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Celui-là est mon frère, de Marie Barthelet

pioche-en-bib.jpgJ’ai trouvé ce livre parmi les nouvelles acquisitions de la médiathèque. Il entre aussi dans les lectures de la rentrée littéraire 2016.

Le livre : Celui-là est mon frère, de Marie Barthelet, éditions Buchet-Chastel, 2016, 167 pages, ISBN 978-2-283-02974-9.

L’histoire : de nos jours dans un pays africain ou du Proche-Orient fictif. Un dictateur, marié avec un enfant, reçoit la visite de son « frère », adopté quand ils étaient enfants par son père, avec qui ils ont passé des moments complices, qui lui reviennent en souvenir, jusqu’à ce qu’il disparaisse il y a dix ans, après avoir tué un policier… Ce retour coïncide avec une série de catastrophes et de fléaux qui vont aller croissants.

Mon avis : les fléaux qui s’abattent sur ce pays imaginaire m’ont semblé bien trop bibliques… et du coup, le souverain et son frère, au lieu de refléter deux frères de deux ethnies différentes qui s’affrontent, héritage d’un passé pas si lointain (deux générations auparavant), renvoient plus aux grands duels de la Bible (Caïn et Abel / Moïse et Pharaon, avec les sauterelles, la peste etc.) qu’à l’histoire de l’Afrique et aux séquelles post-coloniales (qui aurait pu être abordé avec cet affrontement de deux frères de deux ethnies différentes), beaucoup, beaucoup trop de relents bibliques à mon goût. Le pays et le nom des deux frères ne sont jamais proposés, contrairement à la femme, au fils, au garde du corps ou au médecin officiel, à consonance arabe / hébraïque. La narration, alternant le présent et le passé, à la première personne du singulier, dans la bouche du dictateur, qui s’adresse à son frère directement (« tu »), est assez efficace. Mais franchement, ce remake des fléaux et plaies d’Égypte de la Bible, très peu pour moi… Ce premier roman de Marie Barthelet ne m’a pas plu.

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie gauche, Moïse et le buisson ardent

Disons que pour ce qui est de Moïse, je préfère la vision de sur ce vitrail de la cathédrale de Metz (Moïse devant le buisson ardent)…

Façade de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers, les prophètes … ou quelques représentations romanes, ici sur cette représentation des prophètes Daniel, Jérémie, Isaïe et Moïse, sur la façade de , il y en a aussi un qui fait face au Saint-Nicolas que je vous ai montré sur la façade du prieuré Saint-Michel à Champagne-Mouton en Charente (clic clic pour le voir) ou faisant le pendant à son frère Aaron sur la façade de l’église Notre-Dame à Genouillé

… à ce livre ou aux réflexions de Sylvie Germain sur des thèmes voisins dans  Rendez-vous nomades.

Logo rentrée littéraire 2016En 2016, le projet de 1% rentrée littéraire est organisé par Hérisson et Léa.

Les reliefs de la façade du musée d’Aquitaine à Bordeaux

Bordeaux, façade du musée d'AquitaineLa plupart des élus de Poitou-Charentes ne veulent pas du Plouc (PoitouLimOUsinCentre) ou de la Police (POitou LImousin CEntre). L’assemblée nationale propose maintenant des réunions Aquitaine-Limousin et Centre-Poitou-Charentes, mais les élus de Charente et Charente-Maritime de tous bords politiques exigent l’Aquitaine, c’est plus partagé pour les élus de la Vienne et des Deux-Sèvres. Un peu normal, le sud de la région est en tuile creuse et en zone occitane, le nord en langue d’oil, une bonne partie en tuiles plates, et le Poitou (bas et haut, donc Vienne, Deux-Sèvres et … Vendée) est plus tourné vers le nord. La région sera-t-elle partagée? Bon, après quelques articles sur Limoges, et toute la série sur Tours et Poitiers, ne sachant pas où nous irons dans quelques mois/années, je vous propose un article sur… Bordeaux! Avec des photographies prises en janvier 2013, quand j’étais allée voir les expositions sur Les désastres de la guerre de Francisco de Goya et Au temps des Gaulois. Direction le musée d’Aquitaine où se tenait cette dernière. Non, on n’entre pas voir les collections d’archéologie (quand même, un petit coup d’œil à la Vénus de Laussel!) ou sur l’histoire de Bordeaux (notamment une salle sur la traite des esclaves ouverte en 2009), on regarde la façade sur le cours Pasteur (en attendant le tram, par exemple…). Désolée pour la qualité de certaines photos, je les avais faites juste pour moi, pas en vue d’un article… Le bâtiment fut d’abord la faculté de lettres, de sciences et de théologie, d’où les thèmes retenus sur ces reliefs. Il fut inauguré en janvier 1886, après cinq ans de travaux sur les plans de l’architecte municipal de Bordeaux, Charles Durand. Je n’ai pas pu chercher de la documentation citée dans l’article de Marion Lagrange et Florent Miane, Le Musée archéologique de la faculté des lettres de Bordeaux (1886) (référence complète en fin d’article), mais vous y trouverez plein de renseignements, plans, etc. Cette partie centrale abritait le musée d’archéologie de la faculté.

