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Les naufragés de l’île Tromelin d’Irène Frain

Couverture des naufragés de l'île Tomelin, d'Irène Frain J’ai reçu ce livre par le site Chez les filles.com, qui m’a déjà envoyé d’autres ouvrages (voir en fin d’article).

Le livre : Les naufragés de l’île Tromelin, d’Irène Frain, éditions Michel Lafon, 2009, 373 pages, 9782749909905.

L’histoire : 1761, dans l’océan Indien, à une semaine de navigation en vents contraires de Madagascar. La flûte (navire trois-mâts à vocation marchande, armé) L’utile est un bateau de la compagnie des Indes. Mais son commandant, Lafargue, a embarqué, à titre privé et donc clandestinement, pour son propre profit, 160 esclaves (enfin, la plupart à lui, quelques-uns sont des  » investissements  » de ses officiers). Il décide de prendre une route dangereuse, où une carte mentionne une île qui n’est alors peut-être qu’une légende, peut-être réelle, alors qu’elle est localisée plus loin sur une seconde carte. En dépit des vols d’oiseaux, qui annoncent l’approche d’une terre, il s’obstine dans cette direction. Le bateau s’échoue dans la tempête. L’île ou plutôt l’îlot existe bien, soumis à de violents courants marins à ses abords et aux ouragans. Si seulement une vingtaine de membres d’équipage périt en mer, la moitié des esclaves n’arrive pas sur l’île. La survie s’organise sous la conduite du second du bateau… pour l’équipage dans une premier temps. La suite ? Une partie est racontée en 4e de couverture, mais je préfère vous laisser la découvrir…

Mon avis : un beau récit d’aventure, qui, au fond, m’a peut-être rappelé les romans de Jules Verne, de Frison-Roche ou autre que je lisais quand j’étais petite. Je l’ai lu d’une traite dimanche matin. La narration alterne entre le point de vue des historiens, à la recherche des témoignages et de leur authentification, celui de l’équipage et surtout des officiers, et celui des esclaves. Un livre agréable à lire, basé sur une histoire vraie en partie confortée par des recherches archéologiques sur cette île administrée par le préfet des préfet des TAAF (terres australes et antarctiques françaises), avec les Kerguelen ou la Terre Adélie, une station météo permanente est en place sur l’île Tromelin depuis les années 1950.

Pour aller plus loin : le site officiel d’Irène Frain et le site officiel des éditions Lafon/les Naufragés de l’île Tromelin, avec les premières pages du livre, une interview d’Irène Frain, et d’impressionnantes photos et vidéos de l’île (et de moins utiles de l’auteure…).

Et pour bien saisir tous les tenants et aboutissants de ce récit, un peu d’histoire est nécessaire. Le livre reprend, dans le texte et à la fin, le contexte des recherches historiques et archéologiques sur ce naufrage et cette épave, mais manque un peu de contexte historique. Si L’utile a pris cette route dangereuse, c’est parce qu’il transportait une cargaison clandestine, mais aussi en raison de la guerre de sept ans, qui a opposé d’un côté la France et l’Angleterre, de l’autre, l’Autriche et la Prusse, en Europe, en Amérique (prise de Montréal par les Anglais en 1760, Souviens-toi !, comme disent les Québecois) et en Inde. Dans ce contexte, la guerre était aussi économique et marchande, avec un blocus des îles de l’océan indien, et un affrontement des deux compagnies qui avaient des monopoles d’État, la Compagnie des Indes orientales pour la France et la British East India Company pour l’Angleterre. Parallèlement, ces deux pays ont délivré des lettres de course (ou lettres de marque), qui permettaient à des bateaux civils armés de s’attaquer à un bateau ennemi pour en prendre la cargaison. Les corsaires de ces bateaux étaient soumis à un règlement assez précis sur le butin, les prisonniers, etc. Quant au commerce négrier, il était lui aussi régi par des règles, si ignobles soient-elles, et relevait, comme la course des corsaires, de ce que l’on appellerait aujourd’hui des partenariats publics/privés. J’entends hurler d’ici les historiens et les politiciens, mais ça y ressemble fort. Une compagnie privée accomplissait les basses œuvres au nom d’un État avec qui elle était liée par contrat souvent très lucratif pour le privé (ça ne vous rappelle rien? Les compagnies privées pour la logistique des soldats américains en Irak, la construction des nouvelles prisons et hôpitaux en France, etc. Et messieurs des ex-RG, n’oubliez pas d’ajouter une petite ligne de plus dans mon dossier ex-Edvige, mais je digresse encore…).

Je vous propose quelques liens qui peuvent vous aider à cerner le contexte :
– le musée de la compagnie des Indes à Lorient (que j’aimerais bien visiter un jour)
– les compagnies des Indes
– les salles sur la traite négrière au château des ducs de Bretagne à Nantes, avec un dossier pédagogique en ligne (si vous voulez atteindre cette salle et en profiter, zappez le début de l’exposition du château, l’histoire de la Bretagne, etc., sinon, vous serez épuisé par la visite avant d’y arriver)
l’espace pédagogique de l’académie de Nantes sur la traite négrière, avec de nombreux liens vers des ressources en ligne
– la guerre de sept ans au Canada, ressources sur le site de l’université de Marianopolis.

Logo de Chez les filles Le site Chez les filles.com (merci à eux et notamment à Suzanne) m’ont déjà envoyé ces autres livres, que j’ai parfois aimés, parfois pas du tout. Retrouvez-les sur la page des livres reçus pour critique.