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Patinoire COP’patible???

Poitiers, ça patauge à la patinoire, 29 novembre 2015Petite promenade en ville aujourd’hui… 13h10, avant d’aller au cinéma (Les Suffragettes, en VO), petit tour sur la place voisine… Le responsable de la pataugeoire (oups, il paraît que c’est une patinoire) écope avec une bouteille d’eau, la presse avait dit que le système de refroidissement avait eu des ratés vendredi, ça ne semble pas réglé, à moins que la douceur (à l’abri de la bise) ne fasse réchauffer la glace? En pleine COP’21, tous ces congélateurs à ciel ouvert me posent de sérieuses questions, pourquoi ne jamais discuter ici de la possibilité d’une patinoire artificielle? [je vous en ai déjà parlé… en 2011 avec des liens notamment vers celle de Namur]

les anti-COP'21 autour de la patinoire, Poitiers, 29 novembre 2015Quelques heures plus tard, ce qui se veut le chef de file du consumérisme (marché de noël riquiqui, 35 chalets) de fin d’année est envahi par… les militants anti-cop’21 (21e « conference of the parties »), altermondialistes qui ne rechignent pas à acheter au passage un gobelet de vin chaud, militants des droits de l’homme, une partie des « verts », des « rouges », …

les anti-COP'21 devant l'hôtel de ville, Poitiers, 29 novembre 2015… quelques jeunes et un groupe de percussionnistes… globalement à part ces derniers, un peu toujours les mêmes militants, pas de voiture de police (mais au moins un « RG » même s’ils ont changé de nom, avec un appareil photo). Pas un mot sur l’absurdité de la patinoire. Les badauds n’ont sans doute même pas compris qu’il y avait une manif’ mais cru à une animation sympa de Poitiers le Centre devant… les panneaux officiels de la COP’21. Au moins, certains ont quand même bravé l’interdiction de manifester, l’état d’urgence a bon dos!

La belle saison de Catherine Corsini

Affiche de La belle saison de Catherine CorsiniAprès deux semaines sans cinéma, je me suis rattrapée cette semaine avec La belle saison de Catherine Corsini.

L’histoire : 1971, en Corrèze. Delphine [Izïa Higelin], fille d’agriculteurs, apprend que l’amie avec qui elle a eu une relation va se marier, sur la pression familiale et sociale. Ses parents (et surtout sa mère, Monique [Noémie Lvovsky]) la verraient d’ailleurs bien épouser Antoine [Kévin Azaïs]. Pour échapper à cette ambiance, elle « monte à Paris », se fait embaucher chez Félix Potin. Elle croise un jour un groupe de militantes féministes en pleine action, les rejoint dans un amphithéâtre de la Sorbonne, où se jouent les prémices du MLF, rédaction de tracts et chant du MLF en chœur général. Elle y fait la connaissance de Carole [Cécile de France], professeure d’espagnol qui vit en couple avec Manuel [Benjamin Bellecour]. Les deux femmes tombent amoureuses, mais voici que le père de Delphine est terrassé par un infarctus, Delphine retourne à la ferme pour faire tourner l’exploitation avec sa mère, Carole décide de la rejoindre…

