Bertrand Bellon au château de Tours

Je suis allée au château de Tours pour voir l’exposition Robert Capa et la couleur, mais j’en ai profité pour voir aussi les expositions dans les étages supérieurs. Direction le deuxième étage pour commencer, je vous parlerai de la troisième exposition très vite.

Bertrand Bellon, les choses ordinaires de la vie

Affiche de l'exposition Bertrand Bellon, les choses ordinaires de la vieL’exposition était programmée jusqu’au 8 mai 2016 mais a été prolongée d’un mois, jusqu’au 5 juin 2016. Elle est donc dans ses derniers jours. Elle est accompagnée d’une vidéo de 5 minutes, prise dans l’atelier parisien de l’artiste, et je pense qu’il est intéressant de la voir avant plutôt qu’à la fin de la visite. Selon la présentation officielle, « Bertrand Bellon est né au Maroc en 1945. Il a une formation universitaire en art et en sciences sociales. Il détient deux doctorats et a été Professeur dans la plus reconnue des universités françaises : l’Université Paris-Sud. Chercheur, il a écrit 12 livres et un grand nombre d’articles en sciences sociales« .

Je n’ai pas trop accroché à ses peintures, mais j’aime beaucoup ses grands formats sous forme de grands dépliants en papier qui illustrent des poèmes, à l’encre et/ou au fusain et/ou à l’acrylique, notamment Les quatre saisons (insectes dans l’herbe au fil des saisons, 28 x 480 cm), La vie de l’arbre (qui illustre un poème de Paul Verlaine, Sagesse, 1880, 32 x 640 cm). J’aime bien aussi ses arbres à l’encre de chine.

Une petite remarque, le dépliant est écrit en majuscules, en jaune sur gris-vert foncé, c’est quasiment illisible (au moins pour moi, même si ma vue est quasi normale maintenant). Vous pouvez le constater vous-même, il est téléchargeable ici (.pdf).

Pour aller plus loin, voir le site officiel de Bertrand Bellon ou son compte facebook.

D’autres expositions du château de Tours: revoir Max Ernst, Yves Elléouët et sur la fondation des Treilles, Nadar, Richelieu, Kertesz et Zola, Robert Capa et la couleur.

Un pullover de mi-saison (2)

Pullover gris, deuxième étape, le corps jusqu'aux emmanchuresJ’ai poursuivi mon nouveau pullover… toujours au rythme des démontages sur certains rangs de torsades. Je suis quand même arrivée au niveau des manches. J’attaque les manches en quatre aiguilles, au début au moins car il n’y a pas assez de mailles pour une aiguille circulaire, mais les côtes torses seront plus régulières si je les tricote toujours sur un range endroit. A suivre…

Modèle de Passion tricot n° 3 (4e trimestre 2015).

Les cahiers russes, d’Igort

pioche-en-bib.jpgCouverture de Les cahiers russes, d'IgortAprès Les cahiers ukrainiens il y a quelques années, je viens d’emprunter les Cahiers russes à la médiathèque.

Le livre : Les cahiers russes, la guerre oubliée du Caucase, de Igor Tuveri, dit Igort (scénario et dessin), éditions Futuropolis, 2012, 172 pages, ISBN 9782754807579.

L’histoire : Moscou, en 2009. Trois ans après l’assassinat d’Anna Politkovskaïa, militante des droits de l’Homme, journaliste à la Novaïa Gazeta,  le 7 octobre 2006, Igort entre dans l’immeuble et l’ascenseur où elle a été assassinée. Elle voulait défendre la cause des Tchétchène. Après sa mort, son ami et avocat a poursuivi son action, avant d’être à son tour assassiné en janvier 2009, après de multiples agressions physiques et menaces de mort. Retour sur les actions de ces deux personnes, d’exception, leur combat, le rôle de médiateur d’Anna Politkovskaïa lors de la prise d’otages du théâtre Doubrovska en octobre 2002, sur les exactions russes en Tchétchénie…

Mon avis : Igort retrace les exactions russes en Tchétchénie et présente les prises d’otages du théâtre de Moscou et de Beslan comme des conséquences de ce qui se passait dans cette zone soit disant autonome, et les centaines de morts comme l’incurie des services russes (voir aussi L’incertitude de l’aube de Sophie Van der Linden). Il met en image les témoignages recueillis par la journaliste sur les tortures et autres exécutions sommaires en Tchétchénie, auprès de victimes et de soldats. Cependant, je n’aime pas trop le style du dessin. Le récit se présente comme un entretien avec Galia Ackerman, une amie de la journaliste, en alternance avec la plongée dans la violence en Tchétchénie ou contre ceux qui défendent sa cause. Je n’ai pas trop compris certaines digressions, comme la page sur la famine en Ukraine sous Staline (sujet des Les cahiers ukrainiens), sans rapport avec le sujet, pas plus que les passions littéraires d’Anna Politkovskaïa pour Léon Tolstoï et Fédor Dostoïevski. Cela brouille un peu le récit.

