Le labyrinthe du silence de Giulio Ricciarelli

Affiche de Le labyrinthe du silence de Giulio RicciarelliilenceWeek-end pourri, week-end cinéma…. Je n’ai pas eu le courage d’aller au marché aux fleurs de Saint-Benoît, près de Poitiers, avec la fin du trajet à faire en navette (départ toutes les 20 minutes pour un trajet de quelques minutes, environ 20 minutes si on le fait à pied…). Le premier film que j’ai vu est Le labyrinthe du silence de Giulio Ricciarelli, je vous parle demain de Every thing will be find.

Le film : Francfort-sur-le-Main, 1958. Johann Radmann [Alexander Fehling] est un jeune procureur chargé des infractions routières, où il prête de l’argent à Marlène [Friederike Becht] pour l’aider à payer son amende. Un jour, un journaliste, Thomas Gnielka [André Szymanski] fait irruption au tribunal. Son ami, Simon Kirsch [Johannes Krisch] rescapé d’Auschwitz, a reconnu l’un de ses bourreaux dans la cour d’un collège.  Il souhaite le faire sinon juger, du moins suspendre… Mais rien ne se passe, les juges et procureurs veulent continuer à enterrer le passé, conformément aux souhaits d’Adenauer. Dans un souci de réconciliation nationale, tous les délits commis sont prescrits, seuls les crimes pourraient être jugés.  Le procureur général Fritz Bauer [Gert Voss] encourage Johann Radmann a aller plus loin. Né dans les années 1930, il n’a jamais entendu parler d’Auschwitz qu’il prend pour un camp de regroupement et il découvre peu à peu la réalité du camp d’extermination et de concentration. Seul, puis aidé d’un second procureur, Otto Haller [Johann von Bülow], il va plonger dans les archives nazies récupérées par les Américains, auditionner des dizaines de survivants grâce à l’association des rescapés d’Auschwitz, recueillir les témoignages pour arriver au procès après plusieurs années d’efforts…

Mon avis: le réalisateur et les scénaristes ont choisi de regrouper les trois procureurs du procès de Francfort en un seul, le jeune, beau et naïf Johann Radmann [Alexander Fehling], pour les 50 ans de ce procès (20 décembre 1963 – 19 août 1965). Si le film montre bien l’ignorance de sa génération sur ce qui s’est passé dans les camps d’exterminations et les camps de concentration, son histoire d’amour avec Marlène n’apporte rien au récit, si ce n’est d’introduire la question du père, celui de la fille réunissant chaque mois bruyamment et en beuverie ses « amis » (Radmann l’interroge sur la relation entre les atrocités commises par son régiment et l’alcool), celui de Radmann aussi, disparu sur le front de l’est, sorte de héros mythique jusqu’à ce qu’il découvre qu’il avait aussi été membre du parti nazi. Introduire ce personnage rend probablement le film plus vivant et surtout plus « incarné » que dans la réalité. Sinon, le film relate des faits réels et trace les contradictions de cette Allemagne de l’Ouest une quinzaine d’années après les faits, même les Américains conseillent de tourner la page, l’ennemi n’est pas l’ancien nazi mais le communiste soviétique (et Auschwitz se trouve en Pologne, près de Łódź, au-delà du mur). Seuls 150 nazis avaient été jugés à Nuremberg, par les alliés, ce sont les 20 mois du procès très médiatisé de Francfort, premier procès « de masse » mené par une accusation allemande, qui va permettre la prise de conscience de l’ampleur des crimes nazis dans la population, même si aucun des accusés ne les reconnaîtra, ils se présenteront comme de simples exécutants des ordres. L’épisode de la traque contre le Dr Mengele, le procureur solitaire contre de puissantes protections qui lui permettent de faire impunément des allers-retours entre l’Amérique du Sud et l’Allemagne, est également romancé mais inspiré de la réalité, de même que la remise de documents au Mossad (les services secrets israéliens) qui aboutiront à l’arrestation et le jugement en Israël d’Adolph Eichmann (jugé en 1961, exécuté en 1962, avant l’ouverture du procès de Francfort en 1963). Si chez nous on présente le procès d’Oskar Gröning, à Lunebourg, comme le procès du comptable d’Auschwitz, ce n’est pas pour son travail de « comptable », affecté aux registres et à la gestion des objets récupérés sur les déportés, qu’il est jugé, mais pour avoir au moins une fois participé à une « sélection » et donc pour « complicité de 300 000 meurtres aggravés », le droit allemand a évolué depuis le procès de Francfort où seuls pouvaient être condamnés ceux qui avaient directement causé la mort d’au moins un prisonnier, sur les 22 accusés, 5 furent acquittés faute de preuves (11 condamnés à la prison à vie, 6 à des peines inférieures).

Le film parle d’ comme un tout, sans évoquer la complexité de ce camp, entre camp d’extermination (ceux qui sont « sélectionnés » dès l’entrée pour aller au four crématoire à Birkenau, le camp des femmes dont le nom n’est jamais prononcé), et camps de travail au pluriel, à Auschwitz, à Birkenau (moins de 2 km d’écart) et dans les camps « annexes » dont il est tant question dans les livres de témoignages et récits de , déportée à Auschwitz-Birkenau et son annexe de Rajsko, voir notamment Aucun de nous ne reviendra, Le convoi du 24 janvier, La mémoire et les jours.

Pour aller plus loin : suivre mes mots clefs sur les camps de concentration et particulièrement sur . Pour le Dr Mengele, lire sa biographie résumée d’un point de vue éthique dans Hippocrate aux enfers, de Michel Cymes.

3 réflexions au sujet de « Le labyrinthe du silence de Giulio Ricciarelli »

  1. pointdroit

    tu me stimules pour poursuivre la lecture des livres de C Delbo; également lire le livre de M Cymes, en tout cas regarder s’il est à ma portée. la question du « pardon » ou de la « vengeance » est complexe, à considérer avec un certain recul sans doute…. je m’exprime peut-être mal???? bon, en tout cas, merci pour cet article.

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