Mon avis : ce film se situe lors de la structuration du MLF (mouvement de libération des femmes), juste avant la grande manifestation du 20 novembre 1971, qui eut lieu à Paris et dans plusieurs pays, pour l’avortement libre et gratuit, la contraception, l’égalité des droits, etc. Il montre l’écart entre la liberté parisienne et l’importance du qu’en dira-t-on à la campagne. A Paris, le militantisme est possible, avec des manifestations comme on n’ose plus en faire aujourd’hui… Et si nous faisions comme ces pionnières, une course de femmes mettant la main aux fesses des mecs sur les trottoirs ou dans les transports parisiens, pour changer? Dans la Corrèze profonde, la mère de Delphine n’a pas de sécurité sociale, pas de salaire, pas de compte en banque. Delphine est tolérée aux réunions de la CUMA (les urbains n’ont peut-être pas compris, seul le sigle est donné dans le film, il s’agit des coopératives d’utilisation -et donc d’achat- de matériel agricole) tant que son père est hospitalisé puis invalide à la maison, mais qu’elle ait pu prendre seule un rendez-vous à la banque pour obtenir le prêt nécessaire lui est fermement reproché. Pas question d’homosexualité dans ce milieu, la discrétion s’impose, je pense que sur ce point, 45 ans plus tard, il n’y a pas eu d’évolution dans les villages les plus reculés! Côté film, les relations sexuelles entre femmes sont beaucoup plus discrètes que dans La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche (inspiré de la très belle bande dessinée Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh), palme d’or à Cannes en 2013. Le militantisme et ses contradictions sont privilégiés, alors, pour ceux ont besoin d’une piqûre de rappel, je vous ai trouvé une belle version du chant du MLF! Celle que vous verrez dans La belle saison de Catherine Corsini est poignante, quelques spectatrices semblaient d’ailleurs reprendre au minimum le refrain sur leur siège! Allez, n’hésitez pas à aller voir ce film qui vient de sortir!

Pour aller plus loin, à réviser avant la prochaine manifestation du 8 mars (journée internationale des femmes, pour l’égalité des droits)

L’hymne des femmes [hymne du MLF] sur l’air du Chant des marais

Nous qui sommes sans passé, les femmes,
Nous qui n’avons pas d’histoire
Depuis la nuit des temps, les femmes,
Nous sommes le continent noir.

Refrain :
Levons-nous femmes esclaves [Variante: Debout femmes esclaves]
Et brisons nos entraves
Debout, debout, debout !

Asservies, humiliées, les femmes,
Achetées, vendues, violées
Dans toutes les maisons, les femmes,
Hors du monde reléguées.

Refrain

Seules dans notre malheur, les femmes,
L’une de l’autre ignorée
Ils nous ont divisées, les femmes,
Et de nos sœurs séparées.

Refrain

Le temps de la colère, les femmes,
Notre temps est arrivé
Connaissons notre force, les femmes,
Découvrons-nous des milliers !

Refrain

Reconnaissons-nous, les femmes,
Parlons-nous, regardons-nous,
Ensemble on nous opprime, les femmes,
Ensemble révoltons-nous !

Refrain de fin (deux fois) :

Levons-nous [ou: Debout] femmes esclaves
Et jouissons sans entraves
Debout, debout, debout !

Les deux derniers couplets sont parfois inversés et le dernier refrain pudiquement remplacé par le refrain général ou par une alternative soft « Nous ne sommes plus esclaves / nous n’avons plus d’entraves / debout, debout, debout ».

A écouter par exemple sur le compte youtube de ce site allemand de chants de lutte (la version sur le site de l’INA incluse dans un reportage du 8 mars 1982 est tronquée):

Pour une version pleine de pep’s (un peu rapide), voir la version de La contrebande à Simone

Et pour les apprenti(e)s choristes, en bas de cette page pour chanteurs, vous trouverez la partition en pdf et un mp3 avec chaque pupitre, même une voix de basse (oups, un peu « casserole »), les premières militantes du MLF qui interdisaient leur réunion aux hommes seront surprises.