Éperdument, chants d’amours persans par Alireza Ghorbani

Le théâtre et auditorium de Poitiers après l'ouverture du viaduc, février 2014

Chaque année, j’essaye de voir un spectacle de musique orientale au théâtre et auditorium de Poitiers / TAP, cette année, c’était Éperdument, chants d’amour persans par l’artiste iranien Alireza Ghorbani, qui a récemment donné aussi des concerts avec Dorsaf Hamdani, venue à Poitiers il y a deux ans. Déjà la fin de la saison 2015-2016…

Le spectacle : la scène de l’auditorium est délimitée sur les côtés par des rideaux noirs. Au centre, assez vers l’avant, des banquettes couvertes de tapis. Alireza Ghorbani et ses trois musiciens, Saman Samimi (kamanche), Milad Mahammadi (tar) et Hussein Zahawy (daf, udu) prennent place, l’un assis en tailleur.

Une très belle soirée, une très belle voix accompagnée par une musique parfaite, pas trop présente, laissant bien entendre la voix mais également mise en valeur par de beaux solos… Je vous recommande ce spectacle s’il passe près de chez vous, en attendant, voici un extrait proposé par France Musique (Ali Reza Ghorbani à l’abbaye de Royaumont).

Julieta de Pedro Almodóvar

Affiche de Julieta de Pedro AlmodóvarJe ne vais pas voir tous les films de Pedro Almodóvar, j’avais trouvé La piel que habito, adapté de Mygale de Thierry Jonquet, trop violent, je n’étais pas allée voir le suivant, Les amants passagers. Vous pouvez aussi relire mon avis sur Les étreintes brisées.

L’histoire : de nos jours à Madrid. Julieta [Emma Suárez] doit suivre Lorenzo, son compagnon [Dario Grandinetti] au Portugal lorsqu’elle croise Bea [Michelle Jenner] la meilleure amie d’enfance de sa fille Antía. Elle lui apprend qu’elle l’a croisée il y a peu près du lac de Côme, en Italie, mais ne sait pas que Julieta ne l’a pas vue depuis 13 ans, juste après sa majorité. Retour une trentaine d’années en arrière. Dans un train, alors qu’elle [Adriana Ugarte] va  remplacer un professeur de philosophie, l’homme qui s’était assis face à elle et auquel elle n’avait pas prêté attention se suicide… L’occasion de faire connaissance avec Xoan, marin-pêcheur [Daniel Grao] dont la femme est dans le coma depuis plusieurs années en Galice. A la fin de son contrat, elle va le rejoindre, entre Ava l’amie sculpteure [Inma Cuesta], Marian la bonne [Rossy de Palma], et bientôt leur petite fille, Antía…

Mon avis: sous des apparences parfois légères, portées par la belle musique d’Alberto Iglesias et Chavela Vargas, se cachent de lourds secrets (de famille et au-delà). Pourquoi Julieta ne voit-elle pas plus son père? De quoi souffre sa mère? Pourquoi se sent-elle si coupable du suicide d’un homme qu’elle n’a vu que quelques minutes? Quel rôle la bonne a vraiment joué dans le départ en mer de Xoan, alors que la tempête s’annonçait? Pourquoi Bea est-elle partie étudier aux États-Unis pour fuir Antía qu’elle qualifie, après-coup, de toxique? Pourquoi Antía a-t-elle à son tour fui Madrid? Le spectateur devra en partie trouver les réponses en écho avec sa propre vie. Il y a de très belles images, j’ai beaucoup aimé la maison de Xoan, léchée par la mer, l’arrivée dans les Pyrénées, la manière de filmer les visages… N’hésitez pas à aller le voir!

200 ans de tourisme en Touraine

L'hôtel Gouïn à ToursJe suis allée à Tours avant tout pour voir l’exposition Robert Capa et la couleur, mais j’en ai aussi profité pour aller voir 200 ans de tourisme en Touraine, dans l’hôtel Gouïn enfin rouvert à la visite après des années de travaux. Il abritait auparavant la société archéologique de Touraine, désormais, le conseil départemental d’Indre-et-Loire, propriétaire du bâtiment, souhaite l’utiliser pour des expositions.

Affiche de l'exposition 200 ans de tourisme en TouraineCe sont donc les archives départementales qui présentent jusqu’au 12 juin 2016 200 ans de tourisme en Touraine.