Bordeaux, façade du musée d'Aquitaine, le relief de gaucheLe relief de gauche, une ribambelle (procession, si vous préférez) d’hommes se dirige vers le relief central. Il s’agit des « progrès de la science »!

Bordeaux, façade du musée d'Aquitaine, le relief de gauche, signature de Edmond PrévotIl est signé « E. Prévot », pour Edmond Prévot (Bordeaux, 1838 – Bordeaux, 1892), le musée des Beau-Arts conserve quelques-unes de ses œuvres, il a également réalisé deux allégories du palais Rohan, toujours à Bordeaux.

Bordeaux, façade du musée d'Aquitaine, le relief de gauche, détail de la partie gaucheSur la partie gauche, l’homme à gauche est vêtu d’un costume, les autres de toges. On devrait y reconnaître Lavoisier, Ptolémée et Galilée.

Bordeaux, façade du musée d'Aquitaine, le relief de gauche, détail de la partie droiteDans la partie droite, d’autres hommes célèbres… il me faudrait approfondir la question pour les identifier un par un, les coiffures et les attributs devraient aider avec un peu de patience.

Bordeaux, façade du musée d'Aquitaine, le relief centralLe relief central est dominé par l’allégorie centrale dont la tête déborde du cadre.

Bordeaux, façade du musée d'Aquitaine, le relief central, signature de Pierre GranetIl porte la signature « P. Granet », pour Pierre Granet (Villeneuve-d’Ornon, 1843 – Neuilly-sur-Seine, 1910)

Bordeaux, façade du musée d'Aquitaine, le relief central, allégorieLa femme centrale centrale est assise et vêtue à l’Antique, portant une palme et coiffée d’une couronne. Certains disent qu’il s’agit d’Athéna, déesse notamment de l’intelligence. Mais elle ne porte pas les symboles d’Athéna (l’égide, par exemple). Avec sa petite couronne et les armoiries de la ville de Bordeaux qu’elle soutient de la main gauche, j’y verrai bien une allégorie de la ville de Bordeaux. Pierre Paris, cheville ouvrière du musée, ayant été directeur de l’école française d’Athènes, le sculpteur a peut-être joué sur l’ambiguïté avec une Athéna qui possède les attributs d’une allégorie de ville!

Bordeaux, façade du musée d'Aquitaine, le relief central, personnages à gaucheLes personnages à gauche se pressent vers elle, de l’enfant (nu) à l’adulte (barbu) en passant par des jeunes gens (glabres), autour d’une colonne cannelée.

A droite, je verrai plutôt Athéna ici, dans cette femme accroupie qui porte un casque et tient une tablette, autour de laquelle se pressent trois jeunes gens glabres et un homme barbu peut-être un peu plus âgé.

Bordeaux, façade du musée d'Aquitaine, le relief de droiteJe n’avais pas pris bien en face le relief de droite, désolée pour la déformation du relief… On y voit à nouveau une procession masculine qui se dirige vers le relief central. Il s’agit des progrès des lettres (y compris la philosophie et la théologie).

Bordeaux, façade du musée d'Aquitaine, le relief de droite, signature de CoëffardIl porte la signature « Coëffard », pour Louis (André) de Coëffard de Mazerolles (Arveyres, 1818 – Bordeaux (?), 1887).

Bordeaux, façade du musée d'Aquitaine, le relief de droite, partie gauche avec lyre et phinxSur la partie gauche se trouve un sphinx (archéologie), un personnage qui tient une grande lyre et un petit masque (la tragédie antique), Moïse, juste devant le sphinx, tient les tables de la loi avec un texte en hébreu

Bordeaux, façade du musée d'Aquitaine, le relief de droite, partie droite de la processionDans la partie droite se trouve, à l’extrémité droite, la seule femme de ce relief, vêtue d’un long manteau et la tête couverte d’un voile. Avec un peu d’effort, il devrait être possible de retrouver dans cette procession des lettres Homère, Horace, Eschyle et Dante…

Pour aller plus loin: voir l’article de Marion Lagrange et Florent Miane, Le Musée archéologique de la faculté des lettres de Bordeaux (1886). L’institutionnalisation des collections pédagogiques et scientifiques, In Situ, n°17, décembre 2011.