A part les CRS et les costards, il y a quelqu’un à Poitiers? Congrès du PS, jour 1…

Congrès du PS à Poitiers, 5 juin 2015, déploiement de CRSCela n’a pas dû vous échapper, le PS tient son congrès à Poitiers… enfin, au parc des expositions, à l’extérieur. « Alors, tu sors de ta léthargie bloguesque, tu nous racontes??? »… Oui, allez, fidèles lecteurs et autres, voici ce que j’ai vu en ville aujourd’hui… D’abord, un déploiement des forces de l’ordre comme je n’en ai pas vu en 20 ans que j’habite ici, sauf lors de très rares événements … petits rappels pour les étourdis : voir les expressifs 2009 (gâchés par les casseurs) et le résultat ; une évasion du palais de justice (sur cet article, vous aurez plein de liens pour découvrir la ville et une carte cliquable du centre-ville) ou encore lors du procès en appel des faucheurs volontaires d’OGM (dont José Bové). Ces derniers jours, nous avons aussi eu droit au vacarme des hélicoptères et aux sirènes des forces de l’ordre (bien inutiles, les rues sont désertes, comme vous le verrez sur les photographies suivantes, prises en pleine journée).

Congrès du PS à Poitiers, 5 juin 2015, grève des busJe ne peux pas vous rendre compte de ce qui se passe du côté du parc des expositions, car le réseau de bus est en grève, sauf les quelques lignes non gérées par Vitalis (notre régie de transport)

Congrès du PS à Poitiers, 5 juin 2015, bus pour les congressistes… et quelques bus extraits sans doute la veille du dépôt et conduits par des cadres pour ce que j’en ai vu. Et oui, les congressistes ont droit à des bus doubles quand les usagers marchent ou patientent dans des abribus ou au soleil… D’autres manifestations sont annoncées, mais plutôt vers le parc des expositions, ça va se bousculer en ville!

Congrès du PS à Poitiers, 5 juin 2015, congrès du PS vu par M. MoutonNotre facétieux Monsieur Mouton (pour les non initiés, suivre le lien vers revoir l’index des précédents moutons… quelques exemplaires ont échappé à la vigilance policière) voit un mouton en costard-cravate derrière la petite lucarne télévisée… ah non, c’est un selfie! Il est à la mode 😉

Congrès du PS à Poitiers, 5 juin 2015, militants en centre-ville, vestes par 30° à l'ombreIl ne croyait pas si bien dire, car à quoi reconnaissait-on un congressiste du PS dans les rues en fin de matinée? C’est le seul à rester en costard par presque 30° à l’ombre, traînant sa valise voire portant un sac à dos sur un veston (si, si, look assuré!), j’ai rarement vu autant de chemises blanches, cravates noires (ou rouges… bizarre) et vestes dans toutes les nuances de gris par cette chaleur! Certains ont quand même fini par la tomber, la veste… Même les poulets avaient opté pour la chemisette et la casquette, enfin, pour la police municipale, la nationale habituelle ou les gendarmes au palais de justice, les renforts étaient bien plus couverts… On croisait aussi des journalistes nationaux, caméra au pied, ou étrangers, cherchant la rue « car note » (oui, bon, c’est pas sympa de se moquer des accents… la rue Carnot, j’ai eu un instant d’hésitation quand même, et ce n’est pas dû à mon cerveau un peu en vrac). Ouille, vite, vive la COP21 contre le réchauffement climatique sponsorisée par les plus grands pollueurs de France et de Navarre!

Congrès du PS à Poitiers, 5 juin 2015, détournement de une de la presseBon, alors, il se passe quoi en ville? Pas grand chose, un peu d’humour avec des affichettes qui détournent les annoncent quotidiennes de la presse locale, la Nouvelle République étant devenue « La Nouvelle Raie Publique » avec des titres accrocheurs pour inciter à acheter la dernière édition:

Coup de théâtre : le congrès du PS déplacé à Notre-Dame-des-Landes ;L’incroyable coming out de hollande : « j’ai toujours été de droite » ; Congrès du PS: « le libéralisme est un humanisme » ; Révélation Hollande : « j’ai un frère jumeau socialiste »…

So, what else??? Et bien, pas grand chose. La presse (la vraie) a annoncé que Poitiers le Centre (fédération des acteurs économiques) avait lancé une grande campagne d’affichage plutôt rigolote… « Les 5 et 6 juin lâchez la politique : visitez les agents économiques ». En fait de grand succès, je l’ai vue sur la boutique de la trésorière et deux de ses voisins…