L’exposition s’organise autour de photographies et de cartes postales anciennes reproduites en grands formats, mais aussi de cartes postales plus récentes dans des présentoirs de boutique, des affiches, des cartes, la reconstitution d’une table de restaurant (de 1800), des produits touristiques (boules à neige, assiettes et autres dés en porcelaine, jeux à peindre, …), des films de propagande touristique. J’ai découvert les paniers à pruneaux en osier (un « vrai », modèle déposé, et un saisi comme contrefaçon), ainsi que le mode de réalisation des premiers sons et lumières de Chenonceau et d’Azay-le-Rideau en 1953 et 1954. Vous y trouverez aussi une vue de l’ancien embarcadère des chemins de fer à Tours, les premières propositions de visite en hélicoptère en 1956 (au départ de Bruxelles -si, si, via Paris), les tenues des guides-conférencières, alors « hôtesses-guides-interprètes » (pas d’hommes en ces débuts…). Je n’ai pas encore lu le catalogue richement illustré (176 pages, 300 illustrations) et qui semble reprendre les textes des panneaux explicatifs, probablement enrichis. N’hésitez pas à aller voir cette belle exposition qui est aussi l’occasion de (re)découvrir le bel hôtel Gouïn.

L’exposition est gratuite, lors de ma visite, il y avait un groupe très indiscipliné, bruyant, qui pensait avant tout à faire des selfies et des photos de groupe, y compris avec de longues perches manipulées dangereusement (et interdites dans la quasi totalité des musées)…

 

Bientôt un pullover de mi-saison…

Pullover gris, le premier tiersJ’ai repéré en couverture de Passion tricot n° 3 (4e trimestre 2015) un pullover qui me plaît bien même s’il est un peu court, je vais faire des rangs supplémentaires… J’ai choisi de le tricoter avec des aiguilles circulaires, comme dans le modèle. Les côtes sont des côtes torses, ce qui rend très bien. Ensuite, les torsades sont à tricoter un rang sur 4, pas de grande difficulté… sauf l’autre jour en papotant avec Maryse, j’ai décalé et été obligé de démonter deux fois! Quant à Maryse, elle n’aimait ce qu’elle avait tricoté ce jour là et à tout détricoté depuis!

Café society de Woody Allen

Affiche de Café society de Woody AllenJe suis allée voir le dernier film de . Je vais d’ailleurs voir la quasi totalité de ses films (relire mes avis par les liens en fin d’article).

L’histoire : à New-York dans les années 1930. Bobby Dorfman [] ne veut plus travailler dans la bijouterie de son père. Sa mère insiste auprès de son propre frère, Phil [Steve Carell] pour qu’il le prenne dans sa société à Hollywood. Il tombe amoureux de Vonnie [Kristen Stewart] mais celle-ci n’est pas libre… et finit par se marier avec Phil. Bobby rentre à New-York, où il devient gérant du Café Society, créé avec l’argent sale de son frère aîné, Ben le gangster [Corey Stoll], et épouse Veronica [Blake Lively]…

Mon avis: en Woody Allen dans la « tradition », une famille juive, du second degré sur la religion, des dépressifs (la sœur du héros et son mari professeur de philosophie communiste), scènes conjugales, narration en voie off. La musique du film jazzy est très réussie, la photographie est soignée, avec un très beau rendu des carnations en clair-obscur. Un bon cru 2016… Surtout, allez le voir en VO car si la VF est aussi nulle que le sous-titrage, alors il y a un net appauvrissement du niveau de langue!

Sur Woody Allen, vous pouvez relire mes articles

Ma Loute de Bruno Dumont

Affiche de Ma Loute de Bruno DumontJe suis allée voir Ma Loute de Bruno Dumont, film qui vient d’être présenté au festival de Cannes.

L’histoire : été 1910, sur la côte du Pas-de-Calais, dans la baie de la Slack. D’un côté, les locaux, et la famille Brufort, pêcheurs de moules et passeurs du bras de mer pour les touristes venus de Lille, Roubaix et Tourcoing : le père [Thierry Lavieville], la mère [Caroline Carbonnier], les quatre garçons dont Ma Loute [Brandon Lavieville], l’adolescent. De l’autre, la famille d’industriels qui vit dans une somptueuse villa qui domine la baie: André, le père [Fabrice Luchini], Isabelle, la mère [Valeria Bruni Tedeschi], leurs deux filles, Billie la cousine [Raph], bientôt rejoints par le frère de la mère, Christian [Jean-Luc Vincent] et Aude [Juliette Binoche] la sœur du père et mère de Billie, tous les adultes étant cousins. Au milieu, des touristes ont disparu et l’inspecteur Alfred Machin [Didier Despres], en « léger surpoids », mène l’enquête avec son adjoint, Malfoy [Cyril Rigaux].