Photographies de janvier 2013.

Rendez-vous nomades de Sylvie Germain

Couverture de Rendez-vous nomades de Sylvie GermainUn livre prêté par Grégory, qui m’a aussi prêté, de Sylvie Germain, Hors champ (et Petites scènes capitales).

Le livre : Rendez-vous nomades de Sylvie Germain, éditions Albin Michel, 2012, 187 pages, ISBN 9782226238627.

La quatrième de couverture : pas facile de résumer un essai, alors, voici la présentation officielle du livre.

Qu’en est-il de  » Dieu  » ? Est-ce une invention, et si oui, de quel type : une oeuvre géniale créée par l’imagination humaine, une découverte insoupçonnée, inimaginable, opérée par voie de révélation, une pure fiction construite sur fond de peur et de désir, un mensonge phénoménal concocté pour les naïfs ? On peut opter pour une signification unique et s’y tenir sa vie durant, ou migrer d’un sens à un autre au fil du temps. On peut aussi déambuler sans fin, en zigzag et en spirale, autour d’une seule signification qui s’impose plus troublante et magnétique que les autres, pour l’interroger, encore et encore. Et si celle-ci, aussi sapée, criblée de doutes, de points critiques et de pénombres soit-elle, coïncide avec les données de la religion reçue en héritage par voie du hasard de la naissance, alors ce hasard se transforme progressivement en aventure, et l’aventure en destin, à force d’être sans cesse relancée, poursuivie.

Mon avis : le sujet est abordé par une série de mots hasard, extra-ordinaire, à côté de Dieu, foi, croyance) entrecoupés par des apostilles dans des acceptations du mot très différentes de celle d’Umberto Eco dans celle qu’il a proposé pour au nom de la rose (la première apostille de ma vie de lectrice qui m’avait frappée). Une réflexion globale donc sur Dieu, plutôt dans les religions du Livre, en abordant aussi les doutes de Moïse au désert… Disons que pour ce qui est de Moïse, je préfère la vision de sur ce vitrail de la cathédrale de Metz, pour la réflexion sur Dieu, en relation avec la kabbale, L’intranquille. Autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou de Gérard Garouste avec Judith Perrignon, pour la réflexion sur les mots, leur rapport à l’étymologie, les textes de Pascal Quignard (tiens, je vois que je ne vous en ai jamais parlé). Bref, je n’ai pas vraiment mordu à la proposition de Sylvie Germain dans ce livre…

Marc Chagall à Metz (3) : les rois et les prophètes, baie droite

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie droite, localisationAprès le paradis terrestre et la baie gauche des prophètes et des rois, voici la suite des vitraux de dans la cathédrale de Metz, toujours au nord du déambulatoire, sur la deuxième baie à réseau…

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie droite, vue générale

…un peu plus étroite que la précédente avec seulement trois lancettes. Vous pouvez toujours revoir mon article sur l’exposition Marc Chagall à La Piscine à Roubaix, qui devait être bien plus grande que l’actuelle exposition sur le même artiste au musée du Luxembourg jusqu’au 21 juillet 2013 à Paris, que je n’ai pas vue.

 

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie droite, signature de ChagallChaque grande lancette porte la signature de Marc Chagall. L’ensemble a été réalisé, comme presque tous les vitraux de Marc Chagall, par l’atelier Simon Marq à Reims (maîtres-verriers de père en fils depuis 1640), ici entre 1959 et 1961.

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie droite, les trois lancettes

Les scènes principales sont représentées dans les grandes lancettes, avec, de gauche à droite, Moïse reçoit les Tables de la Loi, David et Bethsabée, Jérémie et l’exode du peuple juif. Comme pour les autres œuvres de Chagall, et encore plus pour les vitraux, vous remarquez tout de suite l’opposition entre les couleurs froides (bleu, vert, mauves) et chaudes (rouge surtout, un peu de jaune).

