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Winter sleep, de Nuri Bilge Ceylan

Affiche de Winter sleep, de Nuri Bilge Ceylan Je suis allée voir à une séance de 16h (le film dure 3h16) de Nuri Bilge Ceylan, qui a reçu la palme d’or au festival de Cannes 2014. De ce réalisateur, je vous ai parlé de Il était une fois en Anatolie et de Les trois singes.

Le film: de nos jours, en hiver, dans un petit village à moitié troglodyte au centre de l’Anatolie, en Cappadoce. Après avoir été comédien pendant 25 ans à Istanbul, Aydin [Haluk Bilginer] est retourné depuis plusieurs années dans son village natal, où il gère des biens hérités de son père et tient un petit hôtel, avec l’aide de Hidayet [Ayberk Pekcan], fréquenté par des touristes du monde entier. Avec lui vivent sa jeune épouse, Nihal [Melisa Sözen], et sa sœur Necla [Demet Akbağ], récemment divorcée. Rien ne va plus avec Nihal, ils vivent dans le même lieu, mais lui se réfugie dans son bureau, où il a pour ambition d’écrire une anthologie du théâtre turc (et en attendant rédige des articles pour une revue), et elle s’ennuie dans ses appartements, à la recherche d’une bonne cause à aider.

Mon avis: les paysages, quand on peut les apercevoir, sont superbes, avec quelques belles scènes extérieures, comme la capture d’un cheval. Cependant, l’essentiel du film se déroule en intérieur, dans le huis-clos de l’hôtel troglodytique, même si le bureau est séparé du reste de l’hôtel dont il est séparé par une cour. Une mention au début du générique de fin signale que Nuri Bilge Ceylan s’est inspiré de nouvelles de Tchékhov, les personnages tournent en rond, mariage (arrangé?), plus d’amour en tout cas, misanthropie (au moins en apparence) et arrogance du personnage principal, pouvoir de l’argent (riche propriétaire qui n’hésite pas à réclamer avec force son dû, tout en faisant des dons -pas si anonymes qu’il veut bien le dire- à des œuvres). Pas de doute, Nuri Bilge Ceylan a du talent pour tourner des scènes intérieures peu éclairées, comme dans Il était une fois en Anatolie, mais j’ai franchement préféré ce précédent film. L’action la plus « violente », ici, est la vitre de la voiture brisée par une pierre lancée par le fils d’un locataire auquel ils ont pris certains biens, dont la télévision, dont on apprendra plus tard qu’elle manque énormément à la grand-mère. Cette pierre, colère d’un petit garçon, aura une certaine importance dans l’hiver morne et monotone de ce village isolé, mais néanmoins relié à internet.

Ce film a été inclus dans le festival Télérama 2015, dans lequel j’ai vu:

Il était une fois en Anatolie de Nuri Bilge Ceylan

Affiche de Il était une fois en Anatolie de Nuri Bilge Ceylan

Ce film, Il était une fois en Anatolie de Nuri Bilge Ceylan, a reçu le Grand Prix du jury festival de Cannes 2011, je l’ai vu la semaine dernière dans le cadre du festival télérama. J’avais déjà vu, de ce réalisateur, Les trois singes [et depuis, j’ai aussi vu Winter sleep].

L’histoire : de nos jours en Turquie, en Anatolie, deux voitures et un fourgon de gendarmerie errent de fontaine en fontaine, de colline en colline, à la recherche du corps enterré par l’accusé, qui, saoul au moment des faits, ne se souvient plus exactement de l’endroit. Une nuit, du soir au matin, à errer, trouveront-ils le cadavre?

Mon avis : ce film entre probablement dans la catégorie des Road movies… Quoique, route, oui, sinueuse à souhait, pas goudronnée, au milieu des collines steppiques d’Anatolie… Mouvement, pas trop, des sauts de puce de quelques kilomètres tout au long de la nuit. Plus de 2h30 de plans de nuit (et quelques-uns à l’hôpital de la ville voisine), il faut s’accrocher, surtout pour les scènes finales… tout en suggestion par le son. Des portraits d’hommes plongés dans la nuit, le commissaire, qui a tendance à cogner l’accusé, arrêté par le procureur (il faut penser aux normes de l’union européennes), le médecin légiste (Muhammed Uzuner), le fils malade (mais de quoi?) du commissaire (Yılmaz Erdoğan), le meurtrier (Fırat Tanış), le maire du village (et sa ferme en architecture de terre), les gendarmes, un huis clos, même si l’essentiel se passe au grand air… Chacun a ses problèmes, passés et actuels. Un film pas facile, d’une esthétique très particulière…

Ce film était sélectionné pour le festival télérama 2012. Voici les dix films que j’ai vus dans cette sélection de quinze films:

Les trois singes de Nuri Bilge Ceylan

La salle devait contenir moins d’une quinzaine de personnes, pour une séance à 18h (certes, la tempête était annoncée pour plus tard dans la soirée). Dommage pour ce film, Les trois singes (Uç Maymum), de Nuri Bilge Ceylan, prix de la mise en scène au festival de Cannes en 2008. Les acteurs principaux : Yavuz Bingol, Hatice Aslan, Ahmet Rifat Sungar, Ercan Kesal.

L’histoire : une route déserte – ou presque, la nuit. Le candidat aux prochaines élections à la chambre des députés s’endort au volant et heurte un piéton. Délit de fuite (et aussi d’une voiture qui fuyait, qui décide de prévenir la police, mais sans porter assistance à la victime). Il demande à son chauffeur de s’accuser à sa place, lui promet un bon avocat (il fera moins d’un an de prison, la vie humaine n’a donc aucune valeur en Turquie ?), le salaire poursuivi pendant la détention, et une forte somme à la sortie. Il est quand même battu aux élections. Quand la femme du chauffeur (l’actrice Hatice Aslan) va le voir pour obtenir une avance afin de payer une voiture au fils, il lui fait des avances…

Mon avis : la musique et la photographie, avec de nombreux clairs-obscurs (à l’extérieur et dans l’appartement), sont magnifiques, surtout les nombreuses scènes d’orage. Vraiment, si vous avez l’occasion, allez voir ce film. Mais est-ce si facile de se payer un remplaçant en prison en Turquie, comme autrefois en France un remplaçant à la conscription (système de remplacement mis en place sous le Consulat et l’Empire et jusqu’à la défaite de 1870) ?

PS : Depuis, j’ai aussi vu de ce réalisateur Il était une fois en Anatolie et Winter sleep.