Mon avis : si vous avez vu la série P’tit Quinquin, du même réalisateur, sur Arte, ce film est dans la même veine, mêlant absurde et sérieux. Si vous avez vu la série et ne l’avez pas appréciée, il vaut mieux éviter d’aller voir ce film, qui peut déranger s’il est pris au premier degré (un couple de spectateurs est sorti de la salle au milieu du film) Le maire de Wissant, qui avait protesté pour la série, ne va pas aimer 😉 . Les acteurs sont méconnaissables, normal, me direz-vous, pour une prosopagnosique, mais il m’a fallu un long moment pour reconnaître Fabrice Luchini (en fait, c’est sa voix que j’ai reconnue) et je n’ai pas du tout reconnu Juliette Binoche, qui fait pourtant partie des visages que je « travaille » en rééducation, ni Jean-Luc Vincent, qui jouait Paul Claudel dans le précédent film de Bruno Dumont, Camille Claudel 1915. Les paysages de la baie et du cap Blanc-Nez, avec sa lumière si particulière, sont splendides (et vous donneront peut-être envie de passer vos vacances sur les grandes plages de sable de la Côte d’Opale). Les chutes en tous genres – on tombe beaucoup dans ce film, en dévalant la dune, en tombant de grand bi, de char à voile, du transat, etc. – provoquent de vrais rires, contrairement aux quelques scènes de cannibalisme. Beaucoup de sujet sont abordés franchement ou suggérés: l’inceste (et sa justification), la consanguinité, le dur labeur des pêcheurs de moules qui contraste avec l’ennui et l’oisiveté des « touristes », l’ambiguïté sexuelle (Billie est-elle une fille qui se déguise en garçon, comme elle le clame, ou un garçon qui se sent fille?), la moquerie sur l’accent (ch’ti ici, mais ça pourrait être n’importe lequel), etc. Un film que j’ai beaucoup aimé, mais je comprendrais qu’il dérange et ne plaise pas à beaucoup de spectateurs…

Robert Capa et la couleur, à Tours

Affiche de l'exposition Robert Capa et la couleurCela fait longtemps que je ne suis pas allée voir les expositions de photographies organisées par le château de Tours, parfois en coproduction avec le musée du jeu de paume comme ici, avec l’International Center of Photography à New-York qui l’a d’abord présentée et a édité le catalogue uniquement en anglais. L’exposition Robert Capa et la couleur a commencée en novembre et se poursuit jusqu’au 28 mai 2016.

L’exposition occupe le rez-de-chaussée et le premier étage du château. Elle propose des magazines (ou leur reproduction) dans des vitrines à plat et des tirages grand format aux murs. Ces tirages ont été réalisés à partir de scanners des originaux, avec peu de correction des couleurs pour les kodachromes (35 mm, 2 »1/4 x 3 »1/4, 4″ x 5″), plus pour les ektachromes (formats carrés) dont la plupart des couleurs ont viré.

Dans la tour au fond est projeté un film d’une heure et demie que je n’ai pas regardé car il est annoncé qu’il est aussi disponible sur le site du musée du jeu de paume. Si Robert Capa a un peu travaillé la couleur avant guerre, l’exposition commence surtout avec des reportages de guerre, à partir de 1941, avec une belle série sur un cargo de transport de troupes. Il emportait alors beaucoup de pellicules en noir et blanc et quelques-unes en couleur, chères et peu pratiques pour l’édition en magazine puisqu’il fallait compter le délai de développement dans un laboratoire spécial. Au milieu de ces reportages de guerre, on trouve aussi une petite série très touchante datée d’octobre 1941, un pique-nique dans l’Idaho de Martha Gellhorn avec Ernest Hemingway et ses fils, Gregory et Patrick. Après la Deuxième Guerre mondiale, il réalise un reportage sur Picasso, des portraits de personnes célèbres ou pas, comme ces anonymes dans les Alpes ou à la mer (Deauville, Biarritz), ceux du projet Génération X, des reportages tout autour du monde jusqu’à l’ultime, au Vietnam, où il trouva la mort en sautant sur une mine en 1954. Je trouve que les organisateurs sont sévères en parlant pour l’un des reportages d’un travail (je cite de mémoire) « à peine meilleur que les photographies d’un touriste ».

Si vous passez par Tours, n’hésitez pas à aller voir cette exposition (attention, ouverte seulement l’après-midi). Je vous parle très vite des deux expositions de peinture dans les étages supérieurs du château et 200 ans de tourisme en Touraine organisée par les archives départementales d’Indre-et-Loire à l’hôtel Gouïn.

D’autres expositions du château de Tours: revoir Max Ernst, Yves Elléouët et sur la fondation des Treilles, Nadar, Richelieu, Kertesz et Zola, Bertrand Bellon