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie droite, Moïse reçoit les tables de la LoiCette fois, Marc Chagall a choisi une représentation assez classique de la scène de « Moïse reçoit les tables de la Loi »: Dieu est représenté par des mains, les tables par deux tablettes identiques (Exode 34). Vous vous souvenez des dix commandements qui sont inscrits dessus? Pas de meurtre, pas d’adultère, pas de vol, et ensuite… ou plutôt avant??? Vous n’avez plus qu’à trouver une Bible et chercher Exode 20: 1-17.  Sur la gauche, dans les tons rouges, le peuple juif en exil (voir un détail plus bas), dont une partie attend le retour de Moïse, tandis qu’une autre adore le veau d’or (Exode 32: 1-20 ; Matthieu 7:15 à 8:1 ), je pense que vous l’apercevez, en jaune orangé au niveau des fesses de Moïse…

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie droite, détail de AaronDans la version sur toile du musée national Marc Chagall, à Nice, la scène est plus « dilatée » et plus facile à lire, mais si on cherche bien sur le vitrail, on aperçoit aussi en bas à droite Aaron en tenue de prêtre avec le grand pectoral d’or (la Bible dit avec 12 pierres précieuses -les tâches colorées- qui symbolisent les 12 fils de Jacob et donc les 12 tribus du peuple juif), portant la la Menorah (chandelier à 7 branches), dont il est fait pour la première mention également dans l’Exode (chapitres 31 à 40).

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie droite, détail de David

La deuxième lancette parle de l’histoire de David et Bethsabée… Une histoire d’amour éternelle… Le roi David aperçoit Bethsabée dans son bain, en tombe amoureux, mais elle est déjà mariée, à la mort du mari (qu’il a envoyé au combat…), il peut enfin l’épouser (2-Samuel 11-12). Le roi David est représenté très classiquement assis et jouant de la harpe (on le trouve ainsi fréquemment dès l’art roman, voir par exemple à Poitiers sur la façade de Notre-Dame-la-Grande, même si la scène est dégradée).

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie droite, BethsabéeBethsabée est représentée en rouge, filiforme, en bordure droite du vitrail.

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie droite, détails du Peuple juif

En dessous (image de gauche), on trouve à nouveau une foule (comme sur la lancette de gauche, photographie à droite), symbolisant le peuple juif.

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie droite, détails de Jérémie et l'exode

Le peuple juif et son exode est encore au cœur de la dernière lancette, qui développe le thème de Jérémie et l’exode du peuple juif (voir tout le livre de Jérémie). Jérémie est l’un des grands prophètes de la Bible  (à voir dans l’art roman à Poitiers, sur la façade de l’église Notre-Dame-la-Grande): le peuple juif est exilé  à Babylone, mais il reviendra bientôt à Jérusalem. C’est entre autre dans ce livre que l’on trouve l’histoire de (Jérémie 39, mais voir aussi 2 Rois 25 et 2 Chroniques 36). Sur le détail de gauche, vous retrouvez le peuple juif errant et les tables où sont écrites les prophéties. Jérémie est « tassé » en bas à droite (cliché de droite).

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie droite, réseau supérieur

Mes photographies du réseau supérieur laissent à désirer, problème de hauteur, de lumière dans les vitraux… La figure du Christ était trop floue… mais l’un des anges musicien (avec une corne / ange de l’Apocalypse) est bien net, près à vous accueillir au Paradis… ou à admirer ces vitraux « en vrai » à Metz!

Photographies de juillet 2012.

Pour aller plus loin, voir :

– mes articles autour de , dont l’exposition Marc Chagall à La Piscine à Roubaix

– le musée national Marc Chagall, musée du message biblique à Nice

– les vitraux de la cathédrale de Reims (et bientôt sur mon blog ceux de la cathédrale de Metz)

– le plafond de l’opéra de Paris

Marc Chagall à Metz (2) : les rois et les prophètes, baie gauche

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie gauche, localisationAprès le paradis terrestre, j’ai interrompu ma présentation des vitraux de dans la cathédrale de Metz… Vous pouvez toujours revoir mon article sur l’exposition Marc Chagall à La Piscine à Roubaix, qui devait être bien plus grande que l’actuelle exposition sur le même artiste au musée du Luxembourg jusqu’au 21 juillet 2013 à Paris, que je n’ai pas vue. L’ensemble sur les Rois et les Prophètes est réalisé sur deux grandes fenêtres à réseau au nord du déambulatoire, je commence aujourd’hui par la baie gauche, je vous montrerai samedi prochain la baie droite (l’article est programmé… tout mettre aujourd’hui aurait donné un article trop long).

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie gauche, deux signaturesChaque grande lancette porte la signature de Marc Chagall, sur la deuxième, Reims a été écrit Riems… L’ensemble a été réalisé, comme presque tous les vitraux de Marc Chagall, par l’atelier Simon Marq à Reims (maîtres-verriers de père en fils depuis 1640), ici entre 1959 et 1961.

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie gauche, les quatre grandes lancettes

Le thème principal est développé dans les quatre grandes lancettes où l’on peut voir, de gauche à droite, le sacrifice d’Abraham, la lutte de Jacob et de l’Ange, le songe de Jacob et Moïse devant le buisson ardent.