Congrès du PS à Poitiers, 5 juin 2015, boutique du président de Poitiers le Centre… mais nulle part ailleurs, même pas sur la boutique du président (ni le midi, ni à 17h)! [je vous avais montré à la fin de voir ce précédent article  un détail pour les marques de montage des pans de bois]. Ceci dit, les retombées économiques de ce congrès nous sont annoncées de 1 à 2,5 millions d’euros. Ce midi, les restaurants n’ont cependant pas tous fait le plein, beaucoup d’habitués ont pensé qu’ils seraient pris d’assaut et en fait, il y avait peu de monde. En revanche, les bons restaurants et les salles municipales ont été réservés ce soir.

Congrès du PS à Poitiers, 5 juin 2015, bacs de plantes vertesNous avons aussi droit à des bacs de fleurs et plantes vertes, ça change du tout minéral du centre-ville désert…

Congrès du PS à Poitiers, 5 juin 2015, vers le monument aux morts à 17hcomme vous le voyez aussi ici, devant le monument aux morts de 1914-1918. Ah oui, la campagne de publicité créée il y a deux ou trois ans pour le métro parisien est aussi revenue…

Allez, à suivre… Je sortirai peut-être en début de soirée quand il fera moins chaud…

 

 

 

Dans les yeux des autres de Geneviève Brisac

Logo de pioché en bibliothèqueLogo rentrée littéraire 2014Couverture de Dans les yeux des autres de Geneviève BrisacUn livre trouvé à la médiathèque parmi les nouvelles acquisitions, il entre dans le défi de la rentrée littéraire pilotée par Hérisson.

Le livre: Dans les yeux des autres de Geneviève Brisac, éditions de l’Olivier, 2014, 306 p., ISBN 9782879298610.

L’histoire: de nos jours. Anna et Molly Jacob, deux sœurs, la soixantaine. La première, seule, sans logement à elle, écrivain au brillant passé oublié, déprime, la deuxième est médecin et gère la misère, grande et petite, au centre médical Gracchus-Babeuf dans le 14e arrondissement de Paris. Dans les années 1970, elles ont milité avec leurs compagnons, Marek et Boris, dans le milieu anarchiste. Tous les quatre et Mélini, la mère des filles, sont partis en 1977 au Mexique, où Marek est mort en prison. Boris continue à se battre, dans les squats des sans-logis. Au retour, Molly a foncé dans ses études pour devenir médecin, Anna a « trahi » en publiant leur histoire sous pseudonyme, Boris a disparu pendant une quinzaine d’années… Le groupe a éclaté, Anna et Molly sont restées fâchées. Anna décide de relire ses carnets de notes, un rouge (la politique), un noir (la mère), un bleu (les autres) …

Mon avis: pas toujours facile de savoir si on se trouve aujourd’hui ou dans les années 1970, mais cela est en accord avec l’état d’esprit d’Anna, anarchiste puis écrivaine mais toujours un peu en marge, partie après les autres au Mexique, officiellement pour pouvoir finir d’effacer leurs traces à Paris. Le choix des noms n’est sans doute pas innocent, Marek s’appelle Meursault, comme le vignoble ou comme le « héros » de L’étranger d’Albert Camus, que l’on retrouve aussi pour cette rentrée littéraire dans Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud, qui était pressenti pour des prix littéraires. Anna et Molly, ce sont aussi les prénoms des personnages du Carnet d’or de Doris Lessing [revoir Le rêve le plus doux], où il est aussi beaucoup question de carnets, bien sûr… J’ai pensé à Maryse vers la fin (p. 211), où il est question de Diego Rivera et de Frida Kahlo… Bon, je vous parle beaucoup des à-côté, pas beaucoup du livre, sans doute parce que je n’ai pas vraiment accroché à l’esprit tortueux et déprimé d’Anna, la narratrice…