l’émission en entier, le neurochirurgien a exposé la gravité des lésions et des conséquences des méningiomes, Marina Carrère-d’Encausse a ramé pour justifier les prescriptions hors autorisations de mise sur le marché (AMM), cela fera aussi l’objet d’un autre billet. Elise Richard, autrice du documentaire, n’était pas présente. La gynécologue a quant à elle passé son temps à minimiser le rôle des progestatifs, l’incidence (le nombre) de méningiomes imputables aux médicaments et la gravité de ces tumeurs.

Je vous avais déjà parlé de ces médecins qui nient (voir ici un neurochirurgien de Poitiers en 2022) ou minimisent le lien de causalité entre les progestatifs, au premier rang desquels l’Acétate de Cyprotérone / Androcur (Bayer jusqu’à l’année dernière) et ses génériques, lutényl qui était produit par Théramex et lutéran. Je vous renvoie à cet article pour les conséquences de ces tumeurs au cerveau ou plus exactement d’un enveloppe du cerveau qui peut comprimer celui-ci ou des nerfs crâniens (nerfs olfactif, auditifs, visuels…) ou encore provoquer de l’oedème cérébral en réaction à l’inflammation.

Mon réflexe, depuis longtemps, est d’aller vérifier sur la base de données transparence santé si un conflit d’intérêt pourrait expliquer la position d’un soignant. Cette base garde les déclarations d’intérêt notamment des professionnels de santé avec les laboratoires au cours des 5 dernières années flottantes. Dans son livre Les Mal Traitées. Le scandale des violences médicales faites aux femmes, paru il y a quelques jours chez Flammarion, Liane Courté en parle à plusieurs reprises (notamment p. 112 et suivantes) et a eu accès à des extraits plus anciens grâce à l’une de ses sources. Je me contente quant à moi des 5 dernières années disponibles dans la base de données publique. Comme souvent, il y a plusieurs dossiers pour cette gynécologue : Sophie Jonard-Catteau (Hellèmes-Lille, Lille), Sophie Catteau Jonard (Hellèmes-Lille) et Sophie Catteau-Jonard (Lille), l’unification de la base de données par l’identifiant du médecin n’est pas encore complètement acquise bien que promise depuis longtemps. J’ai ma propre moulinette pour traiter ces fichiers .csv dans un tableur, en changeant l’ordre des colonnes en particulier. Au total, sur 5 ans, elle a près de 200 lignes (sur 5 ans, ça fait quand même une moyenne de 3 par mois), dont 8 avec Bayer et 34 avec Theramex. Certes, il y a des repas, mais surtout avec Theramex, ce sont surtout des contrats de participation à une manifestation, sans plus de précisions. La loi dite loi de Xavier Bertrand de 2011 (art. L-1453-1 du code de la santé publique) prévoit pourtant que les entreprises doivent déclarer  » l’objet précis, la date, le bénéficiaire direct et le bénéficiaire final, et le montant des conventions qu’elles concluent avec : les professionnels de santé […] « . L’excuse pour masquer ces précisions ? Cet alinéa qui suit en se référant au droit des affaires :  » Cette obligation ne s’applique pas aux conventions régies par les articles L. 441-3 et L. 441-9 du code de commerce et qui ont pour objet l’achat de biens ou de services par les personnes physiques ou morales mentionnées aux 1° à 9° du présent I auprès des entreprises produisant ou commercialisant des produits mentionnés au II de l’article L. 5311-1 du présent code ou assurant des prestations associées à ces produits « … C’est donc une transparence très relative, et il faut se contenter de « convention ». Ces nombreux liens ne peuvent pas permettre à cette gynécologue d’exposer la gravité des méningiomes sous Androcur, Lutéran et Lutényl notamment, qui surviennent 15 ans plus tôt en moyenne que dans la population générale, ont tendance à se développer et à s’ossifier plus vite, sont plus souvent cancéreux (20% contre 15%), et qui, contrairement à ce qu’elle dit, ne régresse pas tous à l’arrêt du traitement et peuvent se redévelopper très vite en cas de nouvelle exposition aux oestrogènes, qu’ils soient artificiels (médicaments, pilules) ou naturels (grossesse ; contrairement à ce qu’elle a dit, en cas de troubles hormonaux, la victime de méningiomes peut être placée artificiellement en ménopause, ça a été mon cas). Qui dit qu’elle n’a pas pour mission, dans l’une de ces conventions, de minimiser le risque, comme autrefois certains médecins payés par les lobbys du tabac pour nier son lien avec le cancer des poumons? Pas de transparence, cela laisse aussi la porte ouverte à toutes les spéculations.

Les médecins doivent mettre une diapo sur leurs liens d’intérêt au cours des colloques, j’en ai été témoin à plusieurs reprises pour des congrès de génétique auxquels j’ai assisté (pour l’association Valentin Apac) et Liane Courté montre aussi dans son livre comment cette diapo peut être expédiée en catimini dans sa partie sur Essure. Une émission de radio ou de télévision n’est-elle pas un exposé public qui devrait aussi être soumis à la déclaration des liens d’intérêts entre les soignants et les laboratoires?

Si vous allez voir la fiche du neurochirurgien qui est intervenu à cette même émission, il a de très rares déclarations, et quasi exclusivement des prises en charge de repas, ce qui est normal et parfois inévitable : dans certains colloques, les laboratoires offrent un repas, tout le monde se retrouve avec 20€ de déclaration d’intérêt, sauf à aller déjeuner dans son coin à l’extérieur du colloque et donc probablement loin de ses collègues.

Et pour les victimes, n’hésitez pas à contacter l’Association Méningiomes dus à l’Acétate de cyprotérone, aide aux Victimes Et prise en compte des Autres molécules (Amavea) si vous avez besoin d’aide ou de renseignements.

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