Le sacrifice d'Abraham, par Marc Chagall dans la cathédrale de Metz

Dieu ordonne à Abraham de sacrifier son fils Isaac, au dernier moment, il retient sa main et remplace l’enfant par un agneau, un mouton ou un bélier (selon les options de traduction…, Genèse 22: 1-19). Sur le vitrail de Metz, Marc Chagall a représenté la scène dans des dominantes froides, bleues. Isaac se distingue par sa blancheur, Abraham tient dans la main droite un grand couteau, alors que l’ange apparaît tout en haut de la lancette, dans un rouge flamboyant. Pour les juifs, il s’agit d’akéda, texte lu le deuxième jour de Roch Hachana, le nouvel an. Les Musulmans célèbrent chaque année ce sacrifice et la soumission d’Abraham/Ibrahim à Dieu lors de l’Aïd-el-Kebir, dernier jour du pèlerinage à La Mecque (le 10 Dhou Al Hiija, dernier mois de l’année, en 2013 elle devrait tomber le 15 octobre en France).

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie gauche, lutte de Jacob et de l'AngeLa lutte de Jacob et de l’Ange (Genèse 32: 24-32) est un épisode de la Bible assez rarement représenté avant le 19e siècle, même si on le trouve sur un chapiteau roman de Vézelay et si Rembrandt l’a illustré avec force vers 1659 sur ce tableau conservé au Staatliche Museen à Berlin. Pour mémoire, Jacob est  le fils d’Isaac, donc le petit-fils d’Abraham. C’est un thème que Marc Chagall a exploré à plusieurs reprises. Comme sur le tableau de Rembrandt, Jacob (en bleu) étreint carrément l’ange représenté en rouge, avec juste la tête bleue. des couleurs vives, comme des flammes, s’échappent au-dessus de l’ange, dans une position assez différente de cette version sur toile du musée national Marc Chagall, à Nice.

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie gauche, détails du songe de JacobLe songe de Jacob (épisode de la Bible aussi appelé l’échelle de Jacob, Genèse 28:11-19) est également un thème souvent exploré par Marc Chagall, voir par exemple cette version à dominantes bleues du musée national Marc Chagall, à Nice, où l’échelle est présente. A Metz, Jacob est représenté tout en bas de la lancette, dans des tons froids, tenant un livre entre ses mains. Au-dessus, les couleurs chaudes dominent, avec des anges représentés en blanc, l’échelle est limitée à deux barreaux.

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie gauche, Moïse et le buisson ardent

Il faut maintenant passer quelques pages de la Bible et aller au chapitre 3 de l’Exode pour retrouver Moïse devant le buisson ardent. La version de Nice montre une scène plus développée, avec Dieu, le buisson et Moïse. Sur le vitrail de Metz, Dieu apparaît tout en haut de la lancette, en rouge vif, l’essentiel de la scène est constituée par le buisson et Moïse, dans des tons froids, bleus, noirs et verts.

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie gauche, lancette droite, ange souflant dans une trompeTout en haut de la lancette, un ange souffle dans une trompe(tte) (de l’Apocalypse?) au milieu d’une explosion de couleurs et de rayons divins.

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie gauche, motifs supérieurs

Dans le réseau supérieur de la baie, Marc Chagall a placé plusieurs scènes tirées notamment de l’histoire de Noé (Genèse, chapitres 7 à 9). L’on reconnaît (détail de gauche) Noé offrant en sacrifice un agneau à la sortie de l’arche (« il offrit des holocaustes sur l’autel », Genèse 8:20), répondant à Abraham devant l’Agneau qui a remplacé Isaac lors du sacrifice. A droite, Noé nu entre ses fils… à comparer à l’ivresse de Noé sur la voûte romane de Saint-Savin (Genèse 9:20-24)…

Cathédrale de Metz, vitraux de Marc Chagall, déambulatoire, baie gauche, détail du réseau supérieur

En voici d’autres détails. A gauche, les animaux qui ont été entassés dans l’arche. A droite, vous devez réussir à distinguer au centre la colombe que Noé envoie en reconnaissance pour estimer le retrait des eaux (Genèse 8:8-12).

Photographies de juillet 2012.

Pour aller plus loin, voir :

– mes articles autour de , dont l’exposition Marc Chagall à La Piscine à Roubaix

– le musée national Marc Chagall, musée du message biblique à Nice

– les vitraux de la cathédrale de Reims (et bientôt sur mon blog ceux de la cathédrale de Metz)

– le plafond de l’opéra de Paris